lundi 27 juillet 2015

L'embargo russe pèse sur l'agroalimentaire européen


En France, la colère d'éleveurs et d'agriculteurs a atteint un paroxysme aboutissant à des opérations médiatiques très relayées, en complément des habituels barrages sur les voies de grande circulation et sur les axes frontaliers.

La cause de cette grogne? Un stress conséquent sur le prix de la viande comme des fruits et légumes. Pointée du doigt pour ses marges, la grande distribution est pourtant un coupable trop facile. Certes, cela n'exonère en rien des pratiques que l'on sait avoir des conséquences sur la situation actuelle mais cette indication reste incomplète.

L'autre explication, peu médiatisée celle-ci, est l'embargo russe décrétée sur les produits de l'agroalimentaire européen [1] en réaction aux sanctions réitérées de l'Union Européenne envers la Russie (le dernier G7 des 7 et 8 juin 2015 a conclu à la reconduction desdites sanctions).

Or certains experts avaient indiqué que ces mesures n'impacteraient que fort peu certains pays comme la France sans se douter que l'effet domino allait faire son oeuvre en engorgeant le marché européen d'invendus. Lénifiée, la crise avait toutes les chances de produire les effets escomptés par les autorités russes qui misèrent spécifiquement sur le manque de réalisme de leurs homologues occidentaux. Certes, des compensations financières ont été annoncées mais : 1) elles ne seront pas suffisantes pour amortir la chute des cours si l'embargo se prolonge, et les 600 millions d'euros promis par le chef de l'État français pèseront lourd dans le budget de l'État au grand désarroi de la Cour des Comptes 2) la révision de la Politique Agricole Commune accentue encore la déstabilisation des cours [2] 3) la Russie est considérée comme un marché perdu pour longtemps par nombre d'acteurs du secteur.

Pourquoi marché perdu? Parce que dans le même temps, et sans que les médias occidentaux n'en fassent malheureusement grand écho, les barrières douanières à l'encontre du Brésil comme de l'Argentine ont été levées au grand contentement de ces deux pays (qui ne sont pas les seuls à en profiter mais renforcent leur statut de poids lourds en essor du secteur agroalimentaire). Mais aussi, surtout même, les responsables russes ont axé une politique d'auto-suffisance en la matière, ce qui est autrement plus problématique car même si les 100% ne seront jamais atteints, le succès que pourra rencontrer cette initiative va de facto priver les éleveurs, pêcheurs et agriculteurs européens de débouchés substantiels pour leurs produits.

L'inflexibilité des têtes de l'Union Européennes amène à conjecturer que la situation ne risque en rien de s'améliorer à moins de réformes structurelles profondes du secteur primaire qui seront douloureuses et passeront en partie par une réorientation de l'activité de certains exploitants mais aussi et malheureusement par l'arrêt de nombreux autres. C'est une crise grave qui est la conséquence d'actions politiques peu réfléchies quant à leur impact par ricochet. Au petit jeu des sanctions, il y a toujours à perdre lorsque l'on ne dispose pas d'un différentiel conséquent en matière de rapport de force. L'ignorer c'est s'exposer à de graves désillusions.


[1] Souvent oublié, le poisson est lui aussi frappé d'embargo, et plus particulièrement le poisson écossais dont la valeur d'exportation à destination de la Russie est estimée à 16 millions de livres (soit 22 millions d'euros) : 

[2] Le montant exact de la différence déficitaire entre le budget alloué à la France par la PAC en 2007-2013 et en 2014-2020 : 10,390 milliards d'euros

Liste des sanctions envers la Russie par l'Union Européenne : 
La décision d'embargo de produits alimentaires européens par les autorités russes : 

Crédit illustration : The Guardian 

mardi 21 juillet 2015

La « cybérie » russe à l’aune de la nouvelle doctrine militaire


Chers visiteurs,

Permettez-moi de vous annoncer la sortie du numéro spécial de l'Armée de l'air - Penser les ailes françaises, un numéro spécial consacré aux problématiques cyber de notre temps.

