mercredi 22 mai 2013

La cyberstratégie russe : quelles spécificités ? Entretien pour le compte de l'IRIS


Chers visiteurs,

J'avais déjà eu l'occasion de participer aux réflexions menées par l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) à l'invitation de l'Observatoire Géostratégique de l'Information . Je réitère avec cet entretien relatif aux enjeux du cyberespace et publié sur le site Affaires Stratégiques, consacré au cyberespace en général et à la cyberstratégie russe en particulier. J'en profite aussi pour évoquer la cyberstratégie économique et financière.

En vous en souhaitant bonne lecture.

Je tiens aussi à remercier tous ceux qui se sont déplacés lors de la conférence donnée à Strasbourg dans le cadre de la table ronde consacrée à la cyberstratégie comparée. Les échanges furent nombreux, de qualité et prospectifs. Merci à vous tous.

Ce faisant j'en profite pour vous annoncer ma participation aux travaux de la Chaire de cyberdéfense et cybersécurité Saint-Cyr Sogeti Thales tenue par M. Daniel Ventre (une fiche sur le cyber russe sera diffusée à cet effet) et ma venue le 4 juin prochain à Rennes dans le cadre de la journée d'études Frontières et du Cyberespace. Évènement sur lequel je ferai une annonce très prochainement.


dimanche 19 mai 2013

Jason et les Argonautes, chef d'oeuvre littéraire intemporel magnifié par Harryhausen


Dans les années 1960, il n'y avait ni imagerie de synthèse ni Peter Jackson, en revanche il y avait Ray Harryhausen considéré comme le grand maître des effets spéciaux de cette époque et qui le restera bien après son dernier grand oeuvre en 1981. Date à laquelle il prit une retraite bien méritée.

Passé de rigueur puisque l'individu est décédé le 7 mai 2013 à l'âge de 92 ans. Sa filmographie désormais définitive est éloquente : le merveilleux et le mystérieux s'y côtoient de 1942 à 1981. Le Choc des Titans en 1981 fut un dernier hommage à sa passion comme à ses (nombreux) admirateurs. Le métrage marqua tellement son époque qu'il eut droit à sa reprise en 2010, le réalisateur Louis Leterrier y fera une allusion fugace mais remarquée avec l'apparition d'une chouette mécanique. Les années 1980 plaçaient déjà une autre génération de faiseurs d'artifices représentés par La guerre des étoiles, Indiana Jones ou encore Blade Runner. Cependant le côté kitsch des oeuvres de l'américain ne prête aucunement à sourire mais plutôt à ravir, même près de cinquante ans après leur première diffusion.

Cinquante ans en effet car en 1963 fut monté l'un des films les plus ambitieux qu'il fut : porter à l'écran l'incroyable fresque de Jason et ses Argonautes. Une fresque mythologique n'ayant que peu à envier, si ce n'est rien à part une meilleure popularité, à l'Odyssée ou l'Illiade. Tout part de l'histoire d'un homme, Jason, spolié de ses titres et chassé de ses terres par Pélias, le demi-frère de son père. L'usurpateur n'avait rien à craindre si ce n'est selon l'oracle d'un jeune homme ne portant qu'une seule sandale à ses pieds. Élément singulier qui en serait resté à une prédiction sans lendemain si le jeune héros lors de son retour vers sa patrie après plusieurs années d'absence (et sous la garde du centaure Chiron) ne fut aidé dans la reconquête de son trône par Héra, déesse et femme de Zeus. Pélias effrayé par le souvenir des mots de l'oracle accepta de rendre le trône en imposant une condition : que Jason retrouve en la lointaine contrée de Colchide (actuelle Géorgie) la toison d'un bélier ayant la particularité d'être en or comme gardée par un dragon. Ce sera le point de départ d'une aventure riche en rebondissements qu'il serait par trop long de conter dans le détail, d'autant que les versions nous étant parvenues ne s'accordent pas toutes entre elles (auteurs grecs et latins apportèrent certaines variantes comme par exemple la présence ou l'absence d'Atalante comme de Thésée et des divergences dans la conduite du récit).

Le mot Argonaute désigne les compagnons acceptant de se joindre à l'expédition menée par Jason, et tire son nom d'Argo, le navire censé amener transporter les volontaires vers la gloire... ou la mort.
Car justement cette quête est riche de rebondissements, mêlée de sombres évènements et de joies imprévues. Ce qui confère au texte une complexité et richesse plus qu'appréciable. Ainsi, Heracles (Hercule) est du voyage, ayant décidé de mettre entre parenthèse ses douze travaux au moment à dessein de s'engager au côté du jeune prétendant, et voué à devenir un personnage majeur durant toute l'oeuvre (sa renommée est déjà établie), il n'en sera cependant rien pour une raison que je préfère vous laisser découvrir par vous même mais qui est symptomatique d'une histoire qu'il convient de bien suivre dans son cheminement pour ne rien perdre de son évolution. Certains de ces individus seront même amenés à jouer un grand rôle personnellement ou par leur descendance : ainsi Télamon cité par la majeure partie des versions connues est le père du futur Ajax qui se distinguera lors du siège de Troie.
L'aventure ne s'arrêtera d'ailleurs pas à la seule capture de la fameuse toison dans le jardin d'Arès, le retour sera tout aussi épique, et fera la part belle à de nouvelles aventures dont la rencontre avec le géant de bronze Talos si bien immortalisée par les prouesses techniques de Harryhausen.Tout comme la rencontre devenue proverbiale avec Charybde et Scylla, les deux monstres marins vivant à proximité d'un détroit (qui seront de nouveau à l'honneur avec Ulysse de l'Odyssée).

La fin de l'histoire diffère comme pour son déroulement selon les versions, de la plus optimiste à la plus pessimiste.

Cette latitude dans le choix des versions est appréciable car elle rend compte d'un empilement d'histoires transmises par la tradition orale puis écrite. Se fondant sur un socle commun pour varier dans les détails, ajoutant, retranchant, modifiant le cas échéant. Une fresque qui au final n'a rien à envier aux plus contemporains de nos scénarios épiques sur divers supports. Et qui donne au demi-dieu une aura de sincérité par une vulnérabilité et perméabilité aux failles de ses semblables avec l'appoint de Dieux de l'Olympe tellement humains dans leurs tourments et passions et finalement si proches des hommes qu'ils aiment, aident et rejettent au gré de leurs sentiments. En outre, c'est cet appel de l'aventure qui sommeille en chacun de nous qui rejaillit dans cette épopée faite d'amitié, d'amour, de dépassement, d'épreuves morales et physiques.

