mercredi 31 décembre 2008

mardi 30 décembre 2008

La Lituanie, escale du bonheur en Baltique

Chers visiteurs,

A l'orée de la nouvelle année je vous délivre un ancien article publié sur Agoravox relatif à ce charmant pays que j'ai appris à découvrir et avec lequel je me plairais à y revenir à l'avenir.


Article paru sur Agoravox le 14 décembre 2007

Si les Pays Baltes furent l’objet d’une attention toute particulière par les autorités françaises durant l’entre-deux guerres, il en alla tout autrement une fois l’occupation soviétique effective. Devenues des républiques socialistes membres à part entière de l’URSS, elles entrèrent dès lors et pour presque cinquante ans dans un système contre lequel elles lutteront de l’intérieur, d’abord activement par des maquisards [1] puis passivement par l’entretien de leur culture spécifique et la perpétuation de leurs traditions. Ce fut presque logiquement ces premières républiques qui ébranlèrent l’édifice des soviets, principalement avec la déclaration unilatérale d’indépendance du Conseil suprême de la République de Lituanie le 11 mars 1990. L’acte suscita une tentative de reprise en main musclée par l’Armée rouge le 13 janvier 1991 : cette dernière échouant au prix de quatorze vies humaines défendant la tour de télévision de Vilnius. Médiatiquement catastrophique et conscient que le pays risquait un embrasement généralisé, les troupes refluèrent : l’URSS s’apprêtait à vivre ses derniers mois d’existence. Ce petit pays de 65 303 km² mérite par conséquent toute notre attention, et particulièrement de manière prospective puisque Vilnius deviendra capitale européenne de la culture en 2009 : il est temps de réparer le dédain actuel de la population française à son égard, fusse par l’entremise de ce modeste article.

Le feu sous la glace

La première impression qui se dégage des premiers arpents du touriste à Vilnius a trait à cette froide faconde des autochtones. Impression se confirmant à mesure que se poursuit la pérégrination, tout en avisant cependant avec un œil averti un port des plus altiers pour les figures féminines.
Inévitablement arrive le moment de se renseigner, et tant il est vrai que le lituanien n’a que peu de ressemblance linguistique avec la langue romane qu’est le français, il convient de formuler la demande soit en anglais, soit en russe qui demeurent les secondes langues les plus usitées parmi la population [3]. De cette action volontariste s’obtiendra non seulement, et dans la très grande majorité des cas, une indication salvatrice, mais tout aussi souvent un sourire empreint de réelle franchise. Car le Lituanien n’est pas avare de sa volonté de rendre service, mais un quant-à-soi particulier et fort peu latin, ce qui est somme toute logique, lui donne cet aspect impersonnel et détaché des autres. Comme bien souvent, les apparences sont trompeuses...

Le Lituanien s’est distingué à travers son passé récent par son ouverture européenne [4] qu’il n’a jusqu’à présent jamais renié, et Vilnius est imprégné de cette ambiance à la fois identitaire et cosmopolite. Pour qui connaît l’historique de la ville, encore polonaise en 1939 (où repose d’ailleurs le cœur du maréchal Józef Piłsudski), rien d’étonnant à cela : la continuité malgré les vicissitudes passées, présentes et futures semble inscrite dans le patrimoine culturel de ce peuple. Comment ne pas admirer cette civilité et ce respect d’autrui en tout lieu de la capitale : ici le citoyen n’est pas dans un espace de conflit, mais de passage, de découverte et de distraction. Comment ne pas apprendre d’eux cet amour de la nature ne souffrant aucune désuétude à leurs yeux et cette simplicité de contact offrant au visiteur un nouvel espace de richesse humaine ? Comment ne pas être émerveillé par leur sens artistique, leur volonté d’embellir chaque recoin de la ville en combinant savamment l’audace et le bon goût ?

C’est tout cela le peuple lituanien, et ça mérite bien un premier pas de notre part.

Du paganisme au christianisme

Cette contrée est souvent décrite comme étant la dernière à avoir embrassé la religion chrétienne, demeurant à ce titre le dernier bastion du paganisme sur le sol européen (encore faudrait-il convenir de l’exacte délimitation de cet espace, ce qui est une autre histoire...). Cette persistance du paganisme [5], notamment en Samogitie [6], que certains qualifient même de néo-paganisme, conforte la place singulière de la Lituanie au sein de l’espace civilisationnel européen.

Relativisons néanmoins : le christianisme ne se porte pas mal pour autant, confession partagée par la plus grande majorité de la population, elle offre à Vilnius quelques-uns de ses plus beaux édifices, notamment celui de Sainte-Anne, véritable joyau du gothique tardif qui ne peut que retenir l’œil du voyageur et lui faire perdre toute notion du temps. Ou encore l’église d’inspiration baroque Saint-Casimir qui eut à connaître divers propriétaires avant de revenir à la communauté jésuite sitôt l’indépendance acquise fin du XXe siècle.

Le passage des troupes nazies eut pour principal effet de vider la Lituanie et surtout Vilnius, surnommée avant cet épisode la Jérusalem du Nord, de la quasi-totalité de sa population juive. Ne reste plus désormais au centre-ville que la synagogue Chor Shul pour rappeler que quelques décennies auparavant la culture juive rayonnait en ces lieux. Et pour continuer sur cette présence juive, comment ne pas évoquer les fameux Karaïtes ? Surnommés aussi les protestants de la religion hébraïque [7] et dont les dernières familles demeurent à Trakaï, ancienne capitale lituanienne au XIIIe siècle où les touristes affluent pour admirer le superbe château trônant sur le lac.

Les quelques églises orthodoxes attestent de la présence russe, effective depuis le troisième partage de la Pologne avec laquelle la Lituanie partageait un destin commun depuis le traité de Kreva en 1385, pour le meilleur puis pour le pire...

Un millénaire placé sous le signe de l’Europe

A minuit, le 21 décembre 2007, la Lituanie comme huit autres Etats membres de l’Union européenne rejoindra l’espace Schengen, accentuant un peu plus sa présence dans les affaires du vieux continent.

Toujours bicéphale, la Lituanie se démarquera en 2009 avec Vilnius célèbrée comme capitale européenne de la culture pendant que le peuple fêtera son millénaire d’existence en tant que première fois mentionnée dans un manuscrit. Européisme et identité nationale, la Lituanie prouve son attachement à une ligne de conduite très claire en affichant une insolente santé économique dont le taux de croissance atteignit 7,4 % en 2006.
Son prochain objectif est déjà fixé : entrer au sein de la zone Euro dont l’échec ne se joua cette année que pour une infime inflation supérieure aux critères impératifs d’adhésion.
Alors 2009, la grande année lituanienne ?

Et si nous nous lituanisions ?

Il est indéniable que les relations historiques entre la France et la Lituanie ont été des plus lâches [8], et ne peuvent s’appuyer sur une amitié ancienne irriguée par des flux d’immigration qui prévalent par exemple dans le cas polonais.

Et pourtant, quel gâchis tant ce pays demeure francophile, offrant tous les attraits d’une hospitalité des plus sincères pour peu de faire l’effort d’opérer le premier pas.
Heureux seront ceux qui feront le pari de la découverte en appréhendant un nouvel univers à côté duquel même l’ambre local semblera la moindre des richesses...

Informations utiles :

Office du tourisme lituanien
Ambassade de Lituanie en France
Ambassade de France en Lituanie

[1] Période durant laquelle s’illustra Adolfas Ramanauskas, au sein des Frères de la Forêt (Miško Broliai). Sa capture en 1956 puis la répression de l‘insurrection de Budapest scellèrent les espoirs d‘une libération par les forces occidentales s’appuyant sur des forces nationales. Pour une étude plus circonstanciée et étayée sur la question, veuillez vous rendre sur ce site (en langue anglaise).

[2] Evénement relaté sur Wikipédia (en langue anglaise).

[3] Je fus particulièrement surpris de constater que loin de n’être parlée que par les générations pré-indépendance, la langue russe restait employée par les plus jeunes générations.

[4] Intégration au sein de l‘Union européenne en 2004 après ratification préalable par la population en mai 2003. Le résultat du référendum fut un score sans appel de 91 % en faveur de l‘entrée au sein de cet espace politico-économique.

[5] La fête de la Saint-Jean, fort populaire dans le pays, est typique de cette expression païenne perçant sous le vernis catholique où le brasier entretenu n‘est que la surface émergée d‘un ralliement religieux de façade.

[6] Article sur Wikipédia. A signaler aussi à Palanga, ville côtière, la persistance du conte relatant l‘amour entre Jūratė, déesse de la mer, et Kastytis, un simple pêcheur, racontée de génération en génération.

[7] Article sur Wikipédia.

[8] Bien que le célèbre romancier Romain Gary soit natif de Vilnius.

