lundi 31 août 2015

Oui, les français roulent comme des cons


Assertion lapidaire tout comme violente mais qui puise dans une expérience personnelle et transfrontalière.

Le contraste entre l'Allemagne et la France est tout autant saisissant que sévère. Ainsi il est possible en Allemagne de parcourir des centaines de kilomètres de façon relaxante et en toute quiétude alors que la France se révèle être un véritable espace acharné où chaque kilomètre du ruban d'asphalte doit donner lieu à un vainqueur et à un perdant. C'est là un état d'esprit français peu recommandable, et qui dénote une conception particulière du partage où certains se sentent plus égaux que d'autres.

L'on sent chez les allemands un respect pour l'automobile d'autrui, nulle jalousie ou mépris, juste de la considération. J'ai ainsi vu des véhicules d'ancienne génération ne pas être « poussées » par une grosse cylindrée leur signifiant de dégager de la voie, ces derniers attendant que le premier se déporte vers la droite une fois son dépassement effectué. Une situation où, en revanche, le français n'hésiterait pas à raccourcir les distances entre lui et celui qui le précède pour marquer le territoire, au risque mal calculé de subir un accident pour non respect de la distance réglementaire. Mention spéciale aux conducteurs et conductrices de Scenic qui semblent faire porter sur ce modèle une présomption de voiture fétiche pour automobilistes frustrés au regard de l'agressivité et du dédain envers les autres usagers dont ils font preuve au volant.

Là où l'allemand fait montre d'une intelligence collective, le français s'enferme dans un individualisme comminatoire.

Il serait facile d'arguer que les allemands se comportent mal en France. Mais peut-on leur en vouloir de leur donner raison en prouvant à chaque occasion que ce soit possible que la France est un pays où la Loi, et a fortiori le Code de la Route, est appliqué et sanctionné de façon très aléatoire, lorsque ce n'est pas de manière incongrue?

Si je défends une certaine idée de l'automobile, il est manifeste que celle-ci inclut la responsabilité devant autrui, c'est à dire passagers et usagers de la route.

Lorsqu'un ministre de l'intérieur appelle en désespoir de cause les français à se montrer exemplaires et responsables sur la route, il y a une manière assez singulière d'éviter de remettre en question des années de politique ayant abouti à déresponsabiliser justement ces mêmes automobilistes. L'appel serait somme toute louable si la répression aveugle et les réglementations défiant toute logique n'avaient pas entamé le crédit dont pouvait disposer un ministère à même de manier la carotte et le bâton. Or, en alourdissant les peines, en multipliant les contrôles automatisés (y compris dans les zones ne posant aucun souci de dangerosité) et en muant les forces de police et de gendarmerie en supplétifs du trésor public, il y a clairement eu une stratégie malheureuse qui aboutit désormais à un effet plancher en matière du nombre de morts sur les routes. Car jamais la répression n'a été aussi dure et jamais les comportements des incriminés n'ont été aussi affolants d'inconscience coupable.

Il est grand temps de sortir de la chasse à la vitesse qui confine à l'aveuglement idéologique, d'autant que le diptyque vitesse-pollution ne sera bientôt plus tenable avec l'essor croissant des véhicules électriques dont l'autonomie et la vélocité se développent concomitamment (cf modèles Tesla Motors ou les défuntes Venturi mais aussi d'autres marques généralistes tels Volkswagen avec sa e-Golf ou Chevrolet avec sa Volt).