Un numéro exceptionnel en terme de qualité et pour le large panorama qu'il dresse : cyberstratégies américaine, chinoise, israélienne et russe sont évoquées ainsi que nombre d'autres problématiques comme la souveraineté, les orientations civiles et militaires, le Command & Control etc. Sans omettre, il va de soi, une réflexion appropriée sur le cyberespace et l'armée de l'air.

Je suis intervenu pour ma part et comme il se doit dans le cadre de la cyberstratégie russe. Une analyse réactualisée au regard de la doctrine militaire parue en décembre 2014. C'est par conséquent une étude exclusive pour ce numéro de Pensez les ailes françaises dont je vous souhaite une très agréable lecture.

SOMMAIRE :
 
Le cyber espace et les operations aériennes : de l’analogie à la synergie
Allocution du Général d’armée aérienne Denis Mercier
Une cyberstratégie à inventer
Monsieur François-Bernard Huyghe
Enjeux et moyens de notre souveraineté numérique
Monsieur Pierre Bellanger
Les enjeux du cyber pour les armées françaises
Vice-Amiral Arnaud Coustillière
Recognized Cyber Picture de l’armée de l’air (RCP Air)
Colonel Christophe Vilchenon
Dans le cyberespace, la distinction entre civils et militaires a-t-elle
encore un sens ?

Monsieur Nicolas Arpagian
C2 et Cyber
Général (2s) Gilles Desclaux et Monsieur Bernard Claverie
La cybersécurité : de la représentation d’un bien public à la nécessité
d’une offre souveraine

Monsieur Danilo D’Elia
Vers une nouvelle lutte informatique pour l’armée de l’air
Monsieur Thierry Lemoine
Guerre électronique et combat dans le cyber espace : quelle complémentarité ?
Lieutenant-colonel Samir Ouali-Djerbi
Cyber-défense et cyber-sécurité du milieu aérospatial :
Quelles spécificités ? Quelles ambitions ?

Monsieur Pierre Barbaroux
Les enjeux de la formation aux métiers cyber
Professeur Giuseppe Leo
Existe-t-il un marché des cyber-armes ? Pour une approche critique de la
notion de cyber-arme

Aspirant Yves Auffret
La Cyberdéfense aux États-Unis : entre enjeux stratégiques
et compétitions institutionnelles

Lieutenant Tony Morin
La « cybérie » russe à l’aune de la nouvelle doctrine militaire
Monsieur Yannick Harrel
Cybersécurité et cyberdéfense chinoise : évolutions
Monsieur Daniel Ventre
Le cyber en Israël : quelle stratégie ?
Monsieur Amer Eldebek

Version numérique disponible sur le site du Ministère de la Défense : 

mardi 7 juillet 2015

Différence, impact et pénétration des réseaux sociaux entre la France et la Russie


Chers visiteurs,

Derechef, je vous livre une nouvelle analyse de huit minutes pour le compte de la radio Sputnik et qui a été diffusé le 27 juin 2015.

Celle-ci se décompose en trois questions tournant autour des réseaux sociaux, de leur influence et des spécificités entre la France et la Russie.

Le lien vers l'entretien : 

En vous souhaitant une bonne écoute.

Pour l'entretien précédent, se rendre ici : http://harrel-yannick.blogspot.fr/2015/06/entretien-sur-les-cybermenaces-et-la.html