MAJ : Il est assez symptomatique que j'en arrive à insérer un addendum un texte initial, non pour lui apporter des corrections mineures, mais pour en modifier l'idée substantielle. Or pourtant tel est le cas après un voyage récent m'ayant mené dans les trois Pays Baltes avec un retour à la clef en Lituanie. Ce pays qui m'avait laissé une si bonne impression voici quelques années. Qu'y ai-je retrouvé? Un peuple amorphe, où la communication semble avoir été piégé dans le rigoureux frimas balayant le pays et où toute tentative de lier contact se heurta à une indescriptible fin de non recevoir. Une impression de ternitude contrastant avec le décor ambiant de Vilnius, au point de donner raison à cette connaissance rencontrée sur place que cette ville n'était pas au fond la leur et qu'il suffisait d'observer ces gens pour constater qu'ils ne faisaient aucunement corps avec leur environnement.
Du reste, mes voyages à Kaunas et Šiauliai ne purent que me conforter grandement dans ce désagréable sentiment.
En somme, un voyage en solitaire qui me permit de déciller les yeux et, malheureusement, d'amoindrir considérablement ma première impression. Sans savoir pour autant si je m'étais fourvoyé ou si la crise avaut provoqué postérieurement à ma venue un véritable malaise ayant déteint sur l'ensemble du corps social...

mardi 23 décembre 2008

Coupure de ligne et mondialisation numérique (2ème partie)

Au sein d'un billet précédent, en date du 1er février de cette année, j'avais attiré votre attention sur la vulnérabilité du réseau internet ainsi que sa tentaculaire importance mondiale.

Bis repetita, voici que depuis le 19 décembre dernier une nouvelle coupure a été signalée de trois cables sous-marins reliant le continent Européen à ceux de l'Afrique et de l'Asie, occasionnant de très nettes perturbations du trafic.

La localisation du sectionnement desdits cables indiquerait un endroit compris entre la Sicile et la Tunisie, et concernerait Sea Me W3, Sea Me W4 et FLAG.

Si les réparations sont déjà amorcées, l'on peut (et doit) se poser la question de la fiabilité de ces réseaux ainsi que de l'origine de leur dysfonctionnement tout en saisissant mieux combien nous restons à la merci d'un black-out télécommunicationnel. Le désordre engendré ne serait-ce que par quelques heures de privation d'Internet est aisément compréhensible, sans compter que désormais des applications autres que la simple navigation sont liées à la connexion telle que la téléphonie (ou voIP). Accidentelle ou intentionnelle, cette nouvelle avanie des liaisons Europe-Afrique/Asie se doit d'être pris bien plus au sérieux qu'un simple entrefilet dans les nouvelles du jour.

mercredi 3 décembre 2008

Le changement dans la continuité... to be continued


Le nouveau Président des Etats-Unis n'a pas encore pris ses fonctions que déjà se dessine le changement dans la continuité.

Eloigné de la ferveur généralisée en Europe, je m'étais défié de l'Obamania ambiante de ces dernières semaines. Par pur pragmatisme. Et aussi parce que je crois fermement que le Pouvoir (P majuscule de rigueur) façonne les êtres, et qu'il les oblige à passer par les fourches caudines de la realpolitik. On pouvait effectivement relever le caractère historique de l'élection de Barack Obama à la Présidence Américaine en tant que représentant de la minorité noire, cependant bien trop de journalistes sembleraient s'être arrêtés à cette analyse que l'on peut qualifier sans ambages de très superficielle... D'autant que contrairement à ce que bon nombre de rédacteurs semblent ignorer, la première minorité aux Etats-Unis ne concerne plus les noirs mais les hispaniques, et les projections actuelles semblent accréditer le fait qu'ils représenteront à terme 30% des Américains d'ici 2050. Cette part de plus en plus conséquente au sein de la population a d'ailleurs été l'objet d'une vive polémique voici deux ans au Congrès, avec pour effet de consacrer l'Anglais en tant que langue officielle des Etats-Unis et d'en rendre la connaissance obligatoire pour l'obtention de tout titre de séjour. Nul doute que les Sénateurs Américains eurent vent de certaines données démographiques pour prendre une telle décision...

Pour clore la digression et en revenir au sujet initial, avouons que reconduire des anciens de l'équipe Clinton, sa femme y compris, ainsi que des affidés de Georges Bush peut difficilement être perçu comme le réel changement spectaculaire que l'on nous vend dans les principales gazettes.

Nos amis journalistes et politiciens à courte vue ont juste oublié une chose, essentielle pourtant : le Président des Etats-Unis a pour mission de prendre en main les rênes des Etats-Unis, pas de la France, de la Suisse ou du Sri Lanka. Cette lapalissade n'en est pourtant pas tellement une si l'on reprend les nombreuses déclarations béates ayant parsemé de leur ineptie les journaux et revus (papiers comme numériques).
En être réduit à attendre d'autrui le salut est un signe quelque peu pessimiste dans la croyance en ses propres forces et capacités. C'est un peu la démonstration que, trop fatigués, certains pays s'en remettent à d'autres pour leur destin. L'Histoire est un cycle de vie et de mort de civilisations, pour celles où le flux de la volonté de vie ne circule plus, le cimetière ouvre toujours ses portes.

mardi 25 novembre 2008

Yaglouglou...


En juin dernier, j'avais évoqué une (très) maigre partie du feuilleton Yahoo qui semble s'orienter vers un fiasco généralisé. Car à moins d'un deus ex machina, on a du mal à voir ce qui pourrait sauver le célèbre portail d'un désaveu de la part de ceux qui furent ses potentiels partenaires (Microsoft / Google / Apple).
Nombre d'analystes ne se privent pas pour souligner que la récente braderie de Kelkoo (vendu pour presque 1/5 du montant de son achat initial voilà quatre ans) est le signe que plus rien ne va au sein de la compagnie Américaine.

Lisez cet article sous 01Net, il ne fait pas dans la dithyrambe et tend à acquiescer en faveur de graves lacunes en matière de management.

Pourtant, Yahoo s'échine à ébaucher une fusion avec AOL (American On Line), le célèbre fournisseur outre-atlantique appartenant à Time Warner. Le nouvel ensemble aurait pu il y a encore un an provoquer un intérêt soutenu mais l'impéritie des dirigeants de Yahoo ainsi que la récente crise financière laisse plus dubitatif qu'enthousiaste.

mercredi 19 novembre 2008

Le pire cauchemar de Lénine

Chers visiteurs,

Voici un exemple de ce que je m'autorise parfois à faire sur Agoravox : des biographies ou des saillies historiques. Sans réelle prétention, trouvant leur source dans la volonté d'informer sur des faits ou personnages peu connus du grand public mais hautement essentiels. Et l'un d'eux méritait réellement selon moi d'ouvrir le bal : Piotr Stolypine!


Article paru sur Agoravox le 16 novembre 2007

En tant qu’agitateur professionnel, Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, connut pendant une période de sa vie un désespoir si profond qu’il s’en entretint avec ses plus proches collaborateurs. Bien que manipulateur et doté d’une abnégation d’acier, la raison de cet abattement était autant sincère que raisonnée, et qui plus est, elle portait un nom : Piotr Stolypine.
Qui était-il et pourquoi fut-il celui que nihilistes et révolutionnaires de tous poils haïssaient le plus après le tsar lui-même ? Au point d’attenter plusieurs fois à sa vie...

Pour mieux appréhender cette haine viscérale, il est nécessaire de situer le contexte socio-politique et le rôle crucial de cette personnalité au sein de la tourmente Russe du début du XIXe siècle.
Piotr (Pierre en français) Arkadiévitch Stolypine est né en 1862, à Dresde (Allemagne). Il naquit au sein d’une famille que l’on peut considérer comme l’exemple même de la noblesse administrative de l’Empire tsariste, dévouée indéfectiblement à son monarque. Stolypine suivra en cela les traces de ses prédécesseurs en occupant de hautes fonctions auprès du tsar, acceptant même le poste le plus risqué pour sa propre vie et celle de ses proches.
Il bénéficia pour ce faire d’une très solide éducation à la fameuse université d’Etat de Saint-Pétersbourg [1], capitale de la Russie d’alors, obtenant très rapidement une charge publique dès la remise de son diplôme. Intégré au sein du ministère des Domaines d’Etat, il n’y demeurera que quatre avant de se voir confier d’autres responsabilités croissantes au fil du temps pour se voir proposer le poste envié (mais risqué) de gouverneur à Saratov [2] en 1905.

La tâche de gouverneur, si elle était prestigieuse, n’était guère aisée car elle plaçait d’office ce représentant du pouvoir monarchique en première ligne des vociférations et menaces de révolutionnaires déterminés à ébranler le régime d’alors. Précisons qu’en cette fin de XIXe siècle et début XXe, les temps étaient troubles. Cette période datant d’Alexandre II lorsqu’il mourut en 1881, décès provoqué par un attentat alors qu’ironie du sort il venait d’amorcer une libéralisation du régime. Son successeur, Alexandre III [3], prit le parti de ne plus faire de concessions libérales puisqu’elles semblaient au contraire exciter davantage les extrémistes. Répression politique et autocratie devinrent les mots d’ordre à appliquer en chaque pouce du territoire russe par les gouverneurs et les forces supplétives à leur disposition. L’avènement de Nicolas II sur le trône de Russie en 1894 ne modifia guère cette voie conservatrice, confortée en cela par la disparition de son ministre de l’Intérieur Plehve en 1904, déchiqueté par une bombe mise au point par des socialistes révolutionnaires.

L’irrémédiable se produisit en 1905, considéré comme une ébauche de la révolution de 1917 [4] et commençant à poindre dans toutes les provinces alors sous autorité Russe. Implacable et méthodique, le gouverneur Stolypine jugula les troubles naissants dans sa province tandis que le reste du pays s’embrasa. Le tsar abdiqua en faveur de ce mouvement contestataire majeur et concéda, malgré son aversion pour le parlementarisme, la tenue d’une douma élue. C’est alors qu’intervint Stolypine, remarqué en haut lieu pour sa maîtrise des troubles révolutionnaires dans la région de Saratov.