Si un téléfilm en deux parties a été tourné en 2000 pour le compte de la télévision britannique et méritait de couler dans le Styx, le principal métrage sur le sujet reste celui de 1963 que je vous invite à visionner pour votre plus grand plaisir car la patine du temps n'a en rien altéré le plaisir de suivre les pérégrinations de toute cette troupe parée pour réaliser l'impossible. Une postérité due très largement au talent d'Harryhausen aux commandes des effets spéciaux. Si l'on pourrait regretter quelques différences avec le récit original (ex. ce n'est pas une hydre qui garde la toison mais un dragon), n'oublions pas que les sources sont plurielles et qu'au fond le XXème siècle ne fait que rajouter une couche à cette tradition populaire. Ce qui est remarquable de transmission dans le temps, l'espace et les moyens d'expression.
Une nouvelle version plus ambitieuse que la 2000 serait toutefois très appréciable à la condition de conserver toute la puissance narratrice de l'oeuvre (ou plus des oeuvres) originale(s).

Ouvrage récent sur le sujet que je recommande chaudement tant pour la mise au point des différentes versions que pour les illustrations intégrées : Neil Smith, Jason and the Argonauts, Osprey Publishing ,2013.
Site de référence :
Alex Bernardini, http://www.alex-bernardini.fr/mythologie/jason-et-les-argonautes.php
Histoire.fr : http://www.histoire-fr.com/mythologie_grecque_mythes_2.htm
Quant à vous plonger dans le texte si vous êtes helléniste et/ou latiniste, les principaux auteurs principaux antiques reconnus sur le sujet sont Apollonios de Rhodes et Valerius Flaccus.

Illustration : Jose Daniel Cabrera Pena


vendredi 10 mai 2013

Terres rares : une offre supérieure à la demande en Russie



Article de Vlad Grinkevitch paru sur La voix de la Russie le 26 avril 2013

Le groupe public Rostekh et le groupe IST investiront au moins un milliard de dollars dans la création d’un holding d’extraction et de transformation des terres rares, rapportent les médias russes.

Ce marché est actuellement entièrement dominé par la Chine et les consommateurs dans le monde sont très intéressés à diversifier les sources d’approvisionnement.

Le holding se chargera d’exploiter le gisement de terres rares de Tomtor en Yakoutie. La construction de l’usine d’extraction et de traitement doit commencer en 2013. L’entreprise entrera en service en 2017 et tournera à plein rendement en 2018.

L’économie devient de plus en plus réceptive aux technologies innovantes et la demande de métaux rares est en progression. Or, 95% de la production des terres rares sont concentrés en Chine qui limite les exportations et manipule les prix. Nikolaï Sosnovski, analyste de la société d’investissement VTB capital explique les raisons du monopole chinois :

« C’est en partie lié à la géologie puisque les gros gisements exploitables sont rares dans le monde. Un autre atout chinois est la main-d’oeuvre bon marché et la permissivité des réglementations en matière d’environnement. En fait, les pays développés, plus soucieux de leur environnement, sont parfois réticents à tolérer une production métallurgique polluante. La Chine a ainsi réussi à concentrer pratiquement toute la production et à influer sérieusement sur les livraisons et les cours mondiaux ».

Mais les gros acteurs sont de plus en plus mécontents de la domination de la Chine. En effet, en cas de conflit commercial ou autre, l’empire du Milieu peut porter un coup sérieux aux secteurs hautement technologiques et stratégiques de ses concurrents. C’est pour cette raison que la Russie, les États-Unis, l’Inde, le Brésil et d’autres essaient de mettre en place leur propre production.

Selon les estimations des experts, la Russie possède jusqu’à 20% des gisements mondiaux de terres rares, mais sa part dans la production mondiale n’est guère supérieure à 2%. C’est que l’industrie russe n’a pas vraiment besoin de ces métaux. De plus, fait remarquer l’analyste du secteur métallurgique de la banque d’investissement Renaissance capital le pays manque encore de capacités de transformation :

« Dans l’espace postsoviétique, il n’existe pas de capacités de traitement capables de transformer les oxydes en métaux rares. Nous perdons de ce fait une partie considérable de la marge et la valeur ajoutée est créée à l’extérieur de la Russie. Je pense que nous aurons finalement les secteurs consommant les métaux rares mais pas avant 5 à 7 ans ».

Les dirigeants russes ont plus d’une fois insisté sur la nécessité de développer la production des secteurs innovants qui ont besoin de métaux rares. Les experts estiment cependant que si la production de métaux rares est lancée avant l’apparition d’une demande intérieure stable, il ne restera plus qu’à exporter les matières premières précieuses. D’ailleurs, la diversification de la production de matières premières est également importante pour réduire la dépendance envers le pétrole et le gaz. En même temps, la demande mondiale de terres rares ne cessera de progresser de toute évidence.

Infographie : Le Figaro

jeudi 2 mai 2013

Cyberstratégie comparée, table ronde le 13 mai 2013


À Strasbourg, le 13 mai 2013 de 17 à 19h au Cercle Militaire (17 place Broglie, en face du palais du gouverneur militaire), j'aurai le plaisir de me produire sur le thème « Cyberstratégie comparée » en compagnie d'Olivier Kempf et de Stéphane Dossé.
Comme vous le constaterez, trois membres de l'Alliance GéoStratégique qui ont contribué à l'ouvrage remarqué « Stratégies dans le cyberespace », Éditions du Livre, 2011.

Je viendrai bien évidemment traiter de cyberstratégie russe, ainsi que m'entretenir avec ceux qui le souhaitent et opérerai une séance de dédicaces (livres à commander sur le site des éditions NUVIS ou sur Amazon).

Programme :
- 17h : Accueil des participants.
- 17h10 : Introduction par S. Dossé.
- 17h20 : “Différents modèles de cyberstratégie” par O. Kempf.
- 17h40 “Cyber stratégie : le cas russe” par Y. Harrel.
- 18h00 Questions-réponses avec la salle.
- 18h40 Conclusion par S. Dossé.
- A l’issue dialogue direct entre l’assistance et les auteurs.
Les auteurs présents sont prêts à dédicacer leur ouvrage (pas de vente sur place).




Le nombre de place étant limité, veuillez il est vous est prié de vous inscrire préalablement en ligne :
http://www.inscription-facile.com/form/8s0JayTr2q3F50nelKVw

En outre, le Club Participation et Progrès très en pointe sur les problématiques contemporaines en général et sur le cyberespace en particulier, organise aussi le 27 mai à Paris un colloque « Stratégie et réseaux » de 13h45 à 18h00 à l'amphithéâtre Desvallières, Ecole militaire, 1 place Joffre.

samedi 27 avril 2013

L'Allemagne, notre meilleur ennemi?


Mon tropisme sur les questions cyberstratégiques et russes, pour prenant qu'il soit et avec tout le coeur et le cerveau que j'y mets, ne m'a jamais cantonné à rester monomaniaque, enfin duomaniaque ou diptomanique. Notamment les rapports franco-allemands dont j'eus à m'étendre sur ce même blogue comme en la Revue de Défense Nationale [1].

