lundi 20 juin 2016

Brexit or Bremain ? L'Angleterre en sortira vainqueur quelque soit le résultat


Jeudi soir, le verdict tombera : le Royaume-Uni continuera à être ou ne sera plus un membre de l'Union Européenne. Mais il restera une île européene quoiqu'il en advienne puisque la géographie, elle, ne sera en rien bouleversé.

Depuis que l'annonce d'un référendum pour ou contre le maintien du Royaume-Uni au sein de l'organisation fut rendue publique par le Premier Ministre Cameron en janvier 2013, les deux camps n'ont eu de cesse de fourbir leurs armes. Ainsi qu'au sein même du parti gouvernemental, le Tory, où la ligne de fracture est apparue très nette : opposant David Cameron à l'ancien maire de Londres, Boris Johnson. La fracture apparait aussi au sein de l'empire de presse du magnat Rupert Murdoch dont les titres sont très présents dans les îles britanniques : The Sun et the Sunday Times s'étant déclarés favorables au Brexit tandis que Mail on Sunday et The Times se sont positionnés pour le Bremain.

Derrière ce reférendum sur le maintien ou le départ de l'UE, les arrières-pensées électoralistes n'ont pas été absentes, toutefois cette question est larvée depuis de très nombreuses années, et les dirigeants anglais n'ont eu de cesse de réclamer (et d'obtenir) de substantiels avantages ou rééquilibrages (tel le fameux chèque britannique, UK Rebate, soutiré par Margaret Thatcher à Fontainebleau en juin 1984, non sans base solide). Ajoutons que le pays n'est absolument pas membre de la zone Euro et a conservé sa monnaie nationale : la Livre Sterling.

Favorable au maintien, David Cameron imposa cependant aux instances bruxelloises quatre conditions à une campagne en sa faveur : 
1. Obtenir une droit de regard sur les décisions de l’Eurozone pour éviter qu’elles ne nuisent aux intérêts nationaux ;
2. Simplifier le cadre législatif et favoriser la compétitivité au sein du marché européen ;
3. Etre dispensé de l'objectif d’intégration croissante, inscrit dans les traités ;
4. Limiter les aides sociales octroyées aux migrants

Ce dernier point était clairement le plus compliquer à accepter pour la Commission. Or, et de façon très opportune, la Cour de Justice de l'Union Européenne a rendu le 15 juin une décision favorable à cette demande au nom de la préservation de l'équilibre budgétaire de l'État d'accueil. Cet heureux hasard du calendrier favorisé par une célérité peu commune de l'institution dans ses décisions fut le dernier verrou d'ôté pour que le Premier Ministre puisse haranguer les sujets de sa royale majesté à rester au sein de l'Union Européenne... sans trop s'y mouiller.

Or, en dépit de ces assurances, les instituts de sondages publièrent jour après jour une remontée des intentions de vote en faveur du Brexit. Jusqu'à 55% pour l'un d'entre eux. Jusqu'à ce qu'un dramatique évènement survint : l'assassinat (trois coups de feu et plusieurs coups de couteau) d'une députée pro-europe et pro-réfugiés, Jo Cox, par Thomas Mair, un activiste d'extrême-droite ayant des antécédents psychiatriques, le 16 juin 2016. Soit à une semaine du référendum.

Là où le meurtre de Jo Cox est singulier est que l'on envisage difficilement qu'un partisan du Brexit, et ce au moment où les sondages sont clairement favorables à celui-ci, décide de passer à l'acte. Quel serait son intérêt réel, si ce n'est de favoriser fatalement un rebond du camp du Bremain?
En revanche, si son cas ressort de la psychiatrie, d'où la demande d'examen en ce sens par la magistrate en charge du dossier, alors l'utilisation du cadavre encore frais de la députée serait une manipulation opportune pour infléchir les sondages en faveur du Bremain. Et les sceptiques de raviver le souvenir de la ministre suèdoise Anna Lindh, assassinée en 2004 alors en pleine campagne pour l'adoption de la monnaie européenne. 
De façon ironique, l'on pourrait arguer que s'il faut un cadavre pour sauver l'Union Européenne, c'est que cette dernière est nécrophile.

Un choc émotionnel pour renverser la tendance ou l'accentuer : le principe n'est pas nouveau. En Allemagne, il bénéficia à Henriette Reker, actuel maire de Cologne, agressée au couteau durant la campagne électorale d'octobre 2015. Aux Pays Bas, en mai 2002, l'assassinat de Pim Fortuyn propulsa sa liste à la seconde place des élections. 
Naomi Klein détailla ce principe dans son ouvrage : La stratégie du choc (The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism).

