lundi 24 décembre 2012

Stratégie virtuelle pour terminer 2012

 
Chers visiteurs, comme les fêtes de fin d'année sont déjà sur nous et que certains souhaiteraient décompresser tout en continuant malgré tout à faire à faire tourner la matière grise, un petit panorama des simulations de stratégie vous est proposé :

Tout d'abord, et pour profiter des soldes actuelles, Revolution under Siege de chez les français d'AGEOD auquel j'avais consacré tout un article. Vous permettant de revivre les évènements de la guerre civile russe (1917-1923) et même les opérations annexes comme la guerre polono-russe (1919-1921) où la fougue du futur maréchal Toukhatchevski ne pourra l'emporter sur la détermination et le froid calcul du général Józef Piłsudski (il est vrai aidé de conseillers militaires étrangers, dont le futur général de Gaulle). Pourquoi évoquer à nouveau ce ludiciel sorti voici déjà deux ans? Premièrement parce qu'il demeure le seul représentant véritablement sérieux de sa catégorie sur ce créneau et sur ce (large) théâtre d'opérations, et dont le résultat saute aux yeux au vu des nombreux détails iconographiques et textuels au cours du jeu ; deuxièmement parce qu'il continue encore à être amélioré et corrigé par des rustines logicielles (patchs), dont le dernier, le 1.06a, est sorti en novembre dernier.
Les mécanismes de jeu nécessitent un certain temps d'adaptation, même si un tutoriel est présent. Malgré tout, les nombreuses campagnes disponibles (au nombre de sept hors tutoriel, dont l'impressionnante campagne de la guerre civile sur près de 86 tours!) permettent de trouver son bonheur et de comprendre combien chaque camp avait des forces et des préoccupations différentes. Comme on peut le deviner, la victoire est longue à se dessiner et il ne sert à rien de se réjouir trop vite parce que l'on a refoulé (ou plus rarement annihilé) quelques unités ennemies : c'est sur la durée et l'accumulation des points de victoire que l'un des camps l'emportera. Le moral dans chaque camp est aussi une donnée à prendre sérieusement en compte puisqu'il peut occasionner une victoire ou une défaite automatique selon le degré critique atteint, tout en servant aussi à calculer la confiance, la cohésion et la combativité des troupes. De même qu'il faille s'assurer de la fidélité des régions conquises, sans quoi le ravitaillement et la levée de troupes deviendront rapidement compromis. Quant aux troupes, la multiplicité des actions possibles (déplacement, attaque, siège, embarquement/débarquement) donne le tournis mais offre de fait un nombre conséquent de situations possibles, où le type de terrain comme le climat sont comme de coutume à prendre en considération.
Il serait trop long de décrire tous les mécanismes de jeu disponibles, juste bien saisir que la profondeur de jeu en fait aussi une simulation de longue haleine où une partie s'étendra sur plusieurs heures, et qu'il ne suffit pas de se focaliser sur l'aspect purement militaire mais aussi considérer le versant idéologique, et rallier la population locale et des alliés de l'extérieur à la cause défendue.
Le thème méritait un ludiciel calibré efficacement : Revolution Under Siege remplit tout à fait son oeuvre, même si certains pourraient lui reprocher son tempo très lent (imputable à l'immensité de la carte comme à la quasi-exhaustivité des actions possibles).

Autre jeu de stratégie d'importance, Crusader Kings II. Une suite d'autant plus attendue que j'avais évoqué le premier opus en des termes particulièrement élogieux. Une précision d'importance néanmoins : CK II (simplifions) est l'exacte démonstration d'un nouveau modèle économique en vigueur dans le domaine des logiciels, à savoir les DLC (pour downloadable content ou contenu téléchargeable). Ce qui signifie que le jeu principal est agrémenté de modules additionnels que vous serez convié (mais pas obligé, là est la nuance) d'acheter pour bénéficier d'une profondeur de jeu aboutie et exhaustive. Exceptés quelques produits qui se contentent d'ajouter des graphismes spécifiques (ex. l'un des derniers DLCs personnalise les unités russes, alanes et bulgares), des musiques d'ambiance, des blasons spécifiques ou encore des portraits.
Pas d'inquiétude cependant à avoir : même si cela donne l'impression de bénéficier d'un logiciel en kit, le jeu de base est déjà tellement riche qu'il suffit à lui seul pour y passer de très nombreuses heures. Qui plus est, les patchs ne sont pas payants, permettant de bénéficier de certains mécanismes contenus dans ces modules (même si bien entendu il n'est pas possible de les employer à son profit).
Rappelons que CK II simule l'époque médiévale de 1066 à 1453. Deux dates qui ne sont pas choisies au hasard puisqu'il s'agit pour la première de l'invasion de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant et Harald Hardrada et pour la seconde, la chute de l'Empire Byzantin. Il est heureusement possible de sélectionner certaines dates spécifiques et non de débuter obligatoirement en 1066, ainsi l'Alexiade (1081) ou les États Latins (1204) sont des alternatives possibles, et offrent des défis variés.
Comme pour le premier épisode, il est possible de choisir n'importe quel individu disposant au minimum d'un comté (pour endosser le rôle d'un dirigeant de confession musulmane, il vous faudra posséder l'extension Sword of Islam). Il est possible de choisir d'autres rangs, comme Duc, Roi ou encore Empereur mais le débutant ferait mieux de s'en tenir à un minimum d'humilité car les obligations et risques sont d'autant accrus avec ces titres. Comme pour le premier épisode, il faut moins s'attacher à l'idée de territoire qu'à celui de lien dynastique : d'une part parce qu'un dirigeant a une capacité limitée à gérer directement un large domaine selon ses compétences et d'autre part parce que la succession peut briser tout cet amoncellement. Car oui, il existe plusieurs types de succession, avec leurs avantages et inconvénients qui influenceront à la fois le devenir des terres en possession mais aussi les relations avec les vassaux et les puissances temporelles/spirituelles. Pour compliquer la situation, l'on ne peut changer de modalité de succession d'un seul clic : cela demande à la fois du temps (dix années de règne minimum), l'assentiment général (d'où la nécessité d'entretenir de bonnes relations avec ses vassaux et vavassaux) et une situation de paix (que ce soit vis à vis d'une entité extérieure ou au sein du domaine). Sans omettre le rôle des bâtards qui peuvent être source de gros tracas au sein de la famille dynastique mais aussi offrir le choix d'une alternative pour le dirigeant en cas de légitimisation (ex. dans le cas de la stérilité de l'épouse ou de descendants s morts/en exil/en fonction dans une autre cour).
L'aspect militaire est conditionné par certaines subtilités affinées par rapport au premier épisode. Ainsi il est désormais possible de se constituer une garde permanente, mais il faudra en payer le prix fort. La levée trop longue de troupes (l'ost) sera aussi plus sujette à un mécontentement des vassaux ponctionnés mais pouvant être compensée par le renouvellement d'effectifs de son propre domaine. Les mercenaires sont de la partie, sur terre comme sur mer, et leur valeur guerrière n'a d'égal que leur appétence pour les espèces sonnantes et trébuchantes. Le rôle des capitaines est aussi renforcé : avoir dans sa cour des individus dotés d'un talent militaire implique de les choyer car le fracas des armes arrive souvent bien vite.
L'aspect religieux a été encore renforcé, surtout avec les extensions, et l'on peut voir apparaître des mouvements dissidents comme le catharisme ou le druzisme. En outre, chaque branche comme le christianisme orthodoxe ou l'islam sunnite/chiite bénéficient de règles de jeu particulières dont les ressorts peuvent changer diamétralement.
Si les révoltes paysannes (jacqueries) sont toujours de la partie, une nouvelle complication existe avec le système des factions qui est la convergence de complots de plusieurs individus pour fomenter une révolte au sein du territoire afin de réaliser un objectif : déposer le représentant d'une dynastie, changer de règle de succession, obtenir l'indépendance d'un territoire, réduire l'autorité impériale/royale, révoquer un membre du conseil ou même l'exécuter etc. La guerre civile qui peut résulter d'une telle survenance est autrement plus coriace à résorber que les soulèvements populaires puisque ce sont des vassaux et même des pairs qui peuvent intervenir dans le conflit. Un tel évènement peut cependant être évité par diplomatie ou d'autres pratiques moins glorieuses mais toutes aussi efficaces comme le bannissement, l'emprisonnement ou en dernier recours l'assassinat d'un des plus influents comploteurs.
Ce n'est qu'une infime partie de ce qu'est possible de produire ce ludiciel très riche, très addictif et qui n'a pas cédé au tout 3D comme la série Europa Universalis.
Après un très médiocre ajout dédié à une fictive invasion aztèque (et ayant provoqué des réactions très mitigées, voire franchement négatives obligeant les développeurs à faire un point sur le sujet), la prochaine extension attendue pour début 2013 se focalisera sur les républiques marchandes au nombre de cinq : Venise, Gênes, Gotland (au large de la Suède), Pise et La Ligue Hanséatique. L'on y regrettera l'absence de Pskov, de Novgorod ou encore de la Confédération Helvétique d'autant que celles-ci ne sont pas jouables après une certaine date en raison justement de leur statut de républiques. Un vrai regret même si pour le reste, cet ajout promet de donner une nouvelle profondeur de jeu en intégrant les rivalités entre puissances maritimo-commerçantes et grandes familles patriciennes. Et en espérant, à l'instar de la communauté très active, qu'un module dédié aux païens verra enfin le jour afin de faire revivre les glorieuses heures de la Lituanie tenant tête au redoutable ordre des teutoniques ou même de laisser le choix aux khans mongols de rester fidèles au chamanisme ou tengrisme.

