mardi 25 novembre 2014

Des courses, des russes, du cyber


Trois thématiques qui se retrouvent en certaines circonstances en une seule de par l'évolution de la technologie présente sur les véhicules, et qui ressort de cette évolution nommée Internet des objets (concept un peu fourre-tout que j'explicite au sein d'un chapitre de mon ouvrage Cyberstratégies économiques et financières), dépassant déjà le concept d'électronique embarquée. Mais aussi par le truchement d'une implication plus poussée des investisseurs russes dans le sport automobile, débarrassé il est vrai de la gangue idéologique qui voulait sous l'Union Soviétique que l'on ne s'adonne pas à des sport bourgeois [1]. Rapide tout d'horizon.

L'analogie entre le monde automobile et celui de l'informatique est souvent de mise. Il est ainsi souvent évoqué la vitesse du processeur et de la mémoire vive, la puissance de la carte graphique (GPU) et de la nécessité de procéder à un entretien régulier du matériel (même s'il n'y a pas encore de contrôle technique pour l'informatique, quoique les audits...). Des chevaux aux mégas octets, des km/h (miles per hour pour nos amis anglo-saxons) aux mégas hertz : l'on peut relever ici et là quelques similitudes. Bien sûr, les simulations automobiles, de plus en plus époustouflantes pour le réalisme et la modélisation des circuits comme des véhicules est le pont le plus évident entre les deux univers. Mais ce n'est pas le seul...
Ainsi, premier exemple, il existe la Hacker de chez 999 Motorsports, petit monstre de la piste doté d'un moteur turbo de 176 chevaux pour moins de 800 kilos tout tassé et qui donne lieu à des compétitions informelles et plus formelles, telle la Hacker Cup. Mais le raccourci est par trop facile, alors évoquons David Heinemeier Hansson. Ce programmeur danois a été élu en 2005 par Google et la O'Reilly Open Source Convention hacker de l'année! Mais il fut déjà connu auparavant pour être le développeur de la structure logicielle Ruby on Rails. Quel est le rapport avec la course automobile? Très simple : il est depuis 2012 engagé dans la compétition d'endurance WEC, championnat dont le point d'orgue sont les réputées 24 Heures du Mans. Épaulé il est vrai par Kristian Poulsen, un vieux briscard compatriote. Et tout récemment, il y a une semaine, les deux scandinaves ont été sacrés champions du monde 2014 de leur catégorie (GTE AM) sur leur ronflante Aston Martin Vantage gonflée par un V8. 

Toutefois, pour en revenir aux appétits russes pour tout ce qui concerne un volant et des pneus, j'avais voici peu évoqué le cas récent de Nikolaï Smolenski et sa vraie-fausse reprise du constructeur TVR. Un gâchis fruit d'un caprice d'enfant gâté... L'on pourrait aussi citer le cas de Marussia, manufacturier de supercars (la B1 et la B2) mais dont la campagne en Formule 1 vient de se terminer abruptement par liquidation judiciaire. Il est vrai que Marussia Motorsports, la maison-mère, avait été elle-même victime de son ardoise conséquente en avril 2014 après sept années seulement d'existence.
Toutefois, des exemples plus heureux peuvent être cités : celui de l'engagement multi-victorieux des écuries SMP-Racing et G-Drive en Endurance (WEC une fois encore) en P2 et dont la victoire finale sera russe quoiqu'il advienne lors de la dernière manche au Brésil. Toujours Endurance, mentionnons l'arrivée prochaine par l'entremise du magnat Boris Rotenberg (déjà détenteur de SMP-Racing) du prototype BR de chez BR Engineering qui concourra en 2015 avec un bolide catégorie P2, le tout avec le concours de l'ingénieur Paolo Catone qui fut responsable du projet Peugeot 908 HDi FAP, excusez du peu! Autre discipline, le WTCC avec les Lada Granta et la dextérité de Rob Huff qui l'emporta par deux fois cette saison dans un contexte très concurrentiel avec les Jose Maria Lopez, Ivan Muller et Sébastien Loeb sur le bitume. Lada Granta qui tirent leur révérence au sortir de la saison pour laisser place à la nouvelle Lada Vesta dévoilée en août dernier (cf image illustrative).

Enfin, et pour revenir de l'autre côté du Channel, l'écurie de Formule 1 Caterham a réussi in-extremis à sauver sa place pour le Grand Prix d'Abou Dhabi en faisant appel... au financement participatif. Et de dépasser l'objectif initial de 2,350 millions de livres sterling (soit la bagatelle de 2,96 millions d'euros) sur le site spécialisé Crowdcube. Ce qui ne chasse pas les sombres nuages pour la saison 2015 mais permettra au moins à l'équipe de terminer 2014.
Au passage, l'un de ses sponsors venant d'injecter quelques fonds bienvenus est Kantox, une plate-forme d'opérations de changes (devises) en ligne : comme quoi le numérique n'est plus jamais très loin et que celui-ci ramène de plus en plus vers le monde de la vitesse (qui a dit publicité Numéricable?)...



Dernier exemple : le cas Brabham sur IndieGogo. Afin de ressusciter l'écurie de l'australien Jack Brabham qui connut de grandes heures de gloire dans les années 1960, son fils a décidé de recourir au financement participatif. Toutefois le but est différent de celui de Caterham puisqu'il ne s'agit non plus de voir à court terme mais à plus long terme : l'objectif est clairement de refonder une nouvelle entité avec toute une chaîne d'étapes : plan d'études, ingénierie, montage, compétition sous l'égide d'une plate-forme collaborative. La première étape de 250 000 livres sterling a été franchie pour la mise en place du portail (ce qui est tout de même à mon sens relativement onéreux même en misant sur des serveurs solides), les autres étapes se situant à 500 000 £, 2,5 millions £ puis 8 millions £. L'aboutissement d'un prototype pouvant être lancée en P2 est encore loin mais le projet se doit d'être mentionné, ne serait-ce que pour la confiance qui se dégage dans les outils numériques. 
Tout reste à faire mais tout devient possible...
 