mardi 30 juin 2015

Condottiere 1300-1500: Infamous Medieval Mercenaries d'Osprey Publishing



« En un mot, ce qu’on doit craindre des troupes mercenaires, c’est leur lâcheté ; avec des troupes auxiliaires, c’est leur valeur. Aussi les princes sages ont-ils toujours répugné à employer ces deux sortes de troupes, et ont-ils préféré leurs propres forces, aimant mieux être battus avec celles-ci que victorieux avec celles d’autrui ; et ne regardant point comme une vraie victoire celle dont ils peuvent être redevables à des forces étrangères. »
Le propos est cinglant, si ce n'est brutal. Ainsi s'exprimait Nicolas Machiavel (1469-1527) à l'égard de troupes dont la fiabilité était plus que sujette à caution. Le florentin très alerte sur les questions de son temps ne manqua pas en plusieurs occasions de fustiger le rôle et même la valeur des mercenaires qui traversaient de part en part les royaumes italiens. Une ire qui tient à la foi à une vérité partielle, et même partiale, mais aussi à une stratégie pour asseoir sa vision d'une armée dévouée au prince. Pour autant, ces forces marqueront les XIVème et XVème siècles italiens avant de décliner au premier tiers du XVIème siècle au profit des forces nationales tant chéries par Machiavel.

L'ouvrage d'Osprey Publishing, collection Warrior et uniquement disponible en langue anglaise, a un énorme double mérite : celui d'être concis et d'offrir une vue panoptique de la question. Avec comme toujours des illustrations de très grande qualité (Graham Turner) dont le principal regret est l'obligation de naviguer entre celles-ci et les notes explicatives à la fin de l'ouvrage : un mal peut-être nécessaire afin de bénéficier de planches intégrales.

Si les condottieri ont laissé une si mauvaise image d'eux-mêmes, ces soldats de fortune le méritaient-ils pour autant? C'est tout l'art du travail de David Murphy que de débroussailler la légende pour en extraire la réalité. Et celle-ci se révèle particulièrement fascinante et l'on prend même grand intérêt à suivre la geste de grands capitaines, tels le redoutable John Hawkwood ou le Duc Francesco Sforza ou encore l'infortuné Biordo Michelotti.
Le cas de Biordo Michelotti (1352-1398) est à ce titre symptomatique des relations complexes qu'entretinrent les politiques italiens avec ces redoutables guerriers. L'homme fut un capitaine valeureux né à Pérouse et qui par son talent se retrouva commandant en chef des forces de Florence. À la suite de troubles politiques, Michelotti en vint à devenir le maître de Pérouse et assura paix et prospérité à la cité et à ses environs. Seulement, son pouvoir contrariait les ambitions de l'abbé local, Francesco Guidalotti, lequel le fit assassiner avec très vraisemblablement l'assentiment du pape. Un exemple relaté dans l'ouvrage comme quoi loin de n'être que des brutes se complaisant dans le chaos politique de la péninsule italienne, les condottiere surent s'attirer les faveurs de la population.

Car ces soldats de métier se devaient d'avoir d'autres qualités que le seul maniement des armes : des connaissances en stratégie, en porciolétique, en logistique et bien entendu en diplomatie étaient aussi essentiels pour leur assurer de quoi survivre et même s'enrichir. Et le contrat qui régissait les relations entre eux et leur employeur, appelé condotta d'où leur nom, était particulièrement normé au XIVème siècle, tant sur la forme (présence d'officiels et signature sur document) que sur le fond (obligations très précises sur le butin de guerre et le sort des territoires traversés).
L'ouvrage apprend par exemple que les sièges n'étaient pas vraiment recherchés car longs et coûteux en hommes. Mais que la pression psychologique ainsi que quelques démonstrations de force pouvaient faciliter la reddition de la garnison ou la remise d'un tribut.
En terme de tactique, deux écoles se sont affrontés schématiquement : celle prônant une force de frappe synchronisée avec l'apport crucial de la cavalerie (Sforzeschi) et celle favorisant l'approche méthodique et la frappe ciblée (Bracceschi). Les deux réclamant une discipline de troupes sans faille.
Bien entendu, certains capitaines de renom surent évoluer et passer de l'une à l'autre en fonction des circonstances.