Il n'y a rien de magique dans le différentiel de comportement entre les automobilistes allemands et français. Les uns ont été responsabilisés, les autres déresponsabilisés avec le résultat que l'on constate chaque jour. Ainsi, les allemands ont aussi un permis à point mais n'en perdent aucun si le dépassement est inférieur à 10 km/h, au contraire de leurs homologues français qui subissent la double peine (point retiré et amende de 68/135 € selon l'endroit où a eu lieu l'infraction). Comment s'étonner que ces derniers repartent sans faire aucunement amende honorable puisque ayant eu l'impression de s'être faits prendre par surprise ou de ne pas avoir été suffisamment malins pour éviter la contravention.
Qui sait par exemple que le refus de laisser traverser un piéton sur le passage protégé ou le défaut de clignotant avant de changer de direction équivalent respectivement à la perte de 4 et 3 points sur le permis de conduire ? Réponse : très peu de personnes. Pourtant le Code la Route est clair et emprunt de bon sens sur ces questions. La raison en est fort simple : l'absence de verbalisation encourage nettement l'impunité.
Autre élément remarquable sur les routes allemandes : là où les limitations de vitesse sont inexistantes, la majorité des véhicules restent aux alentours de 120-130 km/h. Et les véhicules les plus lents se rabattent d'office sur la voie la plus à droite afin de laisser file au loin ceux qui veulent/peuvent aller vite. Le tout sans stress aucun.

Comme le billet ne saurait être uniquement à charge, il se veut aussi force de propositions comme il est coutume d'énoncer. 
Ainsi plusieurs solutions peuvent être envisagées : 

  • augmenter progressivement les limitations de vitesse pour fluidifier le trafic
  • renforcer les contrôles en zones urbaines (là où les usagers sont les plus vulnérables)
  • viser prioritairement les comportements accidentogènes en lieu et place des excès de vitesse
  • obliger chaque automobiliste à effectuer un stage de pilotage abouti avec son propre véhicule
  • effectuer davantage de contrôles routiers axés sur l'alcoolémie et la prise de stupéfiants
  • opérer un toilettage en profondeur des variations de limitations de vitesse où les exceptions aux vitesses standards doivent le rester
  • améliorer les infrastructures existantes
  • répertorier avec l'appoint des initiatives citoyennes la localisation des zones les plus accidentogènes et adopter une signalisation en ce sens

Il n'y a pas de fatalité martèle-t-on à l'envi, c'est juste, il y a en revanche des mentalités à faire évoluer et une politique à modifier substantiellement pour enfin aboutir à des trajets sereins sur les routes françaises.

jeudi 27 août 2015

La fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement : un essai de Svetlana Alexievitch


Lors d'un discours au Kremlin en 2005, le président Vladimir Poutine se fendit d'un constat instructif pour qui fit l'effort de bien en saisir le propos :
« ...nous devrions reconnaître que l’effondrement de l’Union Soviétique fut un désastre géopolitique majeur du siècle dernier. Pour la nation russe, il devint un authentique drame...» [1]
Autre citation symptomatique du même personnage :
« Celui qui ne regrette pas l'URSS n'a pas de cœur ; celui qui souhaite son retour n'a pas de tête. ».

Défunte en décembre 1991, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques a existé durant soixante-neuf années. Trois générations ont ainsi vécu sous le soviétisme, et il serait peu dire qu'elle a conséquemment marqué les esprits. 

La fin de l'homme rouge de Svetlana Alexievitch a été récompensé par le prix Medicis de l'essai en 2013. Ce que je conteste quelque peu car fondamentalement nous n'avons pas affaire à une étude circonstanciée de ce qu'était l'homo sovieticus cher au philosophe Alexandre Zinoviev (1922-2006). Nous sommes plutôt en présence d'un kaléidoscope de rencontres, de portraits et de témoignages d'individus ayant connu ce que fut la vie en URSS. Des vies brisées, des héros anonymes, la police politique, la mafia des années Eltsine, la gueule de bois des démocrates, les proscrits des années 1970, les sanglants conflits dans le Caucase entre azerbaïdjanais et arméniens etc.
Ce sont des petites histoires qui permettent au final de mieux saisir la grande Histoire comme elle a été vécue et même en certaines occasions voulue et défendue par certain(e)s protagonistes.

