vendredi 1 janvier 2016

Meilleurs voeux pour cette année 2016!

Bonne Année 2016!

Glückliches neues Jahr 2016!  

С новым годом 2016!

Feliz Año Nuevo 2016!

Happy New Year 2016!

Szczęśliwego Nowego Roku 2016!

Feliz Ano Novo 2016!

jeudi 17 décembre 2015

Rinspeed Etos : un drone de véhicule



Certains n'en rêvaient même pas, et pourtant le constructeur suisse Rinspeed a osé le faire : un coupé sportif doté d'un emport pour drone.

Rinspeed n'est pas un inconnu dans le domaine automobile, même si le tout-venant n'en a jamais entendu parler car sa production reste très confidentielle mais demeure toujours portée dans le champ de l'innovation. Non sans omettre de soigner l'esthétique de ses modèles pour valoriser celle-ci.

Né en 1979 de la volonté de Frank M. Rinderknecht, Rinspeed se distingue surtout par ses préparations et optimisations mécaniques, opérant sur les productions de divers constructeurs (Volkswagen, Porsche, Ferrari etc.) avant d'amorcer dans les années 1990 des concept-cars qui reprendront ou réinventeront des modèles existants. L'une des plus fameuses étant la Yello Talbo, redonnant corps à une Talbot Lago 150 SS en couleur jaune clair avec le soutien du groupe de musique électronique helvétique Yello (coup double). Une autre étant le Rinspeed Bedouin qui opère la symbiose réussie entre une Porsche 996 et un Volkswagen Touareg, et dont l'arrière peut se déployer afin d'offrir un espace détente particulièrement trendy. Le tout mû par 420 chevaux alimentés en... gaz naturel et dirigés par un volant en forme de cornes!

Mais pourquoi évoquer le cas de l'Etos (Σtos) présentemment? Parce qu'une fois encore, l'exercice de style détonne dans un univers où pourtant les constructeurs rivalisent d'idées et de formes, employant même le cas échéant des simulations virtuelles de type Gran Turismo pour la promotion de leur savoir-faire, mais ceci est un autre sujet... Etos donc veut célébrer l'ère digitale, l'automobile connectée. une nouvelle façon de se déplacer et d'appréhender son environnement. Outre la silhouette qui rappelle vaguement une BMW i8 aux lignes adoucies mais aux caractéristiques communes, c'est l'intérieur qui fascine avec ses écrans haute-définition ajustables ou rétractables de même que le volant. Oui, le volant ne devient qu'optionnel dans la vision de Rinspeed, toujours là pour rassurer mais non nécessaire pour la conduite qui peut s'effectuer de manière autonome via l'intelligence artificielle intégrée. Le confort est privilégié par-dessus tout. Y compris celui de visualiser les points d'intérêt autour de sa position, où l'assistance en temps réel permet ainsi d'indiquer, de répondre mais aussi de proposer au conducteur-passager tout élément en mesure de le satisfaire. L'ordinateur de bord n'est de la sorte plus seulement réactif mais aussi prédictif. Et cette interaction si elle s'opère via les écrans, ne fait pas obligatoirement intervenir le toucher, la voix ou même la gestuelle est reconnue par l'ordinateur de bord qui sera chargé de son interprétation. À ce titre, les capteurs rétiniens intégrés dans l'habitacle permettent de percevoir ce que le conducteur n'a pas décelé dans son champ de vision et de l'avertir d'un détail crucial si nécessaire.

Huit caméras externes enserrant le véhicule permettent de bénéficier de l'effet miroirs virtuels où le conducteur n'est plus obligé de se retourner, et n'a plus à craindre les angles morts. L'écran qui  dispos d'une vision panoramique bénéficie d'une autre fonction que de fournir une aide visuelle : il détecte tous les objets aux alentours afin que le véhicule en mode autonome puisse réagir au mieux vis à vis des éléments environnants, le tout en fournissant au conducteur et/ou passager (qui dispose lui aussi de son écran large) une visualisation tridimensionnelle. 

Il serait fastidieux d'énumérer l'ensemble des éléments liées à la connectivité de ce projet automobile mais mentionnons à escient l'appairage avec des montres connectées où il sera possible de retrouver et/ou de diriger son véhicule à distance. Tout comme un système de paiement de parking à distance (Near Field Communication) disponible pour faciliter la vie des hôtes.

Et la plate-forme arrière? Elle est là pour accueillir un drone DJI dont le but est d'éviter au conducteur de se déplacer personnellement jusqu'à un endroit afin de limiter son temps de présence sur un lieu en l'envoyant chercher un objet (fleurs, lettre, magazine etc.) ou encore tout simplement de profiter à distance d'une vue imprenable mais non accessible en voiture. La plate-forme parcellée de lumières LED peut même se transformer en panneau d'annonces personnalisées ou de spots stroboscopiques selon l'envie et le besoin.

Petit plus bienvenu : les batteries utilisées, car il s'agit d'un véhicule hybride, peuvent être extraites pour une utilisation tierce en tant qu'unité de stockage énergétique.

Tradition helvétique oblige : un emplacement central est prévu pour apposer sa luxueuse toquante, telle une Carl F. Bucherer comme présentée par les illustrations promotionnelles de la firme, ajoutant une once de tradition dans un écrin de haute technologie.

Si les concept-cars vous fascinent, je ne saurais que trop vous conseiller la visite du site russe suivant : http://www.carstyling.ru
Une vraie mine d'informations graphiques et textuelles (russe/anglais).




vendredi 27 novembre 2015

Occupied : la série norvégienne qui fait polémique


Les séries ont la cote des deux côtés de l'Atlantique, et certains sont d'excellente facture : Vikings pour son côté semi-historique (la vie de Ragnar Lothbrok étant très parcellaire et entourée de faits imaginaires mais aussi réels) ou House of Cards pour son aspect jeu politique à l'échelle nationale américaine (nécessitant malgré tout de bien comprendre les rouages de l'administration présidentielle américaine). Sans compter les très suivies saisons de Game of Thrones (Trône de fer en français, tiré d'un roman de George R.R. Martin) où le fantastique est couplé à la politique dans un mariage réussi.