Car le souverain avait besoin d’un tacticien politique hors pair pour redorer le lustre de la monarchie et retrouver une liberté d’action sérieusement entamée par les concessions récentes.

Le gouverneur de Saratov devint par conséquent Premier ministre du monarque en 1906, période d’autant plus cruciale que les désordres perduraient et que l’on sentait que le brasier couvait encore sous la cendre. Sa première mesure fut à l’image de sa détermination : la création de tribunaux d’exception [5] ayant pour ordre de constater et réprimer dans le délai le plus court possible les offenses faites à l’autorité du tsar. Pour expéditif qu’il fut, le procédé permit au Premier ministre de bénéficier d’un calme relatif et de se pencher sur la gestion de la crise parlementaire. Car la douma continuait d’être un foyer contestataire d’autant plus sérieux qu’il était légal. C’est alors que toute la complexité du personnage de Stolypine apparaît : loin de l’administrateur et serviteur obtus tel qu’il est souvent dépeint, il se mua en défenseur ardent de la cause paysanne et, dans une moindre mesure, ouvrière. Certes la tactique politicienne n’était pas absente puisqu’il visait à provoquer l’opposition au sein de la douma (entre les délégations paysannes, les socialistes révolutionnaires modérés et les libéraux notamment) avec comme point d’orgue la paralysie de celle-ci, tout en laissant le temps pour faire émerger des forces politiques favorables au pouvoir tsariste (l’Union du peuple russe, par exemple). Mais le Premier ministre voyait plus loin : il comprit de par ses fonctions administratives antérieures qu’il fallait donner à la Russie les moyens d’une évolution majeure au sein de la société paysanne, et permettre l’émergence d’une classe éclairée qui devrait son statut aux réformes émanant du tsar [6]. De fait, le calcul reposait sur un principe très simple et redoutablement efficace que l’on peut résumer en une formule laconique : on ne mord pas la main qui vous nourrit !
Et Stolypine « nourrissait » fort bien : réforme foncière d’ampleur nationale favorisant l’acquisition de la propriété par les exploitants des surfaces agricoles [7] ; création d’un système bancaire ad hoc dans le souci de faciliter le rachat des terres cultivées ; propagation de techniques agricoles visant à améliorer le rendement des terres ; mesures permettant l’amélioration des conditions de vie des ouvriers ; pouvoirs plus étendus en faveur des zemstvos [8]...

Et là fut l’effroi réel de Lénine : Stolypine allait sauver la Russie tsariste de l’effondrement en faisant naître une nouvelle classe moyenne de paysans, qui composaient pour les 4/5 la population de l’Empire Russe au début du XXe siècle. De même que les ouvriers pouvaient escompter sur l’écoute d’un homme politique ouvert sur les difficultés sociales consubstantielles à l’industrialisation naissante et exponentielle de la Russie [9]. Les révolutionnaires sentirent rapidement que le terreau de la ferveur révolutionnaire se dégradait, et les deux dissolutions de la douma (1906 et 1907) avaient permis pour le Premier ministre de bénéficier en sus d’une assemblée acquise désormais à sa cause.

Il fallait agir, et le tsar par son mol appui à son Premier ministre sembla, de concert avec les envieux de sa cour personnelle, offrir en pâture cet homme politique hors pair qui avait pourtant œuvré sans relâche à la sauvegarde du pouvoir tsariste. Ainsi, lorsqu’il démissionna de son poste de Premier ministre en 1911 suite à l’échec d’une loi destinée à étendre le système des zemstvos en d’autres parties du territoire russe, l’hallali était sonné... Tant de rancoeurs contenues pendant ces dernières années allaient pouvoir se libérer : révolutionnaires et aristocrates unis dans la même danse macabre autour du loup désormais solitaire.

Le 14 septembre 1911, alors qu’il assistait à un opéra dans la ville de Kiev, l’ancien Premier ministre fut victime à bout portant de deux tirs déclenchés par un activiste révolutionnaire, Dimitri Bogrov.
Celui qui fut à l’origine d’une réforme agraire exceptionnelle, de par les moyens comme l’étendue géographique, s’éteignit quatre jours plus tard, non sans causer un réel remord au souverain qu’il avait servi avec fidélité jusqu’au bout.

Stolypine disparu, la monarchie se préparait à vivre ses dernières années d’existence en Russie faute de conseillers aussi talentueux et visionnaires. Ce politique avisé aurait-il emmené son pays dans le brasier de la Première Guerre mondiale s’il avait échappé à l’attentat ? Difficile de répondre, ce qui est certain en revanche c’est que l’homme bénéficiait d’un réseau d’agents l’informant au mieux quant aux capacités réelles du pays, et qu’il ne se serait pas risqué dans un conflit pouvant emporter tout ce pour quoi il avait ardemment lutté.

[1] L’université existe encore, et nombre de grandes personnalités continuent d'en sortir tel le Président de la Fédération de Russie actuel, Vladimir Poutine : le site officiel (version anglaise disponible).

[2] Saratov était une ville située sur la Volga de première importance car par elle transitait des voies de communication diverses, sans compter qu’elle s’était industrialisée à la fin du XIXe siècle de telle manière qu’elle devint un centre industriel d’importance au sein de l’Empire russe.

[3] Surtout connu en France pour avoir permis la naissance en 1892 de la fameuse alliance franco-russe, traité militaire sortant la France de son isolement diplomatique auquel l’avait tenu précautionneusement Bismarck depuis sa victoire en 1871. Le Pont Alexandre III, non loin des Invalides à Paris, est le témoignage historique de ce rapprochement lourd de conséquences à terme.

[4] Révolution Russe de 1905 sur Wikipédia.

[5] Loi du 17 août 1906, quelques jours après l’attentat visant la datcha de Stolypine et ayant causé la mort de 32 personnes.

[6] Les fameux koulaks qui subiront le triste sort des purges staliniennes dans les années 30.

[7] Oukase du 9 novembre 1906.

[8] La définition la plus juste serait assemblée provinciale.

[9] Paradoxalement, cette industrialisation tardive servait la Russie car les responsables d’usines pouvaient opter pour l’emploi de techniques de pointe sans avoir à restructurer un ensemble déjà existant. C’est cette évolution rapide et constante du secteur secondaire qui fit craindre à de nombreux observateurs, notamment allemands, l’émergence d’une puissance russe difficilement résistible à moyen terme.

mercredi 29 octobre 2008

A l’heure du parallélisme électoral

Chers visiteurs,

Je continue à exhumer mes anciens articles Agoravoxiens. Celui d'aujourd'hui est passé totalement inaperçu lors de sa publication à l'époque, probablement trop atypique et trop théorique. Pourtant, et alors que la commission Balladur planchait sur la réforme des institutions, je défendis un principe assez audacieux en matière de parallélisme des formes. Et ce sans parti pris aucun.

Cela fit chou blanc comme l'on dit au vu du nombre de visiteurs et de commentateurs (ces derniers ayant été fort heureusement de bonne qualité). Néanmoins, et postérieurement à la publication de celui-ci, je ne tiens aucunement à le rabaisser du fait de ce manque de réactions : la raison tenant moins à une forme d'ego blessé ou à un manque d'objectivisme quant à la qualité intrinsèque de mes propres rédactions qu'à ce que les propos développés demeurent une base de réflexion valable pour le futur et dont je me servirai ultérieurement en l'étoffant. En vous souhaitant bonne lecture.


Article paru sur Agoravox le 18 octobre 2007

Alors que la remise du rapport sur la réforme des institutions est imminente [1], il m’a paru opportun d’avancer une idée totalement occultée des pistes envisagées par cet aréopage de personnalités. Cette mesure permettrait pourtant de pérenniser la participation citoyenne au-delà des seules périodes électorales : je le nomme parallélisme électoral.

La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde.
Ainsi s’exprimait Jean-Jacques Rousseau au chapitre 3.15 d’un de ses ouvrages les plus fameux, Du contrat social. En ces termes, il pointa du doigt l’une des tares du système démocratique représentatif : l’absence de possibilité pour la collectivité de demander à son représentant de rendre des comptes pendant toute la durée de son mandat.

L’un des rédacteurs d’Agoravox, au sein d’un de ses récents articles écrivit d’ailleurs à ce sujet : Dans le système politique actuel les politiques sont élus, ensuite ils prennent des décisions, écrivent des lois, signent les traités internationaux, engagent des dépenses que des générations futures devront rembourser, etc., sans vérifier si la majorité de la population est d’accord avec chacun de leurs actes, et même souvent en sachant que la majorité de la population n’est certainement pas d’accord avec certains de leurs actes [2].

L’on m’objectera, avec plus ou moins de véhémence et de bonne foi, que la réélection est une forme de contrôle citoyen. Je suis éminemment circonspect sur l’efficacité d’assimiler cet argument à une sanction : d’une part parce qu’elle intervient a posteriori des faits constatés et d’autre part parce qu’elle n’a pas une réelle valeur pédagogique (oui, les sanctions ont souvent un versant pédagogique).

Mais concrètement, qu’est-ce que le parallélisme électoral ? C’est la possibilité pour les électeurs de pouvoir mettre fin au mandat d’un élu de la même manière qu’il a été choisi pour les représenter. D’où la notion de parallélisme...

L’on m’accusera dès lors de populisme. Il y aurait bien à dire et surtout écrire quant à ce vocable jeté souvent à la face des contradicteurs, mais tel n’est pas le but de cet article de se perdre en digressions sur ce sujet, malgré tout l’intérêt que je lui porte... Toutefois dans une formule laconique je me permettrais d’offrir une définition personnelle faisant acte de réponse. Populisme : réflexion et action citoyennes destinées à compenser l’accaparement indu du pouvoir politique, économique et culturel par des élites à reproduction sociale endogamique.