Cette compilation est inégale en qualité, ce qui est le propre de ce genre d'exercice, tout en recelant quelques pépites retranscrites par la journaliste. De fait, il faut prendre ledit exercice dans son ensemble pour aborder ce que fut exactement l'homme soviétique, et découvrir que les regrets formulés par les individus ayant connu cette période ne sont pas illégitimes au regard de ce qu'ils ont perdu tout comme ceux qui ont lutté ardemment pour un socialisme à visage humain sont devenus depuis des êtres désabusés ressassant leur passé au regard de ce qu'ils ont vainement souhaité. 
Soviétique, le mot revient souvent et marque de son empreinte le lecteur car il désignait la citoyenneté, plus importante que la nationalité marquée sur les passeports intérieurs. Une fois assimilé son importance, c'est ainsi que l'on perçoit la solitude des populations s'étant retrouvées du jour au lendemain prisonnières de frontières nouvelles. Une situation favorisant l'émergence de conflits territoriaux féroces à la clef.

Considérer l'Union Soviétique comme une prison des peuples n'est pas forcément une manière lucide de considérer ce qu'elle fut. Nombre de citoyens ne souhaitèrent pas la mort de celle-ci mais sa réforme en profondeur pour laisser au peuple plus d'expression mais sans fondamentalement verser dans le capitalisme et renoncer aux avantages réels dont ils disposaient (gratuité de nombreux services, dont ceux de santé). Or, les plus désabusés sont ceux qui ont cru à ce socialisme à visage humain sans avoir eu le temps de s'adapter à la nouvelle donne de la rupture économique. Mal préparées, trahies par des promesses non tenues, délaissées par le pouvoir tenu désormais par les oligarques : les classes privilégiées du régime rouge furent jetées sans ménagement du bas de l'échelle.
Il est nécessaire de bien comprendre cette réalité des années 1990 pour assimiler que la volonté d'une large partie de la population favorable à un pouvoir fort et nostalgique de l'image de Staline (il s'agit bien d'imagerie populaire, pas de ses actes), perceptible en de nombreux sondages d'opinion est la résultante de ce traumatisme encore perceptible.

Une dernière remarque sous forme de critique : il n'est malheureusement pas notifié combien la figure de Vladimir Poutine a su réunir une large partie de cette population en déréliction. Or, ce n'était pas chose évidente tant la fin des années 1990 voyait surgir à nouveau l'émergence d'un courant communiste fort comme d'un nationalisme en plein essor. C'est là toute la science politique du président russe que d'avoir réussi à canaliser une grande partie des attentes de tous ces individus, notamment en leur redonnant une fierté perdue corrélativement à l'effondrement de l'Union Soviétique.

C'est par cette lecture une belle occasion de redécouvrir une civilisation disparue de la taille d'un empire où des individus étaient parés pour une guerre conventionnelle qui ne s'est jamais déclarée et qui ont été vaincus de l'intérieur.

[1] Traduction tirée de L'actu du pouvoir, lequel a fait l'effort de proposer une version plus juste des termes employés : http://www.actudupouvoir.fr/le-vrai-discours-de-vladimir-poutine-au-kremlin-en-2005/

mardi 18 août 2015

Les Borgia, une série historique en trois saisons haletantes


Les Borgia, le patronyme d'une famille catalane (Borja en version originale non italianisée) dont les frasques et la main-mise sur le Vatican n'aura eu de cesse de faire couler l'encre et tourner des bobines de films.
Sans s'étendre dans une liste exhaustive des oeuvres leur étant consacrées, je souhaite plus précisément vous faire part de l'existence d'une série franco-allemande financée par Canal +, dont la production et la scénarisation furent assurées par Tom Fontana entre 2011 et 2014. Et qui est dorénavant disponible en coffrets DVD.
À ne pas confondre avec une série éponyme américaine à laquelle elle est souvent opposée, et ne pouvant me prononcer sur la supériorité de l'une sur l'autre, je me garderai bien d'émettre une quelconque opinion sur le sujet.

En revanche la série présente a bénéficié de critiques mitigées, qui à mon sens sont justifiées car la première saison est parfois poussive, rarement ennuyeuse mais décousue. Ce qui n'a pas aidé à assurer une totale confiance dans le devenir de celle-ci et affermir la volonté des premiers abonnés. Regrettable car la montée en puissance est réelle dès la seconde saison tandis que la troisième est de loin la meilleure de toutes, malgré quelques accélérations calendaires qui auraient pu décontenancer les habitués.
À signaler que la série est close, et que seules trois saisons sont disponibles. Ce qui n'est pas plus mal lorsque l'on voit s'éterniser certaines productions qui ne savent plus comment s'arrêter et qui souffrent de l'effet « plateau ».