Les bourses ne s'y sont d'ailleurs pas trompées puisque sitôt connue la mort de Jo Cox et son affichage pro-européen, les cours de la Livre et de l'Euro ont rebondi, misant sur une victoire du Bremain au terme de la campagne. Si l'indécence avait été une valeur côtée dans les places financières, son cours se serait envolé ce jour là.
Autre élément à souligner : le message même subliminal de plusieurs manchettes de journaux qui ont relayé l'information de cette mort en soulignant, noir sur blanc et en taille 40, « Morte pour l'Europe ». Or, à Rennes, l'attaque au couteau par un individu voulant faire un sacrifice pour le ramadan fut en revanche attribuée d'office à un déséquilibré et non à un terroriste motivé religieusement. Singulière vision et interprétation de la déontologie journalistique où dans les deux cas la certitude en l'absence de tout élément probatoire épouse parfaitement une pensée conforme.

L'une des conséquences indirectes d'un Brexit pourrait être un nouveau référendum en provenance d'Écosse afin d'appeler les électeurs à se déterminer une fois encore sur le maintien de cette entité territoriale au sein du Royaume-Uni (le dernier remontant à 2014, avec une victoire du Oui à 55%). Car tout semble indiquer que l'Écosse est largement favorable au maintien dans l'Union Européenne, et saisirait l'occasion, en cas de Brexit, pour redemander à ses électeurs une sécession pour cause de dissonance en matière de politique européenne.

Au fond, que le Royaume-Uni sorte ou reste au sein de l'Union Européenne n'a pas de véritable conséquence puisque de toute façon le pays a su si bien négocier par ses dirigeants et représentants ses modalités d'action et de décharge au sein des institutions que ses intérêts demeureront préservés en cas de Bremain. En dehors ou dedans, l'Angleterre restera souveraine de ses décisions.

Qui plus, You'll never walk alone : en cas de Brexit l'Angleterre disposera en le Commonwealth d'une formidable machine à influence économique et politique. Elle réorientera en toute logique ses liens avec son ancien monde colonial pour compenser le relâchement de ses liens avec l'Europe (au passage, elle en sera aussi plus libre puisque moins corseté par la législation européenne).

dimanche 19 juin 2016

Intervention à l'Université d'économie Plekhanov de Moscou mai 2016



Chers visiteurs,

Juste pour vous signifier une intervention lors de la conférence internationale sur Anatoli Kitov quant aux méthodes mathématiques et l'emploi des technologies de l'information dans les processus économiques. Ladite conférence s'étant tenue les 26 et 27 mai 2016.

En raison d'un déplacement prévu à l'étranger à ces dates, je ne puis être présent physiquement à Moscou durant cet évènement. Cependant, par la « magie » des technologies de l'information et de la communication, ce que n'aurait aucunement renié le colonel-ingénieur Anatoli Kitov, il me fut permis de m'adresser virtuellement à l'auditoire de la prestigieuse université d'économie Plekhanov de Moscou. En langue russe, конечно.

Rappelons que le parcours et les réalisations d'Anatoli Kitov firent l'objet en 2015 d'un documentaire de très bonne facture sur Telekanal Kultura où j'eus le plaisir d'intervenir, même fugacement.

Le lien vers le site officiel :
Le programme (au format PDF) :

lundi 6 juin 2016

Le concept américain de nouvelle frontière : de la conquête de l’Ouest au cyberespace (Diploweb)


Chers visiteurs,

Je vous invite à vous rendre sur le site Diploweb fondé et tenu depuis 2000 par Pierre Verluise, docteur en géopolitique à Paris IV, afin d'y prendre connaissance de ma dernière analyse sur l'esprit américain. Et plus particulièrement celui relatif à la notion de nouvelle frontière.

Car les États-Unis d'Amérique se caractérisent depuis leur genèse par une conquête territoriale, au sens propre comme dématérialisé. Une propension contenue dans leur ADN en raison de la croyance en leur destinée manifeste (Manifest Destiny) où le messianisme est un élément moteur de la dynamique d'action.

C'est ce que j'ambitionne de démontrer à travers cette analyse qui est d'autant plus d'actualité que les élections américaines se profilent à l'horizon, faisant resurgir cette propension cyclique à s'étendre puis à consolider les positions sur le globe ainsi que dans les secteurs d'activité stratégiques. Là où l'Europe communautaire s'émascule par avance, les États-Unis ont une volonté irréfrénable d'avancer, de progresser, de se positionner, par les armes ou les billets, voire les deux.