[1] Ce qui n'empêcha pas quelques courageux dont le pilote lituanien Stasys Brundza de produire au début des années 1980 un monstre mécanique, la Lada VFTS, gonflée à quelques 300 chevaux!) et très populaire dans les pays de l'Est. Principalement en Hongrie où quelques exemplaires sont encore capables de donner le frisson aux spectateurs.

PS : En me replongeant dans les notes de mon dernier ouvrage, je me suis rendu compte que je n'avais pas traité de la Nissan GT Academy. Loin de n'être qu'une banale école de pilotage et de formation de futurs pilotes, celle-ci se caractère par le fait que les heureux élus sont issus de qualifications multiples sur la simulation console Gran Turismo (dont on peut apercevoir la publicité sur de épreuves comme le VLN).
Ceux sélectionnés sont ensuite soumis à un entraînement rigoureux jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un ou quelques pilotes estimés à même de maîtriser et porter vers la victoire un bolide nommé Nissan GT-R.
Lu sur le site officiel
La GT Academy est un programme de découverte et de d'entraînement de pilote qui a démarré en 2008 grâce à une collaboration entre Gran Turismo et Nissan. Des qualifications en ligne se déroulent dans le jeu Gran Turismo, et les meilleurs joueurs sont invités à des finales nationales dans chaque pays participant. Ceux qui remportent ces finales participent ensuite à un ""Race Camp"" à Silverstone, au Royaume-Uni, pour une dernière sélection. Le vainqueur entamera alors un programme intensif d'entraînement au pilotage conçu par Nissan, et participera à des courses partout dans le monde en tant que pilote professionnel.
La GT Academy revient en 2014 pour sa 6e édition. Les qualifications en ligne commenceront le 21 avril dans Gran Turismo 6, exclusivement sur PlayStation 3. Nous espérons vous voir participer !

lundi 17 novembre 2014

L'esprit français et la nuance : exemple de l'Ukraine (mais pas que...)

L'esprit français a été symbolisé récemment par deux entretiens que je tiens à vous faire partager. Par esprit français, il ne faut pas comprendre une aptitude propre à un peuple mais plutôt à une langue : il est moins question du gentilé dans ce cas de figure que d'une réflexion induite par la composition, l'organisation et l'imbrication de la réflexion par les mots, donc de la pensée. Un canadien, un algérien, un togolais, un cambodgien etc. qui emploie la langue française pour s'exprimer et pour exprimer une pensée sera un ambassadeur de la pensée française. Cela ne déconsidère en rien les autres pensées, anglo-saxonne, slave ou indienne par exemple, elle est juste preuve d'une altérité dans les modalités d'approche de la réflexion.

Et ce faisant, je tenais à vous faire partager deux beaux exemples de cette pensée qui se tient loin du manichéisme détestable et éloigné de la vraie pensée française : le premier de Jean-Robert Raviot, professeur de civilisation russe et soviétique et le second d'Emmanuel Todd, ethnologue et démographe.
Si la première intervention est axée majoritairement sur la question russe, la seconde est plus généraliste mais les deux méritent toute votre attention.

Le plus essentiel est de prendre connaissance des propos des deux intervenants qui sont autrement plus nuancés que certains politiques ou éditorialistes qui se laissent aller à une curée dont la première victime est la compréhension de la situation.
L'Ukraine est une crise européenne majeure qui pousse certains pays à aller au-delà de leurs propres intérêts commerciaux et diplomatiques. Il est d'ailleurs saisissant que l'Allemagne après avoir été en pointe de la fermeté vis à vis de la Russie en vienne à favoriser une accalmie sur le front des sanctions, comme frappée par sa propre audace et la crainte d'avoir dépassé la limite au-delà de laquelle l'engrenage s'auto-alimente. En somme, ce qui est effrayant est cette mécanique de l'affrontement et de la rigidification des esprits où le pathos et l'hubris prennent l'ascendant sur le logos.
L'Ukraine n'est pas le seul exemple, même s'il est celui qui est le plus brûlant. Mais l'on pourrait utilement revenir sur l'épilogue toujours en cours de la situation en Libye qui, rappelons-le, est parti d'une intervention franco-britannique (les américains n'ayant participé qu'à contre-coeur et par solidarité). Avoir désigné les bons et les méchants sans même prévoir l'après Kadhafi est d'une bêtise confondante qui se chiffre depuis en plusieurs centaines de morts post-révolution et une instabilité politique chronique... Ce n'est pas le seul brasier qui continue de couver, déclenché et alimenté par des forces occidentales, d'où la difficile compréhension que nombre de pays Européens, du Canada, de l'Australie et des États-Unis souhaitent envenimer la situation géopolitique globale sur un nouveau front : tels sont les propos de Jean-Robert Raviot qui lâche même la formule de « fuite en avant ».