Occupied (Occupé en français) est une série norvégienne, créée par Jo Nesbø et faisant démarrer l'action du premier épisode dans un futur proche. Le scénario est le suivant : un premier-ministre (en Norvège il y a un roi à la tête de l'État) à tendance écologiste est élu démocratiquement et s'empresse de promouvoir le Thorium, considéré comme un élément radioactif dont l'exploitation future pourrait remplacer l'uranium, mais avec des déchets largement moins nocifs et en quantités trois fois plus abondantes. Il nécessite cependant des centrales nucléaires de quatrième génération pour son exploitation. Et dans la série, c'est justement le point de départ de l'action : la mise en activité prochaine de l'une d'elle corrélée à l'annonce de l'arrêt de l'exploitation des ressources fossiles de la Mer du Nord par la Norvège (pétrole et gaz) par le nouveau chef de l'État. De là s'ensuit des récriminations de la part de ses partenaires européens, et plus exactement de l'Union Européenne (la Norvège n'en est pas membre pour rappel). Des menaces de sanction sont proférées, et une pression diplomatique très forte s'exerce bien évidemment sur lui jusqu'à l'impensable : l'enlèvement du premier ministre. Le tout sous l'oeil du seul journaliste présent. Si le premier ministre est retrouvé peu après, le gouvernement doit faire face à un terrible dilemme : la Russie, employée comme bras armé de l'Union Européenne (si, si!) prend possession d'une plate-forme pétrolière pour accentuer la pression et contraindre la Norvège à revenir au statu quo ante bellum, c'est à dire reprendre l'exploitation et l'acheminement des matières premières. Dès lors, des choix politiques et énergétiques seront cruciaux pour l'avenir du pays.

Contrairement à ce que nombre de critiques ont relaté, le véritable agresseur n'est pas tant la Russie que l'Union Européenne en cette fiction. La Russie est présenté en tant que bras armé, non l'initiateur de l'occupation du territoire norvégien. D'ailleurs dès le début du premier épisode, il est bien question de sanctions économiques européennes étouffant le pays scandinave pour le contraindre à revoir sa politique énergétique. Plus tard, le président de la commission européenne prononce un discours guère ambigu sur sa décision initiale et l'appui russe subséquent. Sans compter la participation de la « soeur » scandinave, la Suède, à cette opération de reprise en main du pays, à la grande stupéfaction du premier ministre.
Le propos en est géopolitiquement caricatural mais dépeint bien les préoccupations de ce pays nordique.

L'épisode de lancement est plaisant dans sa narration, sa réalisation et pour les thèmes brassés (comme le thorium, de Thor Dieu nordique du tonnerre, pressentie comme la ressource énergétique future). Il reste juste à espérer que le scénario ne s'essouffle pas au fil du temps, passé la surprise (géopolitique) initiale.
Reste à regarder les sept autres pour se faire une meilleure idée de la qualité globale.

Pour en apprendre davantage sur l'exploitation du gaz et du pétrole par la Norvège, se rendre sur le site de Norsk Olje& Gass :
http://www.norskoljeoggass.no/en/
Carte intéractive des champs d'exploitation en Mer du Nord :
http://www.petroleumskartet.no/

Synopsis : 
Dans un futur qui ressemble à notre présent, la Norvège vit des heures historiques. Après avoir exploité durant des décennies le pétrole offshore qui a fait sa richesse, le pays, sous l'impulsion de son Premier ministre écologiste, Jesper Berg, décide de stopper l'exploitation des énergies fossiles pour lutter contre le changement climatique. Lors de l'inauguration d'une centrale au thorium, un combustible nucléaire "vert", il est enlevé, en hélicoptère, par un commando masqué, sous les yeux de son garde du corps, Hans Martin Djupvik et du journaliste d'investigation, Thomas Eriksen. À bord, le Premier ministre est confronté par visioconférence à deux commissaires européens. Ils l'informent que la Russie, à la demande de l'UE, va prendre le contrôle des gisements norvégiens de gaz et de pétrole. S'il refuse, les forces russes attaqueront…



ARTE diffuse l'intégralité de la série à raison d'un épisode par semaine : 

lundi 23 novembre 2015

Considérations post-13 novembre




Les attentats du vendredi 13 novembre, prévus comme inéluctables à terme par des spécialistes de la chose militaire et du milieu de l’anti-terrorisme, a donné corps au sinistre déroulement d’une opération de grande envergure perpétré sur le sol français.

Le macabre décompte s’est stabilisé à 130 morts (de 19 nationalités différentes). Chiffres qui auraient pu encore être plus élevés sans  l’avortement de la tentative des kamikazes visant le Stade de France.

Le temps du recueillement étant passé, les questions et projections se doivent d’avoir lieu. Ce n’est pas la première fois que le terrorisme frappe la France. Citons chronologiquement 1986 et la rue de Rennes, 1995 et le RER station Saint-Michel, 2014 avec l'affaire Merah puis les 11 et 13 janvier avec les attentats à Charlie Hebdo et l’Hypercacher. L'on peut y inclure Nemmouche, né en France et responsable de la tuerie du musée juif de Bruxelles en mai 2014 ou encore Ayoub El Khazzani qui avait fomenté un acte similaire dans le Thalys reliant Amsterdam à Paris en août 2015.

En revanche c’est la toute première fois que deux opérations sérieuses se déroulent la même année, avec une gravité encore jamais égalée depuis la fin de la seconde guerre mondiale. D’autant que l’emploi de kamikazes est lui aussi une première et fait peser un risque permanent lors des rassemblements de toute nature (sportif, culturel, associatif, politique etc.).