Dans le domaine du gratuit et toujours dans la sphère jeu de stratégie, je puis aussi vous recommander le très abouti TripleA. Tiré originellement du jeu de plateau Axies and Allies, dont il reprend certaines cartes, il s'est progressivement diversifié au point de proposer de nouvelles aires de jeu (dont celle de la Terre du Milieu pour ceux qui veulent revivre les batailles du Seigneur des Anneaux). Si au départ l'on pouvait pointer facilement les lacunes, dorénavant les points majeurs de déficience ont été comblés : que ce soit l'intelligence artificielle qui présente désormais un algorithme satisfaisant, que ce soit les graphismes sobres mais très lisibles, que ce soit les sons intégrés lors des dernières versions ou encore les retouches propres aux mécanismes de jeu.
Ce développement sur la durée (TripleA est sorti initialement en 2001) ne peut être possible que grâce à une communauté active autour de ce jeu. Ce qui explique parfois de longues périodes sans mise à jour mais aussi des nouveautés conséquentes par à-coup.
Outre sa gratuité, le ludiciel présente surtout l'intérêt d'être modulable de façon très souple (ex. vous pouvez reconfigurer les routines de l'intelligence artificielle) et d'avoir plusieurs cartes déjà de disponibles dès le lancement. Possibilité est aussi offerte aux joueurs de pouvoir régler les règles durant la partie, certaines plus contraignantes ou bénignes que d'autres. Car l'une des autres qualités de ce programme est aussi de permettre les parties en multijoueur (par Internet ou par courriels).
Ainsi, gratuit ne saurait signifier au rabais. Car TripleA tire largement son épingle du jeu (stratégique) et ses dernières règles de fonctionnement en font un jeu destiné à des habitués désireux d'avoir une profondeur de jeu conséquente.

Autre simulation de stratégie de grande tenue : Endless Space, en provenance d'un studio français, Amplitude Studios. Là nous évoluons dans les plus sombres et mystérieux recoins de l'univers puisqu'il s'agit d'un 4X (eXplore, eXpand, eXploit, and eXterminate) mettant en scène plusieurs races capables de mettre en coupe réglée les différents systèmes solaires qu'il faut dans un premier temps découvrir, coloniser dans un second, exploiter dans un troisième et défendre si nécessaire dans un quatrième. Si le genre est sérieusement encombré depuis 1983 (si l'on en croit Wikipédia, le premier du genre aurait été Cosmic Balance de l'éditeur spécialisé et regretté SSI), Endless Space (ES) dispose de très sérieux atouts. Le premier d'entre eux, et qui ne saurait être le moindre, est une interface léchée et de prise en main rapide. Relaté ainsi cela a l'air assez élémentaire, malgré tout c'est une donnée loin d'être toujours présente sur les ludiciels de ce type qui réfrènent parfois le béotien et même le passionné par une présentation austère et absconse. Le second aspect, c'est la profondeur et la rejouabilité, essentiels pour un 4X : ce qui signifie qu'il faut avoir travaillé les différentes parties du jeu pour donner envie d'aller plus loin et de les exploiter, et ensuite de prévoir plusieurs campagnes (aléatoires ou fixes) afin de permettre à l'opiniâtre amateur de se replonger dedans une fois son ou ses objectifs atteints. ES n'est pas avare de ces deux qualités puisque dès le début, les options de partie sont nombreuses et chaque race propose une manière d'aborder la conquête de façon différente des autres. Quant à l'univers lui même, il est possible de le configurer à sa guise, et selon ses envies (forme, âge, richesses), ce qui garantit une multiplicité de campagnes possibles. Le troisième aspect c'est l'équilibre entre gestion et combat, sachant que certains préféreront se consacrer plus à l'un qu'à l'autre. De ce point de vue aussi le contrat est rempli puisque les combats sont semi-automatisés (l'on ne dirige pas les vaisseaux mais on leur donne des instructions avant le combat, et l'on en observe le résultat) avec une mise en scène efficace, et que la gestion coloniale est une affaire de longue haleine aux choix cornéliens (ex. faut-il favoriser l'industrialisation d'une planète pour en améliorer la production de ressources, sa viabilité pour faire croître la population ou encore récolter la poussière cosmique qui est la valeur d'échange?), et qui obligeront à investir dans la recherche pour améliorer les possibilités de rendre l'écosystème viable. Panneau de recherche qui est très fourni, et qui là aussi demandera à chaque joueur de choisir selon ses priorités : sciences appliquées, techniques d'exploration, diplomatie et commerce, techniques guerrières. Cela a l'air complexe pourtant comme pour les autres parties, tout est amené très simplement.
La rencontre avec les autres forces n'amène pas forcément à un conflit, il est même préférable pour certaines de favoriser l'option commerciale afin de procéder à des échanges de ressources ou même à l'ouverture des frontières si les relations sont cordiales (elles sont cependant dynamiques et peuvent être amenées à évoluer dans le temps en fonction de vos actes et ceux de la partie opposée, méfiance...). Et pourquoi pas former une alliance cosmique?
La beauté graphique et musicale de l'ensemble permet une immersion favorable, l'univers semble toujours habité de vie et les combats sont de toute beauté, le tout dans un environnement sonore recherché et en phase avec le sujet.
Qui plus est pour compléter ce tableau, trois modules complémentaires ont été distribués gratuitement ces derniers mois (l'on appréciera le geste au moment où tant d'autres font payer ne serait-ce qu'un euro pour des broutilles), rajoutant ici une race, là des découvertes et des animations supplémentaires ou encore des pistes musicales supplémentaires. Le rôle de la communauté semble à cet égard assez ténu dans ces ajouts suggérés.
Du bel oeuvre comme l'on dit, et qui devrait encore bénéficier ces prochains mois de mises à jour conséquentes au regard du suivi des développeurs.

Plus dans le domaine tactique mais cependant toujours en une époque futuriste, Warzone 2100 sorti commercialement en 1999 mais ayant été versé au domaine public en 2004. Depuis ce changement de statut, la communauté qui s'est agglutinée autour du projet n'a eu de cesse de l'améliorer, de l'adapter sur divers supports et de le distribuer en plusieurs langues.
Novateur lors de sa sortie, Warzone 2100 (qui eut une suite appelée... Earth 2150) avait l'honneur d'inaugurer la 3D destructible tous azimuts. Avec un paquet d'unités à disposition comme de contre-mesures à celles-ci, l'on peut deviner combien les parties sont enragées, accentuées par un brouillard de guerre pouvant dissimuler derrière un repli montagneux une force ennemie en nombre.
La force du jeu est d'offrir un panel des possibles assez vaste, et de calibrer les décisions tactiques assez rapidement en fonction des évènements. La 3D n'étant de ce point de vue pas un gadget mais un réel plus puisque permettant d'avoir une vision panoramique du théâtre des opérations. L'aspect recherche est aussi primordial puisqu'il ne faut pas se contenter des éléments basiques du début du jeu mais toujours continuer à consacrer du temps et des ressources à cette activité (la difficulté étant surtout de bien choisir la recherche en cours). Les résultats obtenus permettront, outre la mise à jour des modules existants, d'obtenir de nouveaux éléments et d'assembler de nouveaux véhicules (terrestres, maritimes ou aériens) selon l'imagination mais plus encore, selon les besoins.
En solo, la campagne n'est hélas pas dynamique mais elle révèle de nombreuses surprises au fil de la progression. En multijoueur, de très nombreuses cartes permettent d'avoir un choix démesuré.
Point très positif : une configuration assez modeste est nécessaire pour lancer et exploiter le ludiciel. L'avantage d'une optimisation du moteur du jeu qui sait à la perfection réduire la nécessité de s'accaparer de ressources système.

Et si tout cela ne vous convient toujours pas, vous reste la possibilité après téléchargement de créer votre propre espace de conflit avec l'éditeur The War Engine (sorti en 2008).

Enfin pour clore ce chapitre, deux vidéos. La première présentant la sortie prochaine (début 2013, sans autre précision pour l'heure) de March of the Eagles, basée sur le moteur des Europa Universalis et retraçant de 1805 à 1820 l'incroyable épopée napoléonienne. Peut-être bien l'un des ludiciels stratégiques les plus prometteurs de 2013...
Quant à la seconde, elle est l'annonce et la confirmation que j'énonçais il y a plusieurs mois que la guerre froide semblent passionner les développeurs de jeux de stratégie puisque East vs West propose de « revivre » cette période de 1946 à 1991. Basé en ce qui le concerne sur le moteur de Hearts of Iron.

Bonnes fêtes de fin d'année à vous tous!


mercredi 19 décembre 2012

L'Italie : la soeur latine délaissée de la France


Un mot, un seul, résumant à lui seul l'incroyable effervescence italienne du XIXème siècle : Risorgimento. Soit résurrection en bon français. Le siècle qui donnera à l'Italie une existence politico-géographique d'un seul tenant. Une langue pour cimenter le tout et des figures de premier plan ayant embrasé les consciences européennes.