Si l'on peut trouver Emmanuel Todd horripilant, l'on ne peut lui contester une honnêteté intellectuelle puisqu'il revient sur une de ses erreurs de 2012 qu'il évoque sous la forme d'un « pari foireux ». Mais plus encore lorsqu'il avoue qu'il est très attentif et admiratif à ce qui se déroule aux États-Unis, saluant au passage la presse d'outre-atlantique et d'outre-manche pour sa couverture des évènements internationaux... tout en défendant la posture de la Russie qui est, selon lui, légitime. Pour un esprit borné, il y a hiatus. Pour un esprit qui ne cloisonne pas les idées et les connaissances, il n'y a pas de souci : parler de la course du soleil en évoquant l'Est mais en refusant de préciser qu'il se couche à l'Ouest par dégoût de ce qui s'y trouve serait d'un ridicule fini, c'est pourtant ce qui advient avec certaines analyses tellement partielles qu'elles en deviennent honteusement partiales.

Je vous laisse prendre connaissance de ces entretiens tout en remerciant le site Theatrum Belli pour avoir fait mention de l'entretien avec M. Raviot, sans quoi je serais passé à côté.

L'entretien avec Jean-Robert Raviot sur Radio Courtoisie (en deux parties) :

La nouvelle russophobie : Jean-Robert Raviot... par cdmanon


La nouvelle russophobie : Jean-Robert Raviot... par cdmanon

L'entretien avec Emmanuel Todd sur Europe 1 :

mercredi 12 novembre 2014

Russie-Chine : à l'ombre de l'APEC, un renforcement des liens financiers


Le  26ème sommet de l'APEC qui s'est tenu en la ville de Pékin les 10 et 11 novembre 2014 a réuni la majeure partie des puissances qui comptent dans le monde. Ce fut notoirement l'occasion d'une brève entrevue entre le président américain Obama et son homologue russe Poutine. Et la démonstration d'un acte de galanterie de la part de ce dernier envers la première dame de Chine, la chanteuse Peng Liyuan, censurée par la télévision chinoise de peur de laisser naître de perfides allusions.

Ce faisant, cette rencontre fut bien plus cruciale qu'une simple agape telle que le G8 (devenu G7 depuis l'exclusion de la Russie) car d'une part symbolisant la montée en puissance de cette zone devenue le moteur de l'économie mondiale (le FMI prévoyant 5,5 à 5,6% de croissance pour 2015 dans son dernier rapport [1] ) et d'autre part le lieu d'annonces remarquables pesant à la fois sur le monde géopolitique et sur la finance.

Dans ce second registre, mentionnons l'évolution et la libéralisation prochaine (le 17 novembre si l'opération n'est pas reportée) des bourses de Shanghaï et de Hong-Kong.  L'interconnexion entre les deux bourses va avoir pour principale conséquence que des titres chinois pourront être détenus et échangés par des étrangers. Le Shanghaï-Honk Kong Connect va de la sorte permettre une croissance des échanges entre les deux bourses et avec l'extérieur, moyennant quelques restrictions résiduelles.

Or c'est ce moment précis que choisit la seconde banque de Russie, la VTB (Vnechtorgbank), pour annoncer qu'elle entend se décôter du London Stock Exchange (inscrite depuis 2007) pour s'inscrire dans cette dynamique des bourses chinoises. Le propos n'est pas anodin et doit être couplée à cette volonté réitérée par les autorités russes et chinoises de peser sur les échanges mondiaux en opérant des échanges financiers roubles/yuans en lieu et place du dollar. La mise à l'index puis les sanctions opérées envers des banques comme la française BNP Parisbas ayant utilisé le dollar pour des transactions avec des pays frappés d'embargo n'ont pas peu incité à l'accélération de mesures visant à se rendre moins dépendants du billet vert. Ce programme conclu en août 2014 signifie concrètement que la Chine s'engage progressivement à acheter des matières premières russes en yuans/roubles et que la Russie opèrera de même pour ses importations de produits chinois.

En sus, l'APEC a été le théâtre de l'affrontement de projets de coopération économique régionale : l'un d'essence américaine, l'autre d'inspiration chinoise mais tous deux visant à accroître les échanges de la zone Asie-Pacifique. Si l'Australie a répondu présent au dessein américain, la Russie a apporté son rapide soutien à  la proposition chinoise. Une annonce qui a raffermi temporairement la monnaie russe, laquelle a dévissé conséquemment depuis le 30 octobre, date à laquelle Wall Street et la City ont décidé de mener une guerre monétaire sur le rouble russe, avec le concours de leurs alliés de l'OPEP [2].

Cette volonté de prise en main des destinées financières mondiales augurent d'une aggravation des relations futures avec nombre de pays occidentaux. Car l'arme économique et financière bascule de plus en plus de l'ouest vers l'est : tant la Chine, atelier et créancier du monde, que Singapour, nouvelle ruche de la finance mondiale, pèsent d'un poids conséquent sur les échanges mondiaux et ne peuvent plus être ignorés par les décideurs.

Quant à la Russie, ses deux prochains écueils dans l'immédiat sont, comme le mentionne l'économiste Jacques Sapir : une inflation à maîtriser pour éviter qu'elle ne gangrène trop le système économique et ne rogne sur le pouvoir d'achat des ménages ; une baisse des investissements, corollaire d'une hausse des taux d'intérêt par la banque de Russie.
Ces indicateurs seront surveillés de très près ces prochaines semaines, le temps soit de laisser le rouble se renforcer soit de prendre des mesures régulationnistes. Mais aussi le temps de gérer les évènements géopolitiques et géoéconomiques à l'origine d'une telle complication.


