jeudi 26 février 2015

La donnée n'est pas donnée : Stratégie & Big Data - colloque École Militaire 23 mars 2015

Echo RadaЯ, Keyrus, le centre de recherche de l'École des officiers de la gendarmerie nationale, le centre d'enseignement supérieur de la gendarmerie nationale, la chaire Castex de cyberstratégie et la Revue de Défense Nationale sont heureux de vous inviter le 23 mars 2015 à un colloque sur les données numériques.



PROGRAMME :


08h45 // Introduction / Général Marc Watin-Augouard, Directeur du Centre de Recherches de
l'EOGN
 
Matinée : La donnée, singulière et plurielle
 
09h00 // Table ronde 1/ Qu’est-ce qu’une donnée ? Modérateur Jean-Paul Pinte (Université
Catholique de Lille)
♦ Pour un informaticien : Jean Rohmer (Pole Universitaire De Vinci)
♦ Pour un économiste : Christian Schmidt (Paris Dauphine)
♦ Pour un philosophe : Emmanuel Brochier (IPC)
♦ Pour un sociologue : Antoinette Rouvroy (Université de Namur)
10h00 // Débat
10h45 // Pause
11h00 // Table ronde 2/ De la donnée aux données Modérateur Christine Ballagué (Institut Mines
Télécom Paris – Vice-Présidente du Conseil National du Numérique)
♦ Données de masse (Big Data) aujourd'hui Jean-François Marcotorchino (Thalès)
♦ Données et ville intelligente Jean-François Soupizet (Futuribles)
♦ L’Internet des objets et le décuplement des données Eric Hazane (EchoRadar)
♦ Véracité de la donnée ? Thierry Berthier Université de Limoges, EchoRadar
♦ Qui possède les données ? Gérard Haas (avocat)
12h00 // Débat
12h45 // Pause Cocktail
 
Après midi : La donnée au cœur des stratégies
 
14h00 // Table ronde 3/ Donnée et stratégie d'entreprise - Modérateur : Muriel Touati (Technion
France)
♦ Données de masse (Big Data) aujourd'hui Jean-François Marcotorchino (Thalès)
♦ Les données, nouvelle devise ? Yannick Harrel (EchoRadar)
♦ Transformer l’entreprise autour de la donnée Bruno Teboul (Keyrus)
♦ Des acteurs français ou européens du Big Data, est-ce possible ? Laurent Bloch (IFAS)
♦ Intelligence économique et Big Data : Jean-Pierre Vuillerme (ADIT)
15h00 // Débat
15h45 // Pause
16h00 // Table ronde 4/ Donnée et stratégie de l’état Modérateur : François-Bernard Huyghe
(IRIS) "Renseignement d'origine Source ouverte"
♦ Le Big Data, le RoSO (Renseignement d’origine Source Ouverte) , et la transformation de la
fonction renseignement Axel Dyèvre (CEIS)
♦ Les militaires et l’utilisation militaire opérationnelle des données Olivier Kempf
♦ Sécurité intérieure et Big Data Philippe Davadie (CESG)
♦ Peut-on réguler internationalement le Big data ? Thibault Lamidel, EchoRadar
♦ Cadre national ou européen ? Frederick Douzet (Chaire Castex de Cyberstratégie)
17h00 // Débat
17h45 // Conclusion générale par Olivier Kempf
*NB/ L’agenda et ses intervenants pourront être modifiés à tout moment pour s’adapter à l’organisation de
l’événement
 
Le nombre de places étant limité, l’organisateur se réserve le droit de refuser des inscriptions.
Pour plus d'informations
Nathalie Floc'h : +33 (0)1 41 34 11 48 -  colloque-bigdata@keyrus.com

jeudi 19 février 2015

Le vrai vainqueur des accords de Minsk-2 est...



Pas la paix, du moins pas encore.
Mais un individu qui vient de se placer directement au centre des négociations alors qu'il était encore voici peu considéré comme le paria de l'Europe (après Vladimir Poutine) : Alexandre Loukachenko.

Président depuis 1994, ce qui en fait le second plus vieux chef d'État d'ex-URSS en activité après Noursoultan Nazarbaïev, Loukachenko invité au début de son activité politique au sein des chancelleries occidentales a subi une ostracisation progressive de la part des responsables européens. Une attitude cependant contrebalancée par la crainte d'assister à l'absorption pure et simple du Bélarus par son grand voisin, la Russie.

Bénéficiant du programme européen appelé Partenariat Oriental, le Bélarus n'en a pas moins fait l'objet de la part de l'Union Européenne d'un embargo sur plusieurs produits et surtout interdiction de visa pour plusieurs personnalités du monde politique et des affaires. Les relations diplomatiques  avec l'UE oscillent entre le chaud et le froid tandis que la Russie sait pertinemment que le Bélarus ne peut s'extraire complètement de son orbite en raison de sa dépendance liée aux échanges commerciaux et même en raison du partenariat militaire, et plus encore depuis l'Union douanière amorcée en 2012 et qui devrait muer en Espace Eurasiatique courant 2015 (sauf si des évènements venaient à reporter cette échéance).