Les récentes déclarations du président de l'Assemblée Nationale n'auront pas manqué de confirmer le climat de crise endémique au sein de l'Union Européenne. Même si cet éclat n'est que le dernier d'une longue litanie (cf le concept de tension amicale de la part du président Hollande ou les sorties du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg qui a cependant révisé sa position de façon plus matoise ces dernières semaines en demandant la revalorisation salariale des employés allemands).
Alors que l'on aurait pu croire qu'un premier ministre ancien professeur de langue allemande puisse améliorer d'un cran la compréhension et le rapprochement entre France et Allemagne, l'on a constaté qu'il n'en était paradoxalement rien. Pour rappel : «
Le troisième personnage de l'Etat affirme, dans un entretien au journal Le Monde, que la France est "la mieux placée pour tous ceux qui estiment que l'Europe ne peut pas être que la rigueur", incarnée selon lui par la chancelière Angela Merkel. "(François Hollande) appelle ça la 'tension amicale', pour moi c'est la tension tout court et, s'il le faut, la confrontation", estime-t-il dans cet entretien qui reprend des thèmes de la gauche du PS et du Front de gauche. » [2].
Le premier ministre français s'est activé par la suite pour lénifier les propos précédents, abreuvant son fil twitter d'appel à la raison et à la nécessité de ne pas distendre le lien unissant les deux entités, y compris en langue tudesque :
« L'amitié franco-allemande est indispensable pour redonner un nouvel élan au projet européen et trouver les voies du retour de la croissance... Um dem europäischen Projekt neuen Schwung zu geben und den Weg zurück zum Wachstum zu finden ist die deutsch-franz. Freundschaft zentral. Ohne einen intensiven und ehrlichen Dialog zwischen Deutschland und Frankreich werden wir die Probleme Europas nicht lösen. ».
Si le fond du propos est juste en ce sens qu'une politique d'austérité en plein marasme économique serait comme faire ingurgiter de la vitamine D à un virus déjà virulent tout en relevant que l'Allemagne risque effectivement de se retrouver à son tour prise dans le marais de la croissance molle par asséchement économique et financier de ses partenaires européens, en revanche viser le premier partenaire commercial de la France (1er client et 1er fournisseur rappelons-le selon les chiffres 2011 fournis par Comtrade) n'est pas tout à fait anodin. Mais aussi et surtout, est injuste en ce sens que 1) ce ne sont pas les règles de l'Allemagne qui plombent le dynamisme français mais le tricotage institutionnel européen qui n'a eu de cesse que de limiter au possible les possibilités de croissance de la zone Euro (qui est la zone économique mondiale la plus faible selon les chiffres du FMI [3]), or les derniers traités étaient censés assurer une croissance forte, alors n'y a-t-il pas pluralité de fautifs, à savoir les signataires de tels accords? 2) les allemands subissent eux-aussi la crise même si d'extérieur l'on peut se refuser à voir la réalité, ainsi la précarité est réelle depuis les lois Hartz (notamment la IV) où le modèle social rhénan a été passablement ébranlé par la compétitivité salariale imposée 3) les allemands ne sont eux-mêmes pas dupes de la situation qui les frappent et du ressentiment à leur égard d'une frange de plus en plus conséquente des populations européennes, et réagissent loin du cliché de peuple soumis à l'autorité que l'on a souvent tendance à faire accroire, ainsi peut être signalée l'initiative politique Alternative für Deustchland [4] proposant ni plus ni moins que la réévaluation du modèle de la monnaie unique (et envisageant fort judicieusement un panier de devises nationales, soit une monnaie commune) et supporté par un contingent d'éminentes personnalités du monde universitaire, professionnel et politique.

Cette relation bilatérale est-elle perdue ou significativement endommagée? Non, car pour qui se souvient des débuts de Nicolas Sarkozy avec son homologue allemande, le contact fut particulièrement glacial. La faute à une mauvaise connaissance des moeurs à la fois du pays hôte et de la personnalité des dirigeants de celui-ci. Le lien se réchauffa cependant sur la durée, au point même que l'on put lire ici et là le terme de couple Merkozy [5]!

Un fait perdure cependant, l'altération négative des relations de l'Allemagne avec d'autres membres de l'Union Européenne, à commencer par la Grèce où la dernière visite de la chancelière fut particulièrement agitée si l'on veut manier l'euphémisme. Serpent de mer amplifié depuis ces dernières années de crise, la Grèce n'a dès lors de cesse de demander réparation pour les crimes de guerre perpétrés durant l'occupation nazie de son territoire [6]. Fait tragico-comique : la seule exception où la Banque de Grèce fut prêteuse de fonds, ce le fut au profit de la Banque du Reich. Si les juristes sont dubitatifs quant au succès d'une telle demande et que les autorités allemandes opposent une fin de non-recevoir, c'est le contexte européen qu'il est surtout utile d'extrapoler à partir de cet exemple et le raidissement français (qui en cachent bien d'autres qui se contiennent, encore que les peuples excédés par les mesures successives et l'absence de tout espoir deviennent plus... diserts lors des manifestations).
L'économiste Jacques Sapir n'a pas manqué de relever et traduire les propos d'Oskar Lafontaine, ancien Ministre-Président de la Sarre et ex-Ministre Fédéral des Finances quant au fait que l'Allemagne subira tôt ou tard la rebuffade d'anciens partenaires une fois que la France aura basculé du côté des pays du sud. Ce politicien allemand ayant brisé le tabou d'une sortie de l'Euro à des fins de prévention.
« Il suffit de sortir de l’Euro et de dévaluer notre monnaie retrouvée. Cette solution peut d’ailleurs être appliquée par l’ensemble des pays de l’Europe du Sud. Il est intéressant de savoir que le fondateur de l’équivalent du Front de Gauche en Allemagne, Die Linke, Oskar Lafontaine, vient de se rallier spectaculairement à cette option. Les raisons pour lesquelles celui qui fut, en tant que dirigeant du SPD, un des plus fervents promoteurs de l’Euro à pris une telle décision sont les mêmes que celles que nous avons exposées ici : la compréhension des limites intrinsèques de la monnaie unique et la volonté de trouver une solution sans violence. Voici donc quel devrait être le débat sur la politique du gouvernement allemand et les réponses que la logique nous dicte. Mais, pour cela, il faudra rompre avec les postures, les impostures et les effets de manche, et cesser de considérer que nous vivons dans le monde des bisounours. Vaste programme aurait dit quelqu’un... » [7].
Ce qu'Oskar Lafontaine redoute, comme il l'exprime distinctement, c'est une coalition d'États soudés par leur réprobation d'une position allemande jugée attentatoire à leurs propres intérêts. Où comment l'Europe parlerait allemand selon le mot de Volker Kauder (Président du groupe CDU/CSU au Bundestag) en novembre 2011. Un bouleversement géopolitique d'envergure qui serait à même de saper la confiance décomplexée de l'Allemagne. Et que peut conforter la convergence de vues réaffirmée récemment entre Wolfgang Schäuble, Ministre Fédéral des finances et Herman Van Rompuy, Président du Conseil Européen qui pressèrent les autorités Françaises d'entamer des réformes structurelles d'envergure.