Chose moins étonnante qu'il ne puisse paraître : les capitaines et soldats capturés furent en règle générale correctement traités en raison de la fraternité d'armes exercée. Et les soldats souvent renvoyés mais dépouillés auparavant de tout arsenal. Un capitaine mercenaire pouvait le cas échéant rapporter de substantielles devises en cas de capture en raison de la rançon qu'était prêt à verser son employeur.

Le focus sur les connaissances médicales de l'époque est crucial puisqu'il met en perspective les chances de survie d'un soldat blessé. Concomitamment avec le développement des premières universités de médecine en Europe où un diplômé pouvait être recruté au sein des armées d'un condottiere et parfaire sa connaissance du sujet... avec un degré de réussite variable malgré tout. Ce chapitre sur la médecine du bas moyen-âge est le bienvenu, surtout avec les illustrations jointes au propos, car il traite du sort de l'après-bataille souvent ignoré.

Quant au fait que ces mercenaires étaient réputés peu fiables, susceptibles de se retourner contre leur commanditaire, l'auteur replace cette considération dans le contexte de l'époque où leurs employeurs ne se privèrent pas en quelques occasions de laisser à leur sort ces troupes, piégés par un accord politique au-dessus de leurs têtes. La traîtrise ayant pour bénéfice attendu un accord de paix avec un ennemi menaçant ou une alliance militaro-politique essentielle ainsi que le non-versement de sommes dûes aux condottieri.
Machiavel fut lors de la rédaction son texte quelque peu frappé d'amnésie sur ces manigances qui causèrent mort et ressentiment parmi les troupes engagées.

Pour terminer, l'on peut déplorer l'absence de carte(s) concernant la géopolitique italienne des XIVème et XVème siècles, car les rivalités entre cités-États seront aussi, outre l'émergence de ces mercenaires, cause de l'immixtion de la France puis de l'Espagne dans les affaires de la péninsule.

Une dernière déception : le fait de ne pas avoir en fin d'ouvrage un récapitulatif de tous les grands noms de cette activité. On les découvre au travers de la lecture bien sûr, malgré tout un résumé même succinct de leur vie et de leur mort aurait été sincèrement apprécié.

Pour autant, cet Osprey est à recommander pour quiconque veut avoir une vision plus nette de ces combattants et des figures emblématiques qu'elles ont engendré ainsi que de leurs plus hauts faits de gloire.

lundi 22 juin 2015

Colloque Cyb'Air le 1er juillet 2015 École Militaire


Le 1er juillet est organisé un colloque sur la cybersécurité et la cyberdéfense. Érigée au rang de priorité du ministère dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013, la cyberdéfense poursuit sa montée en puissance. De la défense des systèmes d’information et des systèmes d’arme dépend le bon déroulement des missions et des opérations.
 
Dans le cadre du plan stratégique Unis pour «Faire face»  et dans la continuité des décisions gouvernementales et ministérielles en la matière, l’armée de l’air a, au début de l’année 2015, défini les objectifs et ambitions en matière de cybersécurité (état recherché pour un système d’information capable de résister à des événements de nature à compromettre la sécurité des données stockées, traitées et transmises), mais également en termes de défense de ses systèmes.

Afin de sensibiliser l’auditoire à l’importance de la cyberprotection, l’armée de l’air organise un colloque le 1er juillet. Présidé par le général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’air, cet événement sera l’occasion d’échanger avec les intervenants sur les bonnes pratiques dans le domaine cyber et d’identifier les enjeux communs ou des problématiques partagées.

mardi 16 juin 2015

Faster

« La vitesse est la forme d'extase dont la révolution technique a fait cadeau à l'homme. »
De qui est cette citation? D'un ancien ou actuel pilote de course? D'un amateur de sensations fortes? D'un drogué du volant?
Non, de Milan Kundera (1929), le célèbre écrivain franco-tchèque. Encore que j'aurais pu choisir d'autres thuriféraires du vent dans les cheveux tel le chantre du futurisme italien Filippo Marinetti (1876-1944).