En introduisant le terme d’autoroutes de l’information, Al Gore lorsqu’il était vice-président des Etats-Unis, faisait écho à un nouvel espace mal connu et en friche. Cette annonce était toute sauf anodine puisqu’elle stimulait l’imaginaire de ses compatriotes après celui de l’Ouest de la Lune. Cette prégnance de nouvelle frontière, évoquée formellement par John Fitzgerald Kennedy en 1960 lors de la convention nationale des démocrates mais en germe depuis le XIXème siècle, irrigue la politique des décideurs Américains toujours partagés entre isolationnisme et interventionnisme selon les époques et les caractères.

Le concept de nouvelle frontière chez les américains a été perceptible sous trois formes au cours de leur histoire, fortement dépendantes de la conjoncture mondiale, politique et économique : une projection géographique qui aboutit à l’émergence d’une pensée spécifique (I), une projection extra-atmosphérique qui répondit au défi d’une idéologie faisant de la conquête spatiale la preuve de leur supériorité (II) et enfin une projection cyberstratégique dans un champ où les possibilités n’ont pas encore été entièrement évaluées mais qui d’ores et déjà mobilise les énergies de tout un pays (III).


En vous en souhaitant bonne lecture.


mardi 31 mai 2016

ICT 2016 - Automobiles 3.0 (retour)

Chers visiteurs,

Un retour rapide sur ma participation à l'ICT Spring 2016 qui s'est déroulée au Luxembourg et qui fut riche de rencontres et d'enseignements. Ce qui me permet de saluer le professionnalisme et la disponibilité de l'organisateur Farvest. pour le bon déroulement d'un tel rendez-vous où experts, industriels, chercheurs, auteurs et curieux purent échanger sérieusement et convivialement.
Un rendez-vous majeur européen pour tout ce qui touche les technologies innovantes sur Terre... et ailleurs car fait peu connu, cet État petit par la taille mais grand par les ambitions, envisage d'être un acteur sérieux participant à la conquête spatiale. Tiré du Quotidien : Le Luxembourg veut ainsi devenir le premier en Europe à développer un cadre légal et des infrastructures pour faire commerce d’une ressource considérée jusque-là comme appartenant au domaine public. Le gouvernement luxembourgeois envisage aussi des partenariats publics-privés. Il participe, via sa banque publique SNCI (Société nationale de crédit et d’investissement) au développement d’un vaisseau prototype pour l’exploration future d’astéroïdes, conçu par l’un des précurseurs du marché, Deep Space Industries.[1]. Sans omettre l'existence d'un incubateur spécifique : le Luxembourg Space Cluster.
 
Du reste, et en adepte de Tsiolkovski, je n'ai pas manqué en fin d'exposé de signifier combien l'automobile du futur avait encore à offrir à l'humanité, y compris en d'autres astres. À commencer par la Lune avec l'élaboration du prochain système quattro (propriété industrielle d'Audi) adaptable sur les astromobiles (ou rovers).

Mais j'ai tenu surtout à faire le point sur les technologies et les problématiques du futur de l'automobile. Flux de données, intelligence artificielle, optimisation énergétique, réalité augmentée, nanotechnologies... J'ai, dans le temps imparti, tâché d'offrir un panorama de ce qui attendait cette industrie et ses acteurs centraux et périphériques. Non sans formuler l'interrogation du rôle croissant des géants du secteur des technologies de l'information.
Le compte-rendu de mon intervention est téléchargeable ci-dessous.

Le site officiel avec les photographies en ligne :

Ma présentation sur les automobiles 3.0 au format statique PDF : 


jeudi 26 mai 2016

De l'art de débloquer un pays frappé par la radicalisation syndicale


La récente discussion parlementaire sur le projet de loi travail porté par l'actuel gouvernement français a eu pour singulière conséquence de dresser contre lui à la fois des partisans de la première version déçus des retouches opérées (comme la surtaxation des contrats à durée déterminée) et des opposants à la nouvelle version (refusant certains articles, comme celui sur les accords d'entreprises favorisés par rapport aux accords par branche professionnelle). En outre, l'usage du fameux article 49.3 eut pour effet majeur de verser du sel sur les plaies : dans la constitution française, cela revient à faire passer une loi dans sa globalité en obligeant tous les députés à se prononcer pour ou contre le gouvernement. Or des députés issus de la majorité présidentielle refuseront généralement de voter une motion pouvant provoquer la démission du gouvernement, voire obliger à de nouvelles élections aux résultats incertains. Qui plus est, le récent échec de révision constitutionnelle a réduit la capacité du gouvernement à rassembler et convaincre d'où une volonté de passer en force.