Il est nécessaire que la France ne soit pas isolée sur le plan diplomatique et économique face à une crise qui est bien plus large que le seul secteur financier puisqu'elle est désormais économique... et civilisationnelle. S'il est désespérant de constater que nombre de dirigeants européens ne connaissent qu'une seule politique à appliquer (et qui plus laquelle semble être altérée dans sa démonstration [8] ), n'omettons pas aussi de reporter sur eux la responsabilité de la situation actuelle tant par leur cécité que leur incompétence, leur dogmatisme et leur imprévisibilité. L'Allemagne est perçue non sans raison comme relativement brusque dans les orientations à choisir, mais c'est une caractéristique de ses habitants qui y voient de la franchise envers leurs partenaires, non sans défendre leurs propres intérêts nationaux là où d'autres dirigeants paient l'impéritie et l'absence de vision stratégique depuis près de vingt ou trente ans selon l'État concerné. Il y a à la fois une puissance retrouvée pour un pays qui n'était plus habitué à celle-ci ni prêt à en hériter, et à la fois un ressentiment mal placé attisé par des errements sur le plan interne et une construction Européenne qui n'en finit pas de se construire... mal.
Quant au couple ou moteur franco-allemand, défions-nous des approches simplistes : nous pouvons avoir des orientations différentes sans pour autant qu'elles soient contraires, devenant même le cas échéant complémentaires... Nous tromper d'ennemi peut nous valoir la perte d'alliés là où l'on penserait qu'ils ne s'y trouvent pas.


[2] Reuters France, Bartolone prône une "confrontation" avec l'Allemagne, 25 avril 2013.
[6] Wall Street Journal, Greece Wants Germany to Pay War Reparations, 24 avril 2013.
[7] http://russeurope.hypotheses.org/1198
http://russeurope.hypotheses.org/1186
[8] Le Monde, Erreur dans une étude sur l'austérité : "ça fait désordre", 19 avril 2013
« L'affaire prend des airs de scandale. Les conclusions d'un article, "Croissance en période de dette" ("Growth in a Time of Debt"), publié en 2010 par deux économistes réputés de Harvard et ancien cadres du FMI, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ("R & R"), ont été remises en question par un trio de l'Université du Massachusetts (UMass) Amherst – ce qui est loin d'être rare, comme le rappelle le New York Times. L'article original démontrait que le taux de croissance d'un pays est corrélé négativement à son endettement public, dès lors que celui-ci dépasse la barre des 90 % du PIB. Or, leurs confrères de l'UMass Amherst, Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin parviennent, avec les mêmes données, à un résultat différent : le seuil des 90 % n'a dans leurs conclusions aucune signification particulière, et ils ne trouvent qu'une très faible corrélation entre croissance du PIB et endettement. »
http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/04/18/polemique-autour-d-une-etude-sur-l-austerite-ca-fait-un-peu-desordre_3161742_3234.html
« Or une équipe d'économistes est récemment parvenue à répliquer cette étude, et il s'avère que leurs conclusions diffèrent largement de celles de Reinhart et Rogoff. Et pour cause, ces derniers ont fait passer à la trappe cinq pays (Australie, Autriche, Canada, Danemark et Belgique) dans leur panel, ont utilisé une méthode jugée contestable de pondération des pays entre eux et, plus original, le tableur Excel utilisé comme support de l'étude comportait une erreur de formule. »
http://economieamericaine.blog.lemonde.fr/2013/04/17/une-erreur-dans-une-etude-sur-lausterite-degomme-les-idees-recues/

Lire en complément cet article relatif à l'envers du décor d'une Allemagne trop souvent présentée comme prospère, sans que l'on n'évoque une réalité un peu moins proche de ce stéréotype :
« Peter Hartz, «Doktor Hartz» ainsi appelé par toute l’Allemagne, a également instauré dans cette réforme deux nouveautés : les mini-jobs et les 1 euro-jobs.
Un mini-job est un travail payés 400-450 euros par mois, sans cotisation et donc sans assurance. Du coup, bon nombre d’employeurs ont massivement recours à ce type de contrat, qui leur permet de payer moins de charges sociales que pour un contrat d'emploi traditionnel. Selon les statistiques, plus de 7 millions d’Allemands auraient un mini-job...
Les 1 euro-jobs sont tout aussi redoutés sinon plus… car là aussi, il est indispensable d’accepter le travail proposé si on ne veut pas perdre son droit aux allocations de chômage. Un 1 euro-job, c’est un travail, payé 1 euro de l’heure (parfois deux à l’heure actuelle), dans le secteur public ou dans le caritatif. »
http://trends.levif.be/economie/actualite/politique-economique/il-ne-fait-pas-bon-etre-chomeur-en-allemagne/article-4000284980886.htm

Propos tenus par Oskar Lafontaine et traduits par Stathis Kouvélakis :
« Les Allemands n’ont pas encore pris conscience que les Européens du sud, y compris la France, seront du fait de la paupérisation économique, forcés de riposter, tôt ou tard, à l’hégémonie allemande. Ils sont plus particulièrement soumis à la pression du dumping salarial pratiqué par l’Allemagne en violation des traités européens depuis le début de l’union monétaire. Merkel se réveillera de son sommeil du juste quand les pays qui souffrent du dumping salarial allemand se mettront d’accord pour imposer un changement de politique de gestion de la crise aux dépens des exportations allemandes...
Si des réajustements [salariaux] réels à la hausse ou à la baisse ne sont pas possibles de cette façon, il devient nécessaire d’abandonner la monnaie unique et de revenir à un système qui rende possible les dévaluations et les réévaluations, comme c’était le cas avec le prédécesseur de la monnaie unique, le Système Monétaire Européen (SME). Il s’agit fondamentalement de rendre de nouveau possibles des dévaluations et des réévalutions à travers un système de change contrôlé par l’Union Européenne. Dans ce but, de stricts contrôles des capitaux seraient l’inévitable première mesure, afin de contrôler les mouvements de capitaux. Après tout, l’Europe a déjà mis en place cette première mesure à Chypre. »

Crédit photo : Robert Rousso et Henning Studte

mercredi 24 avril 2013

Vostotchny, le nouveau cosmodrome russe


Article de Polina Tchernitsa et Lada Korotoune paru sur La Voix de la Russie le 12 avril 2013

Le développement du potentiel spatial restera l’une des priorités de la politique de l’Etat russe, a déclaré vendredi Vladimir Poutine, qui a participé à une réunion consacré au développement du secteur spatial russe à Blagovechensk dans la région de l’Amour (Extrême-Orient). C’est là que se trouve le plus grand chantier spatial de Russie, le cosmodrome Vostotchny destiné au lancement des missions vers la Lune et Mars.

