mardi 31 décembre 2013

2013 : année Poutine

Si un chef d'État a pu bien sabler, ou plutôt sabrer à la cosaque, le champagne avec le sourire en cette fin d'année 2013, c'est le maître du Kremlin, Vladimir Poutine. L'année 2013 aura été celle de victoires, petites et grandes, sur tous les fronts engagés depuis des mois, voire années. Une réalité consacrée par les magazines The Times et Forbes désignant Vladimir Poutine personnalité internationale de l'année 2013 (il avait déjà été nommé comme tel en 2007 par le Time Magazine). Les raisons de ce succès sont nombreuses :
  • En Géorgie, l'arrivée d'un nouveau Président à Tbilissi, Giorgi Margvelachvili, dans la droite ligne des élections législatives l'année précédente a fait fuir les derniers faucons de la capitale, Mikheil Saakachvili en tête.
  • En Syrie, la poussée de fièvre franco-anglaise de l'été aura fait long feu de par l'obstination russe couplée à l'appui discret mais réel de la Chine, il est vrai suppléé par le peu d'empressement de Barack Obama à répondre militairement aux velléités des deux États européens.
  • En Ukraine, la volte-face de Viktor Yanoukovitch levant l'option russe pour alléger les difficultés économico-financières de son pays au grand dam de l'Union Européenne doit pour beaucoup aux manoeuvres poutiniennes qui auront su concilier avertissements et arguments.
  • Face aux États-Unis, la récupération opportune de l'ex-agent Edward Snowden pour en tirer un profit médiatique, et accentuer la déstabilisation consécutive aux révélations distillées par le réfugié fut une sérieuse épine plongée dans l'épiderme étasunien.
Et de multiples rencontres bilatérales et multilatérales pour continuer de positionner plus en avant encore les pions sur les dossiers épineux. Comme sur le cas iranien avec la rencontre et l'accord conclu à Genève fin novembre où la Russie faisant partie des six négociateurs réussit à obtenir une avancée substantielle, l'Iran pouvant espérer en 2014 une levée partielle des sanctions la frappant.

Au fond Poutine applique une technique qui fonctionne sur le moyen et le long terme, faite de coups de force, de cajolerie et d'attentisme intéressé. Cette politique complexe, plus subtile qu'elle n'y parait est à tout le moins efficace. Elle surprend, désarçonne même, les observateurs et les responsables politiques peu alertes quant à l'existence d'une politique russe constituée de linéaments appréciés comme sibyllins de l'extérieur mais reliés par une ligne directrice logique. Avec un soupçon d'opportunisme comme l'accueil réservé à un Gérard Depardieu qui attisa l'ire de l'exécutif français en tout début d'année, dont ses représentants mouchés en Syrie ont d'ores et déjà annoncé qu'ils ne se rendront pas à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques.

Dernier élément qui n'a pas manqué de participer à la neutralisation des critiques à l'égard du triple vainqueur présidentiel : l'amnistie par la Douma de nombreuses personnalités ayant suscité la compassion du camp occidental. Pêle-mêle, les deux Pussy Riots internées en Mordovie, les activistes de l'organisation écologiste Greenpeace de l'Artic-Sunrise incarcérés depuis septembre 2013 ou encore, voire même surtout, l'ancien magnat propriétaire de Ioukos accusé d'escroquerie Mikhaïl Khodorkovski qui bénéficia pour sa part d'une grâce présidentielle. Cette annonce est d'un timing remarquable : d'une part elle intervient en une période chérie pour les occidentaux, à savoir les fêtes de fin d'année (en Russie, cette période ne débute qu'à partir du 1er janvier), ensuite elle n'a apporté au final que quelques mois de liberté anticipés à des détenus qui étaient en passe d'être libérés en 2014 et enfin, de façon encore plus matoise, de la sorte il désamorce en amont et décrédibilise en aval les tentatives de boycott des futurs Jeux Olympiques devant se tenir dans la station balnéaire de Sotchi.

Seul bémol imprévu : l'attentat suicide de Volgograd (ex-Stalingrad) du 29 décembre dernier avec la bénédiction de Dokou Oumarov, auto-proclamé émir du Caucase (lequel a été donné pour mort le 18 janvier 2014 par Ramzan Kadirov, président de la Tchétchénie mais sans confirmation officielle par les services de sécurité). Plus encore que les malheureuses dix-sept victimes comptabilisées à ce jour, l'objectif visé étant la perspective de faire planer sur les Jeux Olympiques à Sotchi l'ombre du terrorisme. Les services spéciaux déjà à cran sont prévenus : rien ne doit entacher le déroulement de ceux-ci, en particulier tout évènement fâcheux d'ordre criminel. Sotchi 2014 au même titre que la Coupe du Monde 2018 fait partie de ces grand-messes destinées à présenter un autre visage de la Russie au reste du monde.

N'en déplaise au magazine allemand Der Spiegel qui lors d'une récente Une le présentait sous la formulation de voyou ou petite frappe (Der Halbstarke), l'homme est au contraire un fin connaisseur des rouages de la politique internationale et en conséquence sut exploiter les rivalités, les négligences, l'impulsivité et les contradictions de ses homologues occidentaux. Tout en continuant à renforcer ses liens avec les pays orientaux et méridionaux. Si Poutine a serré les dents durant les révolutions de couleur, il savoure dès aujourd'hui sa politique de fermeté et d'ouverture calibrée. Pour autant, et en dehors de la continuité de cette politique extérieure, ses deux principaux défis pour le reste de son mandat seront premièrement de bel et bien de trouver un successeur digne de tenir les rênes du pouvoir et notamment de ne pas trahir son héritage et deuxièmement de relancer la machinerie économique qui s'est essoufflée en 2013 (après avoir évoluée à plus de 3% de croissance depuis 2010) tout en continuant sur une diversification de ses activités et débouchés.


samedi 21 décembre 2013

Conférence de presse sur la stratégie de cyber sécurité de l'Union Européenne

Chers visiteurs,

Ce blogue va être inactif durant quelques jours en raison des fêtes de fin d'année. Toutefois, je ne souhaitais pas le mettre en veille avant de vous délivrer cette retransmission (en français) concernant la publication d'une stratégie de cybersécurité par l'Union Européenne. Celle-ci eut lieu début février 2013 et ne constitue pas encore pour l'heure un texte de loi contraignant pour les États-membres. Pour l'heure en effet, car une directive dont le socle repose en partie sur cette stratégie fera l'objet prochain de discussions et probablement d'un accord entre le Conseil des Ministres et le Parlement Européen.

Ce texte est très particulier puisqu'il met notoirement l'accent sur le rôle économique majeur des technologies de l'information et de la communication. Un sujet peu abordé, si ce n'est sous l'angle des cybermenaces mais bien moins du point de vue des opportunités et en tant que relais de croissance.

Information and communications technology has become the backbone of our economic growth and is a critical resource which all economic sectors rely on. It now underpins the complex systems which keep our economies running in key sectors such as finance, health, energy and transport; while many business modelsare built on the uninterrupted availability of the Internet and the smooth functioning of information systems.

Recent years have seen that while the digital world brings enormous benefits, it is also vulnerable. Cybersecurity incidents, be it intentional or accidental, are increasing at an alarming pace and could disrupt the supply of essential services we take for granted such as water, healthcare, electricity or mobile services. Threats can have different origins — including criminal, politically motivated, terrorist or state-sponsored attacks as well as natural disasters and unintentional mistakes.

The EU economy is already affected by cybercrime activities against the private sector and individuals. Cybercriminals are using ever more sophisticated methods for intruding into information systems, stealing critical data orholding companies to ransom. The increase of economic espionage and state-sponsored activities in cyberspace poses a new category of threats for EU governments and companies.
C'est là un sujet central sur lequel je ne manquerai pas de vous entretenir de manière circonstanciée dès le début de l'année 2014.

Documents :
Le texte officiel (en anglais) de la stratégie de cyber sécurité au format PDF.
La directive (en français) relative à la stratégie de cyber sécurité au format PDF.


mercredi 18 décembre 2013

Démocratie liquide : retour sur le laboratoire dédié au Conseil de l'Europe


Chers visiteurs,

Comme vous le savez, j'eus le privilège de participer à la seconde édition du Forum Mondial de la Démocratie. Et plus exactement dans le cadre du laboratoire numéro 1 consacré à la démocratie liquide. Entouré de nombreux intervenants, chercheurs et politiques, le projet présenté par Jens Seipenbusch, fondateur et président à plusieurs reprises du Parti Pirate allemand, favorisa la publicité du concept de démocratie liquide. Lequel est un système politique se situant à l'intersection de la démocratie représentative et de la démocratie directe. Le terme de liquide pouvant prêter à méprise et s'opposer à celui de solide, ce qui n'est pas l'idée visée : il s'agit surtout de donner corps à la notion de fluidité opposée à la rigidité des processus actuels. Par rigidité, il faut entendre l'absence de renouvellement du corps politique, couplé à un mandat qui est devenu quasiment un contrat de travail, dévoyant l'esprit premier. Ce qui aboutit à plusieurs risques : un autisme vis à vis des administrés le temps du mandat, un cumul de fonctions politiques, une transmission de fief électoral à un poulain donné, et de façon insidieuse et subsidiaire à des nominations à des postes lambda en cas de défaite électorale (le tout avec le denier public). Tout un système qui vise à pérenniser une situation en la fossilisant tout en écartant des catégories de citoyens qui pourraient prétendre par leurs compétences, leur volonté et leur expérience apporter une plus-value aux rouages démocratiques.
C'est ici toute la démonstration de Rousseau qui prétextait par le truchement du chapitre 3.15 d’un de ses ouvrages les plus fameux, Du contrat social, que La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde.