Quel kaléidoscope que cette virevoltante galerie de portraits. Que l'on juge : Camillo Cavour, Giuseppe Garibaldi, Giuseppe Verdi, Antonio Meucci, Giuseppe Mazzini, Alessandro Manzoni ou encore Vittorio Emanuele II di Savoia. Personnages haut en couleurs qui connaîtront des destinées diverses mais intimement liés à l'éveil puis la formation d'une Italie unifiée.
La France ne sera par ailleurs jamais très loin d'elle et en dépit de la politique étrangère brouillonne de Napoléon III, l'entrevue de Plombières-les-Bains de juillet 1858 scellera le futur destin de l'Italie par l'appui français aux vues des patriotes transalpins (succès qui sera terni quelque temps plus tard en raison de l'envoi par l'Empereur d'une force destinée à assurer la défense des États pontificaux). Précisons au passage que Cavour, alors Premier Ministre du royaume de Piémont-Sardaigne obtint l'envoi d'un contingent (20 000 hommes environ) lors des opérations en Crimée (principalement à la bataille de la Tchiornaïa), et en raison de la victoire, participa à la table des négociations lors du traité de Paris en 1856.

Le 17 mars 1861 est enfin proclamé le royaume d'Italie, même si le héros romantique des deux mondes (tels Lafayette et Kosciusko, il lutta à la fois en Europe et aux Amériques) Garibaldi ne fit guère état de son souhait d'établir préférentiellement une république mais la realpolitik l'emporta. Son souhait ne devint réalité qu'avec le référendum du 2 juin 1946.

Hormis l'épisode malheureux de la déclaration de guerre de Mussolini envers la France en 1940 (une décision qui n'emporta guère l'adhésion de son entourage comme de l'opinion publique et qui donnera lieu à la bataille des Alpes) et la finale de la Coupe du Monde de football remportée en 2006 (victoire non volée par une squadra azzura gaillarde, n'en déplaise aux esprits chagrins), l'entente fut souvent cordiale entre les deux entités.

Hélas, elle n'en fut pas forcément plus chaleureuse ces dernières décennies. En dépit d'une proximité culturelle et linguistique, l'Italie qui menace de glisser vers la crise économique, ne semble plus recueillir un intérêt prononcé de l'opinion publique française. Peut-être plus mal informée que désintéressée.
Élément symptomatique : l'anniversaire des 150 ans de l'unification n'a guère trouvé d'écho l'année précédente dans les médias généralistes français. Un bien coupable dédain envers une contrée qui n'en souffre pas moins des mêmes maux que la France, quand même serait-ce à des degrés divers.

Méditerranéenne, de langue romane, inspiratrice culturelle, au drapeau quasi-identique (le tricolore), l'Italie ne mériterait-elle pas davantage d'attention pour en faire un partenaire stratégique ? Chiche? Ce qui au passage aurait permis par exemple une action militaire commune en Libye voici un an, sans froisser les autorités Italiennes considérant leur ancienne colonie comme un pré-carré. En méditerranée, l'Italie serait complémentaire de la politique étrangère française, d'autant qu'elle partage aussi les mêmes préoccupations et bientôt réseaux énergétiques (tel South Stream, le projet concurrent de Nabucco [1], dont les deux pays sont désormais membres à travers ENI et EDF).
Sur le site de l'Ambassade de France en Italie, il est possible d'avoir un aperçu de son économie :
Le tissu industriel italien se distingue par un important capitalisme familial : la présence de grands groupes emblématiques – dont Fiat, ENI, ENEL, Olivetti, Benetton, Finmeccanica… - est complétée par un très large réseau de PME, véritables porte-drapeau du savoir-faire italien, souvent regroupées en « districts industriels ». Ces dernières, qui font la force du système économique italien par leur dynamisme, se caractérisent par leur haut degré d’intensité capitalistique, une forte ouverture au progrès technique, une production ciblée et sur-mesure et une part importante de leur activité à l’exportation.
L’Italie souffre de faiblesses structurelles parmi lesquelles ses disparités régionales et un manque de matière premières et de ressources énergétiques qui déséquilibrent sa balance commerciale : les importations de ces produits satisfont plus de 80% de la demande intérieure nette d’énergie du pays et elles représentent 3,4% du PIB... Au même titre que les autres grandes économies mondiales, l’Italie a été durement affectée par la crise de 2008 et est prise actuellement dans la tourmente générale dans le cadre de la crise de la zone euro.
Non sans conclure utilement que la France et l’Italie sont l’un pour l’autre les deuxièmes partenaires commerciaux. Mais tout comme pour l'Allemagne, son premier partenaire, l'Italie semble pour les politiques français étrangement assez lointaine de leurs préoccupations.

En recherches géopolitiques, la revue Limes (rivista Limes) est toujours en activité pour ceux qui maîtriseraient la langue de Dante et souhaiteraient avoir un point de vue complémentaire à leurs propres études.
Je recommande à ce titre, de ce qu'il m'est resté de mes trois années d'apprentissage de la langue italienne, de lire l'article sur le Caucase : http://temi.repubblica.it/limes/circassi-il-caucaso-in-siria/40645

Pour en revenir à l'époque de l'effervescence révolutionnaire Italienne de la première moitié du XIXème siècle (et qui aura laissé une empreinte parmi les groupes libéraux et républicains français s'organisant secrètement sous la Restauration, l'exemple le plus significatif ayant été la société dite de la Charbonnerie), je vous recommande particulièrement de vous (re)plonger dans la trilogie Angelo Pardi, personnage de plume inventé par l'écrivain Jean Giono, dont l'une des oeuvres, Le Hussard sur le toit, fut portée magistralement à l'écran avec le talent d'acteurs de Juliette Binoche, d'Olivier Martinez et François Cluzet avec la mise en scène plus qu'inspiré du réalisateur Jean-Paul Rappeneau.

Et pour clore ce billet, un dicton transalpin :
« Chi vive nella speranza, muore a stento. »

[1] Ironiquement, tiré d'un opéra de Giuseppe Verdi qui servira comme catalyseur de mouvements révolutionnaires lors de sa représentation à la Scala de Milan en 1842.

MAJ : Le numéro 59 de Questions internationales en date de janvier 2013 vient de sortir, consacré précisément à l'Italie : un destin Européen.


Crédit photo : Gallica. Carte d'emplacement des forces militaires de l'Italie en temps de paix, 15 novembre 1884. Dressé par le 2e bureau de l'état-major général

jeudi 13 décembre 2012

Fantassins, seuls en première ligne : la Guerre du Nord enfin en français


Chers visiteurs, comme vous le saviez, j'avais évoqué voici quelques années l'existence du film Слуга Государев ou Le serviteur du souverain. Un film russe sorti en 2007 et qui n'avait pas trouvé de distributeur en zone francophone.
Ce temps est désormais révolu, à tout le moins pour ce métrage (encore que les productions de films d'origine d'Europe de l'Est semblent s'imposer de mieux en mieux dans les rayons). Une étrangeté malgré tout : le titre est devenu Fantassins, seuls en première ligne. Vraisemblablement dans un souci de frappe commerciale. Je suis malgré tout un peu dubitatif, ce n'est pas foncièrement mauvais mais ce n'est pas non plus foncièrement remarquable. Enfin passons...

Le doublage est de bonne qualité, malheureusement j'aurais apprécié que les voix en langue étrangère ne soient pas traduites mais sous-titrées. Certes les professionnels s'en tirent plus qu'honorablement et évitent l'écueil de se retrouver entre personnages de diverses nationalités semblant se comprendre tous en français. Il n'empêche que le doublage accuse ses limites et son manque de réalisme dans ce cas précis. Bref, comme vous l'avez compris, je ne peux que vous encourager vivement à mettre la piste audio en russe et les sous-titres français, histoire de profiter à plein du contexte linguistique pour une immersion optimale.

Autre point de désagrément : durant le métrage, mais audible aussi durant la bande-annonce, il est  évoqué l'imminence de la bataille de Poltava engageant... 5 000 hommes! J'ai véritablement failli m'étrangler en écoutant ce passage car pour qui fait une recherche sur Internet ou sur papier (je recommande Histoire de la Russie de Nicholas Riasanovsky parue dans la collection Bouquins de chez Robert Laffont, une somme jamais dépassée à ce jour même si elle mériterait d'être réactualisée ici et là), l'on découvre que cette bataille critique où s'est jouée la guerre du Nord et le destin des ambitions Suédoises a rassemblé près de 70 000 hommes tout de même! Bref, loin d'être une escarmouche...

Enfin, pour terminer, il apparait que quelques scènes manquent à l'appel si l'on compare les deux versions. Rien de dramatique non plus mais avouons que ça perturbe quelque peu car même si ces absences ne bouleversent en rien l'histoire, l'on aurait pu espérer une version complète.

Malgré toutes ces critiques sur cette sortie française, sans passer par les salles, le visionner en vaut la peine car c'est bien réalisé et bien joué. Le métrage lorgne vers deux genres à la fois, le fait historique et le récit d'aventure par l'entremise de deux émissaires du roi soleil Louis XIV en contrée Russe pour suivre l'évolution de la Grande Guerre du Nord. La dernière d'une longue série qui verra la Russie de Pierre le Grand s'imposer face à la Suède de Charles XII. Monarque dont les mérites, réels en dépit d'une fin prématurée, furent vantés par Voltaire dans son Histoire de Charles XII, ce qui ne l'empêchera pas non plus de rédiger une Histoire de l'empire de Russie sous Pierre le Grand.
Il est regrettable que le métrage se laisse aller ici et là à quelques facilités scénaristiques, voire à des raccourcis discutables (l'on a par exemple l'impression que les protagonistes évoluent tous dans une surface assez réduite et non sur de grandes distances). Fort heureusement la réalisation est nerveuse, l'ambiance musicale bien à-propos et le tout emmené par des acteurs très professionnels. L'on louera aussi la reconstitution très aboutie de la bataile de Poltava, 1709, où les forces russes mieux commandées et en nombre supérieur, écraseront les troupes suédoises désorganisées et privées du coup d'oeil tactique de leur souverain, alors en retrait du champ de bataille pour cause de blessure. Ajoutons que l'absence d'un nombre suffisant de batteries Suédoises n'aida en rien à une conclusion positive pour le monarque scandinave. C'est aussi l'épisode de la déchéance pour l'hetman cosaque Mazeppa, allié malheureux de Charles XII, qui deviendra ultérieurement une figure nationale ukrainienne, dont la geste trouvera écho dans un des poèmes d'Alexandre Pouchkine.