Ce qui est essentiel dans la situation présente pour le stratégiste n'est pas fondamentalement le fond de l'affaire mais comment elle s'oriente. D'aucuns évoquent la radicalisation des organisations syndicales en raison de leur poids de plus en plus minorée dans les entreprises, et la crainte de voir surgir à terme l'avènement de référendums d'entreprise pouvant leur ôter une assise et un contrôle même partiel des affaires de l'entreprise. Accentué par une direction politique discréditée, hésitant dans sa démarche et cafouillant dans ses notes. De fait, c'est l'enchaînement d'évènements qu'il est utile de suivre.

La grève générale bien entendu a été décrétée, mais elle n'apparaît plus comme un moyen suffisant pour infléchir un pouvoir politique prostré. Or la méthode classique ne fonctionnant pas, d'autres mesures ont été initiées. Toutes ont un point commun : le souci de contraindre l'opinion à basculer par des privations. Presse, transport (y compris de carburants depuis les raffineries), énergie, agroalimentaire, traitement des déchets : les cibles diverses sont nombreuses et ont pour objectif de monopoliser les caméras et plumes (même en défaveur du mouvement, peu importe, l'essentiel étant de démultiplier la force de frappe). L'on remarquera à escient que les institutions ne sont quasiment pas atteintes (mis à part le déversement de fumier près des préfectures), seuls des endroits où l'impact économique et symbolique sont visés. L'approche d'un grand évènement sportif, l'Euro de football 2016, laisse entrevoir de nouvelles opportunités d'actions syndicales.

Le gouvernement pourrait être tenté par l'usure, c'est une stratégie qui s'est révélée payante et à peu de frais en quelques occasions. Seulement, celle-ci est susceptible d'être confrontée à deux écueils : le risque de radicalisation par les grévistes enhardis par le manque de réactivité du pouvoir et l'affadissement accéléré de l'adhésion des citoyens au contrat social avec l'État incapable d'assurer l'ordre public (et paradoxalement, en pleine état d'urgence).
L'autre stratégie est plus énergique mais doit être maniée avec doigté sur plusieurs plans : mise en place de sections antiblocages mobiles 24/7, avec autorisation d'usage de la force suppléées par des équipes techniques à même de rétablir le bon fonctionnement des installations (exemple : le cas d'une centrale nucléaire paralysée) ; favoriser la mise en place de consultations dans les administrations/entreprises impactées afin de mettre hors-la-loi les individus refusant le résultat de celles-ci ; création et mobilisation de circuits/ressources stratégiques afin de se ménager de toute cessation d'approvisionnement pendant quelques jours voire semaines ; saisie sur compte des dommages opérés par les éléments les plus radicaux. En cas de persistance d'une organisation refusant de laisser choir les actions de déstabilisation administratives et économiques, celle-ci tombera automatiquement sous le régime d'activité terroriste mettant en péril la sûreté de l'État.

Il est potentiellement acquis que la radicalisation des centrales syndicales est en cours, et qu'elle va concourrir à miner le fonctionnement de l'État et l'adhésion citoyenne aux devoirs envers celui-ci (notamment celui de l'impôt). Il est urgent pour prévenir des drames que les pouvoirs publics accompagnent de nouvelles formes de relations au sein des administrations et entreprises afin que les rapports ne soient plus le fait d'organismes intermédiaires mais plutôt le fruit de négociations et décisions directes. Ce qui vaut aussi en matière de représentation politique où élection après élection, l'aspect représentatif ne porte jamais aussi mal sa qualification.

Crédit photo : Citizenside

samedi 14 mai 2016

Deutschland 83 : la série allemande qui replonge dans l'univers des années 1980


Si les séries américaines sont fortement majoritaires dans le choix offert aux téléspectateurs français, il demeure quelques séries européennes ne déméritant pas à la fois sur la qualité du scénario que sur celle de la réalisation.

J'avais précédemment déjà mentionné Occupied, d'origine norvégienne, et qui relatait l'hypothétique invasion de ce pays scandinave par les forces russes avec l'assentiment bienveillant de l'Union Européenne. Cette fois-ci, le contexte est plus ancien, nous remontons en 1983, et moins fictif puisqu'il s'agit de la période dite des euromissiles. Une crise qui, par suite d'atermoiements, de bluff, de mensonges et de surinterprétations, faillit provoquer la fameuse troisième guerre mondiale qui avait tant épouvanté les populations du globe depuis les années 1950 (l'on mentionnera à cet effet, le remarquable Docteur Folamour / Dr. Strangelove de Stanley Kubrick, bijou et témoignage cinématographique de cette hantise).