Toute une galerie de personnages s'offre ainsi aux téléspectateurs, dont la principale qualité est d'être toujours crédible. Avec comme il convient, un focus prononcé sur les membres les plus éminents de la famille Borgia.

À commencer par le pape, Rodrigo Borgia, campé par le très inspiré John Doman (accessoirement ancien officier des marines américains), est dépeint comme un être concupiscent, torturé par sa charge, flanchant en de rares occasions mais sachant rétablir l'ordre et remplir les caisses de ses États par tous moyens. Dur sans être cruel, Alexandre VI est complexe comme il se doit, et ne cessera de faire face à ses origines non italiennes en raison de sa politique plus volontariste sur le plan temporel que spirituel, au contraire de son oncle Alfonso Borgia, plus connu sous la dénomination papale de Calixte III.
Alexandre VI démontre par ailleurs combien les titres et territoires sont de puissants et utiles colifichets pour museler ou calmer les plus ardents opposants. Une facilité de manipulation qui lui fera malgré tout commettre en quelques occasions certaines erreurs d'appréciation.

Giovanni Borgia, appelé Juan dans la série pour souligner encore plus son attachement à la terre d'Espagne, est le parfait matador : un homme qui aime l'apparat mais ne sait ni commander ni même se faire respecter d'autrui. Ce qui va au fil des épisodes produire quelques dangereuses situations, y compris pour la papauté.

Lucrezia Borgia, dont la beauté est restée légendaire et interprétée magnifiquement par Isolda Dychauk, va prendre de l'épaisseur dans la continuité des épisodes et c'est très appréciable. Surtout à partir de la seconde saison où elle va disposer d'une place plus centrale dans les intrigues, parfois contre son propre gré mais où l'on décèle la construction de sa nature qui sera encore plus mise en exergue dans la dernière saison. C'est un personnage considéré comme mineur au début de la série, et dont la considération grandira au gré de ses échecs, succès, avanies et joies.

Et Cesare Borgia, celui qui était naturellement destiné à la prêtrise par son oncle Rodrigo, et qu ne cessera de réclamer le choix de sa propre voie.
Il y a en Cesare Borgia une soif d'absolu, une démence qui lui confère une aura prométhéenne et l'on ne sait, grâce au talent de l'acteur nord-irlandais Mark Ryder possédé par le rôle, si l'on doit saluer son talent militaire et politique ou le (con)damner pour l'éternité pour ses actes de cruauté et son utilisation sans vergogne des pires travers de l'homme.
Ce cardinal défroqué, premier et dernier au sein de l'Église, ne cesse de fasciner du premier au dernier épisode, d'autant que la progression est bien vue et magistralement menée puisque l'on observe son évolution tout en percevant les prémices de sa soif d'absolu. Son destin ne manque pas de susciter l'admiration : de son évêché de Valence aux États Pontificaux en passant par la cour du roy de France, celui qui ne rêvait que d'embrasser la carrière des armes fut de toutes les turbulences de son époque, voire y contribua au premier plan. Le tout au service d'une cause supérieure, celle d'unifier l'Italie par l'exemple ainsi que par l'alliance du sabre et du goupillon.
Et celui-ci ne trouva pas mieux que l'humaniste florentin le plus célèbre en sciences politiques, Niccolò Machiavelli, pour contribuer à forger son mythe. Et ce dernier de fournir l'une des plus éloquentes épitaphes en son chapitre VII : « Des principautés nouvelles qu’on acquiert par les armes d’autrui et par la fortune ».
En résumant donc toute la conduite du duc [Cesare Borgia], non-seulement je n’y trouve rien à critiquer, mais il me semble qu’on peut la proposer pour modèle à tous ceux qui sont parvenus au pouvoir souverain par la faveur de la fortune et par les armes d’autrui. Doué d’un grand courage et d’une haute ambition, il ne pouvait se conduire autrement ; et l’exécution de ses desseins ne put être arrêtée que par la brièveté de la vie de son père Alexandre, et par sa propre maladie.