L'envoi de deux émissaires français au côté des forces belligérantes est-il crédible? C'est même fortement probable puisque la France en ce début de XVIIIème siècle est encore une grande puissance, même si elle subit le ratatinement physique et intellectuel d'un roi n'ayant plus que sa superbe pour masquer les difficultés du royaume. Rappelons qu'en juillet 1712, à Denain, les forces royales mettent en déroute de façon quasi-miraculeuse (et reconnaissons-le grâce à un sacré culot tactique du maréchal de Villars) une coalition austro-néerlandaise. Clôturant quasiment une guerre de succession d'Espagne désastreuse sur le plan financier sans aucun gain territorial probant et ayant révélé au grand jour la déliquescence du pouvoir central s'entourant de courtisans, donc d'incapables. Seule satisfaction pour le roi de France : l'acceptation de l'installation d'un bourbon sur le trône d'Espagne (la même lignée que celle qui perdure de nos jours avec Juan Carlos Borbón y Borbón). La bataille de Malplaquet trois ans auparavant avait déjà permis d'éviter une invasion du royaume en saignant les forces adverses, mais ce n'était qu'un simple répit stratégique. Absorbé dans ce conflit, Louis XIV n'a cependant peut-être pas négligé de conserver un oeil sur son allié de Suède, même s'il était loin de se douter que le souverain de la lointaine Russie s'imposerait brutalement sur la scène Européenne en terrassant la redoutable puissance Suédoise. Elle qui dominait la région depuis la conclusion heureuse de la guerre d'Ingrie (1611-1617).

Un dernier point : dans le film, le roi de France prend comme un crime de lèse-majesté le duel entre les deux principaux protagonistes, jugé comme attentatoire à son autorité. Loin d'être anachronique, c'est un rappel de l'édit de 1626 imposé par Louis XIII et appliqué sévèrement par le cardinal de Richelieu afin d'empêcher une hécatombe de jeunes gens dont l'honneur pointilleux pouvait rapidement basculer dans le défi létal.

J'en profite pour signaler l'existence d'un excellent site sur le cinéma Russe et Soviétique: Kinoglaz sur lequel je pus offrir une maigre participation quant à la fiche du film ( ICI ).

L'action se déroule durant la guerre du Nord, dans les environs de Poltava en Ukraine, où Suédois et Russes fourbissent leurs armes en vue d'une bataille décisive. Deux duellistes français, le Chevalier Charles de Brézé et le Comte de la Bouche se retrouvent en plein coeur du conflit, chacun dans un camp en tant qu'observateurs mandatés par Louis XIV. Aucunement préparés à évoluer dans un contexte aussi hostile, les deux messagers devront apprendre à nouer des alliances au gré de leurs rencontres pour espérer revenir en France.

Le réalisateur a souhaité donner le plus de réalisme possible à son oeuvre, d'où des dialogues en langues étrangères selon la nationalité des protagonistes. Ainsi est-il possible d'entendre parler français, polonais, suédois durant tout le métrage en plus de la langue Russe
.

Le site officiel / Официальный сайт Интернета

vendredi 7 décembre 2012

Lectures numériques cyber de fin d'année 2012



Au sein d'un article précédent, j'avais évoqué les ouvrages numériques qui étaient susceptibles de trouver place dans la hotte du Père Noël (ou de Père Gel et Snegourotchka pour mes lecteurs russes).

Pour les possesseurs de tablettes qui ne pourrait bénéficier de ces ouvrages au format ePub ou PDF, il leur est toutefois possible de s'abreuver d'informations sur le sujet en parcourant les sites suivants (j'en profite pour remercier ceux qui ont relevé ces occurrences, amis ou alliés) :


The Russian underground economy has democratised cybercrime
Rik Ferguson, Trend Micro's director of security research and communications, explains to Wired.co.uk that Russia's cybercrime market is "very much a well-established market". He says: "It's very mature. It's been in place for quite some time. There are people offering niche services, and every niche is catered for." Russia is one of the major centres of cybercrime, alongside other nations like China and Brazil ("the spiritual home of banking malware")... 
Russian Underground 101 details the range of products on offer in this established market -- Ferguson says that they can be for targeting anyone "from consumers to small businesses". He points to ZeuS, a hugely popular trojan that's been around for at least six years. It creates botnets that remotely store personal information gleaned from users' machines, and has been discovered within the networks of large organisations like Bank of America, Nasa and Amazon. In 2011, the source code for ZeuS was released into the wild -- now, Ferguson says, "it's become a criminal open source project". Versions of ZeuS go for between $200 (£124) to $500 (£309).

La cybersécurité française passe à l'attaque :
...la France possède toutefois de sérieux atouts pour se défendre. Elle dispose même d'une filière d'excellence, prospère et exportatrice, comme le révèle la récente étude du cabinet Pierre Audoin Consultants. Ainsi, qui aurait cru que le leader français de la carte à puce, Gemalto, sécurise l'accès au cloud d'Amazon ? On n'imagine pas non plus que Thales participe à la protection des systèmes de défense de 50 pays, dont 25 membres de l'Otan. Le spécialiste de l'électronique de défense équipe aussi 19 des 20 premières banques mondiales, 4 des 5 plus grandes compagnies pétrolières... sans oublier les systèmes de paiements électroniques Visa et Mastercard, qui représentent 70% des transactions par cartes bancaires dans le monde. Autres exemples : Cassidian, la branche défense et sécurité d'EADS, qui fournit un centre opérationnel de sécurité à l'armée britannique ; Atos, qui gère l'informatique et la sécurité des jeux Olympiques depuis douze ans ; ou encore Orange, qui apporte ses services de cybersécurité au géant australien minier BHP Billiton dans 18 pays...
Ce pari n'est pas gagné pour autant. "La France a deux handicaps. D'une part, la prise de conscience par les entreprises françaises, et par l'État, des enjeux de la cybersécurité a été plus tardive qu'aux États-Unis ou qu'en Grande Bretagne. D'autre part, peu d'acteurs hexagonaux disposent d'une taille critique suffisante pour faire face aux champions américains comme le spécialiste des réseaux Cisco Systems ou encore IBM", explique Guillaume Rochard, associé de PwC chargé de l'activité aéronautique, défense et sécurité.

L’évolution des cyber-menaces – des attaques malveillantes à la cyber-guerre et l’espionnage informatiques :
Les cyber-attaques deviennent de plus en plus visibles du grand public, les violations à grande échelle et les déclarations de grandes entités telles que Google et les Nations Unies font régulièrement les gros titres des journaux. Les tendances en matière de cyber-crime sont actuellement en pleine mutation, souligne Denis Gadonnet, regional sales manager south Europe chez FireEye. En effet, les attaques ne ciblent plus de simples individus non-avertis pour un faible gain financier (par ex. les violations de cartes de crédit), mais bien de grandes sociétés ou même des gouvernements, afin de leur subtiliser leurs Propriétés Intellectuelles (PI) et des informations sensibles pouvant rapporter gros. Les tactiques utilisées par les hackers ont elles aussi évolué, les attaques aléatoires ayant fait place aux violations intelligentes ciblées à l’encontre de victimes spécifiques et à l’espionnage d’état, où le but du pirate n’est plus tellement d’acquérir des informations spécifiques mais bien de récolter à dessein des PI et par la même occasion des secrets commerciaux dans un domaine cible...
Les outils traditionnels tels que les antivirus et les pare-feux se sont à maintes reprises montrés inadaptés et désuets face aux attaques de nouvelle génération, un malware intelligent pouvant très facilement contourner leur périmètre de défense. À la lumière de cette vérité, les entreprises et gouvernements doivent rapidement pourvoir leurs systèmes de sécurité d’une protection contre les menaces de nouvelle génération, capable de faire face efficacement aux défis posés par les cybercriminels contemporains.

Le Royaume-Uni va se doter de «cyber-réservistes» :
...le gouvernement britannique explique avoir lancé un programme national de cyber sécurité – transversal à l’échelle du gouvernement – et doté d’un budget de 650 M£. Un programme ambitieux et étendu qui implique notamment la Défense : son ministère a mis en place une unité dédiée qui travaille «au développement de nouvelles techniques, tactiques et de nouveaux plans pour fournir des capacités militaires pour faire face aux menaces de haut niveau ». Un centre de protection dédié aux infrastructures critiques est alimenté en informations par cette unité pour assurer la protection contre les agences de renseignement hostiles et les terroristes. Plus loin, le ministère de la Défense entend développer un corps de «cyber-réservistes permettant aux Services de mobiliser plus de talents et de compétences de la nation dans le domaine informatique ». La composition de ce corps est en cours de définition et devrait être présentée en 2013.