Avec Deutschland 83, l'action de cette série d'origine allemande se situe par conséquent en 1983, en Allemagne de l'Ouest, et plus exactement à proximité de Bonn, sur une base militaire où sévit le général allemand Edel, un haut dignitaire ouest allemand traitant avec ses homologues d'outre-Atlantique. Au moment où la décision d'implanter des Pershing II américains sur le sol européen met en émoi le camp communiste, au point d'inciter le HVA (Hauptverwaltung Aufklärung), le service d'espionnage de la STASI est-allemande, à réagir. Lequel service décide l'envoi d'un jeune garde-frontière pour infiltrer le commandement ouest-allemand et soutirer un maximum d'informations au général américain sur place. Martin Rauch à l'Est devient Moritz Stamm à l'Ouest et entreprend, pour faire bénéficier à sa mère d'une transplantation rapide, d'obéir aux ordres malgré une hésitation quant à ses propres capacités.

La série se déguste au fil des épisodes avec des protagonistes à la psychologie complexe rendant l'univers des années 1980 si fascinant et singulier. Une plongée aidée par des morceaux musicaux d'époque et une recherche socio-historique poussée quant à l'esprit ouest-allemand durant cette période (pacifisme et émergence de la tendance New Age). Certes, l'on peut grimacer lors de certaines séquences, trop elliptiques, et quelques artifices scénaristiques un peu faciles, il n'en demeure fort heureusement pas moins que la qualité est au rendez-vous et que l'on s'immerge rapidement dans cet univers pourtant pas si éloigné de notre propre décennie. Le bon point est que la caricature n'est pas présente : chaque camp portant ses propres tares et hommes interlopes, de même que le devoir est mis à rude épreuve pour chaque individu, parfois contre sa propre morale. Qui plus est, quelques éléments historiques achèvent de renforcer la crédibilité du propos, telle l'élimination par un chasseur soviétique du Boeing 747 de la Korean Air en septembre 1983, suspecté d'espionnage. Drame aérien qui allait tendre davantage les relations est-ouest. Ou encore l'émergence du terrorisme international. Et ce alors que Youri Andropov, un dur du régime ouvert à la réforme, tente de résoudre les problèmes structurels de l'Union Soviétique qui se font de plus en plus criants au fil du temps, tandis que les membres du Pacte de Varsovie, République Démocratique Allemande en tête, n'osent contredire le grand frère oriental, au point de ne lui transmettre que des documents évidés de toute appréciation critique des éléments à disposition.

L'appréhension d'un usage de missiles à tête nucléaire en tant qu'armes tactiques, fondée sur la lecture de la doctrine Sokolovski (les travaux de Jean-Christophe Romer démontrent que celle-ci n'était pourtant pas acceptée monolithiquement et fut abandonnée progressivement au cours des années 1970 par les autorités militaires soviétiques), poussa les forces occidentales à réagir. De fait, c'est toute une époque reconstituée, et un contexte difficile où les positions étaient particulièrement tranchées comme l'illustre les propos du président français de l'époque, François Mitterrand : « Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l'Ouest et les euromissiles à l'Est ». Une tension aisément palpable dans la série où analystes et politiques se déchirent sur la conduite à tenir face à une situation où chaque engrenage mis en mouvement peut en entraîner un plus conséquent, jusqu'à l'irrémédiable.

C'est là une excellente occasion de se replonger dans l'univers de la guerre froide, de ses coups bas et de ses retournements.



jeudi 28 avril 2016

ICT Spring 2016 - Automobiles 3.0



Dears fellow readers,

I have the pleasure to inform you I will be present to the ICT Spring 2016 in Luxembourg in order to speak about the Automobiles 3.0 : their opportunities and their risks.
During the Mobility & IOT conference.

ICT Spring Europe is a European leader in information-communication-technology conferences hosting an array of international participants. It is a yearly event held in Luxembourg City which is dedicated to exhibiting and demonstrating the latest relevant trends and innovations and discuss their impact on society and the working world.