Les juristes me feront remarquer que les articles L 432-11 du Code pénal et suivants visent les manquements au devoir de probité, dont le plus connu est la prise illégale d’intérêts [3].
A cela, j’acquiesce totalement, encore que certaines décisions de justice me paraissent particulièrement « douces » au vu des errements de certains édiles, mais ça ne répond pourtant pas au problème des erreurs manifestes de gestion et des promesses non tenues (que l’on peut considérer comme une forme de dol à l’égard des électeurs).
En outre, comment éviter de potentielles dérives fondées sur la rumeur ? Si la vertu républicaine est essentielle à la bonne tenue de ce mode de gouvernement [4], sa recherche effrénée est susceptible d’aboutir à l’effet inverse, et provoquer l’injustice, voire l’instabilité du régime. Or tel n’est pas le but affiché de la réflexion.

Quelle solution alors ?

Pour les erreurs manifestes de gestion, tout simplement en faisant appel à une autorité administrative indépendante (AAI en jargon administratif) et principalement l’une des plus méconnues et pourtant efficientes : la Cour des comptes et ses petites sœurs les Chambres régionales des comptes [5].
Fort active, bien que peu médiatisée, sauf lors de la remise de rapports publics, cette entité administrative aurait un rôle conséquent à jouer de premier plan. Par exemple, elle procéderait à la demande d’un groupe de citoyens, identifiés et enregistrés sur les listes électorales, et au-delà d’un certain quorum de la population de la localité ou circonscription concernée, à la vérification sur pièces et sur place de la gestion d’un représentant.
Le parallélisme électoral permettrait ainsi à des citoyens, sur la base de tout rapport négatif émanant de cette AAI, de prononcer ou non la destitution de l’élu indélicat par l’entremise d’un vote local.

Pour le dol, les promesses d’un candidat aux élections sur son programme devront être respectées et auront valeur d’engagement contractuel pouvant donner lieu à toute mobilisation citoyenne (un vote par conséquent) annulant son mandat par exemple à mi-parcours s’il est patent que la majeure partie des mesures n’ont pas été exécutées ou que la procédure permettant de les initier n’est toujours pas enclenchée (passation des marchés publics par exemple ou encore dépôt d’une proposition de loi).
Le candidat pourrait se voir assister par la Cour des comptes (ou plutôt les Chambres régionales) quant à la viabilité économique de son programme si celui-ci comporte un ou des projets d’envergure mettant fortement à contribution les finances de la collectivité. Cette mesure de précaution a priori serait tout autant une preuve de bonne volonté que de souci de bonne gestion dont le but est d’éviter les projets pharaoniques dépassant de loin les capacités budgétaires de la localité à sa charge.

Le système aboutissant à toute révocation d’élu demande un doigté juridique conséquent dans le souci de ne pas provoquer un affaiblissement des prérogatives liées au mandat tout en opérant un renforcement de l’éthique de responsabilité impliquant au plus près les citoyens de la République.

Ne prétendant aucunement être omniscient, je suis bien lucide concernant l’imperfection de cet article, et m’excuse par avance pour les points nébuleux ou lacunaires de celui-ci. Il ne fait aucun doute que cette ébauche demande à être affinée, corrigée et complétée, principalement quant aux modalités d’application, et de ce point de vue je serai éminemment réceptif quant aux diverses critiques m’étant adressées. Je vous remercie par avance de votre contribution citoyenne.

[1] Le site officiel du comité
[2] Les réformes institutionnelles : le cas de l’Assemblée nationale et du Sénat de Martin sur Agoravox.
[3] Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional d’Île-de-France, fut notamment condamné par le Tribunal correctionnel de Paris en février 2007 sur ce fondement juridique.
[4] Tel que le définissait Montesquieu dans De l’esprit des lois.
[5] Le site officiel, sobre mais clair.

jeudi 9 octobre 2008

Le grand effroi économique

A l’heure où en Europe subit les répliques sismiques de la crise financière n’en finissant pas de secouer les Etats-Unis, l’on peut d’ores et déjà craindre que 2008 lèguera à 2009 un bilan catastrophique où les instituts de crédit auront démontré qu’ils n’étaient que des colosses d’argile dont les actifs ont été trop souvent inconséquemment et impunément manipulés.

Indépassable dogme érigé en vérité suprême par ses thuriféraires, le libéralisme économique [1] prône la dérégulation des marchés en laissant s’effectuer le jeu de l’offre et de la demande. Une telle orientation économique ne peut se faire qu’en limitant au possible toute intervention de l’Etat, notamment dans ses orientations sociales dont le principal défaut selon les libéraux serait d'être un vecteur d'inflation trop conséquent et dommageable pour l'économie.
Le souci c’est que les règles du jeu sont rarement appliquées : ainsi qu’en est-il de la fameuse concurrence libre, loyale et non faussée ?
Dans les faits nous assistons surtout à des situations d’oligopole où l’entente devient la règle en pratiquant une surfacturation des services ou produits proposés. D’où les cris d’orfrais réitérés de ces oligopoles, chacun dans leur cœur de métier, chaque fois que l’Etat menace via des institutions de contrôle d’intervenir. En effet, une situation de rente ne se lâche pas aussi facilement…
Le libéralisme en cette fin de XXème siècle et début du XXIème aura péché par idéologie en faisant reposer le système sur une fuite en avant et sur la création de produits financiers douteux (le moins que l’on puisse dire au vu du résultat actuel). La construction Européenne aura en ce sens accentué et facilité la fragilisation des économies en privant les Etats de moyens importants pour relancer les flux financiers en imposant les fameux critères de Maastricht (plus exactement, critères de convergence), ces derniers garantissant certes à la monnaie Européenne une solidité à toute épreuve, de sorte à éviter une dépréciation trop conséquente mais enlèvant concomitamment toute possibilité aux Etats d'agir par des mesures à grande échelle. Sans omettre la volonté répétée par les instances Européennes de libéraliser des pans entiers de secteurs d'activité, dont certains stratégiques, les laissant désemparés à la merci d'OPA hostiles et du petit jeu aléatoire de la bourse.

Au final, le contribuable va être mis à contribution par suite des défaillances d’une idéologie vantant la non intervention publique dans le macro-circuit économique. Un peu piquant, quoique l’addition risque d’être bien lourde, de constater qu’en cas de sérieuse difficulté, même le plus acharné des libéraux doit reconnaître que l'on ne saurait se passer de la garantie de l'Etat. Fort heureusement, les apprenti-sorciers de l'économie ont de solides relais au sein du monde politique et pourront se permettre de limiter la casse autant que faire se peut en demandant un chèque en blanc au citoyen.
Je vous recommande de lire l'article du Monde sur l'exemple de l'Islande (à ne pas confondre avec l'Irlande!) : pays vanté comme un modèle du libéralisme, ce dernier sombre dans le marasme économique le plus profond.
Extrait :
Un pays en faillite potentielle mendiant à l'étranger un financement à court terme, deux des trois grandes banques nationalisées en catastrophe, une inflation de 15 % et une monnaie, la couronne islandaise, qui, en un an, a perdu 60 % de sa valeur : telle est la situation actuelle de l'Islande. Comment a-t-on pu en arriver là ? C'est la question que se pose l'Islandais moyen en ayant le sentiment de n'avoir participé en rien à cette piteuse équipée.
...
Il y a d'abord un problème intérieur qui n'est pas nouveau : les Islandais, depuis plusieurs générations, vivent à crédit, au-dessus de leurs moyens. Plusieurs générations l'ont fait depuis la guerre, c'est leur culture, et ils ont toujours payé leurs dettes au prix d'un deuxième, voire d'un troisième boulot. On a ici le sentiment de vivre quand on a de l'argent, c'est-à-dire quand on n'en a plus le temps. Mais ce n'est pas cela qui a ruiné l'Islande, même si les banques, caressant les Islandais dans le sens du poil, leur proposaient encore récemment de payer leur logement sur quarante ans sans apport personnel. Les jeunes couples qui ont été tentés le paient aujourd'hui chèrement : leur dette dépasse la valeur de leur bien immobilier. Les générations précédentes s'en sortent un peu mieux. Leurs retraites seront amputées, le premier ministre, Geir Haarde, l'a annoncé sans ambages lundi, car les fonds de pension possèdent un important portefeuille d'actions dans les banques en déroute.
Il faut aussi savourer la tentative de sauvetage par ce pays que l'occident vilipenda voilà peu :
Mardi matin, la banque d'émission a doté la couronne d'un taux fixe (130 couronnes pour un euro), et les Russes ont promis un prêt de 4 milliards d'euros. Ce retour des Russes fait sourire ceux qui se souviennent de la guerre froide.
...
L'Islande a perdu de son importance géopolitique, mais pourrait redevenir intéressante si la fonte des glaces polaires devait transformer le nord des côtes de la Sibérie en autoroute maritime.

[1] Souvent est avancé pour le défendre le fait que le libéralisme économique est aussi porteur du libéralisme politique. S’il est vrai que par un temps les deux cheminèrent ensemble et que certains philosophes avancèrent qu’améliorer le commerce entre les nations c’est aussi leur apporter les bienfaits de la civilisation occidentale, il convient de préciser que les deux ne sont aucunement liés dans les faits : des régimes dictatoriaux peuvent très bien s’accomoder du libéralisme comme un régime libéral sur le plan politique peut très bien adopter une politique plus dirigiste.