Les limitations de vitesse généralisées, visant les véhicules de particuliers, eurent lieu entre la fin des années 1970 et au début des années 1980 en Europe. Pour des raisons de sécurité mais aussi de préservation des ressources fossiles (et ce faisant de la balance commerciale) en raison de la première crise du pétrole en 1973. Depuis, elles n'ont cessé de s'accentuer dans la majeure partie des territoires tout en s'agrémentant de brise-vitesses les plus ingénieux les uns que les autres (ronds points en série, chicanes, coussins berlinois et autres dos d'âne). Et dont certains dispositifs font le délice des garagistes, sans que leur dangerosité ne soit pourtant un frein à leur essor.
Ce qui est symptomatique c'est que l'évolution technique relative à la sécurisation de la conduite des véhicules a été de pair avec une augmentation de leur puissance mais que les limitations n'ont cessé paradoxalement de se durcir.
Certes historiquement ces limitations ont vu le jour rapidement après l'avènement de l'automobile comme moyen de transport en croissance : d'une part en raison de l'inadéquation du revêtement routier et d'autre part du manque de dispositifs des véhicules à assurer la sauvegarde du conducteur, des passagers et des autres usagers de la voirie. Toutefois à partir des années 60, et ce y compris sur les circuits automobiles, le credo est de disposer d'autre chose que d'un corbillard sur roues (par exemple, les premières ceintures de sécurité vendues en format standard datent de 1958, par le constructeur suédois Saab). Or la crise pétrolière précitée n'est pas la seule responsable : la baisse drastique de la démographie va jouer concomitamment et même plus puissamment sur les nouvelles politiques. Et corrélativement plus la population va vieillir, moins elle va accepter la capacité de déplacement d'autrui car la peur du mouvement, la peur du changement, la peur de l'innovation vont, combinés à une masse électorale conséquente et de plus en plus pesante en raison d'une longévité accrue, à freiner l'évolution et même la circulation.

De plus, les villes de taille importante tendent à expulser les véhicules de chez elles (sans se demander comment les livraisons de produits pourront à terme être assurées?), confortant la thèse de ceux qui évoquent l'émergence de cités-bulles déconnectée de leur périphérie. Ces lieux où désormais un simple vélo est plus rapide qu'une automobile ou un transport en commun! Faire de la bicyclette l'avenir de la société, c'est dire combien l'idée de progrès est renversée! Au lien d'en faire un complément de déplacement, l'on en vient à la sacraliser. Cette évolution est symptomatique d'une société qui se meurt, qui refuse tout simplement le changement et dont le corps dirigeant erre entre le cynisme, le clientélisme électoral, et les lobbies ne représentant qu'une frange infinitésimale de la population. Le tout mâtiné d'hygiénisme dont le résultat produit des conséquences nocives : stress, volonté de transgresser des lois jugées étouffantes, rétrécissement de l'horizon géographique et intellectuel etc. En somme, c'est un esprit mortifère qui règne sur la question et dont les victimes de la route ne sont que de bien malheureuses et commodes excuses.
Cette politique inchangée depuis trop longtemps est un aspect qui se doit d'être analysé sous les angles démographique, philosophique, sociologique et économique. Économique oui, car plus vous restreignez la vitesse de déplacement plus vous contractez l'essor économique : c'est une évidence.
Sur le sujet, un document à lire sur le rôle de bride économique : La Tribune, Réduire les limitations de vitesse, c'est freiner la croissance et l'emploi, 6 janvier 2014, http://www.latribune.fr/blogs/cercle-des-ingenieurs-economistes/20140103trib000807759/reduire-les-limitations-de-vitesse-c-est-freiner-la-croissance-et-l-emploi.html
Contrairement à une idée intuitive,la réduction de la vitesse sur route et autoroute ne conduit pas, statistiquement, à augmenter les temps de trajet mais à diminuer la distance moyenne parcourue par trajet, ce que l'on appelle la portée du déplacement. Il en résulte une perte d'efficacité économique.
La fonction économique essentielle d'un territoire desservi par un réseau de transport est en effet d'assurer la meilleure synergie possible entre les compétences de plus en plus diversifiées des actifs et les spécificités de plus en plus avancées des emplois qu'ils convoitent pour exercer leurs talents.
...
Lorsque la zone de chalandise des emplois est amputée du fait de la réduction des portées de déplacement, la synergie est mise en défaut et il y a baisse de productivité des actifs, donc de la richesse produite. A quoi cela sert-il de former de mieux en mieux les jeunes français si on leur interdit simultanément d'accéder commodément aux emplois correspondant à leurs compétences ? 