[1] Perspectives de l'économie mondiale : Avant-propos, résumé analytique et chapitres 1 et 2 - Distribution préliminaire : Octobre 2014
[2] Une situation qui ne fait pas que des malheureux : outre que les exportations seront facilitées avec un rouble faible, nombre d'acteurs étrangers ont récemment investi dans des valeurs russes en misant sur un rebond prochain, et lucratif à terme, de la bourse russe. Laquelle est de toute façon considérée comme un marché versatile. L'investisseur Jim Rogers n'hésitant pas à le qualifier de marché le plus haï de la planète en raison de sa susceptibilité aux influences géopolitiques et géoéconomiques. Enfin, en 1998, la crise financière qui avait sérieusement touché de nombreuses institutions avait permis de « lessiver » de nombreuses structures peu rentables et mêmes frauduleuses pour certaines, reposant sur un système dit Ponzi (précédé en 1997 par la chute de la banque MMM qui ruina des centaines de milliers d'épargnants) tout en obligeant à une régulation plus stricte des échanges et des accréditations d'exercice.

mercredi 5 novembre 2014

La démocratie et le vote : pas si consubstantiels

Chers visiteurs, comme vous le savez, j'ai eu dans le champ de mes recherches à m'intéresser de près à la démocratie et à son rapport avec les outils numériques. Et d'en conclure non, le numérique ne sauvera en rien la démocratie.

Ce faisant, l'une des idées reçues est de penser que la démocratie et le droit de vote sont consubstantiels. C'est là une très grande erreur, et en dépit du martèlement quasi-doctrinal opéré chez les plus et moins jeunes, la vérité est qu'il n'est qu'une composante de celui-ci.

Idéalement, la démocratie présuppose que les gouvernés peuvent être les gouvernants. Or, dans les démocraties modernes, la représentativité annihile de facto et de jure cette possibilité puisqu'elle subit deux entraves majeures :
  • la professionnalisation du corps politique (et son incidence visible, le cumul de mandats)
  • la nécessité de disposer d'un  « trésor de guerre » pour emporter une élection d'importance (en France pour 2012, les plafonds de campagne pour le 1er et 2ème tour ont été fixés respectivement à 16 et 21 millions d'euros!)

L'abstention est un facteur qui s'il était réellement pris en compte, de même que le vote blanc et nul, prouverait que les pourcentages au sortir d'élections sont le plus souvent fallacieux et que le véritable vainqueur ne serait autre que... l'abstention!
Un phénomène qui inquiète y compris ceux qui sont élus puisqu'ils comprennent qu'ils ne peuvent à terme se revendiquer d'un mandat (oui, la politique n'est pas une profession mais une charge temporaire accordée par un processus de désignation) dont le soubassement est miné par un nombre ridicule de votants.
Cela est d'autant plus visible lors des élections législatives et pis, européennes. L'élection présidentielle s'en tire mieux avec un niveau avoisinant les 20% d'abstention seulement. Seulement, avec 20% d'abstention vous faites basculer le résultat d'une élection qui se joue souvent entre deux candidats par quelques pour cents. Soit en France la bagatelle de.... 10 millions de voix (en incluant votes blancs et nuls)! Sachant que l'écart entre les deux candidats finalistes de la présidentielle de 2012 française n'était que 1,2 millions de voix, l'on saisit rapidement son importance et l'on entrevoit combien en définitive la victoire de l'un ou de l'autre est souvent abusivement accordée.
Certes des mesures sont en cours : facilitation de l'enregistrement sur les listes électorales et limitation du nombre de mandats. Cependant, le mal est plus profond et ce n'est là que s'attaquer aux symptômes et non aux causes réelles. Je mets à part la loi 2014-172 qui « reconnait » le vote blanc car son intérêt est de suite invalidé par cette disposition : « Ils [les votes blancs] n’entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés ». Donnant l'impression d'une tempête dans un verre d'eau...

Dans ce cas de figure, les initiatives de démocratie numérique sont à encourager mais elles ne solutionnent pas pour autant le problème de fond.

Foin de mots, place à un documentaire didactique qui exprime de façon intelligible quel est le problème de fond et démontre que des solutions existent même si elles remettent en cause un système qui ne répond plus aux attentes de la population et qui capte au profit de quelques uns la parole de tous.

Une réalisation de Moise Courilleau et Morgan Zahnd.


jeudi 30 octobre 2014

Pressions russes sur la remise du BPC Mistral

L'affaire du bâtiment de projection et de commandement de type Mistral n'a cessé de faire couler de l'encre depuis son officialisation en juin 2011. Il est vrai que depuis l'effondrement de l'Union Soviétique, c'était la première fois qu'un pays de l'OTAN traitait d'un échange commercial militaire avec l' héritière de la grande puissance communiste de la guerre froide, à savoir la Russie [1].

Or, les évènements en Ukraine qui ont abouti à la chute puis la fuite de l'ancien président Yanoukovitch fin février 2014 ont ravivé les scories de cet accord commercial qui fut long et périlleux en raison de la question du transfert de technologies (le même souci vaut pour la vente de Rafale à l'Inde) mais aussi, surtout, du rôle offensif que pouvait avoir les quatre bâtiments commandés.

Le 3 septembre 2014, sous la pression de ses alliés, l'Élysée indiquait au travers d'un communiqué qu'il suspendait la remise du Mistral en arguant que les conditions politiques en Ukraine pour une situation stable n'étaient pas requises. Prétextant le rôle déstabilisateur de Moscou sur ce territoire où les troubles ont abouti à de véritables émeutes pro et anti-maïdan.
Cette décision prête le flanc à un risque réel de voir infliger à l'État français une lourde amende en raison d'une rupture unilatérale de contrat, et surtout d'une perte sèche de crédibilité en tant que fournisseur de moyens militaires (au profit de partenaires allemands, suédois, sud coréens, espagnols et américains dont la duplicité ne doit pas être éludée). Rappelons à escient que le ROKS Classe Dokdo sud coréen était le plus sérieux prétendant au cahier des charges du ministère de la défense russe, et que ces derniers restent à l'affût d'une rupture unilatérale du contrat pour revenir sur le devant de la scène (et dans une moindre mesure, les chantiers navals italiens et espagnols qui ont des solutions alternatives).