Or, en accueillant les chefs d'État français et allemand sur son sol, Loukachenko s'est posé en médiateur privilégié dans la guerre civile qui ravage la partie orientale de l'Ukraine (ce qui ne saurait éluder le ressentiment profond sur d'autres portions du territoire d'une partie de la population russophone à l'égard des autorités de Kiev). Il a ainsi non seulement accueilli son partenaire privilégié, la Russie, mais aussi deux responsables politiques majeurs en Europe. Le tout dans ce bel écrin qu'est le Palais de l'Indépendance (Палац Незалежнасцi) achevé en octobre 2013 pour aboutir à un texte de compromis censé faciliter la fin du conflit en Ukraine, appelé sobrement Minsk-2.

Si pour l'heure les combats continuent en Ukraine, que le cessez-le-feu est difficilement respecté par les deux parties et que les sanctions à l'encontre de la Russie commencent à peser lourd du côté des États européens (José Manuel García-Margallo, le Ministre des affaires étrangères espagnol à chiffré à 21 milliards d'euros les pertes pour le commerce européen tandis que le coût de gardiennage et de maintenance des Mistral à Saint-Nazaire avoisinerait les 5 millions d'euros/mois selon Jean-Dominique Merchet dans L'Opinion), Loukachenko peut se lisser de satisfaction son abondante moustache puisqu'il vient à Minsk de poser et peser sur la scène internationale tout en se désignant comme une pièce utile à la politique européenne et non un simple pion de contre-pouvoir à l'égard de la Russie. Minsk capitale européenne d'un soir de la diplomatie : Loukachenko peut espérer engranger des dividendes substantiels ces prochains mois si la paix se concrétise.


vendredi 6 février 2015

Après la démocratie d'Emmanuel Todd



« Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » a lancé Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne lors d'un entretien accordé au quotidien français Le Figaro. L'information n'a que peu été reprise par les autres médias français alors que les propos visant à lénifier l'importance des votes grecs [1] aurait mérité d'être plus amplement relayé en raison du hiatus qu'il y a désormais entre des textes de lois posés comme des masses de granit inébranlables et des situations économiques et sociales vécues par les peuples européens. Or, plus ce fossé s'élargit plus la légitimité sur laquelle repose la légalité des textes s'effrite. 
Il est pas dans le propos de cet article de faire le recensement de toutes les validations des traités, dont certaines furent rocambolesques, au mépris parfois du principe vox populi vox dei. En revanche, l'aplomb de l'ancien premier ministre luxembourgeois mérite que l'on y prête une grande attention puisqu'il révèle l'état d'esprit dans lequel nombre de gouvernants européens traitent désormais les élections législatives et présidentielles : un système bien rodé, calibré pour édulcorer les mauvaises surprises ou retarder l'émergence de nouvelles forces politiques. D'où le « spectacle » d'une alternance sans alternative et une file de gérontes reconduits ou ayant attendu quelques années que le vent politique tourne.

Ce mépris pour la consultation populaire par les gouvernants des institutions européennes trouve en partie ses racines dans le fait que la Commission, en dépit du grignotage de quelques prérogatives (ou plutôt de codécisions) par le parlement européen, dispose d'un vrai pouvoir coercitif qu'elle use avec indépendance vis à vis des peuples des États membres [2] ainsi que de l'opportunité des initiatives au niveau de la législation européenne.
Une autre partie réside dans la croyance, car cela confine désormais à la prédication et à l'épreuve de foi, qu'il n'y a qu'une seule voie possible et que toute remise en cause plongerait l'espace européen vers les âges les plus sombres. Ce postulat étant partagé par plusieurs chefs d'État nationaux qui se refusent à prendre conscience que les erreurs de la politique européenne ont amené une large partie de la population vers la précarité dont le prix est surtout payé pour l'instant par les jeunes générations (ce qui amène à se demander si ces jeunes générations ne feront pas payer aux futurs gouvernants le prix cher de les avoir sacrifiés sur l'autel de l'orthodoxie budgétaire ou condamnés à l'expatriation économique).

En laissant échapper des éléments de fonctionnement de la souveraineté nationale au profit d'une entité supranationale, il y avait le risque inhérent, et désormais prouvé, d'une déconnexion d'avec la population. S'ajoute un aspect plus pernicieux au sein même de plusieurs États européens qui est le dévoiement des modalités de participation de la population aux décisions et leur cloisonnement de façon à réduire au minimum tout risque de partage du pouvoir au profit d'une caste qui a fait désormais de la politique un métier et non un mandat. Parfois avec la bénédiction des électeurs eux-mêmes achetés, bernés ou amorphes.

D'où l'intérêt de relire l'ouvrage d'Emmanuel Todd intitulé Après la démocratie.