Je vous enjoins vivement à vous rendre sur Agoravox tant les articles de qualité ont fleuri ces derniers jours : une réflexion sur Le capitalisme et la démocratie d'Infolibres, un focus sur Paul Krugman devenu l'homme qui avait prédit le krach actuel de Jean Bourdariat, un constat au vitriol de Michel Santi ou encore l'appel à un nouveau Bretton Woods par Mercure.
Bonnes lectures!

vendredi 3 octobre 2008

Plaidoyer jusqu'au bout de la lame

Chers visiteurs,

Je poursuis la publication d'articles initialement parus sur Agoravox et qui seront désormais aussi en ligne sur ce blog.

Ce billet sur l'escrime est un petit plaisir que je me suis offert voici un an. Je n'escomptais pas vraiment rendre ce sport de combat plus populaire que par le passé mais simplement offrir un modeste témoignage quant au plaisir que l'on éprouve quant à la pratique et au visionnage de celui-ci. D'autant que nombre de Français s'illustrèrent au premier plan dans cette activité. Y compris lors des derniers J.O. où les équipes Françaises masculines en épée et sabre rapportèrent de l'or.

Petite plongée dans un sport méconnu...


Article paru sur Agoravox le 9 octobre 2007

Ils ont gravi les marches de la gloire et ont vaincu leurs plus redoutables adversaires en se sortant les tripes. Encore un article sur nos fiers-à-bras ayant surmonté la montagne néo-zélandaise ? Que nenni ! Il s’agit de la récente victoire de nos escrimeurs passée pratiquement inaperçue pour cause de Coupe du monde de rugby.
L’engouement suscité en notre contrée par l’épreuve la plus cotée dans le monde de l’ovalie fut tel qu’il éclipsa une autre performance sportive pourtant tout aussi méritoire. Il est vrai que celle-ci se déroula sur les berges passablement fraîches de la Neva, à Saint-Pétersbourg (Russie). Mais même à des milliers de kilomètres de la mère patrie, nos escrimeurs nous ont prouvé lors de ces championnats du monde que leurs lames étaient loin d’être rouillées et scintillaient au contraire de forts agréables reflets d’or et d’argent.

Ceux-ci ont en effet atteint l’empyrée de la discipline en portant haut les couleurs de la France et de son excellence en la matière. Il ne faudrait pas cependant croire que tout allait de soi et que le fait d’être la patrie des trois mousquetaires donnerait forcément lieu à un avantage quelconque à nos escrimeurs. La Russie, l’Italie, l’Ukraine, l’Allemagne ou encore la Chine étant de redoutables compétitrices qui, bien plus de ne pas rougir de leur maîtrise de ce sport de combat, repartent rarement bredouilles de tels tournois.

Il est simplement regrettable que ce sport qui fut même vanté au sein d’un traité (hélas perdu) par l’un de nos philosophes les plus célèbres, à savoir René Descartes, n’attire guère l’attention du vulgum pecus en dépit de remarquables exploits [1].
Des noms tels que Touya, Boisse, Anstett, Descouts, Le Péchoux ne sont guère familiers sur les petits écrans, tout au plus celui de Flessel-Colovic semble vaguement opérer une réminiscence à quelques télésportifs. Pourtant, ces femmes et ces hommes ont un palmarès plus que digne d’éloges, et assurent dans les épreuves internationales une prédominance française ne se démentant pas depuis trois années consécutives. Une régularité qui est la preuve d’une génération talentueuse ayant fait oublier la déception de La Havane en 2003 [2].
En outre, du fait de leur réussite collective et par le truchement d’un classement officiel établi par la FIE (Fédération internationale d’escrime), nos tireurs ont assuré à la France une représentation olympique dans cette discipline pour 2008 [3].

Si la cause de ce dédain médiatique ne peut être imputable aux nombreux succès de nos athlètes, alors l’on pourrait avancer qu’il devrait théoriquement provenir d’un manque de spectacle susceptible d’intéresser le spectateur moyen amateur de retransmissions sportives...
Et pourtant ! Passé le léger effort de compréhension des règles spécifiques à chaque arme, le spectateur est à même de découvrir un univers où s’entremêlent maîtrise psychologique, effort physique et tactique de combat. Les engagements (assauts) sont brefs, mais toujours intenses avec mention spéciale pour l’épée puisque la surface de contact pour marquer le point équivaut à l’ensemble du corps de l’escrimeur, ce qui offre de belles passes d’arme.
Qui plus est, cette édition 2007 aura permis d’expérimenter de nouvelles règles dont l’arbitrage vidéo devenant obligatoire pour le fleuret et le sabre (et facultatif pour l’épée) : preuve que les instances internationales ne sont pas arc-boutés sur des conceptions anachroniques de ce sport.

Néanmoins, et comme vous l’avez fort bien compris, je suis sevré de retransmissions de cette discipline et ça me navre particulièrement au vu de sa potentialité médiatique. Et j’aimerais particulièrement ne pas attendre à chaque fois quatre ans et les jeux Olympiques pour pouvoir me délecter des prouesses de nos valeureux sportifs.
A bon entendeur...

[1] Comment ne pas se souvenir, entre autres, de ce formidable moment de bravoure du sabreur Damien Touya lors des derniers jeux Olympiques à Athènes où, malgré une main transpercée et une douleur aisément perceptible à travers son faciès grimaçant, l’athlète tint à aller jusqu’au bout du combat pour porter son équipe jusqu’à la médaille d’or ?

[2] Les championnats du monde ne se déroulent pas lors des années olympiques, sauf pour les épreuves n’étant pas inscrites aux Jeux.

[3] Explication de ces règles sur le site officiel des JO de Pékin 2008.

mardi 23 septembre 2008

OTAN en emporte la France

Chers visiteurs,

Je vous livre ici (avec de légères corrections) un article n'ayant jamais été publié préalablement sur mon blog (Agoravox en fut le destinataire exclusif) et traitant des relations entre la France et l'OTAN. Bien que remontant à quasiment un an, cette analyse me paraît conserver toute sa pertinence. A vous de juger bien évidemment.

A l'heure où la Géorgie et l'Ukraine frappent de plus en plus vivement aux portes de cette organisation, et que la France a décidé par la voix de son Président de s'y réintégrer totalement tout en décidant récemment de l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, le sujet n'en est que plus contemporain.


Article paru sur Agoravox le 27 septembre 2007

Destinée à se dresser contre toute velléité belliqueuse de l’URSS et ses satellites envers les démocraties occidentales, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) vit le jour le 4 avril 1949. Cette date n’étant pas anodine puisqu’elle se situe dans un contexte lourd de suspicion réciproque entre les deux blocs, période que le monde apprendra à connaître sous le vocable de «guerre froide». Cinquante-huit ans plus tard, l’URSS et le Pacte de Varsovie ne sont plus mais l’OTAN perdure et fait naître bien des interrogations sur sa mission actuelle. La question est d’autant plus aiguë en France que se manifeste désormais par ses autorités le souhait d’y revenir dans les plus brefs délais.

Deux articles, l’un émanant du Monde sous la plume d’Yves Boyer et l’autre du Figaro de la part d’Arnaud de la Grange dévoilent petit à petit les dessous et implications d’une réintégration complète de la France au sein de l’OTAN.

Mais tout d’abord, pourquoi s’agit-il d’une réintégration? Tout simplement parce que si la France fut un des dix premiers membres européens à souscrire à une telle organisation de défense en 1949, le général de Gaulle, dans un souci de donner à son pays une voix indépendante dans le monde en réaffirmant sa souveraineté dans le domaine militaire, décida d’en faire sortir le pays en mars 1966. Certes, de Gaulle ne désavoua aucunement l’objectif moteur de l’OTAN ni ne favorisa aucune complication supplémentaire, mais il donna à la France un rayonnement accru dans les pays non alignés sur les deux superpuissances d’alors et fit d’elle un interlocuteur estimé favorablement par le bloc de l’Est.

Cette politique consacrée par de Gaulle fut respectée peu ou prou par tous les présidents de la République jusqu’alors. Le peu étant à la charge de Jacques Chirac qui, en 1996, esquissa un retour éventuel de la France au sein de l’institution. Proposition qui échoua du fait des exigences de Paris en contrepartie, non sans avoir réussi toutefois à placer un représentant au comité militaire du SHAPE à Mons (Belgique).

L’arrivée au pouvoir d’un président ouvertement atlantiste, au point parfois de friser la caricature et le mauvais goût dans son amour pour l’Amérique, remet les pendules à l’heure... de 1966. Toutefois, le premier a avoir dégainé cette idée de réintégration totale au sein de l’OTAN n’est pas le locataire de l’Elysée lui-même mais Hervé Morin, le ministre de la Défense. Ce dernier ayant déclaré récemment «Nous sommes trop souvent ceux qui chipotent et qui barguignent, comme si nous voulions donner le sentiment de vouloir empêcher l’Otan de se transformer» [1]. Et afin de mieux préparer les esprits, il ajoute « Jamais à mon sens, nous ne ferons progresser l’Europe de la Défense si nous ne clarifions pas notre position dans l’Otan». L’argument maître est lancé: faire progresser l’Europe de la Défense qui a toujours été le canard boiteux des tentatives d’union entre Etats européens. En effet depuis le refus de la CED en 1954 par la France, le sujet a été évité précautionneusement de peur de froisser les susceptibilités nationales, ne refaisant surface qu’avec le Traité de Maastricht avec la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) puis la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD).
Pour autant, cet argument n’est-il pas fallacieux?