It represents an exciting array of fantastic opportunities :

– 6000 key decision makers in IT, finance, banking, web and marketing, investors, entrepreneurs, start ups etc. in one room
– Attendees from over 72 countries – the e-world gathers, come and join the conversation!
– An exclusive program of seminars and presentations delivered by some of the world’s biggest names in technology
– An exciting program of entertainment including the unmissable Gala Dinner and its after party
– The globe’s most disruptive and fastest growing start ups will attend
– The opportunity to build strong relationships and partnerships with visionary decision makers and investors
– The chance to view the latest and greatest technological advances and ICT innovations at an exclusive exhibition

ICT Spring 2016 edition is entitled “Collaborative Abundance”.

The growing abundance of data, innovation and regulation is reshuffling the cards for fast growing and increasingly interrelated markets. ICT SPRING 2016 unveils new frontiers for humanity and technologies within 9 strategic areas:
Managing the Abundance
The future of BPO // From Machine Learning to AI
HR Abundance Summit
Collaborative Education Insights // Digital HR Transformation // The new ways to manage expertise
Challenging Talent Abundance
European Universities & Graduate Schools Championship
Marketers Abundance Summit
Journalism in Digital Age // Brands Strategies // Digital Signage Innovations
Healthcare Abundance Summit
The New Healthcare // Connected health Experience
ICT Abundance Summit
The future of ICT- Internet of things – Cybersecurity Strategies
FinTech Abundance Summit
Digital Distribution // Fintech Revolutions // Innotribe Session
Space Abundance Summit
The New Space Race // Mobility & IoT // Cybersecurity 2020
Code Summit
Hackhaton 2016 // Coding workshops

Official Site


dimanche 24 avril 2016

Démocratie et populisme : ou comment ne pas confondre cause et conséquence


L'ascension du magnat de l'immobilier Donald Trump lors des primaires du parti républicain américain a été rapidement qualifiée de montée du populisme aux États-Unis. De la même manière, bien que dans une moindre mesure, la surprise Bernie Sanders chez les démocrates fut traitée identiquement. De l'autre côté de l'Atlantique, avec une symétrie plus ou moins similaire, lorsqu'un parti européen en vient à bouleverser le jeu d'ordinaire si bien huilé de la répartition du pouvoir entre deux factions politiques, le populisme entre dans toutes les bouches et noircit les pages des éditoriaux.
Phénomène rapidement désigné comme principal danger menaçant les démocraties contemporaines.
À telle enseigne qu'il serait à l'heure actuelle possible de paraphraser un célèbre intellectuel du XIXème siècle : un spectre hante l'Europe, le spectre du populisme.

Pourtant, nombre de commentateurs seraient bien en peine de fournir une définition correcte du terme tant celui-ci est polysème et sert plus d'anathème que de qualification rationnelle.

Ainsi, deux points se doivent d'être clarifiés : 
1) en son étymologie, populisme est dérivé de Populus, c'est à dire Peuple
2) l'origine du terme populisme tire géographiquement ses racines de la Russie, historiquement de la moitié du XIXème siècle et politiquement du mouvement socialiste

Difficile dès lors de prétendre que le phénomène serait propre au XXIème siècle : il s'inscrit bien au contraire dans une logique historique fort ancienne, où ses résurgences sur la frise chronologique sont le fruit et non le germe de bouleversements majeurs.

La lutte entre les optimates et les populares durant la Rome républicaine (c'est à dire bien avant l'Empire fondé par Auguste) fut une période à la fois d'expansion territoriale suivie de troubles endémiques socio-économiques sérieux qui ne prirent réellement fin qu'avec l'endossement par le patricien Julius Caïus Caesar des aspirations populaires. Le sort tragique des Gracques, des réformateurs politiques du IIème siècle avant J.C., fut l'un des épisodes les plus symptomatiques de cette période troublée.

Oliver Cromwell n'était-il pas un populiste? Et George Washington? Lénine? Józef Piłsudski? Napoléon Bonaparte? Et ce roi des Arvernes devenu figure historique française, Vercingétorix?
En vérité, le destin du populisme tient surtout à l'endossement des aspirations populaires par une figure tutélaire qui emporte avec elle durant son ascension les résistances structurelles ayant donné naissance, contre son gré, au mouvement populiste qui l'emportera tôt ou tard.