Celui-ci n'est pas exempt de défauts. Le premier, et le plus rédhibitoire à mon sens, est sa contextualisation politique puisque le point de départ et les références erratiques aux résultats de l'élection présidentielle française de 2007 parasitent trop souvent le propos initial. Ce sont sans hésitation les passages les plus périssables et les moins propices à la réflexion. Le second, corollaire du premier, est sa vision bipolaire du spectre politique qui est désormais datée. Le troisième a trait à des développements parfois trop longs et/ou brumeux.

Il n'empêche que l'analyse auquel se livre Todd se doit d'être prise en compte car plusieurs éléments relevés sont remarquables et permettent de mieux comprendre pourquoi la démocratie est parvenue à un seuil maximum et qu'elle ne peut plus espérer croître.
En premier lieu, la disparition de deux éléments qui ont grandement structuré les intentions de votes jusque dans les années 1970 et 1980 : la baisse de la pratique religieuse et la désaffection d'une part conséquente du corps électoral vis à vis du communisme. Les deux ont subi une érosion qui s'est répercutée dans les votes, plus éclatés, plus versatiles. Leur absence a abouti au fil du temps à une forme de consensus transpartisan où fondamentalement, il s'est moins agi d'avoir un projet d'avenir que d'assurer une gestion dont la non-remise en cause vire désormais à la fossilisation.
Todd ébauche un début de réflexion sur l'absence de sens de la vie comblée par les artifices matériels et sociaux qui est susceptible de conduire à l'irrationnel.

Le volet éducatif est crucial car il autorise une meilleure compréhension de l'avènement de la démocratie dite moderne (par opposition à l'antique). Et de rappeler que cette évolution en France doit bien plus à Guizot en 1833 qu'à Ferry en 1882 (le premier ayant instauré l'école communale et le second l'instruction obligatoire et laïc) car l'alphabétisation était déjà en bonne voie cinquante ans avant les mesures de la IIIème République (ce qui ne signifie pas pour autant qu'elles n'aient joué aucun rôle). Il n'en demeure pas moins que sans alphabétisation et instruction minimale, il est difficile pour la démocratie (dans son versant représentatif) d'être crédible et même fonctionnelle.
L'accès à l'éducation supérieure est plus complexe car si d'une part il permet la formation d'une élite, d'autre part il créé les sédiments des révoltes, voire des révolutions : celles qui naissent par l'insatisfaction des masses éduquées qui ne trouvent plus leur place au sein de la société, notamment dans le monde du travail ou pour déverrouiller une situation politico-sociale bloquée. les mouvements du Printemps arabe, les soubresauts politiques en Iran, les revendications d'étudiants Hong-Kongais, ou même la France en mai 68 ne sont que quelques exemples.

Là où Todd devient encore plus intéressant c'est lorsqu'il démontre la compétition féroce entre diplômés contemporains que n'avaient pas connu les générations des années 1950/1960/1970. S'ajoute un principe cher à l'analyste qui est la narcissisation : le fait de se complaire à travers des productions culturelles qui ne s'adressent qu'à une caste d'individus éduqués supérieurs vivant dans la capitale française. Sans travestir le propos de Todd, je dirais que l'on pourrait prendre pour miroir la noblesse d'Ancien Régime de Versailles qui peu avant la Révolution se complaisait des récits de boudoir.

En binôme avec l'alphabétisation, la volonté d'égalité a encouragé la démocratie et son absence l'a retardé. Et Todd de se lancer dans un long développement des structures familiales en Angleterre, France, Allemagne, Chine, Russie pour nous expliquer comment ce principe s'est plus développé dans tel et tel pays et combien il a encouragé la démocratie.

Mais plus encore, il explique que pour assurer son maintien ou favoriser efficacement sa progression dans le corps social la démocratie a besoin d'un ennemi sur le plan interne ou externe. Il fait sienne les travaux de l'Herrenvolk Democracy de Pierre van der Berghe. De façon assez osée, il assoit la théorie que la démocratisation de l'Allemagne date de l'ère nazie qui acheva de clore l'existence d'une société inégalitaire et hiérarchisée mais que pour qu'elle soit pleinement acceptée, elle nécessita une figure expiatoire : celle du juif. Pour les États-Unis ce fut le noir qui forma le ciment démocratique à son encontre. En France en revanche, c'est la lutte des classes qui a prévalu où telle avancée fut menée à l'encontre d'une classe réelle ou supposée.

Sentant l'évolution de la démocratie occidentale vers l'oligarchie, Todd se pose la question de son évolution : démocratie ethnique ou suppression du suffrage universel. S'il estime l'avènement de la démocratie ethnique peu probable car contraire aux gènes de la République, en revanche il juge plus crédible la suppression du suffrage universel sans qu'elle ne soit violente, sèche, mais progressive et inexorable au profit d'une gouvernance. Ce que j'estime tout à fait fondé car le prétexte idéal de cet avènement s'effectuerait sous le couperet des économies d'État [3] mais ce n'est pour autant pas la seule menace potentielle, Todd n'étant pas assez exhaustif sur les évolutions possibles du régime à l'occidentale.