La construction du cosmodrome Vostotchny, qui deviendra le principal site de lancement russe, devra être achevée en 2020. Mais dès 2015 les tirs des vaisseaux Soyouz-2 devront commencer.

La Russie est troisième, après les Etats-Unis et l’Europe, en termes de fonds alloués au développement du programme spatial. Mais en termes de hausse annuelle moyenne des financements, les Russes sont bien en première position. Le secteur a besoin d’être incité au développement innovant, a insisté le président.

« Pendant longtemps nous avons privilégié des missions habitées en dépensant entre 40 et 50 % de fonds alloués, souvent au préjudice des autres directions. Résultat : nous sommes aujourd’hui en retard par rapport au reste du monde. C’est notamment le cas des équipements de sondage de la Terre à distance, des systèmes de communication personnelle par satellite, des systèmes de détection et de sauvetage des objets en détresse, etc. Bien évidemment, nous devons préserver ce que nous avons réussi à faire dans le domaine des missions habitées, mais nous devons aussi nous rattraper dans d’autres directions que je viens de mentionner ».

L’objectif clé est de créer des fusées-porteuses et des moteurs spatiaux dont la puissance excède la puissance de ceux déjà existants. Parmi d’autres priorités on retrouve le renforcement du groupement de satellites et la construction d’une base scientifique sur la Lune.

En parlant de la réorganisation, les participants de la réunion à Blagovechensk étaient unanimes concernant une chose : elle est impossible sans nouveaux cadres. Les travailleurs du secteur verront leur salaire augmenter. Un système de subventions et d’autres mesures seront par ailleurs mis en place.

vendredi 19 avril 2013

Pour qui sonne le glas de l'auto-entreprise ?


Naguère je m'étais fendu d'un article, L'auto-entrepreneur à la conquête de l'e-commerce, sur la naissance, ou plutôt la refonte intelligente du régime de micro-entreprise sous la forme de ce que l'on a nommé l'auto-entrepreneur (avec une similitude relative à la parabole issue d'une fable de Jean de La Fontaine « Aide toi  et le ciel t'aidera »).

Ce statut a depuis sa création connu un essor et un succès continus. Ce que confirme Julien Tardy le responsable de Freelancer.com « En janvier 2013, alors que les chiffres du chômage atteignaient (presque) le record de 1997, on aurait compté + 25 % de création d’entreprises et + 4,9 % hors régime d’auto-entrepreneur… » [1].
Bref, l'auto-entrepreneur dope la création d'entreprises, et ce quand bien même si les revenus restent relativement modestes car comme le rappelait l'INSEE [2], En 2009, 328 000 personnes ont créé une auto-entreprise, dont la moitié exerce une activité économique effective. Ces auto-entrepreneurs actifs sont proches des créateurs d’entreprises « classiques » par leurs caractéristiques, mais ils tirent de leur activité un revenu très inférieur : en moyenne, 4 300 euros de revenu annualisé la première année, soit trois fois moins que les créateurs classiques. Ils exercent souvent en parallèle une activité salariée. Deux ans plus tard, fin 2011, 102 000 sont toujours actifs économiquement, mais seuls 79 000 ont pu dégager un revenu positif de façon continue sur les trois ans. En moyenne, le revenu qu’ils tirent de leur activité a progressé, mais pour neuf sur dix, il demeure inférieur au Smic. Si une petite moitié a pérennisé son activité en développant son chiffre d’affaires, moins d’un sur dix perçoit un revenu comparable à celui des autres non-salariés de son secteur. Peu ont quitté l’auto-entrepreneuriat pour rejoindre le régime non salarié classique.

Toutefois ce statut a rapidement fait l'objet d'acrimonie de la part notamment des chambres de métiers et de l'artisanat au motif qu'il générait une concurrence déloyale en tirant les prix de leurs prestations vers le bas. De même qu'était argué le fait que certains métiers nécessitaient une qualification particulière. Ces réserves méritaient attention et corrections éventuelles où les faits seraient attestés. Pour autant, les artisans, et plus particulièrement ceux oeuvrant dans les métiers de la restauration seraient bien avisés de ne pas trop attirer l'attention sur eux en retour en raison de la mansuétude dont ils ont bénéficié par le passé [3]. Du reste, plutôt que d'opposer deux catégories de travailleurs, pourquoi ne pas plutôt exiger une modification de chaque régime au lieu de rogner/annihiler celui d'en face ? La stratégie choisie apparait particulièrement pernicieuse et contre-productive.

Malgré tout, contre cette concurrence estimée déloyale, et alors que la crise frappait déjà le pays France, le projet de loi de finances 2013 imposa une égalisation des taux d'imposition selon le type de prestation effectuée. Cette mesure considérée comme plus juste avait néanmoins un grave défaut d'appréciation : les revenus tirés de l'exploitation n'étaient en aucune mesure identiques à ceux de professionnels dégageant un chiffre d'affaires autrement plus conséquent. En outre il entaillait déjà conséquemment le régime qui était calibré pour justement bénéficier d'avantages contrebalancés par des inconvénients (ex. un plafond limité au-delà duquel il est nécessaire de procéder à une régularisation en optant pour un statut plus classique d'entreprise ; la franchise de TVA qui implique pour l'auto-entrepreneur de ne pas facturer certes la TVA mais de ne pas non plus en bénéficier d'autre part lors d'achats de matériel ou de fourniture par exemple). La solidarité face à la crise avait été avancée pour imposer cette modification du régime, alors que paradoxalement la population visée était précaire et subissait justement la crise plus durement que les autres du fait qu'elle ne dégageait pas de bénéfices supérieurs au plafond fixé.

Cela ne suffisait décidément toujours pas, alors le Ministre de l'Artisanat, Mme Pinel, entreprit de commander un rapport à l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) et l'IGF (Inspection générale des finances) [4]. Rapport technique, touffu mais prospectif et intelligent, prenant acte à la fois de la nécessité de mieux protéger socialement les auto-entrepreneurs et de mieux les accompagner en les faisant entrer dans les réseaux d'entreprises, préconisant une intégration de la CFE (Contribution Foncière des Entreprises, ex-Taxe Professionnelle) dans les cotisations à verser et la nécessité d'améliorer l'enquête de l'INSEE par une étude complémentaire en vue de cerner le profil et les revenus de l'auto-entrepreneur type. Las, la Ministre décida peu après la remise du rapport et à la surprise de tous... de limiter dans le temps la durée de l'auto-entreprise entre un et cinq ans (sic!) : une annonce qui n'appellerait nullement à commentaire si la raison était la chose la mieux partagée du pays France et de ses dirigeants. Encore plus savoureux : l'une des recommandations du rapport, la numéro 10 (Ne pas limiter dans la durée le bénéfice du régime et ne pas modifier les règles de radiation du régime) énonçait clairement tout le contraire de la proposition du Ministre : si ce n'est pas un désaveu et/ou une déficience en français, ça y ressemble très fortement.
Encore plus incroyable : une exception serait cependant envisagée quant à cette contrainte rédhibitoire pour les auto-entrepreneurs à destination de ceux l'exerçant à titre complémentaire! Ce qui en somme favoriserait ceux qui bénéficient déjà d'un revenu principal au détriment de ceux pour qui c'est une question de survie élémentaire. L'incongruité de la mesure semble avoir clairement échappé à une personne pourtant en charge d'un maroquin ministériel, et qui de ce fait se devrait d'être avisée quant aux orientations choisies et annoncées médiatiquement. L'on souhaiterait briser ce statut que l'on ne s'y prendrait pas autrement...