J'avais déjà, très modestement, exploré pareille voie voici quelques années en produisant un article intitulé À l'heure du parallélisme électoral concomitamment à la sortie d'un rapport sur la réforme des institutions remis par l'ancien Premier Ministre Édouard Balladur. Observation, réflexion et proposition avaient été couchées afin de ne pas tomber dans la récrimination gratuite, c'est à dire stérile.
La crise européenne qui s'est intensifiée, et dont les effets bien que moins violents sur certains pays que sur d'autres, n'en marque pas moins la majeure partie des États membres de l'Union, raidit les autorités qui craignent, à juste titre, l'émergence d'émeutes populaires. S'estimant lésée dans la détérioration de son pouvoir d'achat car ponctionnée indûment pour le renflouement public de faillites privées, une frange non négligeable de la population serait bien tentée de se réfugier dans le vote contestataire ou la fièvre de colères populaires. Sans omettre plusieurs tares parfois cumulatives comme la professionnalisation du corps politique (ce sont par exemple les fiefs électoraux qui se transmettent de père en fils ou en fille, ou le gentil ballet de chaises musicales lorsqu'un homme-lige remplace un homme politique d'importance à un poste donné le temps qu'il revienne, assuré en toute sécurité de retrouver sa place) ; l'absence d'une politique de gouvernance générale claire comme rationnelle au profit d'une doxa purement économique dont les responsables ne maîtrisent pas tous les tenants et aboutissants ; le mépris jusqu'au risible de certaines décisions à l'encontre du corps social en prétextant qu'une majorité de 50,01% autorise d'une part à écraser les 49,99% restants et à adouber un programme dans sa globalité par voie parlementaire ; les sommes exponentielles dépensées dans les campagnes électorales qui obstruent in fine la voie aux formations les plus modestes ; la captation de la vie politique aux dépens de la société civile par des partis et des partisans, si ce n'est des courtisans et enfin, ces coalitions grandes et petites comme ces basculements de majorité sans changement ostensible d'orientation malgré la détérioration du climat économico-social. Sur ce dernier point, ce fut M. António Costa, maire de Lisbonne et ancien Ministre de l'Intérieur puis de la Justice portugais, qui me souffla en aparté cette remarque pleine de subtilité linguistique (d'autant qu'elle fut formulée dans un français impeccable) : « nous sommes dans une situation d'alternance sans alternative ».
D'où la nécessité de repenser ce qu'est la démocratie en partant des fondamentaux : à qui s'adresse-t-elle et pourquoi existe-t-elle? Vaste chantier en perspective.
L'Islande est à ce titre un excellent exemple d'une réappropriation de la souveraineté populaire face à des erreurs de gouvernance en procédant d'une part à un référendum en 2011 sur le remboursement des prêts bancaires à l'égard d'institutions bancaires étrangères puis en 2012 quant à l'établissement d'une nouvelle constitution citoyenne.

Fort de ce constat et de cette accélération de la remise en question du modèle démocratique occidental, principalement d'essence représentative sauf rares exceptions comme la Suisse et ses votations populaires, le Conseil de l'Europe a tenu à donner de la voix sur le sujet en présentant de multiple ateliers. Le laboratoire numéro 1 fut par conséquent consacré à la démocratie liquide, dont les modalités sont déjà mises en place au niveau local et régional via le logiciel open source Liquid Feedback. Ce fut l'occasion pendant près de deux heures et demie de présenter et d'échanger sur le thème.

Pêle-mêle, voici le compte-rendu de la première partie, la plus technique, de mon intervention :
  • l'introduction de la démocratie liquide doit-elle s'effectuer avec ou sans le concours du monde politique, voire même contre?
  • quelles sont les modalités du processus de révocation? N'y a-t-il pas risque d'instabilité chronique en cas de révocation trop aisée?
  • comment sont reconnus les experts en qui il serait possible d'avoir confiance dans le cadre d'une délégation de vote? Est-ce une réserve authentifiée ou uniquement par affinité ou encore notoriété? Tout en citant le principe Wikipédia où certains individus en intervenant très souvent sur des éléments sont reconnus comme spécialistes du domaine, ce qui établit une hiérarchie non dite. Et dans la droite ligne de la réflexion précédente : y a-t-il un effet pondérateur des votes entre le ou les spécialistes et ceux qui ne sont pas reconnus comme tels?
  • comment peut-être géré le processus de propositions à travers le logiciel, est-ce que c'est par l'atteinte d'un quorum sur une proposition donnée au bout d'un temps fixé ou une fois le quota d'un certain nombre de propositions atteint?  Sommes-nous en présence dès lors d'une approche quantitative ou qualitative? Par ailleurs, ce que j'ai oublié de demander, mais le temps imparti était de toute façon limité pour énoncer l'étendue des problématiques liées, sont-ce les mêmes qui déterminent par leurs votes le bouclage des propositions que ceux qui les voteront dans un deuxième temps?
  • l'utilisation par sécurité d'un scrutin transparent et l'absence de facto d'un isoloir numérique ne favoriserait-il pas l'émergence d'un risque de pression sur les votants?

Ces questionnements n'épuisent pas, il va de soi, l'ensemble des limites et risques potentiels. Car en dépit de son attrait réel, le concept doit encore polir les failles avant de prendre un essor d'ordre national.

Pour autant, ces journées furent aussi l'occasion de rencontrer d'autres acteurs aux projets prometteurs en phase d'expérimentation à des stades divers : que ce soit le budget participatif de la localité d'Amadora en banlieue de Lisbonne, Citizens Foundation en Islande où le très sympathique CEO Gunnar Grimsson évoqua sa plate-forme de mise en relation et de gestion des votes déjà mis en place à la mairie de Reykjavik, l'initiative publique russe qui consiste à partir de 100 000 votants électroniques à imposer à la chambre basse (la Douma) de se prononcer sur le projet soumis ou encore l'emploi du crowdsourcing, ou externalisation ouverte, dans le cadre de l'élaboration des lois avec Open Ministry.
Pour information, la proposition de loi sur le référendum d'initiative partagée en France oblige à franchir le seuil de quelques 4,5 millions d'électeurs (soit 45 fois plus que son homologue russe pour une population deux fois moindre) et 185 parlementaires (soit trois fois plus d'élus que pour la saisine du Conseil Constitutionnel). Et ceci n'est qu'une étape, puisque le parlement conserve jusqu'en dernier ressort la possibilité de donner suite ou non à cette initiative en procédant par un vote ou un examen parlementaire! Autrement dit, une escroquerie législative sur le fondement de l'article 11 de la Constitution.
Reykjavik
Reykjavik

Pourtant des mesures de modernisation de la vie politique ne sauront être écartées trop longtemps par les forces au pouvoir dans les régimes démocratiques. Peuvent-elles laisser se développer l'incurie d'un grand nombre de décideurs qui laisserait désormais à penser que les partis sont un puissant agrégateur de paranoïaques, de névrosés, de mégalomanes et d'individus carriéristes? C'est tout le soubassement des régimes actuels qui est en jeu et qui se manifeste par un renforcement de l'abstention et de la contestation qui mineront à terme la légitimité des gouvernants en dépit de la légalité de leur accession au pouvoir.

Par ailleurs, d'autres interrogations se profilent : si je me plais par exemple à rappeler que les médias électroniques sont une courroie et non un moteur (neutre technologiquement par essence), il n'en demeure pas moins qu'ils influencent désormais par leur existence la vie sociale de nombreux individus. C'est là un aspect qui se devra d'être observé d'encore plus près ces prochaines années.
De même que leur emploi pourrait imposer de nouveaux modes d'interactions entre dirigeants et dirigés, dans des proportions à trouver pour un équilibre et une efficacité idéals. 

samedi 14 décembre 2013

1939, les héros de Westerplatte : adaptation cinématographique d'un des symboles de la campagne de Pologne


Enclavée entre les provinces de Poméranie et de Prusse Orientale, le couloir (corridor) de Dantzig (actuelle Gdańsk) avait été imposé aux signataires du Traité de Versailles pour deux raisons principales : couper la Prusse en deux et par là même réduire son unité territoriale ; offrir à la Pologne un accès à la mer essentiel pour le transport de marchandises par voie maritime.
Ce faisant, il était évident qu'en cas de réarmement de l'Allemagne, cet espace artificiellement créé focaliserait les attentions des militaires pour résorber ce qui était considéré comme un abcès.
Toute aussi problématique, et dans la continuité, figurait la présence de la ville libre de Dantzig. Un ensemble géographique de quelques deux mille kilomètres carré qui s'affichait comme une verrue sur les cartes de l'État-major allemand, et dont la gestion avait été confiée dès sa création en 1920 à la Société Des Nations, cette organisme international précurseur de l'Organisation des Nations Unies. Si son existence peut apparaître incongrue, elle reposait en réalité sur un substrat historique ancien : une ville libre, et dépendances contigües, de Dantzig avait déjà existé par le passé entre 1440 et 1814, en passant par une éphémère réaffirmation de sa singularité par Napoléon en 1807 sous la forme d'une république.