Numérique : le grand emprunt réorienté autour de quatre domaines :
...l'enveloppe de 4,5 milliards d'euros est répartie comme suit :  2,25 milliards d'euros soutiendront les usages, les services et les contenus numériques innovants tandis que le développement des réseaux à très haut débit sera alimenté par un chèque de 2 milliards d'euros. Les 250 millions d'euros restants seront dédiés aux smart grids (réseau de distribution d'électricité intelligent).
Lors des Assises du numérique 2012, Louis Gallois a plaidé pour un recentrage des moyens autour de quatre grands pôles : l'informatique en nuage (cloud computing), le calcul intensif, la cyber-sécurité (ce qui permet d'être raccord avec les futures orientations de la commission chargée de rédiger le nouveau livre blanc sur la défense et la sécurité nationale) et les systèmes embarqués.

Et puis si vous avez le temps, n'hésitez pas à vous plonger dans le rapport du Sénat n°681 consacré à la cyberdéfense : 
Si les médias généralistes se sont focalisés uniquement sur les routeurs, ne commettez pas cette erreur et aller plus loin : exemple de ce passage pourtant peu commenté.
...il paraît indispensable d'augmenter sensiblement dans les prochaines années les ressources humaines et financières consacrées à la cyberdéfense au sein du ministère de la défense et des armées, comme d'ailleurs de la DGA et des services spécialisés.
Au demeurant, cette augmentation régulière des effectifs, de l'ordre de quelques dizaines par an, ce qui représenterait 180 postes supplémentaires d'ici 2016 et 100 postes supplémentaires à l'horizon 2018, soit une progression de 280 postes pour la période 2012-2018 et cela pour l'ensemble du volet défensif, devrait rester modeste au regard du total des effectifs et du budget global du ministère de la défense, mais aussi au regard des enjeux.
Pourquoi ne pas utiliser aussi les compétences de nos réservistes, tant au sein de la réserve opérationnelle que de la réserve citoyenne, pour former une sorte de « cyber réserve » ? ... 
En ce qui concerne les forces armées, le Livre blanc de 2008 estimait nécessaire d'acquérir une capacité de lutte informatique offensive destinée notamment à neutraliser les centres d'opérations adverses.
Cette capacité suppose un cadre et une doctrine d'emploi, le développement d'outils spécialisés (armes numériques de réseaux, laboratoires technico-opérationnels), en préalable à la réalisation de véritables capacités opérationnelles, et la mise en oeuvre d'une formation adaptée et régulièrement actualisée des personnels. Le Livre blanc précise que ce cadre d'emploi devra respecter le principe de riposte proportionnelle à l'attaque et viser en priorité les moyens opérationnels de l'adversaire.
En dépit d'incontestables difficultés liées par exemple à l'impossibilité d'établir avec certitude l'identité des agresseurs ou la responsabilité d'un Etat dans l'agression, votre rapporteur voit au moins trois raisons qui militent en faveur du développement de capacités offensives en matière informatique :

- la première, d'ordre technique, est que l'on se défend d'autant mieux que l'on connaît les méthodes et les moyens d'attaque et que de nombreux outils informatiques peuvent servir aux deux ;

- la deuxième, d'ordre plus stratégique, est qu'une telle capacité est très certainement de nature à jouer un rôle dissuasif vis-à-vis d'agresseurs potentiels ;

- enfin, le cyberespace paraît inévitablement voué à devenir un domaine de lutte, au même type que les autres milieux dans lesquels interviennent nos forces armées ; il est légitime d'en tirer les conséquences, une telle capacité pouvant avoir des effets, tant aux niveaux tactique, opérationnel que stratégique...


J'en profite aussi, à l'instar de l'allié Lignes Stratégiques de vous rappeler l'existence (cinquième édition déjà, joyeux anniversaire!) du FIC 2013 qui se déroulera à Lille les journées du 18 et 19 janvier.
Et durant lequel sera sélectionné le livre cyber 2013. Initiative que je salue vigoureusement car marque de reconnaissance de cette thématique mais aussi et surtout existence d'une littérature en forte croissance. Et qui donnera bien des tourments au jury tant la sélection sera clairement complexe au regard de la qualité des candidats en lice.
Relevons la présence et l'activisme du général d'armée Marc Watin-Augouard, lequel s'est récemment fendu d'un développement quant à la limite à opérer entre cyberdéfense et cybersécurité : 
La dualité “lutte contre la cyberciminalité”/”cyberdéfense” ne doit pas donner lieu à une interprétation opposant les deux pôles de la cybersécurité alors qu’ils se composent... en temps de paix, depuis la loi Godfrain, les atteintes aux systèmes de traitement automatisés de données, les vols, destructions, modifications de données sont des infractions. Les champs de la cybercriminalité et de la cyberdéfense s’interpénètrent. La première ne s’arrête pas là où commence la seconde. La cyberdéfense comme la lutte contre la cybercriminalité reposent sur la veille des réseaux, la détection des actes illicites, leur traçabilité, la mise en évidence de la preuve numérique. Le cyberterrorisme est une catégorie de cybercriminalité qui se caractérise par le mobile poursuivi et non par les moyens employés.


J'en profite pour relayer l'annonce d'une conférence organisée par l'ANAJ-IHEDN :
« Les frontières et la souveraineté nationale s’appliquent-elles dans le cyberespace ? »
Et qui se déroulera le Mardi 18 décembre 2012, de 19h30 à 21h00, à l'Amphithéâtre Des Vallières, École Militaire.
Animé par le Lieutenant-Colonel  Patrice TROMPARENT, Chargé de projet « cyberdéfense », Délégation aux affaires stratégiques (DAS).
Un thème porteur et contemporain qui devrait susciter un bel engouement et succès.
Pour s'inscrire : http://www.anaj-ihedn.org/conference-les-frontieres-et-la-souverainete-nationale-sappliquent-elles-dans-le-cyberespace/


Enfin, et cela nous démontre combien le temps passe : la Revue de Défense Nationale vient de décerner le prix Amiral Marcel Duval 2012 au général de division Michel Yakovleff pour son analyse intitulée La robotisation du champ de bataille : vers un nouvel écosystème du combat. N'ayant pu m'y rendre pour raison professionnelle, je tiens à féliciter chaleureusement mon successeur à ce prix, surtout au vu des concurrents de qualité signant chaque mois au sein de la vénérable revue.
Une étude guère si éloignée on en conviendra des enjeux cyberstratégiques...
La remise du prix : http://www.defnat.com/site_fr/offre/pxdvl.php

lundi 3 décembre 2012

Cafés Stratégiques numéro vingt : entretien avec Patricia Allemonière, reporter de guerre



Pour leur fin d'année, les Cafés Stratégiques invitent le 13 décembre Patricia Allemonière, Grand Reporter, chef du service Étranger-Défense de TF1 et LCI.

Après avoir été diplômée de Science Po Paris et avoir fait un troisième cycle de sociologie politique, j'ai commencé à faire des piges en presse écrite. Une période au cours de laquelle je suis restée un an au Point, comme pigiste permanente. Puis ce fût, très vite le service étranger à TF1 et un poste comme correspondante permanente à Jérusalem lors de la première Intifada 1987/88, guerre du Golf (la première) puis correspondante à Londres ; c'est l'époque des attentats de l'IRA, suivi par le scandale de la BCCE, la mort de Maxwell et des scandales de la couronne britannique, impôts, infidélités de Charles.... Retour en France en 1994, couverture des conflits en Bosnie, au Kosovo, en Algérie, au Rwanda, en République Démocratique du Congo, Iran, Afghanistan, Irak.....

Venez nombreux le jeudi décembre 2012, de 19 à 21h. Le rendez-vous aura lieu comme de coutume au Café le Concorde, 239 boulevard Saint-Germain, métro Assemblée Nationale. Prenez une consommation au bar en guise de soutien aux cafés et montez au premier étage épanchez votre soif... de connaissance.

lundi 26 novembre 2012

Une année 2012 confortant la place et l'intérêt de la cyberstratégie : les ouvrages à commander en cette fin d'année


C'était il y a déjà un an, le 29 novembre 2011, un colloque organisé conjointement par l'Alliance GéoStratégique, le Centre de recherche des Écoles de Coëtquidan, la société de conseil en stratégie CEIS, la Revue défense nationale et Défense et sécurité internationale (DSI) avait consacré l'émergence de cette discipline en lui donnant une visibilité plus grand public. Roborée par la création de deux chaires : l'une à l'IHEDN et l'autre à l'École de Saint-Cyr.
La cyberstratégie venait enfin de sortir de l'ombre et bénéficier d'une consécration parmi les plus hautes autorités. Sur le plan militaire et civil.

2012 fut aussi en toute logique dans le prolongement de cette dynamique une année très active sur le plan des publications. Et cet engouement ne devrait vraisemblablement pas faiblir les mois suivants.