Mais il faudrait aussi relater l'immixtion périodique d'Alessandro Farnese, de Giuliano della Rovere, Francesc Gacet (l'un des rares personnages fictifs mais restant hautement crédible), Raffaele Sansoni Riario, Giulia Farnese, Pietro Bembo, Leonardo da Vinci et aussi de... Niccolò Machiavelli lorsque les affaires florentines, comprendre la prise de pouvoir par Savonarole, forcent le pape à réagir.
Liste non exhaustive mais qui donne du relief aux interactions entre les personnages, évitant ainsi le huis-clos étouffant tout en donnant un bel exemple de l'essor de la Renaissance par quelques unes de ses plus grandes figures (papes, cardinaux, condottieri et diplomates seront plongés en pleine révolution artistique et technique, ne manquant pas de bouleverser certains esprits).

Je n'ose trop écrire sur le destin de chaque individu pour ne pas déflorer le plaisir de visionnage, ni vous relater les effets postérieurs à la fin de la série que vous aurez à coeur de découvrir par vous même sitôt le dernier épisode mais sachez que le plateau d'acteurs réuni est de bel aloi et mérite des applaudissements pour la prestation offerte.

Les intrigues internes comme externes sont haletantes, en dépit de quelques lenteurs et passages insignifiants dont la présence reste limitée fort heureusement, et donnent à la vie du Vatican une réelle consistance. Le tout à travers la plume du prélat alsacien Johann Burchard, témoin au premier rang des vicissitudes de son temps en tant que maître des cérémonies, et dont le rôle sera bien mieux mis en valeur lors de la seconde saison.

jeudi 13 août 2015

Entretien pour Sputniknews sur le droit à l'oubli et ses limites par les GAFA


Chers visiteurs,

Un autre entretien au profit de la radio Sputniknews sur la problématique du droit à l'oubli. Mon intervention fait suite à la réprimande de la CNIL envers Google en juin 2015, l'accusant de ne pas respecter pleinement la décision de justice de la CJUE du 13 mai 2014.

Le droit à l'oubli fait l'objet de pressions de la part de différents acteurs qui n'entrevoient pas forcément la même finalité, tandis que d'autres renâclent à l'exécuter pour une raison très évidente : l'atteinte à leur modèle économique.
Nous sommes en plein dans la dialectique des volontés et si le droit à l'oubli a pour le moment le vent en poupe, il est loin d'être établi dans le paysage numérique.


Une correction cependant : le G29 n'est pas composé de 29 États européens mais se fonde sur l'article 29 de la directive 95/46/CE relative à la protection des données des citoyens européens. Toutes mes excuses quant à cette erreur qu'il ne m'a pas été possible de corriger dans le cours de la conversation.

mardi 4 août 2015

Le Brésil sur la grille de départ de l'automobile sportive



Le Brésil. Ses plages dorées, sa forêt luxuriante, son majestueux fleuve Amazone, son Corcovado... et son industrie automobile!

Ah bon serait-on tenté de dire. Certes, les amateurs de Formule 1 et d'Endurance connaissent le très somptueux circuit d'Interlagos mais bien peu au final sur le monde sportif automobile du pays.

Pourtant celui-ci vit, ou plutôt roule. Et est le reflet de la pénétrations d'acteurs tiers et de particularités locales. Ainsi, a-t-on pu découvrir, au salon de Bologne de décembre 2014, l'apparition d'un étrange modèle d'automobile qui n'est pourtant pas sans nous rappeler des traits familiers. Tirant sur les formes de la fameuse bête chérie de Jean Rédélé : l'Alpine A110.
Le nom d'office lève un bout du voile : Willys AW 380 Berlinetta.
Rien à voir avec la renaissance d'Alpine et sa Célébration mais bien une conception proche de l'originale, avec l'appoint du carrossier Viotti. Le tout mû par... 610 chevaux pour 830 Nm! 