Si les gouvernements polonais et allemands étaient liés par un pacte de non-agression signé en 1934, les coups de force à répétition du régime nazi ne laissait guère plus de doute sur ses velléités de récupérer les territoires arrachés par le Traité de Versailles. Et si l'ouest était encore pour l'heure un trop gros morceau à avaler, l'est offrait une perspective de succès rapide, que le pacte germano-soviétique d'août 1939 consacrait aux dépens des États pris en étau entre la faucille et la svastika. Et de fait, le 1er septembre 1939, le cuirassé Schlesswig-Holstein mouillant au large de Dantzig marqua le déclenchement de la seconde guerre mondiale en Europe en faisant feu de ses batteries (l'on fait exception de l'incident de la station radio allemande de Gleiwitz qui ne fut qu'une ruse de guerre pour faire accroire à une provocation polonaise).

C'est là que débute l'histoire de Westerplatte : avant-poste militaire situé à l'embouchure du canal menant à Dantzig. Une formalité militaire pour les forces ennemies amassées à proximité et convaincue d'une reddition rapide de la garnison sur place.

C'est pourtant ici, sur cette péninsule, qu'allait se jouer l'une des plus grandes démonstrations de la vaillance polonaise, à l'instar de la charge de Krojanty (qui par un procédé de propagande savamment orchestré par les nazis allait devenir le mythe des lanciers polonais se brisant sur les chars allemands) ou la bataille de Chojnice. Un affrontement qui mobilisa une force considérable pour réduire la poche de résistance pourtant tenue par à peine deux cents hommes qui se répartirent entre une partie boisée, une plage et un espace fortifié faisant office de dépôt de munitions. Un canon d'artillerie de 76,2 mm, deux canons anti-chars de 37 mm et quatre mortiers Brandt Mle 27/31 constituaient l'équipement « lourd » de la garnison face à l'imposante force interarmes du général Eberhardt (dont une unité SS, une compagnie d'élite d'infanterie de marine et un cuirassé).

Dans la précipitation d'une guerre que l'on pressentait imminente, les protagonistes sont jetés dans un tourbillon de feu et d'acier, tout en étant maintenus dans l'incapacité d'obtenir des renforts ou toute nouvelle extérieure. C'est aussi un combat intérieur qui va se dérouler au sein de la fortification entre officiers où l'ordre initial qui était de résister pendant douze heures devient caduc : deux visions s'affrontant désormais entre la raison qui ordonne de décrocher et l'honneur qui pousse à résister incarnés par le major Sucharski et le capitaine Dąbrowski. Les rares moments de sérénité en dehors font exploser ces moments de doute et de colère. Folie, rage, attentisme, stress, désertion, héroïsme : tout le spectre des actions et émotions humaines en temps de guerre est étalé durant presque deux heures.

D'un point de vue réalisation, ce métrage (Tajemnica Westerplatte en édition originale) sorti en 2010 ne présente aucune innovation ou effet dissonant, c'est propre sans être tape à l'oeil. L'effet est efficace, et ce manque d'apprêt lui confère même une véracité dans le propos. Les scènes d'action ne déméritent pas, et les périodes confinant au huis-clos dramatique sont bien menées. À tout le moins peut-on déplorer quelques longueurs pas toujours essentielles au bon déroulement de l'histoire, et une bande-son très quelconque.
Précisons que l'affrontement entre les deux officiers est lui un rétablissement de la réalité historique qui avait été tordue pour ne pas affecter le mythe d'une résistance unanime et inflexible. 

S'il ne prétend aucunement à être un film de guerre exceptionnel, Westerplatte mise surtout sur l'intensité de la situation et la complexité des relations entre gradés. Il permet aussi de révéler au public étranger combien la campagne de Pologne de 1939 ne fut pas une simple promenade champêtre pour les forces nazies. Et bien que démunis de moyens et dotés d'une armée en pleine réorganisation (à la mécanisation inachevée), les polonais opposèrent une farouche et solide résistance là où ils purent tirer profit du terrain. 




mardi 10 décembre 2013

Sécurité Globale numéro double 23/24 sur les conflits dans le cyberespace



Désormais éditée par les éditions Eska après l'avoir été chez Choiseul, la revue Sécurité Globale continue de stimuler les réflexions et de faire intervenir les meilleurs spécialistes du moment.

La thématique de ce numéro double (!), soit 23 et 24, est consacrée à la cyberguerre. Et celui-ci tente de balayer un large spectre du sujet : entre autres ce que représente la cyberdéfense pour le ministère des affaires militaires, les hacktivistes et la loi, la perception américaine de la menace cyber chinoise ou même une analyse entre la frappe cybernétique Stuxnet et celle de Shamoon au Moyen-Orient. Sans pouvoir prétendre à l'exhaustivité, avouons qu'il y a aisément de quoi se sustenter en le domaine.

J'apporte mon éclairage au sein du chapitre consacré à « La cybérie russe ». Avec quelques apports complémentaires par rapport à ce que j'avais déjà exprimé par le passé au travers de mes autres articles.
Je ne suis bien évidemment par le seul contributeur, puisque dix-huit autres plumes se sont prêtées à l'exercice, dont des membres actuels ou passés d'Alliance GéoStratégique, tels Victor Fèvre, Charles Bwele et Olivier Kempf (qui en parle sur son blogue). 

Malheureusement, le lien n'a pas encore été intégré sur le site de l'éditeur, ce qui est assez regrettable puisque la revue a déjà fait l'objet d'une impression. Si d'aventure celui-ci m'était communiqué sous peu, je l'insèrerai au sein du présent billet. À défaut, n'hésitez pas à repasser sur le site officiel.

Et comme toujours, si vous désirez plonger plus en avant dans la cyberstratégie russe, rien ne vaut l'ouvrage clef vendu sur le site de l'éditeur Nuvis comme sur Amazon, ou encore disponible sur commande dans toutes les bonnes librairies. Et ce d'autant plus que le Président Poutine vient de promulguer un décret (n°894, Указ «О некоторых мерах по повышению эффективности деятельности государственных средств массовой информации») réorganisant deux importantes structures de diffusion de l'information que sont RIA Novosti et La Voix de la Russie au profit d'une entité unique dont on ne sait juste pour le moment qu'elle se dénommera Russie Aujourd'hui (Россия сегодня) avec Dmitri Kisselev comme futur directeur général de l'ensemble. Et ce dans une politique avouée de rationalisation des coûts comme de défense de la souveraineté informationnelle du pays.


Résumé
Méconnue, la stratégie russe dans les affaires du cyberespace, qu’elle soit militaire ou civile, apparaît concomitante  du  redressement  national  souhaité  et  appuyé  par  Vladimir  Poutine  depuis son accession au pouvoir en l’an 2000. Cette volonté prend pour base un texte délivré quelques mois après le début de son premier mandat à la magistrature suprême et conditionne encore aujourd’hui les orientations menées par les autorités à des degrés divers et dont le concept de souveraineté est omniprésent. Le monde militaire s’est emparé de cette approche pour livrer sa propre vision en 2012, non sans y préciser certains éléments par la même occasion.
Abstract
Unknown, the Russian cyberstrategy in the business of cyberspace, whether military or civilian, appears concomitant to national recovery desired and supported by Vladimir Puin since he came to power in 2000. This will take as a base a text issued a few months after the beginning of his first term in the presidency and still today influences the direction taken by the authorities to varying degrees and whose the concept of sovereignty is omnipresent. The military authorities have taken over this approach to deliver their vision in 2012, not without specifying certain elements at the same time. 

mardi 3 décembre 2013

Une fracture des confins d'Europe : l'Ukraine


Lorsqu'en 2010 le Président ukrainien Victor Yanoukovitch est enfin élu après son échec six ans plus tôt, c'est un rebalancement de l'équilibre politique intérieur de l'Ouest nationaliste vers l'Est pro-russe qui s'est effectué avec l'apport des déçus de la Révolution Orange de 2004. Les déchirures entre le Premier Ministre Ioulia Tymochenko et le Président d'alors Viktor Iouchtchenko précipitèrent il est vrai la victoire du camp de Yanoukovitch.

Toutefois ceux qui avaient prédit que le nouveau maître de l'Ukraine serait un pantin servile des intérêts de Vladimir Poutine furent démentis par les faits. L'homme fort de cette ancienne république soviétique indépendante depuis 1991, consécutivement à l'implosion de l'Empire rouge, a tenté de ménager avec une certaine réussite les attentes des uns et les suspicions des autres. Réussissant à obtenir un accord sur le gaz profitable à son pays non sans rompre les liens et les velléités d'arrimage à l'Union Européenne. Madré, Yanoukovitch va cependant à terme être acculé à un choix qu'il peut difficilement repousser plus en avant : celui d'entrer sans retour comme membre de l'Union Européenne dont l'Ukraine a manifesté sa volonté d'être membre depuis... 1994, acté par un accord d'association (European Union Association Agreement) signé en ce sens. Renforcé par un accord complémentaire sur la liberté du commerce transfrontalier en 1999 (Deep and Comprehensive Free Trade Agreement) qui ne sera pourtant finalisé qu'en... juillet 2012! 