Saluons ainsi la parution des ouvrages suivants qui comptent pour cette année puisque touchant de près ou de loin (mais jamais sans perdre de vue) la sphère cyberstratégique : 


Cyberstratégie, l'art de la guerre numérique de Bertrand Boyer aux éditions NUVIS
Espace de création, de partage et de liberté, le cyberespace est aussi le lieu d'expression des passions humaines où le pire côtoie le meilleur. Pilier du développement économique, argument de puissance, le cyberespace s'affirme comme un milieu d'importance vitale pour les États et devient progressivement un nouveau champ d'affrontements. 
Cette mutation oblige à repenser les concepts de frontière, de souveraineté, de légitimité de l'action. Quel peut être l'apport de la guerre numérique à la conduite d un affrontement classique ? Autant de questions pour lesquelles il faut un cadre conceptuel et une science de l'action, c est-à-dire une stratégie. Pourtant, avant d'élaborer une « cyberstratégie », il est un premier effort à consentir, celui de la définition des termes car l'apposition du préfixe « cyber » ne suffit pas à donner corps à un concept.
Ce traité propose donc une description synthétique du nouveau « théâtre d'opération » avant de clarifier le rôle des différents acteurs puis de dégager les principaux déterminants d'une stratégie. En s'appuyant sur les théoriciens de la guerre classique ou nucléaire, Clauzewitz, Poirier, Aron, Beauffre... l'auteur cherche à penser une guerre probable, à en saisir l'essence et les modalités avant que celle-ci ne survienne. En évitant le travers de la prospective hasardeuse, il nous livre une vision personnelle qui n'a d'autre ambition que de promouvoir le débat.


Introduction à la Cyberstratégie d'Olivier Kempf aux éditions ECONOMICA
Le cyberespace nous environne et régit nos vies, au moyen bien sûr de l’Internet, mais aussi de tous les systèmes de télécommunication ou des réseaux (bancaires, médicaux, énergétiques, ...). Il nécessite une stratégie propre, la cyberstratégie.
La cyberstratégie est la partie de la stratégie propre au cyberespace, considéré comme un espace conflictuel où s’opposent, avec des techniques et des intentions variables, des acteurs différents (États, groupes, individus).
Ce livre expose les grands fondements de cette cyberstratégie : à partir des caractéristiques du cyberespace, il analyse les facteurs stratégiques (lieu, temps et acteurs) et leurs conséquences, avant de s'interroger sur les dispositifs stratégiques (le couple offensive/défensive, la cyberdissuasion, la géopolitique du cyberespace).
Premier ouvrage analysant en profondeur cette nouvelle discipline, il permet d'appréhender clairement ce nouvel espace stratégique.

Précisons utilement que l'allié Olivier Kempf supervise la collection Cyberstratégie chez Economica, l'inaugurant par la sortie de son premier ouvrage (un deuxième tome étant prévu à terme). Une introduction que par ailleurs j'eus le grand plaisir de compulser en avant-première parmi quelques heureux élus pour y apporter mes observations et aussi nourrir ma propre réflexion sur le sujet. Je ne manquerai pas à ce sujet d'établir une fiche de lecture lors d'un prochain billet. En attendant, vous pouvez vous rendre sur le site de l'Alliance GéoStratégique et prendre connaissance de l'entretien de l'auteur : Cyber : introduction à la nouvelle dimension stratégique.


Les 36 Stratagèmes de la guerre électronique d'Olivier Terrien aux éditions JEPUBLIE
L’Électronique des radars, des radios, des téléphones, des ordinateurs ou des réseaux informatiques constitue un formidable levier de pouvoir pour qui la maîtrise. Elle peut cependant devenir une vulnérabilité redoutable pour qui ne la comprend pas. Décrire l’influence de l’Électronique dans l’Histoire à travers des conflits récents offre à un lecteur même néophyte une approche didactique pour en appréhender les enjeux.
Ouvrage de sensibilisation, ce livre s’inspire d’une référence, le Traité des 36 Stratagèmes. À l’instar de l’Art de la Guerre de Sun Tsu, chaque chapitre de ce classique chinois aborde un principe historique ou stratégique puis l’illustre d’exemples similaires. Dans cette version revisitée, chacun de ces trente-six stratagèmes se complète ainsi d’une déclinaison moderne choisie dans les anecdotes de la guerre électronique, dans l’espionnage des télécommunications ou des piratages dans le cyberespace.
Un texte vivant et un recueil actuel pour (re)découvrir l’Électronique, aujourd'hui omniprésente dans notre société.
« Comprendre aujourd’hui et envisager demain en (re)découvrant hier »



Confront and Conceal: Obama's Secret Wars and Surprising Use of American Power de David E. Sanger aux éditions CROWN PUBLISHING
Three and a half years ago, David Sanger’s book The Inheritance: The World Obama Confronts and the Challenges to American Power described how a new American president came to office with the world on fire. Now, just as the 2012 presidential election battle begins, Sanger follows up with an eye-opening, news-packed account of how Obama has dealt with those challenges, relying on innovative weapons and reconfigured tools of American power to try to manage a series of new threats. Sanger describes how Obama’s early idealism about fighting “a war of necessity” in Afghanistan quickly turned to fatigue and frustration, how the early hopes that the Arab Spring would bring about a democratic awakening slipped away, and how an effort to re-establish American power in the Pacific set the stage for a new era of tensions with the world’s great rising power, China.
As the world seeks to understand the contours of the Obama Doctrine, Confront and Conceal is a fascinating, unflinching account of these complex years, in which the president and his administration have found themselves struggling to stay ahead in a world where power is diffuse and America’s ability to exert control grows ever more elusive.  



Network Forensics: Tracking Hackers Through Cyberspace de Sherri Davidoff aux éditions PRENTICE HALL
This is a must-have work for anybody in information security digital forensics or involved with incident handling. As we move away from traditional disk-based analysis into the interconnectivity of the cloud Sherri and Jonathan have created a framework and roadmap that will act as a seminal work in this developing field." - Dr. Craig S. Wright (GSE) Asia Pacific Director at Global Institute for Cyber Security + Research. "Its like a symphony meeting an encyclopedia meeting a spy novel." -Michael Ford Corero Network Security On the Internet every action leaves a mark-in routers firewalls web proxies and within network traffic itself. When a hacker breaks into a bank or an insider smuggles secrets to a competitor evidence of the crime is always left behind. Learn to recognize hackers tracks and uncover network-based evidence in Network Forensics: Tracking Hackers through Cyberspace.Carve suspicious email attachments from packet captures. Use flow records to track an intruder as he pivots through the network. Analyze a real-world wireless encryption-cracking attack (and then crack the key yourself). Reconstruct a suspects web surfing history-and cached web pages too-from a web proxy. Uncover DNS-tunneled traffic. Dissect the Operation Aurora exploit caught on the wire. Throughout the text step-by-step case studies guide you through the analysis of network-based evidence. You can download the evidence files from the authors web site (lmgsecurity) and follow along to gain hands-on experience. Hackers leave footprints all across the Internet. Can you find their tracks and solve the case? Pick up Network Forensicsand find out."

Quant à votre hôte, sachez qu'il continue d'oeuvrer sur la cyberstratégie russe et escompte bien vous proposer le résultat de ces derniers longs mois de recherche, d'analyse et de traduction pour début 2013. Je ne manquerai pas de communiquer prochainement à ce sujet.
Еще немного терпения...

2013 sera aussi l'opportunité de produire une version réactualisée de mon labeur sur la cyberstratégie financière paru en septembre 2011 dans le cadre des Stratégies dans le cyberespace. Et qui de la même manière fera l'objet d'une information en temps et en heure les mois prochains par ce canal et celui de l'Alliance GéoStratégique concomitamment.

Ce qui explique en grande partie l'activité ralentie du blogue, lequel reprendra un peu plus de vivacité après décembre 2012. Merci chers lecteurs de votre compréhension.

mardi 20 novembre 2012

Alexandre : la bataille de la Néva, le début de la légende du Grand Prince de Novgorod


Alexandre Nevski, véritable icône en Russie tant dans son aspect historique (vainqueur de la menace Teutonique) que religieux (Saint de l'Église orthodoxe) a pourtant été relativement discret dans la production cinématographique russe en dépit de sa grande popularité au sein de la population. Le film présent suscite d'autant plus la curiosité qu'il a trait à une partie relativement méconnue de la vie de ce prince chevalier.

Tout le monde en était resté à ce formidable métrage d'Eisenstein, Alexandre Nevski (1938), chef d'oeuvre artistique comme de propagande dont la notoriété dut non seulement beaucoup au réalisateur mais aussi à l'acteur Nikolaï Tcherkassov inspiré magistralement par le personnage.
Là c'est Igor Kalyonov qui s'y colle à la réalisation pour cet Alexandre : la bataille de la Néva (Александр : Невская битва).
Ici pas de novation technique particulière, tout est facturé classique. Trop même puisqu'un manque d'épique est perceptible tout au long du métrage, ce petit plus pour emporter les sens du spectateur.
En revanche, les scènes politiques sont celles qui sont le plus appréciables car les personnages sont bien campés, et les interactions entre eux mises en avant de façon très convaincantes. Nonobstant la déception relative à l'emploi de Svetlana Bakulina qui remplit à merveille le rôle de princesse potiche qui ne sert à rien (assertion tautologique) : jolie peut-être, cruche certainement. Les relations grand prince - boyards - maire - voïvode sont passionnantes à démêler car le système politique de la République de Novgorod était réellement complexe et équilibré (le checks and balances n'a pas attendu les États-Unis pour naître en Europe). De plus, l'environnement géopolitique est évoqué avec la venue des moines catholiques de Riga pressant la conversion du grand-prince ou encore l'immixtion de l'émissaire de Batu Khan, héritier de Genghis Khan, venu réclamer le tribut. Car loin de l'hagiographie canonique, la vérité est qu'Alexandre Nevski fut aussi un percepteur attitré pour le Khan, et qu'il devra s'en aller s'expliquer à Karakorum quant aux refus de ses sujets/citoyens de verser le tribut, revenant même le cas échéant avec une armée pour forcer ses propres sujets à s'exécuter. Moins une trahison qu'une volonté de préserver les Novgorodiens de la fureur des Mongols qui depuis deux ans rasaient villes et villages (Rostov, Vladimir-Souzdal, et surtout Kiev).