La captation partisane (au travers de grandes structures) et la professionalisation de la politique sont les deux principales mamelles du populisme contemporain. Le monde occidental n'aurait-il pas commis une erreur suprême? Celle de considérer la démocratie représentative comme garante ad vitam aeternam de la tranquillité politique, au point de fossiliser tout l'échaffaudage de celle-ci. Comme si l'élection de représentants était l'élément principal et vital de la vie politique? Or, au fil du temps, le système s'est mué en une machinerie prompte à exclure les bonnes volontés, à raboter les aspirations et surtout à se transformer en une caisse de retraite pour privilégiés. Le système souffre inexorablement de plusieurs tares cumulatives : gérontocratie, partisanerie, corruption, opacité, conservatisme, propagandisme. La liste n'étant pas exhaustive, évoluant selon la longitude et la latitude des régimes.
Rappelons que les partis politiques ne représentent qu'une infime partie de la population globale, et que leur subsistance dépend majoritairement du denier public. Ce qui fait d'eux de formidables aspirateurs à ambitieux sans scrupules au regard des sommes collectées et des places potentielles offertes qu'eux seuls sont à même de garantir. Lesquelles places font l'objet de tractations à l'abri des regards de la population, ce qui explique qu'en certaines circonstances il s'agit majoritairement plus d'un jeu de chaises musicales que d'un choix réel offert aux électeurs.
S'ajoutent le rôle souvent néfaste, et même funeste, de revendications communautaristes qui strient toujours davantage le contrat social entre le pouvoir et la population. Au point même de rendre totalement opaque la visibilité du pays aux dirigeants qui obsédés par les actions à court terme n'en écoutent que davantage les revendications les plus bruyantes qui se pressent dans les antichambres du pouvoir, au mépris en revanche des détresses dignes mais sourdes du reste de la population.

La démocratie, ce n'est pas l'élection, c'est la participation du peuple aux décisions politiques. Lorsque celui-ci boude pour plus de la moitié (et même davantage) lesdites élections, il est manifeste que le système ne répond plus aux attentes de la population en âge de voter. Dorénavant, le parti arrivé au pouvoir s'acharne à oublier la minorité, parfois très importante, n'ayant pas voté pour lui et foule aux pieds l'une des bases fondamentales d'un régime sain : où comment un parti pouvant obtenir 50,01% des voix (sur les suffrages exprimés et non des inscrits rappelons le) en vient à mépriser, lorsque ce n'est pas écraser, les 49,99% restants. Intenable à terme.
En outre, l'artifice de calculer les résultats d'une élection sur la base des seuls votants et non du corps électoral pris en son ensemble (ce qui signifierait que votes blancs et abstentionnistes soient comptabilisés) lézarde la foi générale en un système fiable et représentatif.
Pour exemple, une élection législative partielle eut lieu en France, en Loire-Atlantique, où le candidat d'un parti gouvernemental s'enorgueillit d'emporter au second tour le poste de député avec 55% des voix... pour près de 75% d'abstention! Quel crédit peut-on en toute honnêteté accorder à un pareil simulacre d'élections? De la part d'un pays où les autorités font bombance de leçons démocratiques au reste du monde, l'anecdote est savoureuse autant qu'inquiétante. Car l'absence de réaction à une telle désaffection des électeurs provient soit d'un autisme carabiné soit d'une approbation d'une déliquescence du processus électif.

La réaction est généralement identique des deux côtés de l'Atlantique : stigmatiser, refuser, empêcher, condamner par voie de justice, acheter opposants et membres de cette opposition. En règle générale, les politiciens entrevoient clairement que le populisme vise moins à troubler l'ordre public qu'à remettre en cause prébendes, pensions, titres et propriétés indûment soutirés à l'État.

De quel côté pencherait le pouvoir économique vis à vis du populisme? Par essence celui-ci a besoin de stabilité, de vision à terme pour les affaires. L'aléa est l'ennemi du commerçant, de l'entrepreneur et de l'investisseur. Cependant, si une infime partie du tissu économique tire profit de son accointance avec le pouvoir politique, si ce n'est en le subventionnant pour mieux le manipuler en certaines circonstances, le hiatus apparaît avec les ruptures de modèles économiques antérieurs. L'attention des élus accordée aux monopoles en place en défaveur des secteurs porteurs, généralement taxés conséquemment, peuvent peser lourdement.
Paradoxalement, les perdants et les gagnants d'une mutation économique peuvent se retrouver alternativement dans un courant populiste en fonction des décisions du pouvoir politique.
En règle générale, il y a plus adaptation que crainte ou adhésion au populisme. C'est déjà le cas lorsque les acteurs dynamiques sont obligés de délocaliser ou de s'étendre principalement à l'international pour compenser les pesanteurs d'une administration aux décisions plus politiques qu'économiques. Le populisme fondamentalement ne change les effets qu'à la marge, et si quelques personnalités du monde économique soutiennent tel ou tel candidat, la majorité préfère éviter de s'aliéner le nouveau pouvoir en place ou en devenir.