Dans le même temps, la Russie en oripeaux des années 1990 s'est relevée, a recomposé les moyens de sa puissance et par là même de sa politique étrangère sous la houlette de Vladimir Poutine. S'offrant un levier de prime importance par le pétrole et surtout le gaz via des conglomérats survitaminés, les autorités russes ont employé à plusieurs reprises cette arme redoutable qu'est la menace de couper la distribution de gaz (mise à exécution envers le Bélarus et plus encore envers l'Ukraine, dont la plus importante démonstration fut la crise de l'hiver 2004-2005). Par ailleurs la position russe mit en porte-à-faux les dirigeants occidentaux en insistant sur le fait que les prix du gaz préférentiels autrefois accordés sous l'Union Soviétique et peu après ne pouvaient plus avoir cours après les indépendances des différents pays la composant autrefois, devant être traités en tant que clients et espaces de transit, arguant que tel était au fond la logique du système libéral économique défendu par les européens et les américains. Un accord en avril 2010 entre Medvedev et Yanoukovitch mit cependant temporairement fin à cette crainte répétée d'une coupure en l'assortissant de clauses diverses dont la fameuse reconduction du bail pour vingt-cinq ans du port de Sébastopol au profit de la marine russe. Au passage, Yanoukovitch en profita pour faire accuser de corruption l'ancienne égérie de la révolution de couleur, Ioulia Tymochenko, qui fut à l'origine du précédent accord gazier bilatéral : une manière de solder le camouflet de 2004.

Il serait erroné de prétendre que l'Union Européenne eusse été inerte ces dernières années concernant la question ukrainienne : le Partenariat Oriental a en effet été amorcé en mai 2009 pour attirer et faciliter l'entrée future de pays limitrophes ou dans la sphère d'influence de la Russie. Ont été spécifiquement visés l'Arménie, la Géorgie, l'Azerbaïdjan, le Bélarus, l'Ukraine et la Moldavie. Les succès ont été pour l'heure très modérés, et si l'Ukraine comme l'Arménie avaient manifesté dans un premier temps une approche volontariste en ce sens, l'automne 2013 a rapidement douché les plus europtimistes. Le sommet de Vilnius des 28 et 29 novembre n'ayant entériné que le recul consommé de ces deux entités.

La nature ayant horreur du vide, c'est vers l'Union Eurasiatique, parfois énoncée sous l'abréviation EURASEC, que se tournent désormais les têtes de ces deux États : un ensemble économique de libre-échange regroupant la Russie, le Kazakhstan et le Bélarus pour l'heure, visant à faciliter le transit de marchandises en levant les obstacles douaniers, avec en ligne de mire une union plus large visant les personnes, les capitaux et la monnaie (sous une forme à déterminer).
C'est en effet le dilemme qu'eurent à évaluer les autorités ukrainiennes : l'étape de plus vers l'Union Européenne aurait fermé les marchés de cet ensemble. Une menace même pas voilée depuis le Kremlin qui se fit fort de rappeler que la Russie était, et de loin, le premier client de l'Ukraine à hauteur de 25% de ses exportations. Chiffre auquel l'on peut même rajouter les 7% supplémentaires relatifs aux deux autres membres de l'Union Eurasiatique. Une perspective de complications administratives et d'étranglement économique dans un contexte où l'envolée presque ininterrompue depuis 2007 de la dette ukrainienne laisse craindre le pire dans ce cas de figure.

Il est aussi vrai que l'état économique peu reluisant de la zone Euro, l'une des plus neurasthéniques du monde selon les chiffres de la Banque Mondiale en terme de croissance du PIB, n'appelle guère à l'enthousiasme quant à une compensation des pertes des marchés de l'Est pour des gains substantiels de ceux de l'Ouest.

En outre, il n'est pas impossible de subodorer que la décision s'est aussi jouée en observant un autre secteur. Sur le plan des ressources énergétique, dont le choc South-Stream / Nabucco fut le plus emblématique, et qui s'est quasiment soldé à l'avantage de la Fédération de Russie : cette dernière ayant non seulement avancé sur la réalisation technique du projet (mise en activité prévue pour 2015) mais aussi sur la finalisation des accords bilatéraux permettant le transit de ses tuyaux (avec le rôle géostratégique de la Turquie en arbitre). En novembre 2013 a été rendu le quasi-coup de grâce à Nabucco par le consortium SDC mené par BP qui pour le très stratégique gisement de Shah Deniz II d'Azerbaïdjan, déclara opter pour Trans Adriatic Pipeline, un troisième projet concurrent. Privant de facto Nabucco d'une alimentation essentielle pour atteindre ses objectifs de rentabilité.
Cette donne de la manne énergétique et sa répartition n'a pas peu joué sur l'évaluation pessimiste pour l'Ukraine et ses dirigeants d'échapper à la fermeture des vannes depuis la Russie.

À l'heure actuelle, les contestations qui se déroulent en Ukraine ont surpris les autorités par leur ampleur et leur diffusion. Si elles apparaissent comme une réédition de celles de 2004, il est pour l'heure difficile à la fois d'évaluer leur mobilisation sur l'ensemble du territoire, leur résonance au sein de la majorité silencieuse, leur organisation et les supports internes comme externes dont elles disposent. Il est cependant déjà acquis que le pouvoir en place s'est fait dépasser par les évènements et qu'il va tenter de résorber la situation en maniant la carotte et le bâton, dans des proportions qui restent encore à déterminer selon la tournure des évènements.

Nous sommes en présence de deux mondes qui s'élèvent l'un en face de l'autre. Deux unions qui par leurs armes tentent d'agréger ceux qui n'ont pas encore choisi leur camp.
Avant l'affrontement final? 
Pour l'heure, le Conseil de l'Europe a été saisi par le pouvoir et l'opposition ukrainiens pour superviser l'enquête sur les incidents ayant eu lieu ces derniers jours tandis que Yanoukovitch a enchaîné les rencontres diplomatiques : visite en Chine suivie de celle en Russie où aurait été élaboré un nouveau partenariat stratégique.

lundi 25 novembre 2013

Forum Mondial de la Démocratie 2013, seconde édition « Retisser la démocratie : connecter les institutions avec les citoyens à l'ère du numérique »


Le Forum Mondial de la Démocratie est de retour à Strasbourg où je m'y rendrai derechef les 27-28-29 novembre pour participer et assister aux différents laboratoires mis en place par le Conseil de l'Europe et ses partenaires.

Si la première itération avait surtout pour objectif de donner la parole à un maximum de personnalités oeuvrant dans des secteurs divers en mélangeant politiques et experts sur des problématiques déterminées (j'étais par exemple intervenu sur la question des nouveaux médias et des (r)évolutions démocratiques en insistant sur le rôle d'Internet en tant que courroie et non moteur des bouleversements contemporains), la deuxième édition passe un cap en ne demandant plus de lister et d'analyser les éléments de réflexion mais plus clairement désormais de proposer et de faire acte de projets potentiellement attractifs et démocratiques.

C'est la raison de ma présence en tant qu'expert au sein du laboratoire numéro 1 où le concept de Démocratie liquide va être exposé par le Piraten Partei d'Allemagne, puis débattu devant un parterre de responsables politiques intéressés et de spécialistes, dont votre hôte. De l'analytique au prospectif, telle est l'ambition en 2013 des organisateurs, et ce sur près de 21 (!) laboratoires au total qui feront en outre l'objet d'une évaluation par les internautes et les participants au forum.
L'ère du numérique sera le fil rouge du Forum puisque l'ensemble des projets prend pour base l'avènement d'une révolution technologique majeure et des moyens de la maîtriser ou l'accompagner pour en tirer le meilleur. C'est d'ailleurs l'annonce effectuée en ce sens dans sa version anglaise : « Re-wiring Democracy: connecting institutions and citizens in the digital age »
France, États-Unis, Allemagne, Brésil, Irlande, Portugal etc. difficile d'énumérer toutes les délégations présentes et leur annonce mais le fait est qu'il sera loisible de s'intéresser à des thèmes aussi variés que le budget participatif à l'agora virtuelle en passant par le crowdsourcing dans le processus législatif ou encore le concept de Wikicity.

Riche, très riche sera cette édition encore plus prometteuse que la précédente. Ce qui n'est pas peu dire!

Je reviendrai effectuer un compte-rendu sur le sujet après clôture de la session, voire en vous communiquant les rapports officiels qui sortiront de ce grand messe, et surtout de cette initiative dont j'aurais eu l'honneur d'apporter mes observations critiques en même temps que mes encouragements les plus sincères.
Tout au plus puis-je déjà vous signifier quelques questions que je me suis permis d'adresser Jens Seipenbusch, le fondateur et représentant du Parti Pirate allemand : le projet de démocratie liquide, doit-il se faire avec, contre ou sans les partis politiques? ; est-il prévu des garde-fous pour éviter que le système de révocation n'engendre une instabilité chronique? ; dans le principe de délégation de vote à des spécialistes d'un sujet particulier, existera-t-il une réserve d'experts déclarés, ou est-ce juste par affinité? ; considérant que les propositions centralisées sur un sujet précis peuvent parfois susciter de longues réactions et de contre-propositions, quand est gelé est le processus pour qu'un vote puisse avoir lieu? ; si le scrutin est transparent, ne risque-t-il pas d'y avoir pression sur l'un ou les votants d'un sujet polémique? ; est-il prévu une pondération des votes et des propositions ou existe-t-il une prépondérance implicite d'un membre votant ou instigateur d'une proposition sur un autre parce qu'il serait plus ancien et plus participatif?
http://www.coe.int/web/world-forum-democracy/lab1_

D'ores et déjà je remercie l'équipe de Radio France Internationale de m'avoir permis de m'exprimer sur le sujet, même si comme toujours il est particulièrement compliqué de développer dans les quelques minutes imparties (lien en fin de billet).