À ce stade, plusieurs points méritent d’être soulevés :

  • L’inflexion du discours politique : il est dorénavant admis par les hommes politiques en charge de l’autorité publique que d’autres attentats peuvent survenir, que l’on est en guerre (déclaration martelée à l’envi et à dessein). Et dorénavant, cette situation peut durer un temps indéfini. Sur la base de cet aveu fondé sur du pragmatisme, le concept de résilience n’en deviendra que plus en adéquation avec cette nouvelle ligne politique.
  • Sur la question de l’état de la situation, le fait de rappeler avec force qu’une guerre est en cours (« acte de guerre » et « armée terroriste » selon le discours du samedi 14 novembre 2015) fait intervenir un ennemi. L’ennemi c’est Daech ou l’État Islamique. En revanche, jamais son représentant officiel n’est nommé (Abou Bakr Al-Baghdadi), de même qu’il y a incidemment une forme de reconnaissance de l’État en cours de formation (transfrontalier) puisqu’il a été formulé officiellement l’existence d’une guerre contre une armée. Or qui dit armée, dit État. Qui dit guerre contre un État, dit explicitement reconnaissance de ce dernier (la guerre civile aux États-Unis entre 1861 et 1865 porta longtemps sur la reconnaissance du titre de belligérant pour les confédérés par les puissances européennes).
  • Les forces de police, de gendarmerie et de l’armée sont mobilisées à l’extrême, notamment avec la prolongation de l’état d’urgence pour trois mois. Or ces dernières étaient déjà grandement sollicitées par le dispositif Vigipirate (en cours lors des évènements du 13 novembre), ce qui à terme fait craindre l’usure des forces à disposition malgré les rotations. Les annonces de milliers de postes supplémentaires ne les soulageront pas dans l’immédiat puisqu’une phase de recrutement puis de formation est nécessaire, laquelle prendrait des mois même en accélérant le rythme du processus.
  • Les services de renseignement américains ont accordé aux français un accès privilégié à des informations de première importance quant à des cibles potentielles en Syrie. Ce qui signifie bien sûr une bonne volonté comme une marque de solidarité des autorités américaines, mais aussi en corollaire atteste que leurs homologues françaises sont en manque de données stratégiques.
  • Le rapprochement avec la Russie, après des tergiversations et des reculades majeures (vente des BPC Mistral), matérialisé par la main tendue de François Hollande à Vladimir Poutine, frappé lui aussi par la disparition de près de 224 passagers au-dessus du Sinaï lors de l’explosion en plein vol de l’A321 à destination de Saint-Pétersbourg. Du reste, si l’opinion française est dorénavant favorable à des opérations au sol en Syrie, l’exécutif s’y refuse mais doit pour cela accepter l’activité de forces tierces, kurdes et rebelles mais aussi gouvernementales syriennes sans lesquelles une victoire ne peut être envisagée. Le cas de Bachar Al Assad autrefois verrou de toute négociation préalable (au point d’évincer une France jusqu’au-boutiste de la première rencontre diplomatique à Vienne), vient de sauter. À Vienne II, et dans la foulée des attentats de Paris, une feuille de route vient d’être ébauchée permettant d’entrevoir une transition politique qui ne ferait pas l’impasse sur le devenir du gouvernement actuel (rappelons à escient que le parti Baas dissout abruptement après l’intervention américaine en Irak avait permis de « nourrir » la rébellion sunnite). Signe d'évolution, le ministre des affaires étrangères français, inflexible jusqu'alors, a timidement émis pour la première fois l'hypothèse d'actions coordonnées avec les forces du régime syrien, facilitant de fait le rapprochement avec les autorités russes.
  • Le renfort du porte-avion Charles de Gaulle sur la zone, prévu avant les attentats, va permettre de tripler théoriquement les frappes aériennes en Syrie et en Irak. Un tel envoi va cependant devoir s’accompagner de résultats tangibles au vu du coût généré par son emploi. Pour l’heure, les frappes françaises comptent pour 12% des frappes non-américaines avec l’appoint d’aéronefs stationnés en Jordanie et aux Émirats Arabes Unis.
  • Un autre acteur d'importance est en passe de s'agréger activement au conflit : l'Angleterre. Les scènes de solidarité à Trafalgar Square puis l'hymne de la Marseillaise jouée lors de la rencontre de football à Wembley ont amorcé un rapprochement populaire qui s'est manifesté plus politiquement et militairement avec la rencontre entre David Cameron et François Hollande ce lundi 23 novembre par la mise à disposition des forces françaises de la précieuse base aérienne de la Royal Air Force à Akrotiri (Chypre). Soient quelques 310 kilomètres de distance des côtes syriennes les plus proches. De plus, le Premier Ministre britannique envisage dorénavant des frappes en Syrie, rompant avec les tergiversations antérieures.
  • Paris n’a pas été la seule capitale touchée : Beyrouth un jour avant a fait l’objet d’un double attentat (44 morts dénombrés) en plein quartier chiite, et dont le bilan aurait été bien plus grave sans le geste courageux et sacrificiel d’Adel Temos. Revendiqué par l’État Islamique, le but était de faire payer au Hezbollah sa participation aux opérations en Syrie. Le message demeure identique pour les deux capitales : si Daech veut frapper hors de ses frontières, Daech le fera envers tout pays déclarant le combattre ou abritant des forces susceptibles de lui nuire.
  • La coordination et la multiplication des modalités d’opérations rapprochent le cas de Paris de celui des attentats de Mumbaï (Inde) s’étant déroulés du 26 au 29 novembre 2008 dont le bilan fut effroyable : dix attaques terroristes synchronisées pour près de 173 tués et 312 blessés par un groupe islamiste frappant de haut-lieux symboliques tout comme à Paris.
  • En énonçant favoriser le pacte de sécurité sur le pacte de stabilité (pour un coût de 600 millions d’euros prévisionnels), le président français a ouvertement fait primer l’intérêt national sur des accords intergouvernementaux. De même que les contrôles aux frontières, refusés en pleine crise des migrants (alors que l’Allemagne et l’Autriche rétablissaient ceux-ci), est dorénavant mis en place. Ce qui contribue à déliter encore davantage l’espace Schengen qui a prouvé lors de crises récentes sa faible capacité à protéger les citoyens nationaux en laissant opérer des cellules terroristes en divers États signataires.
  • Quelle est la responsabilité des gouvernants dans le fait que des individus suspectés pour leur radicalisme n’aient pas été mieux surveillés/suivis par pure dogmatisme comme l’indique l’ancien responsable de la DCRI (actuelle DGSI) Bernard Squarcini au point de refuser des informations substantielles provenant des services syriens ?
  • Passée relativement sous silence, la sphère cyber (outre le message des Anonymous visant à effectuer des représailles envers l'EI) reste stratégique car les moyens de communication utilisés comme l'impact médiatique des attentats du 13 novembre place celle-ci dans la bataille. Cyber devant être entendu dans son acception large, et non uniquement Internet qui n'en est qu'un élément rappelons-le toujours. Ainsi, des cartes SIM jetables de mobiles participent à ces actes en ce sens qu'ils sont des moyens de communication, lesquels peuvent même se muer en leurre le cas échéant. Autre exemple : la localisation satellites de points stratégiques après recherche, recoupement et analyse fait aussi partie de l'espace cyber. Quant à l'affaire des consoles PlayStation 4, susceptibles de favoriser l'échange de données entre terroristes, rien n'est officiel à l'heure actuelle, se fondant sur de pures spéculations (qui ne sont pas à éluder malgré tout car réalisables techniquement).
  • À chaque nouvel attentat, une couche législative en matière de sécurité publique est annoncée. Au point désormais d’inquiéter certains experts quant à l’altération du régime politique. Un des buts principaux recherché par les groupes terroristes actifs est de forcer la population à s'enfermer dans la psychose et obliger ses représentants à altérer la nature du régime honni, par exemple avec une surveillance de masse et des complications quotidiennes reposant sur la majorité de la population. De plus, le renforcement des peines sera-t-il véritablement dissuasif pour des individus qui sont parés à se sacrifier pour leur cause et dont l’appréhension de leur univers environnant n’est pas celui de la raison mais de la foi ? La surenchère dans les annonces a aussi une limite : celle de la crédibilité de la parole politique.
Des considérations qui nécessiteront une étude postérieure mais dont les conséquences pourraient peser lourdement sur le devenir de la France en particulier et des pays européens en général.