Le Kremlin cependant souhaite faire pression sur le gouvernement français pour qu'il respecte son engagement quant à la remise du premier navire. Et s'autorise même à publier un document (officiel?) adressé par la DCNS (les chantiers navals de Saint-Nazaire) à Rosoboronexport (l'organisme gérant l'importation et l'exportation de matériel militaire pour la Fédération de Russie) faisant office d'invitation à se rendre le 14 novembre prochain pour la remise du Mistral.


Il s'agit là d'un stratagème informationnel particulièrement bien rôdé. Les instances russes, par divers procédés, connaissent fort bien la situation politique en France et savent que le gouvernement et le chef de l'État sont dans une situation très inconfortable : une légitimité quasi-nulle par un désaveu généralisé du corps électoral vis à vis des dirigeants politiques ; une méthode de gouvernance absconse, se reposant partiellement sur le règlement des affaires par elles-mêmes ; le besoin criant de la France de soigner sa balance commerciale et de ne pas se dédire devant ses autres clients potentiels ; la situation humiliante de soumettre un budget national à une entité supranationale ; la nécessité de faire tourner les chantiers navals (et ses sous-traitants) et d'assurer ainsi à plusieurs centaines de foyers de vivre alors que la neurasthénie économique et le chômage de masse perdure en dépit des « visions » de politiques peu au fait des réalités économiques et sociales etc.
De manière plus générale, c'est la souveraineté et la crédibilité d'un pays qui est en ligne de mire. S'il s'agit de principes, encore faudrait-il qu'ils soient appliqués de façon uniforme pour tous les clients. Et encore faut-il être bien certain que lesdits principes ne soient pas retournés contre soi : une arme est souvent à double tranchant dans le domaine géopolitique et géoéconomique (on le découvre avec l'embargo).
De fait, le document publicisé a pour principale vocation à faire pression sur les autorités françaises qui s'arc-boutent sur le prétexte de la situation en Ukraine qui est rappelons-le, une affaire intérieure avant tout. Et dans un sens consommé de la provocation, le président de la commission défense du Conseil de la Fédération (chambre haute) a déclaré que les pénalités financières pour cause de retard de livraison serviront à financer plusieurs projets militaires.

Et ne l'oublions pas encore une fois : derrière le BPC Mistral, ce sont les quelques 126 Rafale indiens qui sont en jeu. Il est difficilement imaginable que le gouvernement indien soit rassuré en cas de séquestre des Mistral promis (payés plus exactement) alors qu'elle a un besoin criant de renouveler son parc aérien et ne peut au vu des sommes en jeu se permettre de jouer « à la roulette russe » avec un partenaire versatile.

Un dernier élément qu'il m'apparaît utile de préciser car peu connu : l'achat de bâtiments étrangers par le pouvoir russe n'allait pas de soi. Il n'est pas ici question d'une appréciation qualitative du matériel visé mais de la propension de l'armée russe, du complexe militaro-industriel en d'autres termes, à favoriser une solution nationale. Vladimir Poutine a dû batailler contre les réticences des officiers et responsables de ce complexe tout en opérant un geste envers la France considérée comme une alliée dans les questions internationales (la rémanence de 2003). En somme, il ne faudrait pas se méprendre : la vente de Mistral n'est pas qu'une affaire commerciale et n'a pas été aussi simple du côté russe. Et si ceux-ci devaient ne pas être livrés, ce serait un renforcement du camp conservateur en Russie, une encore moins bonne nouvelle pour les relations Est-Ouest.

Le général de Gaulle, que l'on ne peut taxer de collaborateur zélé du parti communiste et encore moins d'idiot utile, avait compris en amont de ses voyages en Union Soviétique de 1944 et 1966 qu''il fallait faire fi des préjugés de toute nature au profit du réalisme politique car la souveraineté d'un pays c'est aussi de décider avec qui l'on traite dans son propre intérêt et non celui de tiers. Un exemple de la part d'un homme qui parlait à l'époque de Russie et non d'Union Soviétique et qui voyait loin, de l'Atlantique à l'Oural pour être exact...



[1] Il y aurait matière à glose quant au fait que nombre de pays de l'OTAN n'ont jamais cessé de considérer la Russie comme un ennemi, et non un partenaire utile comme ce fut pourtant le cas pour les opérations des forces de la coalition en Afghanistan, créant l'impossibilité d'une normalisation des relations mais surtout accentuant le rapprochement russe avec la Chine, l'Inde, l'Iran, le Brésil et d'autres pays qui dénoncent la pression occidentale sur leurs affaires.

jeudi 23 octobre 2014

Cyberstratégies économiques et financières 2ème édition!




Trois occurrences récentes survenues en août 2014 ont illustré combien la cyberstratégie impactait les domaines économiques et financiers :

1) Les cyber-attaques (présumée d'origine russe mais sans aucune certitude) envers le célèbre fond d'investissement JP Morgan Chase.
2) Les cyber-attaques envers 50 sociétés norvégiennes du secteur énergétique, dont l'imposante Statoil, gérant les ressources provenant de l'exploitation du pétrole en mer du Nord.
3) Le maliciel Citadel orienté vers les failles des institutions financières détecté 2012 et réactivé avec mise à jour en 2014, révélé par la Trusteer division d'IBM.