Le nom de Willys peut intriguer car il renvoie directement aux célèbres jeeps (Willys MB) de la seconde guerre mondiale. Pourtant, Willys a aussi essaimé ailleurs qu'aux États-Unis, et n'a pas concocté que des 4X4, exemple des Aero et surtout des Americar. Pour le Brésil, ce fut la filiale Willys-Overland qui prit pied sur le territoire et tenta d'assurer la vente de ses modèles. Avec le temps, l'actionnariat nord-américain se dilua au profit des investisseurs sud-américains tandis que l'ingénieux dieppois Jean Rédélé négocia intelligemment avec Willys une licence pour son Alpine A108. Laquelle fut renommée Willys Interlagos. Celle-ci eut une carrière sportive remplie sur le continent sud-américain, permettant à de futurs pilotes locaux de s'exercer avec une voiture maniable et nerveuse, et un tantinet joueuse.

Pour plus d'informations générales sur l'Alpine A108, veuillez vous rendre sur le site de l'Automobile Sportive qui consacre même un petit encart à l'Interlagos (en annonçant 822 exemplaires de vendus).

Et pour faire tourner ces belles mécaniques, rien ne vaut un beau circuit. Ou plutôt de beaux circuits. Interlagos déjà cité a été remanié au fil du temps pour aboutir à la version contemporaine de 4,309 km. Une version qui a le mérite d'être moins tordue que celle qui prévalait jusqu'en 1989, laquelle infligeait de sévères pressions sur les vertèbres des pilotes. Le tracé actuel bien que plus court de quelques trois kilomètres offre des voies de dépassement et la possibilité de quelques accélérations, le rendant de fait viable pour des courses haletantes, y compris d'endurance. 
Celui de Londrina, dans l'État de Parana, est très singulier en étant vallonné et proposant une succession de lignes rapides et de courbes serrées. Idéal pour éprouver ses talents de pilotage.
Enfin, l'un des derniers venus, situé dans l'État de São Paulo, Velo Città, est sublime pour ses dénivelés et son harmonieux tracé. En raison de sa construction récente, 2010-2011, le circuit propose plusieurs configurations, offrant ainsi un degré de difficulté de pilotage variable. Curiosité inédite : les panneaux d'annonce de virage imminent sont illustrés... par des singes se masquant progressivement les yeux!

Côté pilotes, sans lesquels rien ne serait, tout le monde se souvient d'Ayrton Senna (1960-1994), grand champion de Formule 1. Mais s'y cantonner ce serait occulter les vedettes passées et contemporaines que sont : Felipe Massa toujours sur Formule 1 et dont la période faste remonte à 2006-2008 chez Ferrari ; Nelson Piquet, trois fois champion du monde sur Formule 1 ; Emerson Fittipaldi vainqueur à la fois du championnat de Formule 1, et ce à deux reprises, et de l'Indianapolis 500, la plus célèbre manche des Indy Cars, là aussi à deux reprises ; Lucas di Grassi, pilote de Formule 3 et d'Endurance, sous les couleurs d'Audi, et ayant joué les premiers rôles en Formule-E lors de la saison inaugurale ; Valdeno Brito, en Blancpain GT Series et Stock Car Brasil et enfin Ingo Hoffmann, multiple vainqueur en Stock Car Brasil et du Mil Milhas Brasileiras, une célèbre épreuve d'endurance locale.

Pour situer tout de même le dynamisme de l'automobile au Brésil, sachez que selon l'OICA, la fédération des constructeurs automobiles dans le monde, ce pays a produit quelques 3 146 118 véhicules en 2014. Soit un chiffre le plaçant devant le Royaume-Uni et la France réunis! Chiffre non fantaisiste car la majeure partie des marques du secteur y disposent d'installations. Ainsi, la Renault Sandero inondant le marché sud-américain est fabriquée à Curitiba, dont une version sportive, la RS, sera disponible courant 2016. Tous les produits des constructeurs mondiaux n'ont pas vocation à traverser le Pacifique ou l'Atlantique, ainsi par exemple le Volkswagen Gol, inconnu en Europe par exemple, est une compacte destinée uniquement à cette région du monde.
Mentionnons tout de même quelques manufacturiers locaux, tels Marco Polo S.A. (principalement des autobus), Troller Veículos Especiais (uniquement des véhicules tout-terrain) et Obvio! (une gamme de micro-cars dont une partie s'oriente désormais vers la motorisation hybride).