mardi 10 novembre 2015

L'ambitieux projet de République numérique



Le secrétariat d'État au numérique en France a eu le mérite d'avoir deux premières représentantes sincèrement ouvertes aux problématiques de cette révolution technologique en les personnes de Fleur Pellerin et Axelle Lemaire. Des ambitions pas toujours aussi audacieuses que souhaitées par les bénéficiaires et les spécialistes du monde numérique, cependant des avancées notables dans un cadre où l'autonomie d'action et de parole est plus étendue que dans les autres postes gouvernementaux (pour information, le secrétariat est rattaché au Ministère de l'Économie).

C'est ainsi que du 26 septembre 2015 au 18 octobre 2015 fut organisée une consultation en ligne avec soumission de propositions par les internautes. Propositions ponctuées par un vote. Bémol malgré tout : la secrétaire a précisé qu'il n'était pas question de donner la primeur aux votes les plus nombreux car il ne s'agissait pas d'un plébiscite mais d'une consultation. Le procédé est assez spécieux et c'est là un sujet de reproche pouvant être adressé et qui prouve qu'au contraire de l'Islande, la France choisit une approche plus timorée, celle de la porte légèrement entrouverte mais toujours avec le cadenas en place.
Quoiqu'il en soit, d'une part le processus est le fruit d'un long cheminement : 
La consultation sur le projet de Loi pour une République Numérique est l’aboutissement d’un processus innovant entamé l’an dernier, avec la consultation sur le rapport « Ambition Numérique ». Durant quatre mois, français ont été invités à débattre sur les grand enjeux du numérique sur une plateforme 100 % en ligne. Ce sont plus de 4.000 contributions qui ont été collectées sur la plateforme du Conseil National du Numérique.
De nombreux acteurs du numériques ont participé : des syndicats professionnels, des associations, des entreprises ou de simples citoyens.
Et d'autre part, il n'est pas achevé puisqu'il a été transmis le 6 novembre 2015 au Conseil d'État pour conformité et si quitus, sera intégré au processus de vote législatif. Sachant que l'ordre du jour portant sur l'examen des projets et propositions de loi peut retarder encore conséquemment le débat suivi du vote.

Pour prendre connaissance du texte, avec ses modifications (ajouts et retraits) : 