Au final, la lecture est parfois chaotique : si les idées sont là, en revanche elles ne sont pas toujours très bien amenées et plus encore bien agencées. Ce qui nuit à la compréhension globale du phénomène de délitement de la démocratique. Mais en s'accrochant l'on apprend et l'on comprend.
Il est douteux qu'Emmanuel Todd reprenne son ouvrage pour le rendre plus intelligible et l'expurger de toutes les considérations de politique intérieure qui sont généralement ennuyeuses et datées mais ce serait pourtant une très bonne nouvelle.

Enfin, un élément assez troublant vient de se dérouler en Suède où par un tour de passe-passe dans les antichambres du pouvoir les deux principaux partis au pouvoir viennent de s'entendre pour annuler les prochaines élections et se partager le pouvoir devant le risque d'émergence d'une troisième force politique.
...les élections prévues pour 2015 n’auront pas lieu, et le résultat de celles de 2019 est d’avance neutralisé puisque l’entente des sortants, ou plutôt de ceux qui ne veulent pas sortir, est organisée jusqu’en 2022. La Suède aura donc la « chance » d’être la première démocratie du monde à connaître la composition de son gouvernement avant les élections, et à savoir qu’il restera en place indépendamment de leur résultat.
La question n’est pas celle des programmes des uns ou des autres ; elle est celle de l’honnêteté de ceux qui s’affirment démocrates, pour aussitôt s’accorder sur la neutralisation des votes qui ne leur conviennent pas.
Oui la démocratie est malade, oui elle est désormais en train de dériver l'oligarchie et non, l'on ne pourra pas dire que l'on n'a pas été prévenu à temps...

Pendant ce temps, dans la lointaine Mongolie, les fils de Genghis Khan ont été appelés à se prononcer à un référendum... par SMS! Ce qui pourrait passer pour une innovation appréciable a en réalité été discrédité en raison de failles dans la comptabilité et le choix ambigu reposant sur le sujet de la consultation (la poursuite de la politique de l'austérité ou le déverrouillage de projets étrangers quant aux ressources minières du pays).
Une fois faut-il le rappeler : non, le numérique ne sauvera pas la démocratie...

[1] Les élections anticipées en Grèce le 25 janvier 2015 ont amené au pouvoir le groupe politique Syriza conduit par Alexis Tsipras et fervent partisan de la renégociation voire de l'annulation de la dette de son pays.

[2] L'une des plus implacables est le respect des traités et des différents normes édictées. Qu'elle peut faire respecter si besoin est par voie de justice avec la Cour de Justice de l'Union Européenne.

[3] Un rapport confidentiel de l'Inspection Générale de l'Administration consulté et relayé par le quotidien Le Parisien a chiffré « le coût total de la présidentielle et des législatives de 2012 s'est élevé, pour l'Etat et les communes, à plus de 600 M€... dont 70 % à la charge du budget national ! » et d'ajouter que « le dispositif d'organisation des élections est coûteux... d'une efficacité limitée car il ne facilite pas la participation à la vie démocratique ».

lundi 26 janvier 2015

Cybermanipulation d'opérations financières : un cas relevé en décembre 2014


Que les pirates s'intéressent à la finance, ce n'est ni surprenant ni nouveau : je me permets de vous renvoyer à mon ouvrage où j'établis une chronologie des faits les plus marquants survenus depuis les années 2000. 

Cependant si j'évoque le cas qui a été révélé fin 2014, c'est pour l'intérêt de comprendre la combinaison de moyens techniques et d'ingénierie sociale aux fins d'action de certains individus sur les circuits des marchés financiers.

Mon propos va se focaliser sur l'affaire attribuée au groupe nommé FIN4, découverte par la firme de sécurité américaine FireEye. Laquelle a expliqué comment ont procédé les délinquants.

Fondamentalement, l'on est en face d'une association de malfaiteurs n'ayant pas une maîtrise pointue de l'informatique ou n'éprouvant pas le besoin de s'en servir puisque sur le plan purement technique nous sommes en face d'une méthode relativement conventionnelle. Cela ne signifie pas qu'elle soit inoffensive, une arme (même cybernétique) est toujours nuisible lorsqu'on l'applique sur la partie la plus faible du dispositif. En l'espèce, c'est du spear phising (jeu de mots avec spear fishing, pêche sous-marine en français) qui consiste à faire mordre à l'hameçon, en l'occurrence un courriel piégé avec en son sein une macro VBA* vérolée, une personne bien précise d'une société ou d'un cabinet. De sorte à ce que le maliciel puisse faire son oeuvre et fournir identifiants comme mots de passe. Là où le procédé est plus abouti, ce n'est pas par l'emploi du programme malveillant mais par la précision extrêmement aboutie des messages envoyés, loin des simili-documents officiels qu'un coup d'oeil averti peut repérer et éviter d'ouvrir. D'autant que ceux-ci sont aussi spécifiquement pour une personne en particulier, et la société américaine le remarque avec intérêt, avec une grande connaissance ayant nécessité de l'ingénierie sociale. C'est à dire des recherches approfondies préalables sur l'individu choisi : sa personnalité, ses contacts professionnels (ses clients, ses fournisseurs, ses interlocuteurs financiers etc.) et même son agenda.