Enfin, pour ceux qui souhaiteraient s'initier virtuellement à quelques circuits et véhicules de course propres au Brésil, ils peuvent télécharger gratuitement un simulateur : Copa Petrobras de Marcas. Par le studio de développement brésilien, claro, Reiza. 6 circuits, 4 marques en compétition et une physique très travaillée (sur base du moteur rFactor). Indiquons que Reiza Studios produit un simulateur commercial, Game Stock Car Extreme, où plusieurs championnats sont disponibles de la Copersucar à la Formula Vee en passant par la saison 2013 de Stock Car brésilien avec de nombreux circuits nationaux et même quelques tracés tiers historiques (comme celui de Kyalami).
Le site officiel : http://www.gamemarcas.com.br/

lundi 27 juillet 2015

L'embargo russe pèse sur l'agroalimentaire européen


En France, la colère d'éleveurs et d'agriculteurs a atteint un paroxysme aboutissant à des opérations médiatiques très relayées, en complément des habituels barrages sur les voies de grande circulation et sur les axes frontaliers.

La cause de cette grogne? Un stress conséquent sur le prix de la viande comme des fruits et légumes. Pointée du doigt pour ses marges, la grande distribution est pourtant un coupable trop facile. Certes, cela n'exonère en rien des pratiques que l'on sait avoir des conséquences sur la situation actuelle mais cette indication reste incomplète.

L'autre explication, peu médiatisée celle-ci, est l'embargo russe décrétée sur les produits de l'agroalimentaire européen [1] en réaction aux sanctions réitérées de l'Union Européenne envers la Russie (le dernier G7 des 7 et 8 juin 2015 a conclu à la reconduction desdites sanctions).

Or certains experts avaient indiqué que ces mesures n'impacteraient que fort peu certains pays comme la France sans se douter que l'effet domino allait faire son oeuvre en engorgeant le marché européen d'invendus. Lénifiée, la crise avait toutes les chances de produire les effets escomptés par les autorités russes qui misèrent spécifiquement sur le manque de réalisme de leurs homologues occidentaux. Certes, des compensations financières ont été annoncées mais : 1) elles ne seront pas suffisantes pour amortir la chute des cours si l'embargo se prolonge, et les 600 millions d'euros promis par le chef de l'État français pèseront lourd dans le budget de l'État au grand désarroi de la Cour des Comptes 2) la révision de la Politique Agricole Commune accentue encore la déstabilisation des cours [2] 3) la Russie est considérée comme un marché perdu pour longtemps par nombre d'acteurs du secteur.

Pourquoi marché perdu? Parce que dans le même temps, et sans que les médias occidentaux n'en fassent malheureusement grand écho, les barrières douanières à l'encontre du Brésil comme de l'Argentine ont été levées au grand contentement de ces deux pays (qui ne sont pas les seuls à en profiter mais renforcent leur statut de poids lourds en essor du secteur agroalimentaire). Mais aussi, surtout même, les responsables russes ont axé une politique d'auto-suffisance en la matière, ce qui est autrement plus problématique car même si les 100% ne seront jamais atteints, le succès que pourra rencontrer cette initiative va de facto priver les éleveurs, pêcheurs et agriculteurs européens de débouchés substantiels pour leurs produits.

L'inflexibilité des têtes de l'Union Européennes amène à conjecturer que la situation ne risque en rien de s'améliorer à moins de réformes structurelles profondes du secteur primaire qui seront douloureuses et passeront en partie par une réorientation de l'activité de certains exploitants mais aussi et malheureusement par l'arrêt de nombreux autres. C'est une crise grave qui est la conséquence d'actions politiques peu réfléchies quant à leur impact par ricochet. Au petit jeu des sanctions, il y a toujours à perdre lorsque l'on ne dispose pas d'un différentiel conséquent en matière de rapport de force. L'ignorer c'est s'exposer à de graves désillusions.