Quelques points méritent d'être mentionnés : 
  • L'article 2 offre la possibilité à un administré à demander la nature de l'algorithme utilisé lorsqu'une décision le concernant fait intervenir un tel processus informatique (l'on pense d'office aux impositions, taxes et redevances).
  • L'article 3 ébauche l'ouverture de données publiques à justement un plus large public, à l'instar des autorités américaines, avec anonymisation des informations individuelles contenues dans les documents mis à disposition  (une limitation d'importance : c'est l'administration concernée qui décide de leur publication, pouvant aboutir le cas échéant à un blocage ou une inertie dommageable quant à l'esprit de la loi).
  • L'article 8 encadre numériquement le format des données transmis aux autorités et entrevoit leur utilisation postérieure à des fins gratuites ou onéreuses mais cette dernière possibilité n'est pas inscrite comme une obligation.
  • L'article 13 évoque distinctement la possibilité à terme d'un rapprochement entre la CADA (Commission d'Accès aux Documents Administratifs) et la CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté) en posant les bases de rencontres communes.
  • L'article 14 propose pour un auteur la mise à disposition gratuite de ses articles de recherche scientifique dès lors que le financement desdits travaux proviennent pour moitié de fonds publics et quand bien même serait-il lié à un éditeur. L'utilisation commerciale de cette mise à disposition par autrui est explicitement prohibée pour toute société d'édition.
  • L'article 16 est un grosse avancée puisqu'il garantit la neutralité d'Internet en s'appuyant notamment sur la directive européenne 2002/22/CE, d'où le traitement de façon égale et sans discrimination de tout trafic par les opérateurs dans la fourniture des services d’accès à Internet sans restriction ou interférence, quels que soient l'expéditeur et le destinataire, les contenus consultés ou diffusés, les applications ou les services utilisés ou fournis ou les équipements terminaux utilisés. C'est là un noeud gordien enfin tranché au niveau français mais arrivant bien après la décision de la Federal Communications Commission, le régulateur des télécommunications américains, en février 2015.
  • L'article 18 institue la nécessité pour un prestataire de courrier électronique de permettre à son client de sauvegarder sur un autre support ses données mais aussi d'autoriser leur transfert chez un concurrent. Autrement dit, favoriser la portabilité.
  • Les articles 19 et 20 se consacrent aux principes de transparence, de clarté et de loyauté pour les plate-formes en ligne quant à leurs conditions générales d'utilisation. Un point hautement névralgique pour les GAFA. Reste néanmoins à savoir comment ces deux articles pourront être appliqués dès lors qu'il s'agit d'entreprises de taille mondiale et non uniquement nationale.
  • Sur le même principe mais visant les sociétés de collecte d'avis de consommateurs, l'article 21 les enjoint à les respecter.
  • L'article 22 s'intéresse de près aux fournisseurs d'accès internet mobile en obligeant à être plus précis sur les abonnements et les caractéristiques techniques avancées (débit notoirement).
  • L'article 25 renforce le rôle de la CNIL en lui attribuant la mission de populariser les technologies de chiffrement des données (l'on songe d'office au patrimoine informationnel des entreprises, souvent très peu au fait de la nécessité de protéger leurs informations stratégiques).
  • L'article 31 part de la louable volonté de réduire la fracture numérique, mais buttera inévitablement sur l'allocation de moyens offerts aux collectivités pour y faire face. Sans compter la nécessité de disposer du personnel formé ad hoc.
  • L'article 35 vise à renforcer l'obligation d'entretien des réseaux, y compris en faisant porter la charge pécuniaire sur les propriétaires où les installations sont présentes ou envers l'exploitant ayant négligé cette surveillance pouvant entraver la bonne marche de l'exploitation.
  • L'article 37 ouvre une brèche dans le paiement par l'opérateur de téléphonie en autorisant les prélèvement par ce dernier de services facturés et payés par le biais d'une communication. Ce qui va attribuer aux opérateurs des possibilités nouvelles en France (mais déjà répandues en d'autres pays, notamment africains).
  • L'article 38 consacre le sport électronique comme sport à part entière. L'évolution est singulière car pour l'heure, le sport électronique dit professionnel est considéré comme un jeu en ligne, assujetti par conséquent à des dispositions administratives et fiscales très lourdes.
  • Les articles 39 et 40 sont axés sur les personnes handicapés et leur accès aux communications électroniques.
  • L'article 41 vise à faire de l'accès Internet un droit fondamental au même titre que l'eau et l'énergie. L'interruption du service étant remplacé par une limitation substantielle de celui-ci mais autorisant l'envoi et la réception de courriels. Au passage, peut-être aurait-il été préférable de choisir des termes plus génériques, faisant la part belle à la neutralité technologique?

Ce n'est pas non plus le seul texte à prendre en considération ces prochains mois puisqu'une autre initiative portée par Emmanuel Macron, actuel Ministre de l'Économie, a récemment dévoilé les orientations de sa prochaine loi Noé (Nouvelles Opportunités Économiques) dont l'objectif est de profiter de l'élan du numérique pour toiletter certains pans de l'encadrement juridique de l'économie française. Ce qui ne manquera pas, une fois encore, de provoquer des remous au sein des acteurs concernés.

Pour l'heure, il n'y a pas lieu de jouer les esprits chagrins : le texte de République Numérique tel que présenté s'il peut manquer d'audace pour les plus velléitaires, n'en demeure pas moins un texte appréciable, ouvrant des pistes favorables sur plusieurs plans. Plusieurs facteurs demeurent dans l'inconnu : la date de présentation sur le bureau des assemblées ; les ordonnances et décrets qui peuvent prendre des mois dans le meilleur des cas voire des années ; les fonds alloués et ressources humaines pour la mise en place des politiques publiques ; l'équilibre à trouver pour les prestataires techniques entre rentabilité commerciale et nouvelles obligations.
À charge pour la secrétaire et de son ministre de tutelle de forcer la voie pour cette fameuse république numérique.

mardi 13 octobre 2015

Cyberattaque sur le BTC en 2008 : l'audit qui démonte la théorie


L'affaire s'était viralement répandue sur les réseaux sociaux et n'avait pas manqué chez les spécialistes et moins spécialistes de la chose cyber de réagir : le pipeline BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) aurait été la cible d'une cyberattaque russe.

Pour rappel des faits, expliquons déjà que l'oléoduc BTC fait près de 1 748 kilomètres, produit 1,2 million de barils/jour et traverse les pays de l'Azebaïdjan, de Géorgie et de Turquie. Les principaux actionnaires sont BP (30,1%), Chevron (8,90%), AzBTC (25%) et Statoil (8,71%). Les généreux gisements d'Azerbaïdjan en Mer Caspienne fournissant la matière première depuis l'ouverture des tuyaux en 2005. Mais ce projet c'est aussi une vaste machinerie complexe de huit stations de pompage, une station de réduction de la pression, de deux stations de nettoyage et de cent une valves de blocage.

Un rappel chiffré utile car en août 2008 se serait produit un incident d'une gravité conséquente en Turquie, précisément en relation avec l'acheminement du pétrole par ce BTC : l'explosion de la station 30. Ce n'est pas tant les conséquences de l'explosion en cause (aucun mort et remise en état en trois semaines) que le mode opératoire employé : une cyberattaque de deux ans antérieure à celle de Natanz en Iran. Un trop plein de pression provoqué par le dysfonctionnement de valves et de pompes grâce au piratage du réseau de caméras de sécurité.