Malgré cette personnalisation, l'équipe FIN4 aurait tenté depuis mi-2013 (date supposée de leurs premières activités) à infiltrer une bonne centaine de comptes : un nombre finalement peu conséquent et qui pourrait s'apparenter à de l'artisanal. Avec un intérêt particulièrement prononcé, et cela semble être peu le fruit du hasard car totalisant près de 68% des tentatives, pour les groupes pharmaceutiques et les organismes publics du même secteur. 

L'utilisation en certaines circonstances d'une liste de contacts groupés en copie carbone invisible (CCI) lors des envois a rendu la détection encore plus compliquée pour les destinataires. La qualité des courriels et l'emploi d'un jargon spécifique propre au milieu a souvent dissipé les doutes et la méfiance élémentaire. Notamment le sigle de la SEC américaine (Securities and Exchange Commission), l'organisme de contrôle des opérations financières liées à la bourse.

Le point crucial et central : dans quel but? Réponse : celui de prévoir plus que de prédire les futurs changements majeurs au sein de sociétés cotées. Un délit d'initiés en apparence sauf que les coupables sont à l'écoute à chaque extrémité du processus et connaissent comme influencent les décisions à venir. Idéal pour jouer sur les cours et/ou revendre ces informations capitales à des acteurs intéressés du monde boursier. Une fois encore, cette redoutable machinerie visait expressément un secteur d'activité précis et dynamique. Dernier élément qui ne manque pas d'accréditer une approche techniquement simple mais efficace : les fautifs avaient prévu la reconfiguration des règles du service de message Outlook pour éviter que toute erreur repérée ou alerte signalée par une cible ne soit répercutée vers les autres contacts.

FIN4 ne manque pas de nous interroger, moins sur les failles techniques que sur les failles humaines. Et de constater qu'un montage judicieux et bien structuré avec des outils datés peut très bien faire son office.


* Une macro VBA est un code inséré dans un document du pack Microsoft Office et qui se déclenche à l'ouverture de celui-ci. VBA signifie Visual Basic for Applications.

Le rapport de FireEye complet (anglais uniquement) : https://www.fireeye.com/content/dam/fireeye-www/global/en/current-threats/pdfs/rpt-fin4.pdf

mercredi 14 janvier 2015

Lutte, résilience et protection des valeurs


Je remercie deux de mes camarades, Le Chardon et Electrosphere, pour m'avoir communiqué deux articles de prime importance dans le contexte actuel qui comme vous le savez, a plongé la France dans le deuil et l'union fraternelle.

Le premier émane du Figaro, de la plume de Jean-Pierre Le Goff, philosophe et sociologue au CNRS. Son propos est disponible en intégralité à la fin de ce billet mais je vous en livre quelques courts passages éclairants.
Un sociologisme réducteur qui a longtemps prévalu - et a encore des restes - est censé apporter une explication. Il considère que les discours de haine et les actes criminels ne sont que les symptômes des conditions économiques et sociales, des discriminations, de la domination des pays riches sur les pays pauvres… Ce discours de l'excuse a assez duré...
Il ne faut pas craindre d'affronter lucidement la question des faiblesses internes des démocraties, sur lesquelles cherche précisément à s'appuyer le terrorisme islamiste. C'est une condition de l'efficacité du combat contre lui...
En France, en guise de récit national, une mémoire pénitentielle et victimaire a pris le dessus, encouragée et entretenue par des associations et des groupes de pression communautaires qui ont développé le ressentiment et la haine de soi. Cette mentalité nous divise et nous désarme face à ceux qui ont juré de mettre à bas notre pays et les démocraties partout dans le monde... On n'en a pas moins laissé s'accumuler les tensions et les points de fractures en les recouvrant d'une langue de bois sociologisante, de rapports et d'«outils» d'évaluation en tout genre qui se sont montrés globalement impuissants à contrer ces phénomènes délétères.
Un discours vindicatif, débarrassé de tout vernis sémantique, et qui nous interpelle sur la nécessité de regarder en face le problème. En cessant l'auto-flagellation et l'auto-censure. Du reste, cette libération de l'écrit dans les études ne peut que profiter aux autorités quant à juguler les problèmes soulevés en mettant vraiment le doigt là où l'analyse doit porter, sans se perdre dans les circonvolutions d'usage.