Très étonnant en outre sont ces propos de Nicolas Sarkozy: « Je conditionnerai un mouvement dans les structures intégrées par une avancée sur l’Europe de la défense », « Je demande d’ailleurs à nos amis américains de le comprendre. Une Europe qui serait capable de se défendre de façon indépendante n’est pas un risque pour les Américains, c’est un atout ».
Ainsi donc pour faire avancer l’Europe de la défense il faudrait rallier l’OTAN... Voilà qui est source d’un réel sophisme, à moins d’expliquer de façon feutrée que toute avancée sur la question nécessiterait l’aval des autorités américaines au préalable, laissant à penser que nous serions dans une relation actuelle de vassalité et non de coopération entre Etats souverains! Y a-t-il véritablement obligation pour des pays européens d’intégrer une structure de défense existante pour en créer une autre? On pourrait objecter que ce soit pour favoriser l’intégration dans cette Europe de la défense de pays attachés à l’OTAN comme le Royaume-Uni ou les Pays baltes (pour des raisons historiques ou stratégiques) [2] mais ne serait-il pas possible comme solution alternative de favoriser une défense européenne réduite à quelques pays de bonne volonté et n’étant pas déchirés par un cas de conscience du fait de leur appartenance au Traité de l’Atlantique Nord?
On peut se perdre en conjectures sur les conséquences financières en cas d’acceptation de la proposition française (n’oublions pas en effet que la France est solliciteuse), les estimations viendront avec le livre blanc sur la défense à venir. En revanche quelles conséquences pour notre diplomatie? La France disposant en effet du deuxième réseau diplomatique au monde après les Etats-Unis et peut se permettre (avec des résultats plus ou moins probants il est vrai) d’influer sur les affaires mondiales en disposant d’une tribune pour faire entendre sa voix si particulière.
Or une réintégration dans cette institution ne risquerait-elle pas sérieusement de lui faire perdre le crédit phénoménal qu’elle retira de son refus de participer à l’aventure irakienne ? Dit plus clairement: la France n’a-t-elle pas plus à gagner au statu quo actuel en conservant un pied dans l’institution, sans s’y risquer davantage, de sorte à préserver un poids diplomatique appréciable tout en continuant à participer à des opérations militaire sous l’égide de l’OTAN (dont elle est au passage le troisième contributeur financier)?

Reste enfin la question de la mission actuelle de l’OTAN. Si l’idée de la France serait de se servir de l’OTAN comme levier d’influence pour une Europe de la Défense, en revanche quelle est l’utilité contemporaine de cette organisation militaire? Si ses actions peuvent se confondre avec les objectifs de l’ONU, elle n’en est pas pour autant et indéfectiblement son bras armé: ce binôme n’étant pas en effet une loi immuable (exemple avec les opérations en Irak en 2003 où les membres de l’OTAN fournirent une aide logistique sans pour autant disposer d’un quelconque mandat de l’ONU pour ce faire).
Sa première raison d’être ayant disparu avec la dissolution du Pacte de Varsovie puis l’éclatement de l’Union soviétique, l’OTAN se reconvertit dans une guerre contre le terrorisme. Louable intention mais amenant d’office l’interrogation suivante: les moyens mis à disposition et conçus pour une guerre de type conventionnelle sont-ils adaptés à une guerre asymétrique? De plus, la guerre contre le terrorisme par le truchement de l’OTAN ne risquerait-elle pas d’être assimilée à une croisade d’Occidentaux par les pays tiers? En enfin, pourquoi cette insistance à vouloir faire adhérer la plupart des anciens pays du Pacte de Varsovie et même y compris d’anciennes républiques de l’URSS? Quelle est la finalité de cet élargissement très ciblé géographiquement?

Gageons qu’une partie de ces questions commenceront à trouver un début de réponse en mars prochain lors de la remise du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale à son commanditaire: Nicolas Sarkozy.

[1] Notons cependant que ce pays qui chipote et barguigne n’a nullement empêché les dernières actions de l’OTAN de s’effectuer de par le monde. Mieux: elle a participé activement à des opérations au sein de la SFOR en Bosnie-Herzégovine ou encore en Afghanistan avec la FIAS. Mais peut-être, si l’on en croit notre ministre, que nos chars Leclerc qui sont pour un ¼ non opérationnels et inadaptés et nos Rafales qui sont trop sophistiqués par rapport aux vieux F16 américains risqueraient effectivement de gêner la transformation de l’OTAN...

[2] Le Traité instituant une Constitution pour l’Europe stipulait notamment en son article I-41 La politique de l’Union au sens du présent article n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres, elle respecte les obligations découlant du traité de l’Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre.

[3] Selon une dépêche de l’AFP publiée le 24 septembre, la place de la France dans les instances de direction serait une condition sine qua non à son retour au sein de l’OTAN.

mercredi 10 septembre 2008

Centième, champagne!

Hé oui, mon 100ème message depuis l'ouverture de ce blog...
Merci tout d'abord à tous mes visiteurs pour leur passage sur mon espace personnel, ainsi qu'à tous ceux qui prirent la peine de me contacter, voire même de me laisser de (rares) commentaires.

Il est vrai que l'objectif de ce blog n'était (et reste) aucunement de faire de l'audience à tout crin en multipliant les partenariats et autres procédés de popularisation mais plus modestement de coucher des idées sur des sujets de géopolitique (l'espace Eurasiatique prioritairement) comme de nouvelles technologies, voire de développer certaines informations aperçues ici ou là ainsi que de republier et modifier le cas échéant certains articles parus dans Agoravox (dont votre serviteur est à ce jour crédité de 31).

Je voudrais aussi profiter de votre attention pour vous présenter une vidéo fort instructive quant à cette première (on l'espère) qui va se dérouler au CERN avec l'accélérateur de particules qui devrait permettre de mieux connaître les origines de l'univers.
La vidéo ci-jointe explique les coulisses d'une possible révolution en matière de connaissance scientifique... Le dénouement à 09h00 ce mercredi.

Peu avant cette expérience, il a été particulièrement question de la formation d'un trou noir dévorant la planète Terre. Pour alarmiste que fut cette rumeur, avouons qu'elle eut le mérite de permettre au CERN de s'exprimer en détail sur le sujet de son expérimentation, et incidemment de s'offrir un peu de publicité. Et de susciter un réel intérêt pour ces corps célestes qui ne sauraient être trop facilement réduits à un simple "évier" de l'univers. Le documentaire suivant saura, je l'espère, vous fasciner autant qu'il m'a moi même fasciné.

mardi 9 septembre 2008

Sortez couverts!


La sécurité informatique, on en parle souvent pour ne pas avoir l'excuse de passer au travers. Cependant être bien informé équivaut-il automatiquement à être bien protégé? Il serait difficile de le prétendre tant du fait de l'évolution des menaces comme de l'incrédulité parfois forcée de certains internautes (exemple les fameuses récoltes de dons via Internet lors d'évènements tragiques).

Alors je vous invite à vérifier le degré de sécurité de votre poste de travail/personnel en vous rendant sur le site suivant http://www.zebulon.fr/outils/scanports/test-securite.php et opérer une analyse (rapide, rassurez vous) des menaces potentielles. Dans le cas où effectivement il serait décelé des failles conséquentes, je ne saurais que trop vous recommander de vous précipiter sur un pare-feu efficient du genre Outpost firewall ou Look'n Stop (et évitez de vous reposer uniquement sur le pare-feu natif de Vista, trop léger pour une protection efficace).

Bonne navigation tout de même!

jeudi 7 août 2008

Peut-on encore supporter la taxe sur la copie privée?

Chers visiteurs,

Comme vous avez pu vous en apercevoir, mon dernier article publié sur Agoravox fit le point jurisprudentiel sur la question de la copie privée. Cet intérêt pour la redevance sur la copie privée n'est pas nouvelle, et remonte précisément au 4 septembre 2007, date de mon premier article sur le sujet que je vous livre ici.

Avec le recul, et les commentaires avisés, il est vrai que cette première approche fut bien trop succincte et me servit par ailleurs à mieux étoffer les billets suivants. Toutefois, force est de constater que les critiques avancées au sein de cet article viennent de trouver leur épiloge (partiellement) avec la fameuse décision du 11 juillet en provenance du Conseil d'Etat. L'affaire reste à suivre bien qu'elle ait déjà singulièrement évoluée.


Article paru sur Agoravox le 4 septembre 2007

Fin septembre se déroulera une nouvelle réunion de la commission chargée de la rémunération de la copie privée. Défrayant souvent la chronique, elle n’avait pour le moment pas eu affaire à une forte oppostion, hormis la Commission européenne qui fit part de sa volonté de mettre fin à la rémunération liée à la copie privée en début d’année. Le report de toute décision en ce sens dut énormément à l’entremise de l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin. Il se pourrait qu’il en aille désormais autrement ces prochains mois.
Il était nécessaire de faire le point depuis cet article d’Agoravox datant de mai et ayant trait à la commission d’Albis, instance autorisée selon les articles L311-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle à établir les modalités de la rémunération pour la copie privée. L’article L311-4 du même code dispose en sus que le montant de la rémunération est fonction du type de support et de la durée d’enregistrement qu’il permet. Phrase étant lourde de conséquences car offrant de facto à la dite commission un panel très large de produits susceptibles d’être taxés.