Ceux qui prétextent que les limitations de vitesse sont nécessaires pour éviter la pollution ne sont que de fieffés mystificateurs dont la particularité est de ne jamais se remettre en question (ce qui leur donne cet air de si niaise assurance lorsqu'on les aborde). Car ont-ils jamais entendu parlé des véhicules électriques et de leurs performances aérodynamiques croissantes, tels les modèles Tesla dont la compagnie a été fondée par un magnat de la révolution du numérique, Elon Musk? Et même sans penser au tout électrique mais en faisant appel au simple bon sens : plus vous vous déplacez lentement à un endroit, et plus vous ralentissez le trafic général et provoquez du rejet de particules fines sans possibilité de l'évacuer par les mouvements du flux de circulation. Si en plus vous rajouter que les dernières études démontrent que ce sont les freinages intempestifs et non les rejets par les pots qui pénalisent la pureté de nos villes, la multiplication des feux rouges, stops et zones 30 deviennent difficilement défendables. Sauf pour les idéologues réactionnaires bien entendu. 

Et pour reprendre une analogie avec le numérique : à l'heure de la fibre optique et de ses débits à 500 Mb/s s'imagine-t-on revenir aux modems des années 1990 et leurs 90 Kb/s ? Pourtant les dangers, les cybermenaces, ont aussi proliféré avec la puissance exponentielle des nouvelles infrastructures et ne sauraient être considérées comme anodines. Pourtant, ce n'est pas sur la vitesse que l'on tente de remédier au problème mais par la pédagogie et les mesures techniques passives/actives...

Qu'est-ce qui est le plus dangereux : un individu ayant toutes ses capacités de réaction maître d'un véhicule sécurisé ou un narcomane au téléphone conduisant une automobile aux pneus lisses et aux freins usés? Pis, lorsque les véhicules autonomes seront fiabilisés, comment continuer à justifier ces tracasseries diverses? Lorsqu'un véhicule roulant à 30 km/h refuse la priorité à un piéton sur un passage, on ne retiendra que le fait qu'il ait respecté la vitesse en ville mais le tort n'est-il pas plus important qu'il n'ait pas cédé le passage à un usager vulnérable?
Malheureusement en se focalisant sur l'unique critère de la vitesse, qui est un facteur aggravant et non causal, la mortalité ne baissera guère plus ces prochaines années vu qu'elle a pratiquement atteint son plancher incompressible (exceptionnel si l'on prend en considération le nombre exponentiel de véhicules en circulation depuis ces vingt dernières années). À moins bien entendu d'interdire aux véhicules de rouler mais ça, c'est pour les prochaines élections.


Enfin, pour clore ce billet, une curiosité : George Harrison (oui le membre du groupe de Liverpool Les Beatles) et son ode aux pilotes... Faster.