Il ne faudrait cependant pas penser que cette charge soit menée uniquement par des personnalités de gauche, des élus de droite participent aussi activement à la curée : preuve en est de la proposition de loi émanant de 24 députés du parti de l'UMP pour limiter la durée du statut à... 18 mois [5]! Qui dit mieux?

Le problème qui va se constituer par cette décision potentielle peu opportune se pose sur trois plans : au nom soit-disant d'une concurrence faussée (difficilement vérifiable dans le cadre des services et plus encore dans le secteur des nouvelles technologies de l'information et de la communication où l'innovation est de mise) : 1) il va être décidé tout simplement que la lame de la guillotine s'abattra après x mois d'activité, risquant d'alourdir la charge fiscale du corps social en voyant affluer nombre de demandeurs d'emplois, en favorisant une recrudescence du travail illégal, en enregistrant une perte sèche pour l'État de revenus dégagés par les contributions même modestes des auto-entrepreneurs et en acceptant par avance une hausse significative des bénéficiaires de revenus sociaux. 2) l'esprit d'entreprise bridé par une mesure démotivante supplémentaire 3) le risque d'une accélération de l'effet de crise en déstabilisant le secteur privé d'une partie de son dynamisme et apport.
[3]Pour rappel, la TVA dans la restauration a été baissée significativement de 19,6% à 5,5% en juillet 2009, puis fut relevée à 7% au 1er janvier 2013. Controversée, la mesure coûterait près de 3 milliards d'euros par an à l'État, une niche fiscale estimée comme la deuxième la plus onéreuse, après celle pour les travaux de rénovation dans les logements
[5]Proposition de loi n°325 du 24 octobre 2012.

lundi 15 avril 2013

Condensé de lectures numériques d'avril 2013

Chers visiteurs, je vous propose ci-dessous un condensé d'informations récoltées ces derniers jours que je ne m'interdis pas de reprendre pour en tirer des analyses circonstanciées dans une période future.
Nonobstant cette annonce, je reviendrai très prochainement sur la question de la refonte du statut (et non du régime comme je le lis trop souvent) de l'auto-entrepreneur annoncé par le Ministre de l'Artisanat et qui m'apparaît comporter de lourdes menaces pour la création et l'innovation, y compris et même surtout, dans le cadre des technologies de l'information et de la communication.
En attendant je vous souhaite de bonnes lectures.

La CNIL et l’INRIA s’interrogent sur la protection des données personnelles au sein des applications mobiles :
Ainsi, la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) et l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique) ont pu mener un projet expérimental baptisé Mobilitics qui consiste à analyser en profondeur les données personnelles enregistrées, stockées et diffusées par un smartphone...
Mobilitics s’appuie, quant à lui, sur une expérience dite « in vivo » au travers l’analyse des résultats d’un outil développé par l’INRIA capable de détecter et d’enregistrer les accès à des données personnelles par des applications mobiles ou des programmes internes. Cet outil a été installé sur 6 iPhones prêtés à des volontaires de la CNIL qui les ont utilisés comme s’ils leur appartenaient. On note que cette étude porte exclusivement sur des smartphones Apple...
Il ressort de cette expérimentation que sur un total de 189 applications utilisées pendant la phase de test, 176 d’entre elles, soit 93% accèdent au réseau Internet ce qui n’est pas toujours justifié notamment pour les jeux vidéo. 46% des applications installées sur les iPhone de l’étude accèdent à l’identifiant unique Apple ce qui représente 87 applications utilisées et dont 33 l’ont transmis en clair, sans aucun moyen de cryptage ou de sécurité spécifique et 31% utilisent la géolocalisation. 16% accèdent au nom de l’appareil et 10% font appel à des comptes.

http://www.lemondenumerique.com/article-29899-la-cnil-et-l-inria-s-interrogent-sur-la-protection-des-donnees-personnelles-au-sein-des-applications-mobiles.html

La bulle du Bitcoin a éclaté :
La bulle Bitcoin a éclaté. Coûtant à peine un millième de dollar à son apparition en 2009, cette monnaie virtuelle avait vu le cours de son change exploser au cours des dernières semaines jusqu'à atteindre la somme de 266 dollars aux alentours du 10 avril. Mais depuis, c'est la débandade, puisqu'elle a reperdu plus de 70% de sa valeur pour tomber en dessous de la barre des 80 dollars...
Unique en son genre, le Bitcoin est né de la volonté de créer une monnaie indépendante de toute banque ou tout autre établissement monétaire. Avec une masse monétaire plafonnée à 21 millions d'unités (seulement 11 millions environ sont pour le moment en circulation), la monnaie électronique s'achète via des sites web faisant office de véritables bureaux de change, tels que Mt. Gox, le site japonais le plus utilisé, ou encore Bitcoin-central en France.

http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/la-bulle-du-bitcoin-a-eclate_379987.html

Colonialisme numérique :
La maîtrise de l’information en masse donne aujourd’hui à celui qui la possède la promesse de l’ultra-domination politique et économique. On imagine encore très mal l’ampleur des bouleversements à venir. C’est l’une des explications de l’inertie de la vieille Europe. Placée sous dépendance américaine, dépourvue de la chaîne industrielle adéquate, la colonie numérique européenne a oublié qu’il fallait une vision et une stratégie pour être citoyen à part entière de ce nouveau monde dont on ne devine encore que les fondations...
La colonie numérique européenne peut-elle encore reprendre son destin en main ? Il faudrait d’abord que l’énoncé du sujet fasse l’objet d’un vrai consensus chez les responsables politiques. Différents symptômes montrent que ce n’est pas le cas. Comme le “cloud souverain” français à 200 millions d’euros, par exemple. “C’est de l’argent public jeté par la fenêtre, regrette Gilles Babinet. Amazon à lui seul investit chaque années 1,4 milliard sur le sujet.” Autre exemple : le récent document du gouvernement sur le numérique. Cette prétendue feuille de route stratégique laisse Stéphane Grumbach perplexe : “Elle est surtout orientée vers des compétences bien établies, le haut débit, la culture, l’open data, pas vers nos points faibles, les nouveaux usages et les données personnelles, par sur les enjeux de la souveraineté numérique”, commente-t-il ...
“La maîtrise de la société de l’information donne une puissance que l’on soupçonne encore peu et qui dépasse de loin les secteurs de l’économie marchande”, estime Stéphane Grumbach, en citant l’exemple qu’il considère comme le plus frappant : “Google a dans ses mémoires numériques davantage d’informations sur la France que l’Insee.” La qualité de l’outil statistique à la disposition des gouvernants est un trait des Etats modernes les plus prospères or c’est une entreprise américaine qui possède aujourd’hui les milliards de données personnelles, géographiques, météorologiques, sanitaires, topographiques… dont on peut imaginer pouvoir extraire toutes sortes de modélisations des mouvements de la société française.