[1] Souvent oublié, le poisson est lui aussi frappé d'embargo, et plus particulièrement le poisson écossais dont la valeur d'exportation à destination de la Russie est estimée à 16 millions de livres (soit 22 millions d'euros) : 

[2] Le montant exact de la différence déficitaire entre le budget alloué à la France par la PAC en 2007-2013 et en 2014-2020 : 10,390 milliards d'euros

Liste des sanctions envers la Russie par l'Union Européenne : 
La décision d'embargo de produits alimentaires européens par les autorités russes : 

Crédit illustration : The Guardian 

mardi 21 juillet 2015

La « cybérie » russe à l’aune de la nouvelle doctrine militaire


Chers visiteurs,

Permettez-moi de vous annoncer la sortie du numéro spécial de l'Armée de l'air - Penser les ailes françaises, un numéro spécial consacré aux problématiques cyber de notre temps.

Un numéro exceptionnel en terme de qualité et pour le large panorama qu'il dresse : cyberstratégies américaine, chinoise, israélienne et russe sont évoquées ainsi que nombre d'autres problématiques comme la souveraineté, les orientations civiles et militaires, le Command & Control etc. Sans omettre, il va de soi, une réflexion appropriée sur le cyberespace et l'armée de l'air.

Je suis intervenu pour ma part et comme il se doit dans le cadre de la cyberstratégie russe. Une analyse réactualisée au regard de la doctrine militaire parue en décembre 2014. C'est par conséquent une étude exclusive pour ce numéro de Pensez les ailes françaises dont je vous souhaite une très agréable lecture.

SOMMAIRE :
 
Le cyber espace et les operations aériennes : de l’analogie à la synergie
Allocution du Général d’armée aérienne Denis Mercier
Une cyberstratégie à inventer
Monsieur François-Bernard Huyghe
Enjeux et moyens de notre souveraineté numérique
Monsieur Pierre Bellanger
Les enjeux du cyber pour les armées françaises
Vice-Amiral Arnaud Coustillière
Recognized Cyber Picture de l’armée de l’air (RCP Air)
Colonel Christophe Vilchenon
Dans le cyberespace, la distinction entre civils et militaires a-t-elle
encore un sens ?

Monsieur Nicolas Arpagian
C2 et Cyber
Général (2s) Gilles Desclaux et Monsieur Bernard Claverie
La cybersécurité : de la représentation d’un bien public à la nécessité
d’une offre souveraine

Monsieur Danilo D’Elia
Vers une nouvelle lutte informatique pour l’armée de l’air
Monsieur Thierry Lemoine
Guerre électronique et combat dans le cyber espace : quelle complémentarité ?
Lieutenant-colonel Samir Ouali-Djerbi
Cyber-défense et cyber-sécurité du milieu aérospatial :
Quelles spécificités ? Quelles ambitions ?

Monsieur Pierre Barbaroux
Les enjeux de la formation aux métiers cyber
Professeur Giuseppe Leo
Existe-t-il un marché des cyber-armes ? Pour une approche critique de la
notion de cyber-arme

Aspirant Yves Auffret
La Cyberdéfense aux États-Unis : entre enjeux stratégiques
et compétitions institutionnelles

Lieutenant Tony Morin
La « cybérie » russe à l’aune de la nouvelle doctrine militaire
Monsieur Yannick Harrel
Cybersécurité et cyberdéfense chinoise : évolutions
Monsieur Daniel Ventre
Le cyber en Israël : quelle stratégie ?
Monsieur Amer Eldebek

Version numérique disponible sur le site du Ministère de la Défense : 

mardi 7 juillet 2015

Différence, impact et pénétration des réseaux sociaux entre la France et la Russie


Chers visiteurs,

Derechef, je vous livre une nouvelle analyse de huit minutes pour le compte de la radio Sputnik et qui a été diffusé le 27 juin 2015.

Celle-ci se décompose en trois questions tournant autour des réseaux sociaux, de leur influence et des spécificités entre la France et la Russie.

Le lien vers l'entretien : 

En vous souhaitant une bonne écoute.

Pour l'entretien précédent, se rendre ici : http://harrel-yannick.blogspot.fr/2015/06/entretien-sur-les-cybermenaces-et-la.html