Cependant, le Washington Post délivre lui un message plus dissonant en accusant les lois françaises de favoriser la radicalisation :
Yet one could fairly ask what they were rallying around. The greatest threat to liberty in France has come not from the terrorists who committed such horrific acts this past week but from the French themselves, who have been leading the Western world in a crackdown on free speech...
Indeed, if the French want to memorialize those killed at Charlie Hebdo, they could start by rescinding their laws criminalizing speech that insults, defames or incites hatred, discrimination or violence on the basis of religion, race, ethnicity, nationality, disability, sex or sexual orientation. These laws have been used to harass the satirical newspaper and threaten its staff for years. Speech has been conditioned on being used “responsibly” in France, suggesting that it is more of a privilege than a right for those who hold controversial views...
The future once belonged to free speech. It was the very touchstone of Western civilization and civil liberties... Charbonnier died, as he pledged, standing up rather than yielding. The question is how many of those rallying in the Place de la Republique are truly willing to stand with him.

Pas étonnant dès lors que l'abus de liberté d'expression devienne plus souvent la norme, au même titre que son effet frère, l'auto-censure. Nous pouvons à ce titre mentionner l'article 17 du projet de loi pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes, ajoutant à la loi pour la confiance dans l'économie numérique (véridique!) la possibilité de poursuites pour des propos tenant « à la haine à l'égard de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation ou identité sexuelle ou de leur handicap ». Avec toute la largesse interprétative que cela suppose par les prestataires chargés de la surveillance, et comme le mentionnait ironiquement plusieurs analystes, la fin des blagues sur les blondes. La liste des thèmes qu'il est possible d'aborder dans ses publications risque bientôt d'être plus courte que celle des abus sanctionnés. 

La liberté d'expression est-elle sans limite? Non bien évidemment car elle impose qu'un droit de réponse soit autorisé. Être libre de s'exprimer c'est aussi donner obligatoirement la parole à celui qui se sent offensé. En certaines circonstances, le propos initial est si incongru, si excessif, qu'il se dévalorise et se décrédibilise de lui-même, sans nécessité d'intervention de la partie visée. En revanche, plus vous interdisez aux individus de s'exprimer, plus vous suscitez leur méfiance, leur suspicion jusqu'à provoquer pour les plus déterminés la réaction véhémente avec ou non passage à l'acte.

Enfin et puisque nous parlons en ces heures tragiques de terrorisme, rappelons que le travail des services de renseignement serait grandement facilité par cette liberté d'expression puisque plutôt que de s'enfouir, de se dissimuler par moult procédés, les orientations extrémistes d'individus seraient plus facilement décelables et la captation des informations plus aisée. Ce qui irait de pair avec le renforcement des effectifs des structures sans quoi l'on se heurtera toujours au même problème : l'exploitation des données. Liberté d'expression et service de renseignement n'étant pas à mon sens antinomiques.

De plus, et comme le préconise le fil twitter de Défense et Stratégie Internationale, la résilience doit devenir une priorité. Ce qui est par ailleurs le thème de leur numéro 20 d'Histoire & Stratégie consacré à la Résilience. Ou comment combattre le terrorisme. Résumé :
Résilience. Voilà un terme dont l’occurrence dans le débat public sur la lutte contre le terrorisme, voire la contre-insurrection, en France est régulière, mais dont le sens semble ne pas toujours être bien compris par ceux qui l’emploient. Or il s’agit d’un concept essentiel dans un contexte où la menace terroriste demeure importante contre les intérêts français à l’étranger, mais aussi contre le territoire national, tandis que les forces armées françaises sont engagées dans de multiples opérations de contre-terrorisme, de contre-insurrection ou de stabilisation dans la conduite desquelles la prise en compte de ce contexte est un élément nécessaire de la planification et de la conduite stratégique.
Car il devient évident qu'il est très difficile de prévoir le passage à l'acte d'un ou de plusieurs individus dont la cellule est autonome, donc peu connectée avec l'extérieur et réunissant un nombre d'activistes réduit. Cette potentialité bien que détestable à envisager ne doit pas être éludée. La résilience est la prévision du pire et la formation pour permettre un rétablissement de la situation aussi rapidement que possible, sur les plans humain comme matériel. Rappelons que cette problématique est aussi valable dans le contexte du cyberespace, tant pour la structuration, les modalités et les conséquences, ce dont je m'étais exprimé au sein de mon dernier ouvrage sur les cyberstratégies économiques et financières. En d'autres termes, il est naturel d'être sonné mais indispensable de ne pas s'effondrer.

Pour en revenir au sujet initial, la France par l'entremise de ses représentants est confronté à un réel problème avec la liberté d'expression qu'elle semble craindre car pouvant remettre en cause la nature de son régime démocratique. Or, la liberté d'expression si célébrée en France ces derniers jours suite au massacre d'une partie de la rédaction de Charlie Hebdo n'a jamais été une priorité ces dernières années. Et elle ne le sera pas davantage ces prochains temps.
Or c'est ce refus de la parole libre qui favorise la montée des extrémismes : la bonne conscience armée du bâillon est le meilleur allié du radicalisme.