Pour information complémentaire:

Le Forum réunira quelque 1700 participants – représentants de la société civile, élus, responsables politiques, représentants des médias – de 130 pays pour débattre d’initiatives visant à stimuler l’engagement des citoyens et concevoir de nouveaux modèles de participation démocratique.

> Le Forum sera ouvert par Abdou Diouf, Secrétaire Général de La Francophonie, Amin Maalouf, écrivain et membre de l’Académie française, Irina Yasina, journaliste et activiste russe, et d’autres personnalités internationales.

> Les participants au Forum et les internautes remettront un prix de l’innovation démocratique aux initiatives les plus prometteuses parmi la trentaine débattue dans le cadre des laboratoires d’idées.

> Le Prix Giovanni Falcone 2013 sera remis à trois lauréats dans les domaines de la justice, de la démocratie et des droits de l’homme. 


Site officiel (français/anglais) : http://www.coe.int/web/world-forum-democracy

Entretien sur Radio France Internationale :

http://www.rfi.fr/emission/20131129-yannick-harrel-expert-charge-cours-cyberstrategie-economique-financiere

Alors que les élections européennes approchent, le Conseil de l’Europe clôturait vendredi son Forum mondial consacré à la démocratie. Chercheurs, responsables politiques, représentants de la société civile se sont rencontrés cette année pour évoquer le rôle que les outils numériques peuvent jouer dans le débat démocratique. A l’heure où les Européens boudent de plus en plus les urnes, les réseaux sociaux et la démocratie participative apparaissent comme des moyens pour retisser des liens entre citoyens et dirigeants. Dans ce débat, ce que l’on appelle la « démocratie liquide » apparaît comme une piste intéressante. Ce concept est particulièrement mis en avant par le Parti pirate en Allemagne. A mi-chemin entre démocratie participative et démocratie directe, ce système s’appuie sur Internet pour inviter les électeurs à participer au débat politique.
Yannick Harrel, expert et chargé de cours en cyberstratégie économique et financière, a participé au Forum mondial sur la démocratie. Il est intervenu à cette occasion dans un labo/débat consacré à la démocratie liquide.

Pour information complémentaire :

mercredi 20 novembre 2013

Into the White : piégés en pleine tempête


Into The White est un film de guerre atypique. Dérangeant comme captivant. Plongé pour l'essentiel du métrage dans un huis-clos hivernal. Gratifiant le spectateur de quelques moments à forte puissance émotionnelle.
Réalisation binationale mais 100% scandinave (Suède et Norvège), le bouquet d'acteurs n'a rien de flamboyant : seul l'anglais Rupert Grint dispose d'une aura internationale, tout comme dans une moindre mesure son compatriote Lachlan Nieboer dont la renommée a percé récemment grâce à la série Dowton Abbey. En dépit de ce déficit en célébrités de premier ordre, la composition de l'ensemble du corps actoral est de grande tenue, et le fait d'avoir réuni de vrais allemands et de vrais anglais n'en est que plus judicieux et saisissant. Tout autant que le travail sobre et léché du réalisateur Petter Næss achevant de donner au tableau un sérieux apprécié..

Parlons du scénario. 
27 avril 1940 : la seconde guerre mondiale a débuté depuis septembre 1939 en Europe et malgré quelques succès tactiques polonais, la machinerie nazie vole de victoire en victoire et s'approprie une grande partie de la Pologne. Sur le front ouest, les forces britanno-françaises décident de mener une offensive indirecte en Scandinavie mais sont prises de vitesse par les forces ennemies qui capturent le Danemark et avancent vers la Norvège. Dans la précipitation, deux opérations sont menées : l'une à Trondheim et l'autre à Narvik. Ce sera l'origine de la bataille de Narvik entre le 10 et le 13 avril 1940 dont la vision stratégique repose sur la cessation de l'approvisionnement en matières premières de Scandinavie vers l'Allemagne par ce port norvégien.
La campagne norvégienne suscite des accrochages sévères, et chacun d'entre eux fait pencher la balance un peu plus du côté nazi jusqu'à l'inexorable décision de retirer les troupes alliées pour leur éviter d'être piégées (ce qui vaudra à ce titre la démission de Neville Chamberlain au profit de Winston Churchill).
Les cieux payèrent eux aussi le tribut des morts au combat, et c'est durant cet affrontement plusieurs milliers de pieds au-dessus des cimes nordiques que commence l'histoire : par l'atterrissage forcé d'un Heinkel He 111 touché par un chasseur-bombardier Blackburn B-24 Skua. Ses trois occupants vont après un intermède en pleine tempête de neige se retrouver contraint de prendre leurs quartiers dans un refuge en territoire totalement inconnu. Et ce territoire réduit à quelques mètres carré devient même piégeux lorsque les occupants de l'appareil britannique qui a abattu leur avion se retrouve à proximité de l'endroit. 

Les premières minutes illustrent à merveille, sans fioriture technique pourtant, ce à quoi vont être confrontés les rescapés. Une beauté froide, immaculée et létale. En vérité, la mort blanche est un acteur central du récit.
Le second acteur non crédité est les relations interpersonnelles entre deux groupes antagonistes en quasi huis-clos. Le propos par ailleurs ne cède aucunement à l'angélisme. La tension existe, se fait ressentir et les personnalités des uns et des autres sont mises à l'épreuve.

Propre dans sa réalisation, l'histoire est magnifiée par une interprétation de grande tenue et cette indécision qui pèse lors d'actions parfois anodines mais se révélant complexes à gérer en un endroit qui n'est ni un camp de prisonniers ni une zone neutre. Le scénario sans être exceptionnel sait générer parfaitement les retournements et les questionnements. Il n'est pas possible de le relater en détail ici sans déflorer ce qui fait le charme de cette production.

Au final, l'on en ressort avec un sentiment singulier. Lequel ébranle des certitudes, si tant est qu'il y en avait au départ.
Et puis, comme le disait si bien Charles Aznavour dans ce sublime film qu'est Un taxi pour Tobrouk porté par la verve du paroliste Michel Audiard : « À la guerre, on devrait toujours tuer les gens avant de les connaître. ».

Dernière indication : le tout est inspiré d'une histoire vraie s'étant déroulée près de la municipalité de Grotli en Norvège.

dimanche 10 novembre 2013

Un fonds d'investissement franco-russe pour doper les échanges bilatéraux


C'est sur le site de la Caisse des Dépôts et des Consignations que l'on trouve le lancement officiel de ce fonds qui a été annoncé le 1er novembre dernier :

Le Fonds d’investissement franco-russe (RFIF), doté d’un 1 Md€, a été lancé le 1er novembre à Moscou par CDC International et le Fonds russe d'investissements directs (RDIF) en présence du Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, et du Premier ministre russe, Dmitri Medvedev. 

Le RFIF sera mis en place conjointement par CDC International, filiale du groupe Caisse des Dépôts, et RDIF. La création du fonds s'inscrit dans le prolongement du protocole d'accord signé par les deux parties en février 2013*. Il permettra de renforcer les opportunités de coopération économique entre les deux pays en drainant des investissements attractifs dans des secteurs et des classes d'actifs très diversifiés, contribuant ainsi à la croissance et à la prospérité des économies françaises et russes.

RDIF = Российский Фонд Прямых Инвестиций (РФПИ), c'est à dire Fonds russe d'investissement direct, pilotée par la banque publique Vneshekonombank (VEB) détenant 100% des parts sociales. Ce fonds disposerait théoriquement d'une réserve de 10 milliards de dollars (7,4 milliards d'euros).

 Si l'on peut légitimement saluer l'émergence de ce pot commun (qui n'est pas le seul puisque la Chine par exemple a bénéficié de ce même partenariat financier), l'on est en demeure légitime de se demander quels seront les secteurs visés, le mode d'attribution des subsides et le suivi réel des dépenses et des réalisations concrètes, et ce dans l'intérêt des deux parties contractantes.

Rappelons que les échanges franco-russes ont toujours du mal à décoller : en 2012 la France s'est placée à la 17ème place en tant que client de la Russie tandis que la Russie est pour la France son 7ème fournisseur. Reste le contrat des quatre BPC Mistral à la haute portée symbolique.
De façon connexe, la Chine a confirmé son emprise sur le marché russe en devenant, de loin et devançant largement l'Allemagne, son premier fournisseur. Si l'on y ajoute la Corée du Sud, le Japon, le Kazakhstan, l'on constate que les pays asiatiques représentent 22,2% des produits et services en Russie. Si l'Europe reste son approvisionneur majoritaire (encore que si l'on regroupe les quatre  premiers pays européens exportateurs vers la Russie, à savoir l'Allemagne, l'Italie, la France et la Pologne, nous n'arrivons qu'à 19%), le balancement économique vers l'Asie se fait ostensiblement sentir année après année. Un regain cependant est à atteindre une fois que les accords tarifaires en droite ligne de l'OMC seront votés par les chambres russes et validés par l'exécutif (une période qui s'échelonnera jusqu'en 2020).

Je vous invite à cet effet à consulter le document mis à disposition par le Ministère de l'Économie pour prendre connaissance des conséquences de l'entrée de la Russie au sein de l'OMC voici un an.