Autre point sensible : la xénophobie auquel le populisme est souvent affilié. Or, il n'existe pas formellement de consubstantialité entre les deux phénomènes : le populisme peut exister sans base xénophobe, et la xénophobie peut exister sans émergence populiste. L'étranger comme bouc-émissaire des heurts et malheurs d'une période difficile est une solution de facilité pour des individus souhaitant trouver des coupables faciles et peu/mal défendus. Mais l'étranger peut aussi être la cause d'un prurit populiste lorsque celui-ci bénéficie, a contrario, de facilités d'accès et de protections supérieures à celui d'un autochtone. Populisme et xénophobie peuvent être liés, mais cette union ne demeure qu'une potentialité et non un élément constituant du phénomène.

L'utilisation polémique du terme, comme autrefois celle de tyrannie comme s'en gaussait Aristophane dans ses écrits, tend à discréditer tout mouvement ou individu en se focalisant sur les stigmates et non sur les origines de son ascension. L'Histoire est en cela édifiante qu'un combat fondé sur l'éradication des conséquences sont du domaine du labeur de Sisyphe : une tâche sans fin. En outre, l'effet pervers est de raffermir les éléments les moins radicaux en les assimilant, si ce n'est en les condamnant.

Car la démocratie de type occidental est en péril sur plusieurs fronts. Et nombre d'initiatives naissent et tentent de prospérer pour apporter une solution adéquate aux défis actuels. Or, ces propositions, plus ou moins avancées, suscitent généralement dédain ou méfiance dans les circuits traditionnels politiques. Et l'anathème de populisme n'est jamais très loin en cas de succès, même modeste.

Une réflexion provenant du Chardon apparait utile pour observer ce qui se déroule en Amérique du Sud : 
Ce qui est en train de se passer au Brésil devrait nous alerter. Dilma Roussef est donc dans une grave crise politique, confrontée notamment à une procédure de destitution. Des manifestations monstre ont lieu dans le pays, qui dépassent celles d'il y a quelques années : mais alors, c'était avant la Coupe du Monde, l'économie marchait à peu près bien, le peuple, ne manifestait que contre le manque d'efficacité. Dans le cas présent, cela semble aller au-delà : non seulement il y a le manque d'efficacité (aggravé par la crise économique) mais aussi la corruption. Au fond, les peuples acceptent soit l'un, soit l'autre. Soyez inefficaces mais honnêtes, ou corrompus mais efficaces. Ce cocktail détonnant se retrouve ailleurs, y compris chez nous. Et la démocratie tant vantée ne paraît pas répondre à ces défis car elle ne paraît plus aujourd'hui efficace.

Un facteur aggravant de la situation est la réponse anti-terroriste aux divers attentats ayant endeuillé les capitales européennes : plus de restrictions, plus de contrôles, plus de surveillance comme réponse invariable à la menace. Or, que haïssent précisément les terroristes? Ces libertés, prioritairement celle de penser, de s'exprimer et de se comporter. Les autorités à la tête de diverses démocraties occidentales n'ont eu pour unique réponse, non de confirmer ces libertés pour faire pièce aux démonstrations des terroristes, mais de les restreindre voire de les suspendre. Ce climat génère à son tour de la méfiance envers les politiques qui les mènent car subsiste la diffuse impression d'une utilisation politique d'évènements tragiques pour asseoir un contrôle toujours plus ténu sur la population.

De cette société civile, l'inquiétude se transforme parfois en initiative. Par exemple, l'un des principaux projets de faire émerger une figure politique de la société civile au travers d'un processus de présentation puis de désignation, tel que le préconise LaPrimaire.org, n'est-il pas un populisme visant à se soustraire à un système rigide et estimé non représentatif de la société?

Le populisme porte cependant en lui les germes latents de la dissension et du désordre. Non point qu'il en soit le responsable premier, mais plus la résistance aux revendications populaires s'intensifient et perdurent, plus le risque de troubles s'accentue. Lorsque les demandes ont été trop longtemps refoulées (voire foulées aux pieds), il y a une explosion dont la déflagration peut aboutir à des dommages conséquents. À l'instar d'une éruption volcanique de type plinienne.

Le populisme est à la fois un baromètre des dysfonctionnements majeurs et répétés d'une démocratie comme un accélérateur de l'Histoire en cas d'échec de prise en compte des revendications. Le populisme finit toujours par disparaître une fois les éléments déclencheurs soit éteints soit résolus.