Mais à l'inverse, l'on pourrait citer l'essor du financement participatif et les tentatives d'encadrement par le législatif (ordonnance du 30 mai 2014) avec la création d'un nouveau statut de conseiller dédié à cette nouvelle activité ou encore l'avènement de l'Internet des objets qui fait rêver l'économiste américain Jeremy Rifkin mais aussi l'avènement des monnaies virtuelles, tel le BitCoin bien sûr ou d'autres émergentes à l'instar de l'Ether très prometteur.

Ce sont quelques uns des aspects que le mémento Cyberstratégies économiques et financières s'emploie à traiter.

La cyberstratégie en tant qu’« art de gouverner (diriger) par l’emploi d’actions efficaces au travers de systèmes d'information, de communication et de contrôle au sein de ce nouveau champ stratégique qu’est le cyberespace » s’applique à de nombreux secteurs d’activité. Les domaines économique et financier où l’emploi et même la dépendance à l’égard des innovations nées dans le monde numérique ne manquent pas d’interroger sur les modalités et les conséquences de cette révolution technologique.

Un développement qui implique des stratégies spécifiques obligeant à une connaissance d’un environnement, de ses acteurs et de ses enjeux. Or si le cyberespace recèle et génère de véritables opportunités, il est aussi l’incubateur et le diffuseur de sérieuses menaces : de sa dualité découle de facto une cyberstratégie qui repose sur le triptyque suivant : défensive, résilience, offensive.

L’auteur ébauche des pistes de réflexion en vue de l’établissement de cyberstratégies adéquates, en replaçant l’Homme au centre du processus décisionnel. Il offre un panorama de la situation contemporaine dans les sphères économiques et financières afin de faciliter l’appréhension des ressorts d’un univers auquel il est devenu indispensable pour décideurs et investisseurs de s’initier.

L’ouvrage s’adresse aux différents acteurs décisionnaires du monde de l’entreprise et de la finance, aux écoles de commerce, aux instituts d’informatique, aux institutions militaires, aux amateurs de questionnements sur les interactions entre le monde numérique et celui des affaires comme de la finance, et enfin aux spécialistes de perspectives stratégiques contemporaines.


Quels sont les apports de cette seconde édition?

  • Des corrections diverses, de syntaxe et de coquilles résiduelles
  • Une actualisation de nombreuses données et analyses de la première édition
  • L'amélioration graphique et textuelle des infographies existantes ainsi que l'ajout de trois nouveaux graphiques
  • L'introduction de quatre chapitres inédits (sur les cyber-assurances ; sur le management générationnel face au phénomène cyber ; sur le bouleversement organisationnel induit par la société informationnelle depuis les années 1990 ; sur l'innovation créatrice-destructrice suscitant l'ébranlement des anciennes situations de rentes économiques)
  • Un glossaire augmenté de nouveaux termes
  • Une vingtaine de pages supplémentaires par rapport à la première édition

Cette seconde édition doit énormément, et je les en remercie chaleureusement, aux retours des lecteurs de la première. Leurs remarques constructives, comme leurs encouragements et félicitations, m'ont incité à reprendre conséquemment l'ouvrage initial pour l'améliorer et donner forme à une nouvelle édition à même de développer de nouveaux axes de réflexion et prolonger ceux déjà amorcés précédemment.

Rappelons que ce mémento est parrainé par le CIGREF. Le CIGREF, réseau de Grandes Entreprises, est une association créée en 1970. Il regroupe plus de 130 grandes entreprises et organismes français dans tous les secteurs d’activité (banque, assurance, énergie, distribution, industrie, services…). Le CIGREF a pour mission de « promouvoir la culture numérique comme source d’innovation et de performance ».

Avant-propos
Introduction
I Éléments généraux de cyberstratégie
Web, Internet, Cyberespace : tout pareil ?
La cyberstratégie: discipline émergente
La cyberstratégie, science ou art ?
Veille, Intelligence, Cyberstratégie : éléments de différenciation
Spécificité des frappes cybernétiques
La souveraineté informationnelle, c’est quoi ?
II Éléments de cyberstratégie économique
La société informationnelle joue les taureaux économiques
Le cyber, une histoire générationnelle
L'infonuagique, enjeu de souveraineté économique
Datamasse, sans maîtrise la puissance n’est rien
La communication ça sert pour l’entregent et pour l’argent
Les jeux, c’est sérieux
La grande ruée vers l’or du paiement en ligne
L’intelligence collaborative au service de l’innovation par les réseaux sociaux
La propriété industrielle et ses dérives dans le secteur des technologies de l’information : une guerre dont la première victime est l’innovation
L’Internet des objets ou l’Internet des gadgets ?
Le grand effroy des anciennes rentes

III. Éléments de cyberstratégie financière
­­Nouvel acteur dans les flux financiers porteurs de  projets : le financement participatif
Tempête sur les marchés en 140 caractères
L’essor des monnaies virtuelles, le phénomène qui dépasse les autorités
Les banques en ligne, évolution ou révolution ?
Etre cyber-assuré pour être cyber-rassuré ?
Les transactions à haute fréquence, train à grande vitesse vers le chaos financier ?
Cette ombre qui plane au-dessus des Bourses
SWIFT : les voyages en eaux troubles de Gulliver
Conclusion
Annexe
Vers un 11 septembre cyberfinancier?
Couper le réseau, c’est comme couper le gaz
Une grosse fuite sur le réseau
Un fâcheux précédent et une réelle mise en garde
Three years later
Glossaire
Bibliographie


Site des éditions Nuvis, collection Cyberdéfense et Cyberespace : http://www.nuvis.fr/vitrine/#!cyberespace-et-cyberdfense/c1xv7
Site du CIGREF, le réseau des grandes entreprises : http://www.collection-cigref.org/cyberstrategies-economiques-et-financieres/

jeudi 2 octobre 2014

Mémoire d'intelligence financière : mode d'emploi

Dans le cadre d'un encadrement d'étudiants en quatrième année, je souhaitais développer l'intérêt et la méthodologie en matière d'intelligence financière.