L'édition du 10 décembre 2014 de Bloomberg énonce d'ailleurs que l'affaire datait de quelques années lorsqu'elle a refait surface près de six ans après après avoir été oubliée (la guerre du Donbass est encore en cours et Marioupol menacée de tomber aux mains des forces rebelles) : 
« The Turkish government publicly blamed a malfunction, Kurdish separatists claimed credit and BP Plc had the line running again in three weeks. The explosion that lit up the night sky over Refahiye, a town known for its honey farms, seemed to be forgotten. ».
Non sans ajouter : 
« It wasn’t. For western intelligence agencies, the blowout was a watershed event. Hackers had shut down alarms, cut off communications and super-pressurized the crude oil in the line ».
Difficile de savoir quelles sont ces fameuses agences de renseignement occidentales et pis, pourquoi ont-elles tant tardé à exposer leur explication sur le destin de la station 30 en 2008? La forensique est toujours longue mais de là à rouvrir un dossier six ans après... 
Mon collègue d'Echo Radar, Si Vis Pacem Para Bellum, avait traité en un billet le sujet non sans faire acte de circonspection :  
« La première raison d'être prudent concerne la source des fuites : des "services de renseignement" notamment Américains. Difficile de faire plus flou sinon nébuleux. La deuxième raison concerne l'absence de présentation d'une preuve tangible. ».


C'est bien là que le bât blessait : plusieurs analystes ont foncé la tête en avant en visant un coup monté des russes, d'autant que l'action aurait précédé de trois jours les opérations en Géorgie. Puisque le BTC alimentait aussi la Géorgie, l'accusation prenait corps. Sans compter que les relations souvent fraîches entre Moscou et Bakou renforçait un intérêt à frapper un circuit aussi stratégique. Le coupable était tout trouvé.

Sauf que...
Le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung révélait le 19 juin 2015 que la baudruche se devait d'être dégonflée car un audit interne au groupe BTC semble faire table rase de l'hypothèse russe.
En effet, le système de caméras incriminé n'a été installé qu'après cet évènement. Qui plus est, le circuit de communication des caméras est fermé et n'interfère en rien avec le centre de contrôle et de gestion des multiples paramètres du pipeline. Enfin pour clore le sujet, il n'existait pas de connexion radio ou wifi au sein de la station, d'où impossibilité de faire transiter le maliciel par cette voie comme il avait été hypothétiquement présenté.
Que s'est-il passé alors?
L'audit révèle que la piste la plus crédible est celle d'activistes kurdes qui ont déjà opéré par la passé des attaques sur des sites sensibles peu ou prou similaires, et qui disposent de l'expérience pour ce faire ainsi que d'un intérêt réel pour passer à l'acte. La présence de traces d'explosifs trouvées sur le site ne fait que conforter grandement cette réorientation de l'attribution. A fortiori quand les séparatistes kurdes ne manquèrent pas de revendiquer l'attaque lorsqu'elle eut lieu.
En définitive, ni cyberattaque, ni russes derrière cette affaire.

Pareille attribution n'est pas unique dans les annales de la cyberstratégie. Ainsi, Thomas Reed, qui exerça entre autres en tant que Secrétaire américain à l'armée de l'air, exposa dans son ouvrage At the Abyss: An Insider's History of the Cold War la survenance d'un fait similaire en Sibérie, sur le tracé du pipeline transibérien en octobre 1982. Une terrible explosion se serait produite, provoquant d'énormes dégâts matériels, en raison d'un trop plein de pression... provoqué par l'utilisation d'un logiciel de contrôle copié à l'étranger mais délibérément vicié par les services américains pour faciliter à dessein la survenance de catastrophes.
Or l'on sait depuis que le pipeline lancé rapidement était très loin d'être exempt de défauts, dont l'un se manifesta très tôt, en décembre 1983, lorsqu'un feu détruisit une partie du panneau électronique d'une station. De plus, et surtout, la partie soviétique/russe n'a jamais confirmé un tel évènement. Le chef du KGB de Tioumen dont l'une des prérogatives était justement la supervision et la sécurité des infrastructures stratégiques réfuta vigoureusement cette assertion, admettant qu'il y eut bien une explosion en 1982 mais dans un autre secteur et concernant un autre gazoduc, et que l'intensité fut bien plus limitée que celle décrite par l'auteur américain. Gazpromavtomatika, la société publique qui installa les logiciels à l'époque, réfuta de la même manière les propos sur cet incident.
Même le spécialiste des cyberattaques américain Jeffrey Carr a toujours été sceptique quant à cette éventualité.
Il n'en demeure pas moins que Stuxnet a prouvé la validité théorique de paralyser un site de production/transport en frappant les SCADA (supervisory control and data acquisition), PLC (programmable logic controllers) et DCS (distributed control systems).


Pour plus d'informations sur le BTC, se rendre sur le site de BP, le principal actionnaire du BTC :
http://www.bp.com/en_az/caspian/operationsprojects/pipelines/BTC.html
L'article du Süddeutsche Zeitung :
http://www.sueddeutsche.de/digital/tuerkei-ermittler-schliessen-cyberangriff-bei-pipeline-explosion-aus-1.2529345 
SANS Industrial Control System Security :
https://ics.sans.org/blog/2015/06/19/closing-the-case-on-the-reported-2008-russian-cyber-attack-on-the-btc-pipeline


mercredi 7 octobre 2015

Uchronie de la mort d'une démocratie occidentale


À l'occasion de la quatrième édition du Forum Mondial de la Démocratie à Strasbourg du 18 au 20 novembre 2015, la présente uchronie est destinée à amener à réfléchir sur le délitement en plus ou moins accéléré (le phénomène peut être rallongé ou même rétréci selon le lieu et les époques) d'une démocratie de type occidentale. Tous les éléments qui sont amenés à la perturber, la corrompre, l'atrophier ne sont pas répertoriés au sein de cet exercice de style : tel n'était pas le but d'effectuer un vaste répertoire des causes menant à l'effacement puis la suppression de ce type de régime. En revanche, plusieurs faits relatés ci-dessous proviennent de faits réels étant survenus au sein des États européens ou aux États-Unis et si quelques rares autres sont des projections, ils sont suffisamment probables pour y prendre place.

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Vieille démocratie où le régime s'est développé et consolidé pendant près de cent-vingt ans en dépit et même parfois en réaction à des aléas, le pays de Couge fait désormais face à une donne nouvelle et inédite dont les instances au pouvoir sont à la fois cause et conséquence.