MAJ : Un fonds similaire a été formé et officialisé le 13 novembre dernier avec la Corée du Sud, dont le montant est fixé prévisionnellement à 500 millions de $ (soit 370 millions d'euros). Une fois encore, c'est le fonds RDIF qui est sollicité.

Crédit illustration : RIA Novosti

lundi 4 novembre 2013

Democracy 3 : un ludiciel pour mieux appréhender les rouages d'un régime démocratique


Démocratie. Demos, Kratos : peuple et pouvoir. Tout un programme conceptualisé, émergé et appliqué depuis les temps anciens, dont les ressorts nous sont parvenus par les récits de doctes philosophes ayant vécu, subi et loué des régimes ayant eu cours de par la Méditerranée.
La finesse des penseurs de l'Antiquité en était arrivé à dégager les principaux types de régimes et leurs subtilités. Ainsi la démocratie était-elle généralement assimilée au... tirage au sort! La stochocratie pour reprendre un néologisme. En effet, certaines charges étaient échus par ce procédé aux bouleutes (les législateurs) et aux héliastes (les magistrats). Toutefois, c'est le mandat représentatif qu'a retenu l'époque contemporaine. Que cela soit pour l'aspect législatif (les assemblées) ou exécutif (le gouvernement). Encore faut-il bien préciser que le suffrage a subi nombre d'évolutions, et de tâtonnements, au cours des derniers deux-cents ans pour aboutir au suffrage universel direct ou indirect, selon les pays et le type d'élection, qui prévaut de nos jours. Et ce toujours dans le même but : désigner celui ou ceux qui endosseront la charge de la gouvernance.

Or, gouverner implique de prendre des décisions. Lesquelles ne sont jamais sans conséquences.
Bien entendu, il est possible de jouer une politique d'attentisme, d'immobilisme, de point mort absolu avec pour résultante finale de faire peu mais sans faire mal. Pareille stratégie politique se révèle néanmoins inopérante à la tête d'un État irrigué par des flux constants, a fortiori en situation de crise multi-factorielle. Un État endetté par exemple se doit de résorber sa dette, à la condition d'une part que celle-ci soit le fruit d'investissements d'intérêt général et légitime (cf. concept de dette odieuse). Pour autant, le monarque ou président ne peut agiter toutes les manettes comme il l'entend : certaines dépenses sociales sont plus aigües que d'autres, certains postes de la fonction publique sont un vivier de voix électorales, dévaluer n'est possible que si l'on n'a pas souscrit à un accord monétaire interdisant pareil procédé etc. 
Malgré tout gouverner implique de prendre des décisions... sur le moyen et long terme. Une lapalissade moins évidente tant certains gouvernants n'agissent qu'au gré du vent tel des coqs de clocher, sans sembler le moins du monde avoir de ligne politique directrice claire. De plus, quand bien même existerait-elle dès le départ il y a facile à perdre l'orientation d'une politique générale en succombant à diverses revendications communautaristes, ou face à des lobbies économiques.

Et pour rythmer le tout, les élections s'imposent de manière périodique où il ne suffit plus de contenter les adhérents de sa propre formation mais de rassembler au-delà dans le cas d'une magistrature suprême. Certes, compter sur l'usure du pouvoir et la médiocrité du bilan d'un gouvernant précédent peut aider mais ne suffit pas toujours. Surtout si l'on est soit même très limité en qualités.

C'est tout l'attrait de cette simulation sérieuse que délivre les anglais de Positech Games.
D'emblée l'on est perdu dans une toile d'araignée de réseaux et noeuds, et l'on se demande bel et bien comment gérer tout ce système?
Pourtant, l'on y arrive car l'on se rend compte au cours des premières minutes de jeu que tout a été pensé pour l'ergonomie : la disposition des noeuds comme l'utilisation de couleurs facilitant énormément la tâche (le rouge pour les situations de crise, le bleu pour l'état de situation et le blanc pour la gestion politique possible), de même que le côté hyperliens qui permet rapidement d'avoir une situation d'un facteur donné. Une interface à la souplesse et sobriété réussies, et ce n'est pas peu dire qu'elle ne peut qu'aider à y voir plus clair.

Petit à petit vous allez comprendre que certaines catégories très actives auprès de vous pour faire évoluer des lois en faveur de leurs idées ont cependant une résonance sociale moindre que d'autres plus silencieuses mais pouvant faire basculer une élection à terme : c'est la théorie de l'écran bien reproduite dans ce logiciel.

Autre élément passionnant : le recrutement de ministres. Vous pouvez tout naturellement piocher dans votre propre camp, c'est même conseillé au départ. Et tenter, une fois les mécanismes mieux assimilés, une ouverture vers d'autres horizons politiques. Manoeuvre plus ardue qui bien gérée est à même de rehausser votre cote de popularité et même de vous attirer, dans un marge limitée (n'espérez pas faire le grand écart), un électorat non acquis de prime abord. Toutefois, toujours bien prendre en considération qu'un ministre « atypique » dans une formation de couleur politique homogène peut rapidement se sentir déphasé et claquer la porte! D'où la nécessité d'écouter celui-ci de temps à autre et d'agir en conséquence. Il est aussi possible en lieu et place de vieux briscards miser sur des jeunes loups, qui peuvent au fil du temps apprendre et s'améliorer dans le domaine où ils sont placés (chaque ministre a un ou des domaines de prédilection, avec une sensibilité particulière pour les appréhender) : dans ce cas, privilégiez la fidélité pour être en mesure de le conserver suffisamment de temps afin qu'il s'améliore mais en prenant le risque croissant de vous attirer les foudres des administrés et une rentrée de fonds moins conséquente. Possibilité est aussi offerte d'opérer un changement ministériel général : utile à la condition d'être judicieux... et d'avoir un réservoir de talents disponibles!

Attention, l'avancée dans le jeu est limité de façon réaliste en ce sens que l'on ne dispose au départ que de quelques points de capital politique. Ces points sont là pour prendre des décisions majeures (entendre par là ne pas s'abaisser à commenter une affaire digne d'un fait divers) en suivant le credo que l'on s'est fixé. Vous agirez par conséquent sur des curseurs afin d'octroyer plus ou moins de fonds à une action, tout en prenant en considération que les effets ne sont pas immédiats mais étalés dans le temps. Ces points augmenteront, ou diminueront, en fonction de leur emploi et de l'efficacité de vos ministres à leur tâche. Le concepteur de la simulation a poussé le réalisme jusqu'à offrir au joueur un répit les premiers tours de jeu après l'élection, symbolisant la période dite « lune de miel » entre le dirigeant (ré)élu et le peuple.

Les menaces se font aussi jour au fil du temps et le terrorisme apparait comme un élément à prendre en considération. Celui-ci pouvant être le fait d'une main étrangère ou d'un groupuscule national. Ce dernier cas est symptomatique, car le phénomène peut prendre une taille conséquente en cas de mécontentement national. C'est au final relativement réaliste, dans le sens où le concept des minorités agissantes peut rencontrer l'écho de la majorité silencieuse dès lors que celle-ci se meut en sa faveur ou dans une orientation lui étant favorable. Si la police et les services de renseignement permettent de juguler le phénomène lorsqu'il est embryonnaire et de faible importance, n'espérez pas arrêter la vague si celle-ci en devient trop imposante, mieux vaut jouer sur d'autres fronts. La partie du renseignement est bien représentée avec un état du nombre de membres des formations les plus virulentes (les données et leur véracité sont cependant dépendantes des fonds attribués aux services). L'un des meilleurs moyens pour éviter une propagation trop rapide est encore d'être alerte quant aux problèmes socio-économiques posés au niveau national et de renforcer les forces armées et l'aide étrangère au niveau international. Dernier élément connexe, vous éviterez aussi la survenance trop accentuée de cyberattaques si vous prenez en considération le souci de ménager vos relations avec les pays étrangers.

Le maillage en noeuds pour impressionnant qu'il soit au tout début est ensuite rapidement assimilé puisqu'il suffit par exemple de rester sur un élément sans appuyer sur un bouton de la souris pour comprendre les interactions par des flux animés. Et ensuite de cliquer dessus pour arriver aux manettes pouvant agir dessus. Simple et très efficace.

En réalité l'on découvre que tout est argent car le budget doit constamment vous obséder. Vous aurez même sur la page centrale le rappel des recettes, des dépenses... et de la dette! Car oui vous allez aussi devoir contenter les agences de notation! Et avoir les yeux rivés et les doigts croisés pour que cette satanée croissance s'envole vers les derniers mois de votre mandat... De plus, le consentement à l'impôt n'est pas un vain mot : la pression fiscale que vous exercerez sur vos administrés, et futur électeurs, peut pousser nombre d'entre eux à opérer des manifestations pouvant à terme dégénérer en révolte d'ampleur. Car n'oubliez pas qu'au final, vous pouvez très bien en cas de révolte sociale être démis de vos fonctions par le peuple ou... même finir assassiné.
Pour parachever le tout et éviter que cela ne se produise avec un peu de bon sens et de rigueur budgétaire : vous aurez droit à quelques camemberts et autres graphiques bien colorés pour apprécier un secteur particulier.

Enfin, chaque partie est hautement configurable : nombre de mandats maximum (jusqu'à illimité), équivalence d'années pour un mandat (entre trois et cinq), choix du pays (Royaume-Uni, France, États-Unis, Canada, Allemagne et Australie), la viscosité politique (entendre par ce terme la facilité avec laquelle le corps social vote d'un parti à un autre), régime monarchique ou non etc. Bref, de quoi rejouer de nombreuses parties différentes. Ajoutons à cela la survenance d'éléments aléatoires comme un tremblement de terre par exemple.