Cyberespace et guerre des idées : le retour du Léviathan :
Le rapport Mandiant, publié le 18 février par la société du même nom, en plus de souligner l’existence de cyber-conflits entre la Chine et les États-Unis (quelle clairvoyance), a fait les choux gras de la presse généraliste, jamais plus ravie de reprendre une information cyber que quand elle lui permet de faire croire qu’elle fait bien son travail. Pourtant, au-delà de la publication de nombreuses analyses plus souvent épidermiques qu’éclairées, ce rapport révèle les changements paradigmatiques à l’œuvre dans le cyberespace depuis une décennie...
Ces dernières années, il semble que nous soyons entrés dans une nouvelle phase : celle de la réaction réaliste. Les États, jusqu’alors complètement largués en matière de cyber au point de considérer complexe une attaque DDoS, ont vite compris l’intérêt stratégique de ce nouveau champ d’expression de leur volonté de puissance ; certains plus rapidement que d’autres il est vrai. Conséquence de cette prise de conscience : des moyens financiers en hausse continue et des politiques de recrutement de plus en plus ambitieuses.
Là où l’approche développée ici est intéressante, c’est que la doctrine réaliste cesse d’être descriptive pour devenir normative. Grosso modo et en matière de cyber, ce n’est plus “l’Etat est le seul acteur important sur le plan international”, mais “l’Etat doit être le seul acteur important sur le plan international”. Après la phase constructiviste des débuts et l’explosion libérale qui y a fait suite, place à la réaction réaliste et à la toute-puissance de l’Etat.

L’impôt des riches, l’impôt des pauvres : l’évitement du contrôle fiscal par les classes dominantes. Entretien avec Alexis Spire :
Les modalités du contrôle de l’impôt ont connu une véritable révolution depuis les années 1970 : pour le dire vite, on est passé d’un contrôle à la gomme et au crayon à une mise en réseau systématique de toutes les données dont dispose l’administration. Ce changement dépasse d’ailleurs largement le seul cas de l’administration fiscale : l’outil informatique a totalement bouleversé l’emprise de l’Etat sur les populations placées sous sa surveillance. Dans l’ouvrage, je montre que cette révolution technologique s’est accompagnée dans les années 1990 d’un redéploiement du contrôle sur les catégories populaires, à la faveur de deux évolutions concomitantes. D’un côté, la mise en accusation des « assistés », soupçonnés d’« abuser » des subsides de l’État, a mis à la mode le thème de la « fraude sociale ». De l’autre, les progrès de l’informatique ont démultiplié les capacités de surveillance des contribuables percevant des revenus facilement identifiables (salaires, retraites, allocations de chômage et indemnités journalières de maladie)...
En réalité, cette mise en réseau de toutes les administrations disposant d’informations sur les populations touchant des prestations sociales, s’est traduite par l’instauration d’un contrôle par capillarité auquel il est de plus en plus difficile d’échapper. Ce recentrage de l’Etat fiscal est davantage motivé par des raisons politiques que par des considérations budgétaires, les vérifications de comptabilité des entreprises restant de loin les contrôles aux résultats les plus importants.

De l'Union Soviétique à l'Union Européenne, justesse d'une comparaison ? :
Jacques Sapir : La comparaison entre l’URSS et l’Union Européenne est souvent faite. En réalité, l’URSS était la descendante de l’Empire tsariste, alors que l’UE se présente comme une nouvelle construction institutionnelle. Il est clair que l’on assiste à une multiplication des normes et des règlements, mais ceci est en partie inévitable, et en partie justifié car nous vivons dans une société de plus en plus complexe, et où la "densité sociale", soit la probabilité qu’une action non intentionnelle de l’un affecte un autre, augmente régulièrement.
Le véritable point sur lequel une comparaison porte c’est la nature toujours plus anti-démocratique de l’UE et bien entendu de l’URSS. En ce qui concerne l’UE, c’est par la tendance à transférer de la légitimité des États-Nations vers des instances supra-nationales qui ne sont ni élue ni responsable devant des élus, que se marque le caractère anti-démocratique. En fait, c’est la négation du principe de souveraineté, qui fonde celui de légitimité, qui est en cause.
L’UE voudrait définir ses actes uniquement du point de vue de la légalité, mais comment apprécier la justesse d’une loi ou d’un règlement ? C’est la raison de l’opposition de plus en plus grande que rencontre l’UE dans les différents pays qui la composent...
Jean-Robert Raviot : La logique bureaucratique domine, d’où les analogies avec certaines pratiques soviétiques : inflation normative, langue de bois des institutions... Il n’y a bien sûr ni police politique, ni norme idéologique officielle dans l’UE. Il n’empêche que le "déficit démocratique" est abyssal ! Récemment, un projet de la Commission européenne (révélé par le Daily Telegraph) consistant à financer des équipes de "trolls" pour contrer l’euroscepticisme dans les réseaux sociaux et influencer les opinions publiques pendant la campagne des élections de 2014, renseigne bien sur la conception que se font les technocrates de Bruxelles de la démocratie délibérative... L’analogie qui me paraît la plus remarquable entre l’UE de 2013 et l’URSS de 1990 est l’impuissance du politique, impuissance qui a pour effet d’accroître presque mécaniquement le pouvoir des bureaucraties. L’élaboration d’un consensus européen à 27 étant évidemment laborieux et difficile, les accords se font généralement en amont du politique, par la voie technocratique, dans la langue des technocrates, par les technocrates.

http://www.atlantico.fr/decryptage/union-europeenne-est-elle-dans-meme-etat-que-urss-en-1988-jacques-sapir-jean-robert-raviot-696844.html

A l'Assemblée, on débattra de l'îlot perdu de Tromelin :
Il était passé inaperçu au Sénat, l'îlot de Tromelin. Les sénateurs avaient ratifié sans débattre, en procédure simplifiée, un accord conclu en 2010, qui prévoit de partager une partie de l'administration de cette minuscule île française de l'océan Indien avec sa voisine, l'île Maurice, qui en revendique la souveraineté depuis son indépendance, en 1968...
L'Assemblée aurait probablement fait de même, jeudi 11 avril, n'était l'esprit retors de Philippe Folliot, député UDI (centre) du Tarn. Passionné de confettis d'empire et compatriote tarnais de l'explorateur Jean-Louis Etienne, Folliot a repéré le nom de l'îlot dans les feuilles vertes où l'Assemblée égrène ses ordres du jour. Il s'est indigné. Allait-on brader un pan du territoire national ? Le ferait-on sans que les représentants du peuple n'en débattent ?
Déjà, en 2009, on avait parlé de l'île à l'Assemblée, et de ses sœurs, les Eparses. Les budgets de la défense se réduisaient. L'armée voulait abandonner ces bouts de terre, qu'elle seule relie au monde. Elle y déploie quatorze militaires et un gendarme basés de façon permanente sur trois îles du canal du Mozambique (Glorieuses, Juan da Nova et Europa).