Si d’emblée furent visés et taxés les CD et leurs nouveaux cousins technologiques les DVD, restèrent en suspens jusqu’en 2007 les supports amovibles comme les clefs USB, les disques durs externes ou encore les cartes mémoires.

L’on peut déjà prédire que la rentrée des classes risquera d’être chaude concernant ce dossier car au fur et à mesure de la progression de cette taxe, les résistances se font sentir de la part d’acteurs majeurs du secteur de l’électronique, et ce d’autant plus que les consoles de jeu et les nouveaux supports tels que les HD-DVD et Blu-Ray sont désormais en ligne de mire... La téléphonie mobile n’étant pas non plus épargnée par les intentions vénales des ayants droit siégeant à la commission. Offensive tous azimuts de celle-ci en définitive provoquant, ce qui est une nouveauté, une volonté de réagir, y compris par voie contentieuse, du côté des industriels [1] qui entendent bien ne pas voir ces marchés naissants ponctionnés. De leur côté, les fabricants concernés par la taxation des produits ayant fait l’objet de la réunion de juin dernier attendent la publication au Journal Officiel du texte pour déposer un recours devant le Conseil d’Etat: la SIMAVELEC (Syndicat des Industries de Matériels AudioVisuels ELECtroniques) ainsi que la SFIB (Syndicat des Fabricants de matériels Informatiques et Bureautiques) étant sur les rangs. Nul doute que ce barrage ne sera que le premier d’une longue série si les associations de consommateurs leur emboîtent le pas. La principale critique provenant du fait que l’on s’attelle bien plus à la capacité de stockage du support qu’à la présence réelle de copie privée sur ceux-ci: façon bien commode d’éviter les analyses de fond risquant d’entraîner une remise en cause de certaines situations fort lucratives.

Fort étonnant en outre est le fait que les éditeurs de logiciels ludiques soient déboutés [2] de toute réclamation quant à la redistribution des sommes perçues. Difficile de penser que l’argumentation générale d’un tel ostracisme trouverait sa justification dans le fait que les œuvres multimédias ne sauraient être protégées par le droit d’auteur ou insusceptibles d’être l’objet de contrefaçons à grande échelle. C’est d’autant plus surprenant que l’AFJV (Agence Française pour le Jeu Vidéo) évoque pour 2005 un chiffre d’affaires supérieur à celui de la musique ou du cinéma! Encore un dossier en suspens pour cette commission qui risque bel et bien d’avoir une fin d’année chargée et agitée.

[1] Apple s’était plaint toutefois d’une taxation abusive liée à la mémoire flash de ses iPod, incitant la commission à faire marche arrière et revoir ses prétentions à la baisse en novembre 2006. Néanmoins, aucune action en justice n’avait été déclenchée pour obtenir gain de cause.

[2] Dans sa décision du 22 novembre 2002, le Conseil d’Etat expose que l’exception qui permet les copies strictement réservées à l’usage privé du copiste prévue à l’article L. 122-5 du code de la propriété intellectuelle ne concerne pas les copies d’un logiciel autres que la copie de sauvegarde établie dans les conditions prévues à l’article L. 122-6-1; que, par suite, la rémunération, prévue à l’article L. 311-1 du même code, ne peut s’appliquer à la reproduction des logiciels de loisirs.

La forteresse assiégée d'Albis

Article paru sur Agoravox le 4 août 2008

Par une décision du 11 juillet 2008, le Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative de France, a enfin reconnu le caractère inique de la redevance pour copie privée établie par la Commission d’Albis. Cet arrêt doit être considéré d’une importance capitale puisque reconnaissant le fondement erroné de l’établissement de l’assiette de cette taxe touchant tous les supports susceptibles d’accueillir des fichiers protégés par le droit d’auteur et minant de fait les fonts baptismaux de ladite commission.

Une commission aux abois

La crise qui couvait depuis février 2008 au sein de la commission chargée d’établir la redevance vient de prendre une nouvelle dimension avec l’annulation de la décision du 20 juillet 2006. Mais pour mieux en saisir toute son importance, il convient d’opérer un retour en arrière et se pencher sur cette fameuse décision attaquée devant le Conseil d’Etat.

Il faut pour cela compulser le Code de la propriété Intellectuelle en ses articles L 311-1 et suivants. Ce sont ces textes de loi qui établissent la raison d’être de la taxe pour copie privée et ses modalités d’application : Les auteurs et les artistes-interprètes des oeuvres fixées sur phonogrammes ou vidéogrammes, ainsi que les producteurs de ces phonogrammes ou vidéogrammes, ont droit à une rémunération au titre de la reproduction desdites oeuvres, réalisées dans les conditions mentionnées au 2° de l’article L. 122-5 et au 2° de l’article L. 211-3. Cette rémunération est également due aux auteurs et aux éditeurs des oeuvres fixées sur tout autre support, au titre de leur reproduction réalisée, dans les conditions prévues au 2° de l’article L. 122-5, sur un support d’enregistrement numérique.

Pour absconses que pourraient être pour les profanes ces lignes, elles contiennent néanmoins l’objet de la discorde entre les ayants droit et les fabricants des supports imposés. La rémunération pour copie privée englobait en effet l’usage licite comme illicite de la copie privée (la contrefaçon en d’autres termes) sans distinction aucune ! Ainsi, les sociétés perceptrices de droits d’auteur pouvaient de par leur unité et leur nombre au sein de la Commission d’Albis revendiquer des sommes importantes [1] visant à compenser les pertes de revenus de manière très large. En outre, la boulimie dont fit preuve les percepteurs de la redevance devint quasiment ubuesque puisqu’elle aboutit à taxer préventivement toute nouvelle forme de nouveau support susceptible de stocker des informations numériques (comme le Blu-Ray ou la téléphonie mobile). Et ce, en dehors de toute évaluation sérieuse préalable : une aberration obérant sérieusement depuis sa naissance la crédibilité de cette instance administrative. Le 20 juillet 2006, ce fut au tour des décodeurs, enregistreurs vidéo et TV à disque dur d’être taxés sans coup férir, suscitant le mécontentement rancunier des représentants de l’industrie électro-informatique, sentiment qui culmina jusqu’au clash prévisible du début d’année.

Eric Besson, secrétaire d’Etat à l’économie numérique, s’est alerté rapidement du pourrissement de la situation depuis que les industriels ont quitté la table des négociations en février dernier, s’activant pour proposer une refonte du fonctionnement de la commission. En attendant que ces réformes soient mises en place, le Conseil d’Etat vient de larder un peu plus la légitimité de celle-ci par sa décision du 11 juillet.

Le coup d’arrêt du Conseil d’Etat

C’est la SIMAVELEC (Syndicat de l’industrie de matériels audiovisuels électroniques) qui a tenu à mettre fin à cette incongruité en saisissant le Conseil d’Etat pour annulation de la décision du 20 juillet 2006 en tant qu’acte administratif. A juste titre, le syndicat estima que prévoir une taxation d’office de la copie privée sur tous les supports de stockage, qu’elle soit de source licite comme illicite, revenait à mettre en place une forme de licence globale dans les faits [2].

D’office le Conseil d’Etat rappelle que la rémunération pour copie privée a pour unique objet de compenser, pour les auteurs, artistes-interprètes et producteurs, la perte de revenus engendrée par l’usage qui est fait licitement et sans leur autorisation de copies d’oeuvres fixées sur des phonogrammes ou des vidéogrammes à des fins strictement privées. Et partant de ce postulat, d’énoncer sans ambages que par suite, en prenant en compte le préjudice subi du fait des copies illicites de vidéogrammes ou de phonogrammes, la commission a méconnu les dispositions précitées du Code de la propriété intellectuelle ; que, dès lors, le Syndicat de l’industrie de matériels audiovisuels électroniques est fondé à demander, pour ce motif, l’annulation de la décision attaquée. C’est tout un pan de l’établissement de l’assiette de ladite redevance qui tombe par cette décision en lambeaux…

Plus pragmatique que bon prince, la haute juridiction estime que l’annulation de l’acte administratif (qui fait par conséquent intervenir le concept de rétroactivité à dessein de revenir à une situation telle que si l’acte et ses conséquences n’avait jamais existé) serait problématique : l’effet rétroactif de l’annulation est de nature à emporter des conséquences manifestement excessives en raison tant des effets que cet acte a produits et des situations qui ont pu se constituer lorsqu’il était en vigueur que de l’intérêt général pouvant s’attacher à un maintien temporaire de ses effets. A titre exceptionnel, il est par conséquent accordé un délai de six mois pour mettre à exécution cette annulation : que, dès lors, il y a lieu de ne prononcer l’annulation de cette décision qu’à l’expiration d’un délai de six mois à compter de la date de notification au ministre de la Culture et de la Communication de la présente décision.

A la recherche du modèle économique perdu ?

Ne nous y trompons pas, cette victoire des industries de l’électro-informatique est un peu l’hallali d’une taxation fortement impopulaire sur la forme comme sur le fond. Les ennuis de la Commission d’Albis étant en effet très loin d’être finis puisque l’AFOM (Association française des opérateurs mobiles) vient de déposer à son tour une requête mettant en doute l’application raisonnée de la taxation des téléphones portables. Au vu de la jurisprudence du 11 juillet 2008, il y a une probabilité très conséquente que cette requête aboutisse favorablement.