Restent quelques critiques à formuler.
Premier bémol : il n'existe pas de contrainte extérieure tel qu'un ensemble supranational (ex. l'Union Européenne) susceptible de forcer le pays choisi à respecter certains critères (notamment budgétaires).
Second bémol : l'on aurait souhaité que l'Italie, l'Espagne, la Russie ou le Japon soient de la partie pour une richesse accrue des situations possibles.
Troisième bémol : certains mécanismes gagneraient à être encore approfondis comme les affaires étrangères ou la religion quasi-inexistante dans les problématiques sociales.
Mais peut-être toutes ces critiques, somme toute bénignes, feront-t-elles l'objet d'un ajout (vendu ou offert séparément) à terme? C'est à souhaiter réellement car en l'état, le ludiciel est déjà bien fonctionnel et plaisant à explorer partie après partie.

L'on se demande au final vu la qualité d'un tel ludiciel, qui en est à sa troisième itération, s'il ne serait pas obligatoire de tester dessus les futurs candidats à des postes à responsabilité tant les mécanismes sont profonds et les situations plausibles. Un jeu aux ressorts parfois cyniques que n'auraient pas renié nos illustres penseurs de l'Antiquité.

Le site officiel du jeu sur le site de Positech : http://www.positech.co.uk/democracy3/

mercredi 30 octobre 2013

La dimension historique de la peine : 1810 - 2010, intervention sur la peine à l'âge du numérique



Chers visiteurs,

Nouvelle publication, chez Economica cette fois-ci où sous la direction du professeur Yves Jeanclos vient de paraître La dimension historique de la peine. Cet imposant ouvrage, 608 pages, regroupe les actes du colloque co-organisé par l'Université d'Alsace, le Centre Georges Chevrier (Université de Bourgogne) et le Centre Lorrain d'Histoire du Droit (Université de Lorraine) en septembre 2010, à l'occasion du bicentenaire du Code pénal en 2010. Célébré en moins grande pompe que son cousin le Code Civil, celui-ci est pourtant devenu une pierre angulaire des relations au sein de notre société, au point de faire des émules de par le monde. Et qui ne cesse depuis d'évoluer, et en corollaire d'être confronté à de nouveaux défis.

Bicentenaire pour lequel j'étais intervenu sur le thème de la peine à l'ère du numérique. En énonçant quelques données propres à la France tout en élargissant ce défi contemporain au monde entier, de l'Islande à l'Australie en passant par l'Allemagne. Non sans faire un comparatif avec l'essor de l'imprimerie par méthode typographique à partir du XVème siècle pour mieux faire saisir combien la problématique n'est pas nouvelle, et qu'elle a nécessité du temps avant d'être appréhendée correctement par les autorités.

Présentation : 

La peine, élément central du Code Pénal de 1810 et du nouveau Code Pénal de 1994, est le marqueur de l’évolution des sociétés humaines et des systèmes répressifs depuis 200 ans.

 La peine est analysée dans la dimension historique, pour comprendre sa réalité contemporaine et imaginer ses développements à venir. Elle reflète les théories et les pratiques à l’origine de son insertion dans le Code Pénal en 1810. Elle décline également une dimension géographique, au cœur des législations pénales déployées en France, Belgique, Italie, Pays-Bas, Suisse, voire Afrique et Asie. Elle est, au XXIe siècle, au service de la morale, de la loi et des Droits de l’Homme, contrôlés par la Cour européenne de Strasbourg.

 La peine, analysée dans sa dimension historique par des universitaires et des praticiens, est le pivot de toute politique répressive. Elle permet au législateur du XXIe siècle de connaître les pratiques pénales du passé, pour définir celles d’aujourd’hui et construire celles de demain. La peine de 1810 peut, à travers les travaux des analystes de 2010, favoriser la réflexion et le débat sur le devenir des peines. 

Sommaire :

Yves JEANCLOS.
Jacques BEAUME, La peine selon le Ministre de la Justice et des Libertés.
I. - La peine, une nécessité politique, avant le code pénal de 1810

1. - Les origines théoriques et analytiques de la peine

Dans le monde antique et médiéval:
Bernard ECK, La lapidation dans la Grèce antique: une peine institutionnelle?
Claire LOVISI, La peine de mort dans la Rome ancienne.
Jacqueline HOAREAU, «Préférer miséricorde à rigueur de justice», pardon exemplaire.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles:
Fabrice HOARAU, La peine dans l’œuvre de La Bruyère et de Fénelon.
Yvon LE GALL, Marivaux et ses Iles: entre la peine ecclésiastique et la peine séculière.
Michel PETITJEAN, La conception de la peine chez Grotius, au XVIIe siècle.
Hugues RICHARD, La peine selon François Serpillon, l’auteur du Code Criminel, précurseur du Code pénal de 1810.

2. - La pratique de la peine, une initiation pour le code pénal de 1810

Sanction et emprisonnement:
François LORMANT, L’arquebusade, une modalité d’exécution de la peine en Lorraine au XVIIe siècle, selon Jacques Callot, artiste-graveur.
Yann-Arzel DURELLE-MARC, La peine de la flagellation au début du XIXe siècle: Lanjuinais et l'évolution de la philosophie pénale.
François GERVASONI, La peine privative de liberté, de l’ancien droit au Code Pénal de 1791.
Alan WRUCK- RANGEL, Considérations sur le droit de correction dans l’ancien droit, du XVIe au XVIIIe siècle.

L’amendement du coupable:
Marie- Christine GUIOL, L’amendement du coupable dans le droit laïc au XVIIIe siècle.
Le droit douanier, exemple de la répression pénale en matière commerciale:
Thierry EDMOND, La peine en droit douanier au siècle des Lumières.

II. - La Peine, une réalité sociale depuis le code pénal de 1810

1. - Les influences croisées, pratiques et législatives sur la peine

Les modèles?:
Alain WIJFFELS, La sécurité des peines arbitraires? La Politique pénale des Ordonnances criminelles de Philippe II pour les Pays- Bas.
David GILLES, Peine, jury et habeas corpus: le débat juridique autour des qualités du droit pénal français et du droit criminel britannique après la conquête du Canada (1760-1791).
Marc ORTOLANI, Stéphanie BLOT-MACCAGNAN, La peine dans les royales constitutions du royaume de Piémont-Sardaigne au XVIIIe siècle.

Les applications du Code Pénal de 1810 dans le monde:
David CERUTTI, Le Code pénal français de 1810: du juge automate au juge arbitre?, Aperçu historique et philosophique du rôle du juge en France et en Suisse.
Annamaria MONTI, L’influence du Code Pénal français de 1810 sur les conceptions de la peine en Italie.
Jérôme de BROUWER, Une tentation libérale? La réforme du Code Pénal en Belgique à travers la redéfinition de l’échelle des peines (1830-1867).
Emese VON BONE, Le Code Pénal français aux Pays-Bas (1811-1886) et sa réception au regard du Code Pénal néerlandais.
Ayang UTRIZA, La réception du droit pénal d’Europe en Indonésie.

2. - Les nouveaux territoires de la peine

Ratione materiae:

Droit familial:
Renaud BUEB, La pénalisation des mœurs: de l’attentat aux mœurs au crime sexuel.
Pascal MOUNIEN, Droit et société: du crime passionnel et de sa sanction au XIXe siècle.

Droit commercial:
Adrien MAIROT, Les révolutions de la sanction pénale dans la vie des affaires.

Droit du travail:
Léna PERTUY, La condamnation pénale des coalitions: inertie législative et compensation des juges au XIXe siècle: l’exemple de la Bourgogne.
Béatrice LAPEROU-SCHENEIDER, Punir dans le monde du travail: perspective et prospective.

Droit européen, Cour européenne des Droits de l’Homme:
Ilina TANEVA, La peine, le point de vue du Conseil de l’Europe, Strasbourg.
Pascal DOURNEAU-JOSETTE, La notion de peine dans la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme.

Droit de l’informatique:
Yannick HARREL, La peine à l’âge du numérique.

Ratione personae:

Droit pénal spécial:
Jeanne-Marie TUFFERY-ANDRIEU, La dimension historique de la peine en Alsace-Moselle de 1870 à 1925: contribution à l’étude du droit pénal local.
Jean-Laurent VONAU, Les peines d’exception de la période d’épuration après la IIe Guerre mondiale et les territoires annexés du Bas- Rhin, Haut- Rhin et de la Moselle.
Narcisse Marwanga DOURMA, L’enfant et la peine en Afrique Noire: du droit traditionnel au droit contemporain du Togo.
Patrick BRUNOT, Les juridictions internationales et les peines au XXIe siècle.

Droit pénal appliqué:
Jean- Jacques CLERE, La détention préalable dans la procédure pénale française depuis la Révolution de 1789.
Yves JEANCLOS, La proportionnalité des peines, du XVIe au XXIe siècle.