Premier point : qu'est-ce que l'intelligence financière?
C'est l'intelligence économique appliquée à la sphère financière.
Mais encore?
C'est l'acquisition,  l'exploitation et la protection d'informations utiles à même de servir une stratégie relative au monde de la finance. Elle concerne tout à la fois son environnement (proche/lointain), ses acteurs (privés/publics) et ses processus (humains/automatisés). Elle doit permettre à celui qui commandite la mission d'avoir une vision globale de la situation (stable, en évolution ou en crise), des forces et faiblesses des acteurs (alliés ou concurrents) et des ressorts qu'il est possible d'activer ou de désactiver selon les schémas préconisés.
Ce qui suppose déjà : 1) de savoir ce qu'est une information dite utile dans son activité 2) de procéder par hiérarchisation de toutes les informations que l'on considère comme utiles 3) de regrouper plusieurs sources pour chaque information dans la mesure du possible en privilégiant les officielles et les travaux reconnus.

Second point :  il ne faut pas oublier que nous sommes en face d'un exercice qui réclame une stratégie, c'est à dire qui actionne une dynamique. Ainsi dans le sujet choisi, il faut impérativement qu'une problématique soit dégagée. Ce qui implique que cette dynamique doit rejaillir en lisant la problématique : le sujet ne se meut pas par lui-même mais par la mise en perspective. Ou si l'on préfère : pas de problématique, pas de stratégie.
Il est hors de question de recourir à un travail purement descriptif : ce qui est demandé n'est pas d'établir une somme sur un sujet donné mais d'étudier un phénomène, de dévoiler les ressorts de celui-ci et de proposer une suite d'opérations qui seraient à même d'améliorer ou de résoudre les obstacles rencontrés. Il n'est d'aucun intérêt de retranscrire ce que d'autres ont déjà relaté, la plus-value se situant dans l'apport personnel, qu'il soit totalement novateur ou par la compilation et l'articulation de données déjà existantes.
L'intelligence financière ne réclame pas une approche de copiste mais d'analyste.

Troisième point : la problématique.
C'est un questionnement qui meut le sujet. Le verbe mouvoir prend toute son importance car il insiste sur une volonté de donner au mémoire un axe dynamique.
Pour faire synthétique, c'est :
  • un questionnement
  • contemporain
  • relatif à la sphère financière

L'introduction se décompose de la manière suivante : 
  • l'amorce du sujet (citation, rappel historique, évènement récent etc.)
  • la problématique énoncée, suscitant l'intérêt du jury par sa pertinence et sa dynamique
  • l'étalage des définitions pour bien être certain que l'étudiant a compris le sujet et qu'il ne va pas s'engager dans une voie erronée qu'il sera quasiment impossible à recorriger ultérieurement
  • le développement du plan choisi

L'introduction est une invitation adressée au jury à se plonger plus en avant dans le mémoire. Plus elle est travaillée, plus elle incite à amorcer positivement le développement mais elle permet d'ores et déjà de savoir si l'étudiant est dans le bon axe ou a quitté les rails du sujet initial.

Plusieurs plans sont possibles.
Le plan historique est à bannir dans le cas présent puisqu'il ne s'agit pas d'un travail de recherche historique mais bien d'une analyse circonstanciée plongée dans le présent avec, si les éléments le permettent et sans faire de futurologie, des répercussions sur l'avenir proche ou lointain. Cela ne signifie pas qu'un rappel historique est prohibé mais il ne doit pas devenir la clef de voûte du plan.
Le plan thèse/antithèse/synthèse est tout à fait possible du moment qu'il soit correctement employé et qu'il réponde concrètement au sujet et à sa problématique. Il a l'avantage de donner une vision panoptique de la situation et des solutions possibles. Si c'est le plan le plus simple, en revanche sa mise en application réclame une certaine discipline et un gros travail en amont pour la recherche et la classification.
Le plan dynamique est plus ardu à mettre en oeuvre mais est de ce fait plus apprécié par le jury puisqu'il est celui qui répond justement à cette volonté de mise en perspective. Il est généralement scindé en deux parties. L'erreur souvent commise est de penser que la seconde partie répond à la première alors qu'en réalité ce n'est pas le cas : elle approfondit la première partie en approfondissant les éléments avancés. Grosso modo, le I pose la règle générale et le II les limites et/ou les extensions. Toute la difficulté de ce plan est qu'il réclame une réelle pertinence dans le développement puisque le II doit impérativement prouver sa plus-value en exposant une argumentation solide et étayée par des faits/chiffres/études etc.

La conclusion est quant à elle un miroir de l'introduction tout en étant plus courte puisqu'elle ne contient pas la partie axée sur les définitions : 
  • le rappel du sujet
  • le rappel de la problématique suivi de sa réponse
  • une ou des ouverture(s)
Tout comme l'introduction, la conclusion est scrutée avec attention par le jury parce qu'elle doit permettre de s'assurer que l'étudiant ne s'est pas fourvoyé. Elle doit être une photographie fidèle, bien que d'une résolution inférieure, du développement et du lien qui l'unit à l'introduction. Toutefois, elle ne se termine pas abruptement mais doit justement ouvrir vers un autre horizon. Pluriel possible si l'étudiant a décelé qu'il y avait plusieurs axes nouveaux d'analyse. L'ouverture n'est pas à négliger : elle prouve que l'étudiant est capable de prévoir à l'avance de nouvelles implications de la problématique initiale que son travail lors du développement a rendu prégnant.