Guerre des deux Corées: quand l'impossible devient inévitable :
Le nouveau conflit militaro-politique qui oppose les deux Corées semble sans fin. Une guerre éventuelle sur la péninsule coréenne est-elle plausible? Quelles pourraient être ses conséquences? A quoi pourrait ressembler un conflit entre les deux Corées et quelle position pourraient adopter les Etats-Unis, la Chine et la Russie s’il éclatait?...
'après l'opinion majoritaire, il n'y aura pas de guerre. Personne n’en a besoin et surtout pas la Corée du Nord ou le Japon.
La Corée du Sud n'en a pas non plus besoin car il est moins rentable d'entrer en confrontation de contact en ayant une infrastructure complexe et une économie industrielle développée que d'apporter une aide humanitaire à la Corée du Nord.
Les Etats-Unis, enlisés en Afghanistan et au Proche-Orient, n’ont pas plus d’intérêt à voir éclater un tel conflit. Ce serait une épreuve trop lourde pour le système de sécurité internationale en Asie-Pacifique, surtout dans un contexte d'instabilité financière croissante.
La Russie fait partie du même lot: cette passe d’armes entre les deux Corées est, pour elle, plutôt une sorte de désagrément collant à éviter qu'une catastrophe nationale. Moscou est traditionnellement respecté à Pyongyang même si les relations entre les deux pays sont moins solides depuis les années 1990. Quant à la Corée du Sud, les Russes lui fournissent des armes et développent avec elle du matériel spatial et militaire. Cette guerre serait donc particulièrement désagréable pour la Russie, d’autant qu’elle ne pourrait l’influencer qu'indirectement...
En comparaison avec l'armée sud-coréenne, celle de Corée du Nord paraît nombreuse et belliqueuse mais elle est largement moins bien équipée. Les troupes du Nord sont supérieures en nombre, ont plus de canons d'artillerie et de chars.
Cependant, en regardant de plus près les véritables performances techniques ou encore l'état et les capacités logistiques en cours d’opération - avant tout le carburant pour l'aviation et les blindés - le tableau se renverse. La Corée du Nord peut, en réalité, faire avancer sur le champ de bataille un grand nombre de matériel obsolète mal entretenu. C’est encore pire pour l’aviation.
Une attaque frontale contre le Sud, vu sa supériorité en termes de transmissions, de renseignement et sa domination aérienne, entraînerait des pertes immenses pour le Nord.
Etant donné la supériorité de l'ennemi en mer, les flancs de la Corée du Nord seraient également ouverts à une opération tactique, voire un débarquement d'infanterie de marine - sans parler de l'aviation navale.

"Métro-surfing" : quand les jeunes Russes défient la mort dans le métro :
Depuis quelques années déjà, de nombreux adolescents s'adonnent à un nouveau sport extrême "made in Russia" : le métro-surfing. Le principe consiste à s'accrocher à l'arrière d'un métro ou entre deux wagons et à y rester agrippé alors que le train avance à toute vitesse. Certains grimpent même sur le toit du métro et se mettent debout afin de littéralement "surfer". Le tout avec une caméra fixée sur la tête pour capturer l'exploit, dans le but de poster la vidéo sur des réseaux sociaux, tels que YouTube et VKontakte (la version russe de Facebook).

From Russia With Bots: Finding The Source Of Cyber Attacks :
While media and government source continue to allude to China as the biggest source of cyber attacks hitting innocent servers on the Internet, recent evidence instead suggests it's actually the Russian Federation that's king of the cyber attack mountain.
The evidence comes from German telecommunications giant Deutsche Telekom (DT), which has set up a new portal to monitor real-time cyber attacks against its network. According to the data on the sicherheitstacho.eu (loosely translated as "security tachometer") site, Russia was responsible for 2.4 million attacks against DT last month.
The People's Republic of China, the current bugaboo of security mavens, ranked 12th on the same list, its 168,000 attacks coming in far behind nations like Germany, Ukraine and the United States. Curiously, it was Taiwan that held the number two slot, with 907,000 tracked cyber attacks, seemingly dispelling the notion that it's the Commies out to get Western corporate interests.

Entretien avec le responsable Israélien de la lutte contre la cybercriminalité :
Q.: Peut-on arriver à savoir qui nous attaque?
R.: L’une des caractéristiques des attaques cyber est qu’il est très difficile de les attribuer à une source spécifique. Les attaques sont répercutées de serveur en serveur. On ne peut localiser facilement que le serveur le plus proche. Lors de la cyber attaque sur la Bourse du diamant de Tel-Aviv et sur El Al il y a un an, par exemple, le serveur localisé le plus proche était situé en France. Cela signifie que la dernière “halte” de l’attaquant s’est trouvée en France, non que l’attaque soit partie de là. La plus grande partie de la circulation cybernétique dans le monde passe aujourd’hui par les serveurs situés aux Etats-Unis. Pour identifier les attaquants il faut mener des enquêtes internationales extrêmement compliquées...
Q.: Comment se prépare-t-on à de telles attaques?
R.: Cela exige un haut niveau de développement technologique et une coopération serrée entre de nombreux organismes. C’est le but du Bureau national de défense contre le cyber-terrorisme, que j’ai moi-même fondé lorsque j’étais conseiller du gouvernement. Il est chargé de coordonner la collaboration entre trois facteurs: le ministère de la Défense, qui a commencé à traiter de la question bien avant qu’elle ne parvienne à la conscience du grand public, l’université, où prennent naissance tous les projets qui seront développés par la suite, et les industries de haute technologie, robotique et technologie de l’information. Tout le travail de préparation a d’ailleurs été réalisé à partir de l’université de Tel-Aviv: installation de logiciels, construction de centres de réaction immédiate, mise au point de technologies capables de bloquer les cyber attaques etc. Israël est aujourd’hui l’un des pays les mieux protégés du monde contre ce type d’attaque. Il y a quelques semaines, McAfee, l’une des principales sociétés de logiciels anti-virus dans le monde, a réalisé un sondage sur la cyber protection des divers pays du monde: Israël est arrivé en première place, avec la Suède et la Finlande, avant les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, bien qu’elle essuie en moyenne 1 000 agressions à la minute.

Russia - a cyber threat? Conflict Studies Research Centre :