En outre, quelle serait la plus belle victoire de ceux qui ont perpétré leurs actes? Que nous renoncions à ce qui fait notre spécificité qu'est la libre pensée et son corollaire la libre expression. Toute mesure visant à la contraindre davantage comme le laissent présager les sombres nuages au lointain serait un geste bafouant l'un des socles élémentaires d'une démocratie. Malheureusement, le bal des hypocrites est maintenant ouvert et profitant du choc des récents évènements, et par une compassion millimétrée, va donner lieu à une série de tentatives de rétrécissement de l'horizon intellectuel. Et ce en commençant par le premier support d'entre eux : Internet.
Il est bon de se remémorer ce qu'énonçaient les pères fondateurs des États-Unis d'Amérique, Benjamin Franklin et Thomas Jefferson dont la connaissance de l'Histoire n'a pas manqué de les inspirer :
Any society that would give up a little liberty to gain a little security will deserve neither and lose both.
Experience hath shewn, that even under the best forms of government those entrusted with power have, in time, and by slow operations, perverted it into tyranny.
Et si l'on souhaite une référence plus française, permettez-moi de citer Beaumarchais qui par l'entremise de son personnage de fiction Figaro lui faisait dire : 
Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur... il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits
Mais au fond, cette peur de la pensée et du verbe est la démonstration que ceux-ci peuvent encore changer le monde, ridiculiser les tartuffes et déboulonner les tyrans.


L'article de Jean-Pierre Le Goff paru dans l'édition du Figaro du 10/01/2015

L'article de Jonathan Turley paru dans l'édition du Washington Post du 08/01/2015

Crédit photo : http://street-photo.over-blog.com/

jeudi 8 janvier 2015

#JESUISCHARLIE Disparition de l'économiste et écrivain Bernard Maris


Hier, à Paris, 11:30, deux hommes armés aidé d'un troisième complice, ont fait irruption dans les locaux d'un quotidien satirique. Ceux-ci, toujours en fuite à l'heure où ces lignes sont couchées, ont manifestement souhaité réagir à leur manière aux nombreuses caricatures portant sur la religion islamique. Douze personnes auront payé le prix de ce refus des valeurs de la République et de la civilisation européenne à un niveau plus général, à commencer par celle de la liberté d'expression trop souvent corsetée par l'auto-censure et les lois scélérates ces dernières années. Tout recul supplémentaire en ce sens dans le futur ne fera que donner raison aux meurtriers et à tous ceux favorables à l'endoctrinement, à l'intimidation et à la peur.

Dans la cohorte des disparus figure une figure atypique mais reconnue de l'école économique française : Bernard Maris, dit Oncle Bernard au sein du quotidien récemment meurtri. Car ce n'est pas seulement le dessin qui a été assassiné en ce jour mais la pensée au sens le plus large.
Je vous renvoie à cet effet au billet-hommage de Jacques Sapir sur Bernard Maris qui porte l'empreinte d'un sincère respect pour une personnalité de la pensée économique. Et laquelle mériterait désormais qu'on le lise davantage afin qu'il ne soit pas mort pour rien : http://russeurope.hypotheses.org/3246

Bernard Maris avait 68 ans. Il était le fils de Républicains espagnols émigrés en France et un produit typique de cet "élitisme républicain" que certaines bonnes âmes tournent aujourd'hui en dérision. Après de brillantes études d’économie, et une thèse en 1975, il avait suivi le cursus honorum qui devait le mener au poste de professeur. Il avait alors enchaîné les postes, récolté le prix de « meilleur économiste » pour 1995 décerné par Le Nouvel Économiste, et publié des livres importants comme Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie ! (en 1998), ou Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles (en 1999). Il fut l’auteur du remarquable Antimanuel d’économie (publié chez Bréal en 2 volumes) et d’un ouvrage collectif important témoignant de son intérêt pour les sciences sociales, Gouverner par la peur, en 2007. On pouvait le suivre à la télévision ou sur France-Inter. Mais, Bernard Maris était aussi bien d’autres choses.

Enfin, et pour clore ce court billet, un couplet me taraude l'esprit et dont les paroles me semblent tout à fait appropriées : 
Die Gedanken sind frei, wer kann sie erraten,
Sie fliegen vorbei wie nächtliche Schatten.
Kein Mensch kann sie wissen, kein Jäger erschießen
Mit Pulver und Blei: Die Gedanken sind frei!


PS : La Federal Reserve of New York a rendu ce lundi 12 janvier un émouvant hommage à Bernard Maris qui, rappelons-le, était aussi conseiller général de la Banque de France.


jeudi 1 janvier 2015

Meilleurs voeux pour cette année 2015!

Bonne Année 2015!

Glückliches neues Jahr 2015!  

С новым годом 2015!

Feliz Año Nuevo 2015!

Happy New Year 2015!


Szczęśliwego Nowego Roku 2015!