Rapport de synthèse - La dimension historique de la peine - 1810-2010, Christian DUGAS de LA BOISSONY. 

jeudi 24 octobre 2013

Nouvelle Revue de Géopolitique : manoeuvres cybernétiques au Moyen-Orient


Stuxnet, Gauss, Flame, Shamoon (orthographié aussi Al Chamoun) : ces noms vous sont-ils connus? Si non, ou imparfaitement, alors j'escompte vous apporter un éclairage opportun dans le dernier numéro de la Nouvelle Revue de Géopolitique numéro 123 où je me suis astreins à faire le point sur la situation concernant les principaux pays acteurs de la région. Et ce, en s'attachant aux trois plans possibles de la cyberstratégie : physique, logique, cognitif.

Arabie Saoudite, Israël, Liban, Égypte, Bahreïn, Koweït, Qatar, Syrie... Le panorama tente d'être le plus exhaustif possible.

En vous en souhaitant bonne lecture.

Introduction :

Un nom à lui seul résume l'intensité qu'une frappe cybernétique peut désormais avoir : Stuxnet. Ce virus marqua le franchissement d’un nouveau palier dans la sophistication des cyber-attaques, ainsi que dans leur impact [1]. Et sa cible, l'Iran, démontre quant à elle que le Moyen-Orient ne saurait être exclu de ce type d'action. Pourtant, bien que très relayé et analysé, l'arrêt provoqué des centrifugeuses de Natanz n'est que la partie visible d'une lutte sourde, souterraine et violente que se livrent plusieurs acteurs intéressés dans ce grand jeu régional.

Le cyberespace permet en effet de prolonger une lutte conventionnelle sur un autre plan ; mais il offre aussi un champ conflictuel totalement autonome où les esprits sont les premières cibles, qu'ils soient ennemis, amis ou neutres. Et comme le Moyen-Orient n'est pas un tout géographique et humain homogène, l'on ne peut qu'entrevoir la complexité des enjeux, de leur réalisation et des acteurs censés les accomplir.



[1] Stuxnet fait partie du programme Olympic Games débuté sous le mandat de Georges W. Bush et perpétué sous Barack Obama visant à ralentir le programme nucléaire Iranien par l'emploi de moyens informatiques. Le journaliste du New York Times David E. Sanger a confirmé l'implication de structures étatiques américaines et israéliennes dans l'élaboration de ce programme. Le virus a paralysé les centrifugeuses de Natanz en Iran durant l'automne 2010, retardant de manière conséquente le programme nucléaire initial et obligeant vraisemblablement les autorités iraniennes à remplacer de coûteuses pièces industrielles et à nettoyer scrupuleusement leur parc informatique.


En raison d'une erreur d'acheminement d'un fichier à la rédaction, je m'excuse auprès des lecteurs concernant la date erronée parue sur l'infographie de la revue où il est indiqué 2012 pour Stuxnet alors qu'il s'agit bel et bien de l'année 2010 comme précisé en revanche correctement dans le texte.

samedi 19 octobre 2013

DSI HS numéro 32 : Au coeur de la cyberdéfense, focus sur la cyberstratégie russe


Voici bien longtemps que je n'ai évoqué les problématiques cyber. Je ne suis pas inactif sur la question bien loin de là, et la meilleure preuve en est avec ma participation au sein de ce numéro exceptionnel du magazine Défense et Sécurité Internationale Hors Série n°32, consacrant ses quelques cent pages à la thématique de la cyberdéfense.
Un numéro exceptionnel tant en terme quantitatif de par l'étendue des analyses publiées que sur le plan qualitatif par un bel aréopage de personnalités spécialistes du monde cyber.
J'évoque pour ma part la question de la Russie en tant que puissance cyberstratégique, en énonçant son histoire et ses éléments contemporains. Propos que je développe bien évidemment de façon plus conséquente au sein de mon ouvrage La cyberstratégie russe paru aux éditions Nuvis.

Un élément que je souhaite cependant apporter en complément de l'article, car en le relisant l'on pourrait penser à une contradiction au sein du texte lorsque j'évoque le texte de 2012 avec un certain elliptisme. Oui les Vues conceptuelles sur les activités des forces armées de la Fédération de Russie dans l'espace informationnel traitent de l'espace informationnelle sans mentionner le terme de cyberespace dans leur titre MAIS au sein du document les éléments du cyberespace, dont Internet, sont énoncés pour la première fois dans un document officiel militaire. Cette évocation ne remet aucunement en cause la vision russe de l'espace informationnel puisque le cyberespace y est consubstantiel. Précisions devait y être apportée, tout en m'excusant de la confusion qui aurait pu naître dans certains esprits.

Le sommaire complet : 

Editorial

Les défis

Que couvrent les dénominations cyber liées à la défense ?
 Par Daniel ventre, CNRS (CESDIP-GERN), titulaire de la chaire cybersécurité et cyberdéfense (Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan) et Charles Préaux, Professeur des universités associé à l’Université de Bretagne Sud (UBS) ; Fondateur et directeur de l’école d’ingénieurs en cyberdéfense au sein de l’ENSIBS (Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs de Bretagne Sud)

L’adversaire dans le cyberespace. Diversité, capacité d’action et asymétrie
 Par Olivier Hubac, Chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).

Le cyberespace au cœur des tensions géopolitiques internationales
 Par Amaël Cattaruza, maître de conférences au Centre de recherche des écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan et Frédérick Douzet, Professeur, directrice adjointe de l’Institut Français de Géopolitique, titulaire de la chaire Castex de Cyberstratégie.

Une révolution dans les affaires militaires ? Les paradoxes du cyberconflit
 Par Christian Malis, professeur associé aux Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan.

Cyberguerre. Un nouvel avatar de la tentation technologique ?
 Par Joseph Henrotin, Chargé de recherche au CAPRI.

Cyberespace. La nécessité d’une approche différenciée
 Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, rédacteur en chef adjoint d’Histoire & Stratégie.

Un cyber-Pearl Harbor. Quelle probabilité à court terme ?
 Par Myriam Dunn Cavelty, maître de conférence en études de sécurité, chercheuse sur les questions de risque et de résilience au Center for Security Studies.

Prospective de la cyberconflictualité. Enjeux et perspectives
 Par Fabrice Roubelat, maître de conférences à l’université de Poitiers, directeur de la revue Prospective et Stratégie.

Le continuum Défense sécurité et cyberconflictualité
 Par Didier Danet, maître de conférence en gestion, responsable du pôle Action globale et forces terrestres, Centre de Recherche des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).

Cyberdéfense : de Stuxnet aux armes de demain
 Par Franck Pavero, officier télécoms défense et guerre électronique, directeur général de la division lutte contre la cybercriminalité du groupe Cristal Concept.

Les réponses

Stratégies nationales de cybersécurité : principales tendances dans leur élaboration
 Par Gustav Lindstrom, directeur de l’Emerging Security Challenges Program au Geneva Centre for Security Policy (GCSP).

L’éthique de la force dans le cyberespace
 Par Edward Barrett, directeur de la stratégie et de la recherche, Stockdale Center for Ethical Leadership, académie navale des Etats-Unis.

Les cadres juridiques nationaux et internationaux du cyberespace
 Par Ronan Doaré, directeur du Centre de Recherche des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC) ; Oriane Barat-Giniès, docteur, consultante juridique cyber pour l’état-major des Armées et Éric Pomès, chercheur associé au CREC.

L’avènement du combat cyberélectronique
 Par Stéphane Dossé, coauteur de Stratégies dans le cyberespace et de Le cyberespace : nouveau domaine de la pensée stratégique et d’un ouvrage à paraître sur le combat cyberélectronique.

France. La cyberdéfense devient une priorité
 Entretien avec le contre-amiral Arnaud Coustillière, Officier général à la cyberdéfense.

La doctrine française face à la cyberconflictualité
 Par Jérôme Pellistrandi, officier chargé de domaine au CICDE, conseiller de rédaction de la Revue Défense Nationale.

Cyberdéfense chinoise
 Par Daniel Ventre, CNRS (CESDIP-GERN), titulaire de la chaire Cybersécurité & cyberdéfense (Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan).

La Russie, puissance cyberstratégique
 Par Yannick Harrel, auteur de La cyberstratégie russe (Nuvis, Paris, 2013).

Les logiques de milieu face au cyberespace
 Par William Dupuy, lieutenant-colonel, chef du centre d’analyse en lutte informatique défense
 et Patrice Tromparent, lieutenant-colonel, commandement opérationnel de cyberdéfense.

Fonctionnement en mode dégradé pour les forces, consécutif à une cyberattaque
 Par Jean-Fabrice Lebraty, professeur agrégé des Universités, gestion des systèmes d’information et de communication et Jérôme Pâris, officier des armes, lauréat du concours de l’Ecole de Guerre, associé aux travaux de recherche du CREC Saint-Cyr.

Cyberconflictualité et forces terrestres
 Par Aymeric Bonnemaison, colonel, coauteur d’un ouvrage à paraître sur le combat cyberélectronique.

Du cyberespace à la NEB : quelles conséquences pour l’action des forces terrestres ?
 Par Jean-Charles Nicolas, colonel, directeur des études et de la prospective à l’école des Transmissions de l’armée de Terre et et Jean-Charles Renaudin, directeur des études et de la prospective à l’école du Renseignement de l’armée de Terre (CEERAT).

L’autre NEB
 Par Philippe Lépinard, lieutenant, Centre d’Expertise de l’Infovalorisation et de la Simulation (CEISIM), Section Technique de l’Armée de Terre (STAT).

Le clair-obscur du niveau tactique cybernétique des Etats-Unis
 Par Éric Hazane, spécialiste cyberdéfense et expert cybersécurité.