Si l'imagerie de synthèse du début du film donne une bonne impression de ce qu'était l'impressionnante forteresse de Novgorod (le Kreml') au XIIIème siècle, en revanche les plans suivants sont assez décevants tant on a l'impression qu'une partie de l'action se déroule en un village réduit ridiculement à quelques dizaines d'habitants! Contrastant avec justement le panorama initial révélant une cité opulente et la plus populeuse de l'Empire Rus' après Kiev. Autre singularité choquante : Alexandre (qui n'est pas encore Nevski) va se recueillir avant le combat décisif en une chapelle aux dimensions très réduites alors qu'il apparait que la majestueuse cathédrale Sainte Sophie (à ne pas confondre avec son homologue de Kiev) était déjà érigée depuis le milieu du XIème siècle! Voilà qui fait un peu tache...

Les intrigues en revanche sont bien menées, et on sent que le réalisateur est ici plus à l'aise dans le drame Tchékhovien, et l'on suit avec grand intérêt les pérégrinations et atermoiements de chacun. 

La bataille en elle-même, celle qui fera d'Alexandre Iaroslavitch le champion des intérêts Novgorodiens pour la postérité, se déroule en juillet 1240. Et de cet épisode conflictuel entre les Suédois et les Rus', nous n'en avons que de très épars et partiaux témoignages, à commencer par la Première Chronique de Novgorod (il n'est pas interdit de conjecturer la perte d'inestimables fonds documentaires avec les actions destructrices des autorités Moscovites en 1478 sur ordre d'Ivan III, déportant population et brûlant archives). Cette rivalité prit sa source dans la conversion progressive des Suédois au catholicisme  et la formation concomitante d'un royaume unifié lancé dans l'entreprise des croisades (le Pape Alexandre III autorisa en 1171 la croisade contre les païens de la Baltique) qui ne seront pas que l'apanage des forces Teutoniques mais aussi Scandinaves (à la différence près que les Norvégiens seront plus enclins à se croiser pour la Terre Sainte). Cette pénétration sur les rives de la Baltique se matérialisa par l'annexion progressive de la Finlande par la Suède et des côtes de l'Estonie actuelle au profit du Danemark notamment (avec la fondation de Reval, actuelle Tallinn). Le tout avec une brutalité plus ou moins prononcée en fonction de la résistance rencontrée. Et fatalement, la disparition de cette zone tampon qui séparait le monde Rus' du monde germano-scandinave ne pouvait qu'inciter à de futures frictions territoriales en des zones mal délimitées. Ce qui arriva de plus en plus fréquemment (en 1164 par exemple une force Suédoise s'approcha du lac Ladoga et fut mise en fuite par les Novgorodiens), jusqu'à la volonté de pénétrer plus en avant dans les terres de Novgorod, sans qu'il soit réellement possible de savoir si cela était prémédité ou une hardiesse dans la foulée de la conquête de la Finlande.
Il est cependant acté que les Suédois seront défaits sur les bords du fleuve Neva, vraisemblablement par une attaque surprise des Novgorodiens alors que les forces Suédoises et leurs supplétifs étaient encore en phase de campement. Le Jarl Birger Magnusson en sortira blessé (du moins est-ce ainsi que le content les écrits Russes), et continuera malgré tout la conquête de territoires nordiques pour le compte de son royaume.
Par ailleurs cette rivalité perdurera jusqu'au traité de Nöteborg en 1323 complété par le traité de Novgorod en 1326 (mais qui n'empêchera guère la résurgence d'actions comme la croisade de 1347-48).

Malheureusement il est difficile de démêler la part de vérité dans ce mythe devenu national : s'agissait-il véritablement d'une campagne d'envergure ou d'une escarmouche de reconnaissance alors que les Suédois étaient en train de mettre en coupe réglée la Finlande? Aucune certitude ne s'impose à ce jour.

Le film lui penche vers la version communément admise de ce côté de la Neva, et de relater une victoire sans tache (sauf de sang) de l'armée Novgorodienne envers un ennemi surpris et obligé de rembarquer en urgence sur ses navires (qui à l'écran ressemblent étrangement à des Knörr du IXème siècle, je ne sais si ce type de navire était encore en exploitation à cette époque, j'ai personnellement un doute). Quoiqu'il en soit, dans la mesure où l'on ne sait rien ou si peu de choses, l'on peut considérer que la scène de la bataille donne son content de fer et de flamme pour un final dont on devine la conclusion mais que l'on ne peut s'empêcher d'apprécier (même si l'environnement sonore aurait pu être encore mieux travaillé). Et pour rajouter une note critique à ce chapitre, la drouzhina (la garde d'élite) n'est pas expressément montrée en action, ce qui est un peu fâcheux en pleine Rus' médiévale.

Verdict : un long-métrage moyen, pas exceptionnel. Loin de la force évocatrice de son grand-aïeul de 1938. Il a au moins le mérite de donner un éclairage, même imparfait, sur le premier fait d'arme d'Alexandre de la Néva, dit Nevski.

En complément, l'analyse de Stéphane Mantoux : http://historicoblog3.blogspot.fr/2012/12/alexandre-la-bataille-de-la-neva-digor.html





En bleu les forces Suédoises situées le long de la Neva, en rouge les forces Rus' en provenance de la forêt. Si l'on en croit ce schéma par ailleurs, il semblerait qu'il y ait eu une manoeuvre sur deux fronts, de chaque côté du fleuve. Certainement pour forcer les adversaires à retraiter complètement et non se réfugier sur l'autre rive.

vendredi 16 novembre 2012

I, Robot dans les rues de Moscou?

Petite perle trouvée par l'allié Electrosphère avec ce court métrage très énigmatique comme très performant sur le plan des effets spéciaux.

Les amateurs de films de science-fiction remarqueront un certain coup de patte proche du film I, Robot mettant en scène Will Smith et dont l'oeuvre s'inspire pour partie des écrits d'Isaac Asimov (ne serait-ce que les trois lois de la robotique énoncées [1] ).
Pour le reste, l'on appréciera les aspects de la vie Russe, qu'ils soient évidents comme la Place Rouge ou les voitures de police (des Lada 2106 me semble-t-il mais un spécialiste serait le bienvenu) mais plus subtils comme les gracieux motifs bleus dessinés sur le personnage principal rappelant ceux de la faïencerie des manufactures du pays.

Pour le reste, le descriptif (en anglais) indique ceci :
Directed by Carl E. Rinsch, 'The Gift' Belongs to the "pararell Lines" Phillips Cinema campaning. Placed in Russia, The Gift is a Sci-Fi short with a savage Chase sequence on it. We made more than 20 full CGI shots for the short.
Ailleurs, il est mentionné que le film pourrait servir de base à une production encore plus ambitieuse et longue. Reste à savoir si cela sera dirigé par ce même Carl Rinsch, sachant que ce dernier est actuellement occupé avec le long métrage 47 Ronin (une légende nationale nippone).

 [1] Les trois lois de la robotique :
  • Première Loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » ;
  • Deuxième Loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. » ;
  • Troisième Loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »
Source : Wikipédia


lundi 12 novembre 2012

Le gaz de schiste, le nouvel ennemi de la Russie?


Depuis quelques jours, l'extraction du gaz de schiste fait les gros titres de plusieurs journaux généralistes où l'on évoque sans retenue des lendemains qui chantent pour les États-Unis comme pour d'autres pays qui auraient de telles ressources sous leurs pieds.

Tout en réalité est parti d'une hypothèse de travail de l'AIE (Agence Internationale de l'Énergie). Laquelle ébauchait en son World Energy Outlook une possible montée en puissance de l'Amérique du Nord si la prospection et l'exploitation des ressources contenues dans le schiste se poursuivaient exponentiellement. 
The WEO finds that the extraordinary growth in oil and natural gas output in the United States will mean a sea-change in global energy flows. In the New Policies Scenario, the WEO’s central scenario, the United States becomes a net exporter of natural gas by 2020 and is almost self-sufficient in energy, in net terms, by 2035. North America emerges as a net oil exporter, accelerating the switch in direction of international oil trade, with almost 90% of Middle Eastern oil exports being drawn to Asia by 2035

Les énergies renouvelables sont a contrario fortement dépendantes des subventions, comprendre que leur essor demeure fragile et restent sujettes à la contingence des efforts budgétaires en ce sens, tandis que le nucléaire bien qu'ayant subi l'effet « Fukushima » n'est pas pour autant en crise :
Renewables become the world’s second-largest source of power generation by 2015 and close in on coal as the primary source by 2035. However, this rapid increase hinges critically on continued subsidies. In 2011, these subsidies (including for biofuels) amounted to $88 billion, but over the period to 2035 need to amount to $4.8 trillion; over half of this has already been committed to existing projects or is needed to meet 2020 targets. Ambitions for nuclear have been scaled back as countries have reviewed policies following the accident at Fukushima Daiichi, but capacity is still projected to rise, led by China, Korea, India and Russia.