PS : pour relativiser la tendance évoquée, certaines municipalités en viennent à reconsidérer leur politique visant à gêner au possible l'immixtion de véhicules dans leur localité.
Réalités routières, Ces nouveaux maires qui réintroduisent la voiture en ville, 1er octobre 2014
http://realitesroutieres.fr/ces-nouveaux-maires-qui-reintroduisent-la-voiture-en-ville-82/
PS bis : je précise qu'il y a une différence sémantique entre conduire et piloter, et que de trop nombreuses personnes au volant se prennent pour des pilotes alors qu'elles n'ont pas visiblement assimilé que 1) elles ne sont pas toutes seules sur les axes de circulation, d'où une éthique de responsabilité et une conduite respectueuse d'autrui et que 2) il est nécessaire de bien connaître son véhicule avant de le « pousser » dans ses retranchements, et que rien ne vaut pour cela une session sur piste où les conditions de sécurité sont réunies de façon optimales.
 

jeudi 11 juin 2015

Entretien sur les cybermenaces et la cyberstratégie russe

Chers lecteurs,

Comme vous le savez, La Voix de la Russie et RIA Novosti ont fusionné en 2014 pour donner naissance à Sputnik News. Cette nouvelle centrale visant à mieux coordonner l'information relative à la Russie et à destination de l'étranger.
La présentation officielle : 
Sputnik, une nouvelle marque d'information possédant des centres multimédia modernes dans plusieurs dizaines de pays, a été lancé le 10 novembre 2014.
Sputnik montre la voie d'un monde multipolaire qui respecte les intérêts nationaux, la culture, l'histoire et les traditions de chaque pays.
Sputnik dévoile ce dont les autres ne parlent pas. L'agence se positionne comme un fournisseur d'informations alternatives et comme un diffuseur radio.
La diffusion radio de Sputnik est complétement orientée vers le public étranger. Toutes les équipes éditoriales de Sputnik dans les principales capitales du monde géreront leur propre site internet et diffuseront sur les ondes des radios locales.

Si je m'étais déjà fendu d'un entretien pour le compte de RIA Novosti, c'est en revanche la première fois qu'il m'a été donné la possibilité de m'exprimer sur les questions cyberstratégiques sur la nouvelle entité. Celles-ci furent posées par le journaliste Alexandre Vassiliev à l'occasion du Forum du Cyberespace de La Haye s'étant déroulé les 13 et 14 avril 2015.

Je vous en fait désormais part sous format audio et textuel.

L'entretien radio au format MP3 : 

Le lien vers la retranscription partielle de l'entretien : 

Je tiens à m'excuser pour deux éléments erronés lors de mon dialogue : en premier lieu il s'agit de l'Apple Watch et non de l'iWatch, même si les auditeurs ont bien entendu saisi de quoi il en retournait ; en second lieu, l'évocation des nanodrones n'est pas tout à fait exacte, il s'agit en réalité des nanorobots, appelés aussi nanites. Certes ces deux éléments n'empêchent en rien la compréhension du propos général, et sont très proches de la terminologie exacte, mais je me devais de préciser ces deux points pour lever toute ambiguïté.

En vous en souhaitant bonne écoute et/ou lecture.

mercredi 27 mai 2015

Rosyjska Cyberstrategia


Chers visiteurs, Szanowni Państwo,

C'est avec fierté que je puis vous annoncer la sortie de La cyberstratégie russe en sa version polonaise aux éditions DiG. La sortie fut concomitante d'une intervention à l'Université de Varsovie sur la cyberstratégie puis d'un échange pendant près d'une heure avec le public de la Foire Internationale du Livre de Varsovie dont je fus l'un des invités au sein de l'impressionnant Stade Populaire où va se dérouler ce 27 mai la finale de la Coupe UEFA. 

Je tiens à remercier à cet effet M. Valentin Filip de l'Association polonaise de la stratégie, M. Frédéric Constant de l'Institut Français, M. Pierre Buhler Ambassadeur de France, M. Iwona Dacka responsable des éditions DiG et Beata Losson traductrice pour avoir rendu ce travail possible et m'avoir permis de m'exprimer devant le public polonais que je salue tout autant pour son très chaleureux accueil.

J'en profite pour mentionner que l'ouvrage n'est pas un simple calque de la version française mais une version mise à jour et augmentée.