Année -45 : Sur pression de lobbies puissants et infiltrés dans les coulisse du pouvoir, la banque centrale du pays ne peut plus prêter de l'argent à l'État qui doit se refinancer par des emprunts sur les marchés.

Année -42 : Deuxième année de suite où les comptes se tiennent difficilement en équilibre même si les perspectives d'emploi et de croissance sont bonnes bien que fragiles. Le gouvernement se veut rassurant et demande de le juger sur le long terme.

Année -40 : Une crise énergétique frappe de plein fouet le pays qui est importateur de matières premières. Première année du plongeon de la balance commerciale et premier budget déficitaire.

Année -38 : Les premières difficultés sur le marché de l'emploi apparaissent avec une hausse substantielle du nombre de demandeurs d'emploi, concomitamment à la faillite de plusieurs entreprises touchées directement ou par ricochet par la crise.

Année -35 : La crise perdure, et si certains secteurs retrouvent du dynamisme, d'autres souffrent. Des mesures gouvernementales d'aide à l'emploi et de soutien à l'économie sont envisagées à plus grande échelle que par le passé.

Année -31 : Scandale au plus haut sommet de l'État : un entrepreneur proche du Ministre de l'Entreprenariat aurait bénéficié d'aides substantielles pour raffermir son groupe malmené par la faible croissance. Le Ministre démissionne après quelques dénégations à la presse pour finalement se confondre en excuses au vu de certains éléments provenant d'une fuite du dossier d'instruction. Notamment ceux relatifs à la découverte d'un compte à l'étranger.

Année -30 : Émeutes sociales dans certains quartiers urbains où le taux de chômage a grimpé en flèche. Les forces de l'ordre interviennent pour ramener le calme. Le gouvernement s'inquiète et prévoit, pour la première fois dans l'histoire de l'ère démocratique du pays, une loi couvre-feu d'une durée maximale d'une semaine pour ramener le calme en cas de nouvelle éruption de violences.

Année -29 : La coalition de Solidarité & Partage arrive pour la première fois au pouvoir et s'empresse de prendre des mesures sociales vigoureuses. Augmentation vertigineuse de la dette publique. Plan d'investissements par le nouveau pouvoir pour relancer la croissance, améliorer les infrastructures et se constituer un réserve électorale pour les futures élections.

Année -26 : Le tournant en matière de politiques publiques, appelé tournant du réalisme, a pour principal effet de scinder la coalition en deux. D'un côté les partisans d'une continuité des mesures engagées mues par le volontarisme politique, les autres favorables à un assouplissement pour récupérer la confiance des marchés, les investissements étrangers et éviter l'exil fiscal de plusieurs dirigeants d'entreprise dont certains ont déjà transféré une partie de leurs capitaux en dehors du pays.

Année -25 : Première loi d'une longue série visant à pénaliser certains propos tenus en public.

Année -24 : Valeurs & Travail remporte les élections nationales, le Président en exercice issu de Solidarité & Partage refuse de se retirer de son poste, se fondant sur le texte de la constitution. Et ce, bien que tous les prédécesseurs désavoués sérieusement par les urnes avaient démissionné pour ne pas heurter les électeurs et offrir une cohérence politique à la tête du pays de Couge.

Année -22 : Plusieurs mesures libérales adoptées dès le début du mandat commencent à porter leurs fruits mais la croissance est inégalement partagée, ce qui génère des heurts sociaux endémiques. Certains économistes s'inquiètent du déphasage entre l'économie réelle et les circuits de financement. Le Ministre des Finances adopte un discours rassurant sur la prédiction d'une auto-correction du système économico-financier.

Année -20 : L'introduction de nouvelles technologies génèrent des inquiétudes au sein d'une partie de la population et surtout de monopoles installés. Le gouvernement entend protéger les anciens secteurs menacés par ce phénomène, notamment en alourdissant les peines, jusqu'à la prison ferme, en cas d'infraction.

Année -19 : Solidarité & Partage revient au pouvoir par des élections laborieuses. Son chef politique s'engage à ne rien bouleverser et respecter les engagements pris par le gouvernement précédent.

Année -18 : Plusieurs mesures sociétales envisagées, inspirées à la fois par une évolution en d'autres contrées mais aussi par la volonté de ne pas encore toucher au volet socio-économique.

Année -17 : Manifestations récurrentes et exponentielles contre les mesures sociétales adoptées en force au parlement. Crise économique mondiale qui oblige à l'augmentation des impôts, l'annulation de plusieurs abattements et la création de diverses taxes. Plusieurs coupes mal coordonnées dans les différents ministères attisent la grogne de très nombreux fonctionnaires.

Année -16 : Scandale des machines à voter. Leur introduction imposées lors leur d'élections locales il y a deux ans est remise en cause par la publication sur un forum d'informaticiens d'une manipulation des données au profit de candidats appuyés par le gouvernement. Les autorités se veulent rassurantes mais plusieurs machines sont saccagées là où elles sont entreposées.

Année -14 : Pour la première fois, les partis Entente Nationale et Société Collective sont en situation d'introduire légalement des représentants à l'Hémicycle. Plusieurs demandes de parlementaires ulcérés qui se concertent afin de faire interdire les partis en question. Échec de la tentative faute d'une majorité suffisante mais il est adressé aux nouveaux entrants qu'ils seront sous observation jusqu'à la fin de la législature. L'abstention inquiète surtout les politologues qui y relèvent un dédain si ce n'est dégoût des citoyens pour la chose publique, d'autant que le phénomène s'accentue d'élection en élection.

Année -12 : Plusieurs dirigeants de sociétés excédés par les entraves à leur activité décident d'une campagne médiatique remarquée sur le tarmac d'un aéroport pour expliquer pourquoi ils entendaient s'expatrier pour ne plus avoir à supporter les ponctions de leur labeur par un État mal géré et incapable de se réformer. L'on commence par la même occasion à évoquer le cas de plusieurs milliers de cerveaux et de professionnels qualifiés fuyant le pays faute de perspective professionnelle.

Année -9 : Nouvelle loi sur les propos pénalement répréhensibles. Certains polémistes ironisent sur le fait que la peine de mort ne peut plus qu'être la prochaine étape au vu du durcissement continu depuis seize ans et qui a sérieusement raboté la liberté d'expression.