Bien évidemment, le pétrole de schiste et plus encore le gaz de schiste pourrait bouleverser le marché mondial, et faire chanceler le rôle de la Russie (et de l'Iran) en ce secteur. Ce qui n'est pas semble-t-il l'avis de Dmitri Orlov, auteur de Reinventing Collapse:The Soviet Example and American Prospects, qui en mai 2012 donnait quelques indications à ce sujet déjà brûlant en évoquant le coût écologique qui est souvent minoré en ce genre de conjecture : 
The best-developed shale gas basin is Barnett in Texas, responsible for 70% of all shale gas produced to date. By “developed” I mean drilled and drilled and drilled, and then drilled some more: just in 2006 there were about as many wells drilled into Barnett shale as are currently producing in all of Russia. This is because the average Barnett well yields only around 6.35 million m3 of gas, over its entire lifetime, which corresponds to the average monthly yield of a typical Russian well that continues to produce over a 15-20 year period, meaning that the yield of a typical shale gas well is at least 200 times smaller. This hectic activity cannot stop once a well has been drilled: in order to continue yielding even these meager quantities, the wells have to be regularly subjected to hydraulic fracturing, or "fracked": to produce each thousand m3 of gas, 100 kg of sand and 2 tonnes of water, combined with a proprietary chemical cocktail, have to be pumped into the well at high pressure. Half the water comes back up and has to be processed to remove the chemicals. Yearly fracking requirements for the Barnett basin run around 7.1 million tonnes of sand and 47.2 million tonnes of water, but the real numbers are probably lower, as many wells spend much of the time standing idle. In spite of the frantic drilling/fracking activity, this is all small potatoes by Russian standards. Russia's proven reserves of natural gas amount to 43.3 trillion m3, which is about a third of the world's total.

Et d'expliquer pourquoi Gazprom n'a en fin de compte guère de souci à se faire dans un futur immédiat, principalement en raison d'un coût du m3 trop élevé pour le marché Européen (demeurant le principal débouché économique pour la holding Russe) : 
Let's compare: Gazprom's price at the wellhead runs from US$3 to $50 per thousand m3, depending on the region. Compare that to shale gas in the US, which runs from $80 to $320 per thousand m3. At this price, the US cannot afford to sell shale gas on the European market. Moreover, the overall volume of shale gas being produced in the US, even given the feverish drilling rate of the past couple of years, if cleaned up, liquified, and shipped to Europe in LNG tankers, would not be enough to book up just the LNG terminal in Gdańsk, Poland, which is currently standing idle. It seems that Gazprom has little to worry about.

Et l'auteur d'abonder dans le sens d'une remarquable campagne de relations publiques tant à vocation interne visant le public Américain qu'externe pour déstabiliser les producteurs traditionnels de gaz et de pétrole.
Vrai, faux?

Toujours est-il que les États-Unis sempiternellement en quête d'une nouvelle frontière ont peut-être trouvé celle-ci : la frontière de l'autonomie énergétique...

Les Russes de leur part ne sont pas inactifs, et si aucune nécessité ne se fait jour quant au gaz de schiste, moins profitable que l'extraction de gaz naturel, en revanche les huiles de schiste ne les laissent pas indifférents. La filiale pétrole de Gazprom, Gazpromneft, s'étant récemment alliée au géant anglo-néerlandais Shell pour améliorer ses capacités en ce domaine à travers la co-entreprise Salym Petroleum Development (SPD). Un signal donné par le gouvernement qui a promis une baisse des taxes pour ce nouveau type d'exploitation de ressources naturelles.

jeudi 8 novembre 2012

Auralux, la stratégie ludique minimaliste



Depuis l'apparition des tablettes tactiles, ou plutôt depuis leur commercialisation à grande échelle, les applications ont été un mètre-étalon de l'intérêt des professionnels pour ce nouveau support (rappelons à ce propos que c'est bel et bien la firme française Archos qui a lancé le premier produit grand public en 2009 [1] ). À ce titre, tant les applications sous iOS que sous Android ne déméritent guère, que ce soit en terme de quantité que de qualité bien que cette dernière soit plus variable sur Android (tant il est vrai qu'Apple exerce un droit de regard confinant parfois à la censure).

Certaines applications ludiques sont remarquables et savent parfaitement employer à leur profit la limitation principale qui est l'absence native de clavier (même s'il est possible de nos jours pour certains appareils d'en raccorder un, et hop d'un coup on réinvente l'ordinateur). C'est le cas d'Auralux. Interface minimaliste, options l'étant tout autant. Malgré tout c'est un des jeux de stratégie les plus addictifs qui soit possible de trouver sur les appareils fonctionnant sous Android et disposant d'un processeur TEGRA.

Plusieurs tableaux (quatre dans la version gratuite, sans compter celui du tutoriel) sont proposés. Ce qui permet aisément de passer de bons moments et de suer pour l'emporter sur les adversaires. Oui déjà première précision : il est question de plusieurs rivaux qui seront à affronter en simultané. L'on devine déjà que les deux hémisphères du cerveau vont chauffer pour ébaucher une planification sur plusieurs fronts. Laquelle pourra d'ailleurs être mise en échec par un retournement de situation.

Pour en revenir au coeur du jeu : il s'agit d'une conquête spatiale très dépouillée. Ne sont reproduits que les étoiles et les vecteurs apparaissant à intervalles réguliers, ceux-ci symbolisant vos forces. Ici pas de complication excessive sur les différentes valeurs des unités : toutes vont à la même vitesse et ont la même force (c'est à dire s'annihilent en cas de confrontation). La carte de la galaxie implique par conséquent de prendre un par un l'ensemble des soleils, certains pouvant croître conséquemment une ou deux fois en y faisant pénétrer vos forces (ce qui du coup vous rend vulnérable à une attaque pendant cette phase). Cette croissance en vaut généralement la chandelle puisqu'elle vous permet en contrepartie de multiplier la production de vecteurs. Les adversaires font bien entendu la même chose, et vous devrez à certains tableaux prévoir un coup d'avance pour ne pas rester bloqué et dépérir par attrition. La pire des situations étant même de subir un assaut coalisé. Vous devez non seulement planifier intelligemment, mais aussi bloquer voire repousser toute avancée ennemie en attendant de pouvoir lui ravir ses propres étoiles. Pour ce faire, la force brute fonctionne mais elle n'est pas toujours la plus conseillée. Il est ainsi préférable souvent d'attendre que deux adversaires s'affrontent entre eux pour profiter de leur faiblesse respective, ou d'affaiblir le plus fort d'entre eux afin de ne pas le voir arriver trop vite en force près de votre zone d'influence. De même, la facilité d'exécution des ordres permet de simuler une attaque-retraite très profitable si l'on arrive à mettre en place une stratégie de déploiement de forces en simultané tout en s'assurant d'avoir les réserves nécessaires en cas de contre-attaque (ce qui arrive souvent si l'adversaire se rend compte que vous avez trop dégarni vos arrières).

On le constate : d'apparence anodine, le ludiciel cache en réalité une vraie richesse et oblige sans arrêt à jauger les forces en présence et modifier parfois à la volée son plan d'action initial. Ainsi qu'à opérer des choix sur les objectifs visés, avec prise de risque inhérente (vaut-il mieux prendre l'étoile la plus génératrice de forces mais au confluent des forces ennemies ou opérer tel un boa constrictor en se forgeant une ceinture de petites étoiles?). En certains tableaux, il est possible, ou plutôt préférable, d'user des lignes intérieures pour repousser toutes les attaques et frapper là où l'ennemi s'est affaibli.

La musique guère variée il est vrai, est en total rythme avec les actions graphiques, ou plutôt lumineuses.
Ce n'est toutefois pas le premier ludiciel qui met en oeuvre un système basé sur le son et la lumière, sur la scène indépendante Beat Hazard avait déjà menacé par son tempo endiablé et sa déferlante de couleurs kaléidoscopiques de laisser nombre d'épileptiques sur le carreau. Cependant il s'agissait là d'un shoot'em up, c'est à dire sans une once de stratégie, faisant plus appel aux réflexes.

Dernière précision, il a été implémenté une intelligence artificielle de type multi-agents (SMA). Ainsi sans que l'on ait besoin d'agir, les vecteurs qui perçoivent un mouvement massif hostile ont tendance à se regrouper en avant pour former un ensemble compact pour le ralentir ou mieux, le bloquer. De même qu'ils peuvent choisir, si le temps et l'espace leur sont laissés, de revenir à leur position initiale pour mieux résister à une double offensive provenant peu ou prou du même front. En revanche, ils ne semblent pas (encore?) capables de scinder le groupe pour répondre justement à une double offensive en provenance de deux directions bien distinctes. Peut-être lors d'une mise à jour prochaine? Après quelques parties, l'on décèle l'algorithme utilisé et il est ainsi plus facile de prendre l'ordinateur en défaut même si cela n'élude pas le coup de bluff.

Pour le reste, si vous désirez prolonger le plaisir, il vous faudra investir quelques euros dans les packs de cartes disponibles (0,99€ chaque). Il est possible de jouer sur PC Windows mais le plaisir à la souris ne saurait être le même que sur tablette il va de soi. Pas de version iOS de prévue pour l'instant.


[1] Les pointilleux m'objecteront que c'est en réalité le Stylator en 1957 qui fut la première tablette graphique. Seulement il s'agissait là d'une démonstration effectuée par Tom Dimon, une belle réussite technique en considération des capacités informatiques de l'époque mais inenvisageable pour une production en série.