Le site de l'ouvrage chez l'éditeur DiG : http://www.dig.com.pl/index.php?s=karta&id=1166



Słowo do wydania polskiego

Niniejsza książka otwiera cykl publikacji wydawanych w nowej serii wydawniczej Collectanea Strategica. Tu pragnę przede wszystkim podziękować Jego Ekscelencji Panu Pierre`owi Buhler, Ambasadorowi Francji w Polsce oraz Pani Iwonie Dackiej-Górzyńskiej i Panu prof. Sławomirowi Górzyńskiemu, właścicielom Wydawnictwa DiG, za ich niezwykłą pomoc, dzięki której poniższa praca może zaistnieć na polskim rynku wydawniczym.

Praca Rosyjska cyberstrategia, której autorem jest prof. Yannick Harrel uświadamia nam dobitnie,
że nasz sąsiad czyni ogromne wysiłki, aby doskonalić techniki służące płynnemu opanowaniu cyberprzestrzeni.

Autor podkreśla, jak niezwykłą wagę dla Rosjan ma informacja, nieprzypadkowe zatem jest ich słynne powiedzenie „dobry szpieg wart tyle, co cała armia”.

Również Amerykanie, jak powszechnie wiadomo, przywiązują ogromną wagę do stałego rozwoju nauk cybernetycznych. Wypowiedź prezydenta Obamy z 29 maja 2009 r., że „Dobrobyt Ameryki uzależniony jest od cyberbezpieczeństwa”, jest potwierdzeniem nieustannej pracy w tej dziedzinie.

Wojna, której narzędziem jest informacja, czy dezinformacja, to nie science fiction, ale rzeczywistość. Cyberkonflikt jest wszechobecny, choć przez wielu jest niezauważalny. Kwestia uprzedzenia działań czy to w przypadku obrony, czy też bezpieczeństwa, należy zatem bezpośrednio do pracy wywiadu. Dlatego tak duże znaczenie przykłada do niego Autor niniejszej pracy. Przy tym pamiętajmy, że do działania należy zapewnić sobie środki i narzędzia, a to oznacza nakłady.

Prowadzenie tradycyjnej wojny wymaga poparcia narodu, przynajmniej pozornego . W cyberwojnie problem ten nie występuje. Można ją prowadzić, nie pozostawiając wizualnych śladów.
Cyberstrategia jest doskonałym środkiem nacisku politycznego i militarnego, daje również doskonałe możliwości stosowania strategii pośredniej. Oczywiście najnowsze tendencje strategiczne, o dużym rozmachu, są przede wszystkim przedmiotem działania dyplomacji. Ale Cyberstrategia nie jest oderwana od strategii generalnej, o czym wielokrotnie przypominał w swoich licznych pracach profesor Sorbony Hervé Coutau-Bégarie, założyciel i dyrektor L'Institut de Stratégie Comparée
w Paryżu, niestety zmarły 24 lutego 2012 roku.

Przy okazji pamiętajmy też, że sprawa Ukrainy, to przede wszystkim problem strategiczny,
a nie tylko ekonomiczny.

Spośród państw europejskich, Francja miała duże opóźnienie w rozwijaniu cyberstrategii, ale od 2008 roku dokonała znacznego postępu w tej dziedzinie, chociaż jej budżet, w porównaniu do tego, jaki mają Niemcy, czy Wielka Brytania, jest nadal stanowczo niewystarczający.

Kończąc niniejszą przedmowę, dodam, że dzisiaj właśnie cyberperswazja jest podstawowym przedmiotem zainteresowania cyberstrategów, którzy wiedzą również, że jej istota leży w woli strategicznej.

Wybór strategiczny musi być zawsze wiarygodny, a wola polityczna – przejrzysta i czytelna.

Warszawa, 19 stycznia 2015 roku
Valentin FILIP
Członek
L'Institut de Stratégie Comparée à Paris
Prezes
Polskiego Stowarzyszenia Carla von Clausewitza przy Akademii Obrony Narodowej w Warszawie