Pour approfondir le sujet, et plus particulièrement dans ses rapports avec les technologies de l'information et de la communication, le cyberespace de façon plus générale, rappelons l'existence du mémento Cyberstratégies économiques et financières paru aux éditions Nuvis en 2014. Disponible sur les principaux magasins en ligne (Amazon, Decitre, FNAC etc.).


samedi 27 septembre 2014

TVR Sagaris : le dernier rugissement?


TVR a manqué de s'éteindre au début des années 2010. Lâché par son investisseur d'origine russe, Nikolaï Smolensky, et repris in extremis par un groupement d'entrepreneurs britanniques. Le bébé de Trevor Wilkinson (1923-2008) faillit bien rejoindre la longue liste des manufacturiers automobiles disparus à l'instar de Marcos ou rachetés mais laissés en jachère tel Simca par le groupe Peugeot alors que ce dernier vient de donner naissance à DS, une nouvelle marque (l'on aurait pu ainsi avoir Simca comme positionné en tant que gamme de véhicules sportifs à bon marché). Pour en revenir à TVR : c'est l'histoire passionnante de passionnés et du hasard.

Tout débute en 1946 avec la création de Trevcar Motors, une société fondée à Blackpool par Trevol Wilkinson et spécialisée dans l'ingénierie automobile. Toutefois, Trevcar (dont on reconnait déjà les trois initiales) ne créé pas de modèles spécifiques mais intervient sur des produits déjà existants. Du moins jusqu'en 1949 où le premier exemplaire original voit le jour. Il faut cependant attendre la Grantura de 1958 (et qui comprendra jusqu'à 4 séries) pour que TVR s'oriente vers la production en série. Un modèle qui emporta l'adhésion du public, et ce n'est que justice au vu de la forme atypique et sportive qu'elle arborait. S'ensuit une rencontre fortuite qui propulsera la firme au rang de constructeur renommé : Jack Griffith, un concessionnaire américain qui eut l'idée de greffer sur la Grantura un V8 Ford pour concurrencer la Shelby Cobra. Ce sera l'acte de naissance de la Griffith 200, une petite bombe attachante et musclée.

Il serait long d'énumérer toutes les productions réalisées mais citons au moins la fin des années 1990 où TVR choisit de délaisser le Rover V8 vieillissant tout en refusant de céder à la motorisation allemande d'où la solution en corollaire de développer son propre moteur : ce sera le AJP 8 qui équipa notamment la Cerbera (pour les modèles 4,2 et 4,5 litres délivrant 360 et 420 chevaux respectivement). Une indépendance qui se paiera cher et qui plombera l'entreprise et son bilan, peu aidée (euphémisme) par une législation européenne étranglant les petits fabricants. Trevor Wilkinson avait déjà passé la main à Wheeler assisté de son designer Damian McTaggart fin 1981. L'esprit perdurait mais les soucis financiers de même. Jusqu'à la sortie de la Sagaris, effective durant l'ère Smolensky mais élaborée dans les grandes lignes sous le précédent dirigeant. Si celle-ci ne sauva pas TVR, elle marqua durablement les esprits par sa forme, son caractère et sa couleur.

La Sagaris tire son nom de la langue perse pour désigner une hache de bataille. Et de belliqueuse, la Sagaris le montre très rapidement de face avec un regard qui indique clairement qu'elle ne veut pas que du bien à celui qui prétendrait la dompter. Dents de requin et yeux qui froncent, tout indique un caractère bestial. Cependant, et en dépit même de l'absence d'aides à la conduite, le véhicule se révèle un bonheur à conduire en raison d'une tenue de route assez remarquable comme l'émission Top Gear le démontrera. Le tout pourtant porté par... 406 chevaux sous le capot pour moins de 1100 kilos! Et doté d'un arrière assez atypique dont deux échappements latéraux perpendiculaires à l'axe du châssis et d'un aileron arrière transparent. Le tout agrémenté d'une sonorité exceptionnelle, faite de ronflements nerveux.
Son air maléfique fera par ailleurs les délices d'une publicité de l'équipementier Pirelli avec le concours de... John Malkovitch et Naomi Campbell. Excusez-du peu.

Ce qui est fascinant est qu'à l'aube des premières voitures connectées, et de l'assistance tous azimuts, TVR persistait à offrir à ses clients un véhicule dénué de tous les artifices modernes : pas d'ABS, pas d'ESP, pas de boîte automatique et... pas d'airbag! Enfin si pour l'airbag mais en option...
Bref, une conduite sportive où l'épreuve exsudait des bijoux de Blackpool. Et qui faisait honneur à la voie choisie par l'industrie automobile anglaise de privilégier le côté racé au détriment d'autres aspects peut-être utiles mais amoindrissant le réalisme et la sensation de conduite. La Sagaris était une bête à maitriser, typique de cette philosophie. Loin du tout électronique. Une faille spatio-temporelle dans l'univers automobile en ce début de XXIème siècle.

TVR pourtant ne saurait forcément se conjuguer au passé et depuis la reprise en 2013 par Les Edgar à la tête d'un groupe d'investisseurs, quelques informations filtrent sur une nouvelle génération de TVR...
Le site officiel : http://tvr.co.uk/
Entretien avec le nouveau responsable de TVR, Les Edgar (en anglais uniquement) : http://www.pistonheads.com/news/default.asp?storyId=27895
L'on notera à ce propos qu'il est relaté que l'esprit TVR perdure dans les simulations sur consoles et PC puisque divers modèles y sont représentés (Gran Turismo 6, The Crew). Une façon de faire perdurer la marque à travers de nouveaux supports en attendant sa renaissance.