Feliz Ano Novo 2015!



samedi 27 décembre 2014

Les Mongols (1961) d'André De Toth et Leopoldo Savona

Les Mongols, ou The Mongols et même plutôt I Mongoli car d'origine italienne, exhale le bon vieux technicolor et le cinémascope propres au cinéma des années 1950 et 60. Celui qui faisait revivre les hauts faits, plus ou moins romancés, de l'Histoire. Enfin, plus que moins en vérité. 
Cette production a le mérite de s'intéresser à la campagne mongole en Europe entre 1237 et 1241 (1242 est parfois mentionnée mais ne concerne en réalité que des raids sur les pourtours de l'Adriatique pour tester les défenses des forces européennes), menée par le redoutable et compétent Batu sous le règne de son oncle Ögödeï .
Le début est savoureux : « Après l'an mil, une bande de guerriers invincibles, venus du désert lointain de l'Asie s'avance vers les frontières de l'Europe, semant la mort sur son passage... ». Le ton est donné, l'historien s'étrangle déjà tandis que le cinéphile amateur de films d'action ayant une attache historique commence par se réjouir.
Précisons que les crédits s'étalent dès l'introduction sur deux bonnes minutes avec en toile de fond une déferlante de séquences de cavaliers steppiques répétée en boucle. Un procédé cinématographique un peu facile mais toujours aussi efficace et donnant malgré tout corps au tempêtant exorde.

Il serait trop long de relater ici toutes les imperfections et contresens historiques puisqu'ils sont pléthores. Leur présence a malgré tout le mérite de fournir une excellente idée du folklore véhiculé par l'évocation des hordes de Genghis Khan et du Moyen-Âge.

De la cour du roi de Pologne tiraillée entre la volonté des nobles de s'opposer par les armes aux forces tataro-mongoles et le souhait des autres d'éviter la dévastation des terres par la guerre, c'est la voix du plus valeureux des généraux polonais, Stefan de Cracovie, qui est suivie et qui est nommé ambassadeur auprès de la cour mongole. Envoyé à Souzdal, celui-ci se rendra compte des exactions perpétrées par les troupes occupantes, et en viendra à s'éprendre d'une habitante.
Si le scénario brille de mille incohérences, il se laisse pour autant suivre (sur près de cent-dix minutes) et même si l'on entrevoit assez rapidement les linéaments de celui-ci, le charme un brin désuet opère. Mention spéciale aux affrontements à l'arme blanche : les bruits et les parades valent le coup d'oeil et ne manqueront pas de vous arracher un petit sourire en coin sans que cela ne dérive vers la moquerie méchante tant l'on pardonne beaucoup à ce métrage. Du reste, l'on ne se trouve pas en présence d'une série B puisque des moyens conséquents ont été dégagés puisque certaines scènes font intervenir nombre de figurants, de décors et d'éléments de guerre voués à plonger le spectateur dans l'ambiance.
Précision qui ne manquera pas de rappeler de bons souvenirs aux cinéphiles : ce sont les studios de Laurentiis qui ont été chargés de la réalisation.

La plantureuse Anika Ekberg (La Dolce Vita, 4 for Texas) et Jack Palance (Halls of Montezuma, Bagdad Café et même Batman de Tim Burton) donnent la teneur qu'il faut à ce long métrage, et occupent tout l'écran quasiment à eux-seuls. Il est vrai qu'avoir réussi à transformer ce playboy des plateaux de cinéma en chef mongol démontre tout le talent des maquilleurs. Par ailleurs, Jack Palance n'est pas forcément si éloigné de cette histoire malmenée puisque l'acteur américain... est d'origine ukrainienne, de son vrai nom Volodymyr Palahniuk. Et qu'il avait déjà joué un chef barbare venu des steppes en la personne d'Attila le Hun en 1954 (Sign of the Pagan des studios Universal). Franco Silva endosse pour sa part en Stefan de Cracovie un chevalier-émissaire des plus convaincants, et propose une alternative séduisante à la morgue virile d'Ögödeï.

Sans que Les Mongols ne soit qualifié de chef d'oeuvre, il faut admettre qu'il produit du plaisir à son visionnage, idéal pour un film de fin d'année afin de se laisser emporter en d'autres temps et d'autres lieux. Et puis, alors que l'on aurait pu s'y attendre au vu de certaines facilités scénaristiques, le métrage ne sombre pas dans le manichéisme et se permet de dépeindre des mongols avec un visage (légèrement) plus humain que le folklore qui nous est parvenu.
Quant à tous ceux qui seraient intéressés par une lecture consistante sur les interactions entre le monde européen et les mongols, je vous recommande chaleureusement deux ouvrages de Jean-Paul Roux : L'Histoire de l'Empire mongol, Fayard, 1993 et Les explorateurs au Moyen-Âge, Hachette Littérature, 2006.

Bonus : la séquence d'ouverture du film.




Enfin, n'oubliez pas de vous rendre sur Echo RadaЯ pour suivre le dossier de fin d'année : Armes miraculeuses, armes de rupture?
J'y interviendrai pour vous conter l'incroyable tentative par les soviétiques durant les années 1930 de concevoir un monstre d'acier sur chenilles... Mais d'ici là, prenez plaisir à lire les analyses déjà produites par mes camarades qui ne manqueront pas de vous étonner et de vous informer sur des aspects méconnus de cette thématique.