Année -8 : Plusieurs actions militaires sont menées à l'étranger en dépit de la saignée budgétaire imposée aux forces armées. Les journalistes parlent d'une utilisation personnelle de l'arme de guerre à des fins de communication nationale. Certains journalistes sous anonymat évoquent des représailles de la part de représentants de l'État sous la forme de réduction de subventions si leur employeur venait à critiquer à nouveau le pouvoir trop sévèrement. Première loi d'exception concernant les nouveaux réseaux de communication très prisés par une frange de la population : tout espace d'expression devra faire l'objet d'une déclaration personnelle et renouvelée chaque année à la Gouvernature du domicile : tout manquement aboutirait à la déconnexion pour six mois du réseau national de l'indélicat. La loi évoluera trois ans plus tard, supprimant l'acceptation automatique et obligeant la Gouvernature à donner un accord explicite.

Année -7 : Dérapage continu des finances publiques malgré la mise en place quinze ans auparavant d'un Comité d'Observation des Dépenses Inutiles dont les préconisations ne furent jamais appliquées ou très imparfaitement, et ce en dépit de leur relais par la presse écrite ou numérique. Dans l'urgence, pression fiscale accrue sur la classe moyenne déjà éprouvée et envers les entreprises des secteurs dynamiques. Un chercheur de renom s'alarme du déclassement accéléré d'une grande partie de la population, victime d'une crise mal comprise et en corollaire gérée par des dirigeants politiques déconnectés de la réalité socio-économiques de leurs électeurs.

Année -5 : Manifestation en faveur d'un référendum sur les questions d'intérêt national, procédé de consultation n'ayant plus été utilisé depuis douze ans : jugé trop aléatoire et onéreux selon les autorités qui prétextent en outre que l'abstention rendrait caduc le résultat. Or les politologues font remarquer que cette dernière excuse est un sophisme puisque les citoyens réclament au contraire plus de démocratie directe alors que la voie représentative a transformé la politique en un métier et non plus en un mandat.

Année -4 : Les partis Entente Nationale ainsi que Société Collective sont en passe de remporter la majorité à la chambre basse. Devant l'affolement des marchés et la crainte de perdre son emprise sur les dossiers politiques nationaux et internationaux, le gouvernement déclare les élections législatives reportées sine die pour raison de troubles à l'ordre public potentiellement conséquents.

Année -3 : Mise en examen du dirigeant de Société Collective. Accord sur une coalition entre Solidarité & Partage avec son homologue du bord politique opposé Valeurs & Travail, les deux forces gouvernementales gèreront les destinées du pays jusqu'aux prochaines élections dont la date n'a toujours pas été fixée.

Année -2 : Accident de l'avion transportant plusieurs responsables du parti Entente Nationale. Aucun survivant n'est retrouvé, le parti se retrouve de fait sans bureau exécutif et sans chef. Annonce publique d'un gouvernement d'unité nationale censé réfléchir à un système pérenne pouvant répondre aux problématiques contemporaines et aux angoisses de la population.

Année 0 : Le nouveau régime décide de changer les modalités d'élection qui se feront désormais sur une base d'honorables citoyens du pays et auditionné par une commission de vingt experts mandatée par le gouvernement. Les critiques pleuvent sitôt l'annonce car plusieurs analystes évoquent le risque réel que ceux ayant déjà exercé une fonction élective par le passé bénéficieront d'un « bonus » conséquent. Plusieurs émeutes d'intensité sérieuse ont lieu dans le pays pour défendre l'ancien mode de désignation des élus et la tenue rapide d'élections dans les plus brefs délais. Intervention des forces de l'ordre : une trentaine de morts relevés, dont cinq dans les forces anti-émeutes, et plusieurs centaines d'arrestation ternissent l'image du pays à l'étranger. La loi du couvre-feu est étendue jusqu'à un mois et peut être renouvelée sur simple annonce du gouvernement. Le Ministre des Affaires Internes est élu facilement Président : d'aucuns prétendent que les dossiers compromettants mis à sa disposition par ses services, incidemment sur chaque expert de la commission, ont particulièrement pesé quant à sa désignation.

Année 3 : Instabilité politique chronique sur fond de scandales politiques à répétition, de parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement et de grogne des forces armées engagées dans de longues opérations de police intérieure pour calmer les troubles sporadiques secouant le pays.

Année 5 : Opération Liberté visant à décapiter les meneurs d'une révolte dans les forces armées et de police harassées par une campagne qui n'en finit plus de traquer et d'appréhender tout contestataire politique, et ce alors que la criminalité continue d'augmenter et l'inflation de poursuivre son envolée.

Année 6 : Nouvelle réforme politique pour masquer dans des entrelacs de salmigondis juridiques la réalité : la cooptation est devenue le moyen de recrutement principal des membres de l'Hémicycle. Immunité garantie à vie pour les choisis sauf sur décision présidentielle de levée de celle-ci.

Année 11 : Couge reste un pays instable, appauvri, corrompu et devant faire face à la constitution en Astonie d'un gouvernement de libération.

Année 14 : Cherchant un regain de popularité dans des opérations à l'étranger, le Président de Couge en place depuis déjà quatorze ans provoque inutilement le pays d'Astonie. Des escarmouches ont lieu avant qu'elles ne s'élargissent en intensité entre les deux belligérants avec un Président de Couge acculé à une fuite en avant.

Année 15 : Deux défaites militaires consécutives provoquent dans le pays des remous que ne peuvent contenir les forces fidèles au gouvernement. Celui-ci s'enfuit et le gouvernement de libération devient le gouvernement provisoire de Couge.

Année 16 : Grands travaux de rétablissement du pouvoir politique, économique et social du nouveau gouvernement qui entend promulguer une nouvelle constitution équilibrée. Non sans rappeler que quelques soient les structures politiques érigées, seules la probité et les compétences des hommes au pouvoir seront à même de garantir la pérennité et la prospérité au pays, à peine de subir de nouvelles avanies.