Le fond du problème ne reste-t-il pourtant pas le même ? A savoir qu’au lieu d’endiguer la révolution numérique, les sociétés perceptrices de droits d’auteur ne feraient-elles mieux pas de dépenser temps, énergie et argent dans son accompagnement moyennant la révision de leur modèle économique ? La question reste plus que jamais d’actualité… D’autant que le récent projet de loi Hadopi [3] contenant de nouvelles mesures répressives (comprenant la suspension de l’abonnement du détenteur de la ligne mise à l’index) dans le domaine numérique n’améliorera en rien la situation critique à laquelle font face les acteurs de l’industrie culturelle, mais entravera encore un peu plus l’expansion de l’économie numérique en France.

[2] Sans pour autant dépénaliser tout indélicat coupable de contrefaçon et susceptible de poursuites devant les juridictions judiciaires, devant s’acquitter de dommages et intérêts. Et n’oublions pas les mesures techniques de protection (dites DRM outre-Atlantique) qui empêchent bien souvent le consommateur lambda de pouvoir opérer toute forme légale de copie privée, et ce bien que logiquement et théoriquement ( ! ) la commission se doit, de par le texte de loi, de prendre ces dispositifs existants en compte dans le calcul.

lundi 28 juillet 2008

Search engines war


C'est une véritable déclaration de guerre à l'encontre de Google qui vient de poindre ce 27 juillet 2008.

Alors que le célébrissime moteur de recherche californien tente encore d'appâter Yahoo, voici que trois anciens de la société ont décidé de lancer Cuil, un nouveau service d'indexation des pages du net encore plus performant (étonnant, non?). Si l'on en croit la nouvelle relayée par Clubic, l'algorithme serait d'une pertinence et d'une technique inquisitrice plus abouties quant aux tréfonds de la toile. De plus, pour faire face aux critiques adressées régulièrement au moteur de recherche n°1, Cuil ne conserverait (conditionnel de rigueur bien entendu) aucune donnée personnelle concernant ses utilisateurs.

Le site officiel : http://www.cuil.com/

Bonnes recherches!

mardi 15 juillet 2008

Retour vers le futur pour les dirigeables

En prévision de mon premier anniversaire de rédacteur sur Agoravox, je vous propose à vous chers visiteurs de prendre connaissance de mon premier jet (numérique) sur cette gazette en ligne. A signaler pour tout de même mettre l'article à jour que Jean-Louis Etienne dut malheureusement reporter sine die sa mission Total Pole Airship du fait de l'accident survenu à son dirigeable. De plus certains liens Internet ont été réactualisés.

Pour autant l'intérêt pour ce moyen de transport va croissant, aidé par le prix exponentiel du pétrole. Ce récent article du Parisien étant optimiste quant à une application industrielle à terme.
Hebergement gratuit d image et photo

Article publié sur Agoravox le 16 août 2007

Bien qu’ayant marqué les esprits par leur massive silhouette en forme de cigare, les dirigeables (appelés aussi zeppelins en référence aux nombreux modèles sortis des usines du comte allemand éponyme) ne subsistaient plus que sur quelques cartes postales jaunies d’époque ou tapissaient les pages écornées de livres relatant les hauts faits de l’histoire aérienne. Il se pourrait que cela change ces prochaines années...

6 mai 1937, une date charnière quant à la destinée des dirigeables allemands et, sans exagération, mondiaux, car subissant le revers de la renommée de ce pays en matière de construction de zeppelins.
Le Hindenburg, ou LZ 129, amorce sa descente à Lakehurst (New Jersey, Etats-Unis) en se rapprochant du pylône d’attache. C’est alors que subitement est constaté un départ d’incendie! Incontrôlable et consumant à une vitesse terrifiante l’ensemble de l’enveloppe du dirigeable, le brasier emporte avec lui plus d’une trentaine de personnes et la confiance des voyageurs dans les aérostats de ce type. L’Allemagne nazie ne se servira plus de ces saucisses volantes que pour des manifestations de propagande jusqu’à totalement démanteler les infrastructures afin de les mettre à disposition de l’industrie de guerre. C’est la fin de l’époque classique des dirigeables.

Soixante ans plus tard, presque mois pour mois, en avril 1997, le Zeppelin NT de la société Zeppelin Luftschifftechnik GmbH prend son envol renouant avec une tradition allemande d’excellence en la matière. Bien que plus modeste que ses ancêtres en terme de taille, mesurant tout de même la bagatelle de 75 mètres de longueur, cette nouvelle génération d’aérostat fait surtout appel à une technologie de pointe en matière de pilotage et d’orientation par satellite tout en ayant opté pour une structure semi-rigide.

L’Allemagne n’est toutefois pas la seule à redécouvrir l’intérêt des dirigeables: ainsi la société Russe RosAeroSystems s’est lancée dans la production de plusieurs types d’aérostats. L’un d’eux, l’AU30, sera le moyen de locomotion de la prochaine expédition de Jean-Louis Etienne en Arctique prévue pour 2008. Les Britanniques s’enhardissent eux aussi en annonçant même pour l’année prochaine un tour du monde avec le Skycat-20. Selon certaines sources, la DARPA (Agence de recherche américaine pour des projets avancés en défense) serait, elle aussi, sur le coup sans qu’il soit, ce qui n’est guère étonnant pour une telle structure, possible d’en savoir davantage.

Et la France dans tout ça? Certes, l’Hexagone n’est pas réputé pour avoir été un constructeur prolifique de dirigeables, malgré tout ne lui doit-on pas la naissance des aérostats (l’expérience des frères Montgolfier devant le roi Louis XVI en 1783 fut une première mondiale) et quelques belles avancées en la matière (grâce notamment à l’Etablissement central de l’aérostation militaire basé à Meudon où oeuvreront Charles Renard, Arthur Krebs ou encore Albert Caquot)? Pourtant, le dirigeable ne semble pas avoir la cote en notre contrée. Il existe bien une certaine entité, AAT (Aerospace Adour Technology) mais à notre connaissance, aucune construction concrète n’est à signaler de ce qui semble être principalement un bureau d’études (ce qui n’empêche pas que toute initiative en la matière est appréciable et mérite d’être supporté).


Après la terrible catastrophe survenue au Hindenburg, pourquoi le dirigeable serait-il à même de revenir en grâce dans l’univers de l’aéronautique?

Tout d’abord parce que l’hélium est désormais utilisé par la plupart des modèles en cours, et présente l’énorme avantage de ne pas être inflammable, contrairement à l’hydrogène qui fut le gaz utilisé par le LZ 129.
Ensuite, les vitesses sont en augmentation constante, le Zeppelin NT pouvant par exemple approcher les 125 km/h et les projets Russes en cours comme le DZ-N1 évoquent 170 km/h. Certes cela restera toujours inférieur à la vitesse actuelle des avions de ligne, néanmoins celles-ci se révéleront suffisantes pour des utilisations en matière de transport de fret, de surveillance terrestre/maritime ou touristique.
De plus le rayon d’action de ces appareils est loin d’être négligeable: même le Zeppelin NT, qui ne fait pas des longues distances sa spécialité, est capable de parcourir 900 km, le Skycat-20 se targuant lui de pouvoir effectuer des distances de plus de 6 000 km et le DZ-N1 table sur 15 000 km (!) en maintenant une vitesse de croisière de 120 km/h.
En dernier lieu, ce qui ne manquera pas de susciter l’intérêt de bien des responsables politiques et des citoyens: c’est un moyen de transport autrement plus écologique que nos actuels Airbus ou Boeing brûlant plusieurs tonnes de kérosène à chacun de leur vol. D’autant que des solutions basées sur la captation de l’énergie solaire ou tout autre énergie renouvelable peuvent aussi être développées.

Certes, les dirigeables sont voués à être utilisés pour des tâches très spécifiques, ne pouvant pour l’heure concurrencer efficacement les aérodynes. Néanmoins le marché de niche qui s’offre à eux pourrait être suffisant pour d’une part obtenir un retour sur investissement conséquent (notamment en matière de gros transports de fret) et d’autre part démontrer la viabilité des plus légers que l’air à terme.
Reste à savoir quel rôle la France entend jouer dans ce renouveau: ce défi technologique étant plus une question de volonté que de moyens humains et financiers dont le pays ne manque pas. Ce coup de pouce pourrait, par exemple, voir le jour sous une forme de partenariat public-privé. En attendant, la course est engagée...

mercredi 2 juillet 2008

La licence globale arrive... au secours de l'audiovisuel public

Ce vieux serpent de mer qu'est la licence globale et qui avait défrayé la chronique lors des débats sur le DADVSI refait surface... pour le plus grand bonheur non de la défense de la création artistique mais du sauvetage financier de l'audiovisuel.

C'est en effet suite à la décision du Président Nicolas Sarkozy d'interdire la publicité sur les chaînes publiques dès le 1er janvier 2009 qu'il a été décidé de faire supporter cette suppression de recette aux acteurs de l'Internet et de la téléphonie mobile. Moyennant une taxe de 0,9% sur leur chiffre d'affaires.

Question s'imposant immédiatement à l'esprit : va-t-il y avoir répercussion sur le prix des abonnements ? L'on devine aisément déjà la fronde sourdant des principaux opérateurs touchés par cette velléité de toucher à leurs résultats financiers.

Madame Viviane Reding, commissaire Européenne de l'information et des médias, s'en est émue récemment et a désapprouvé publiquement le choix des autorités Françaises dans un entretien accordé aux Echos le 30 juin dernier. Signalons en outre que le rapport de la Commission dite Copé (au format PDF) n'avait pas envisagé cette compensation par les acteurs des NTIC.

jeudi 26 juin 2008

Pragmatisme économique aux commandes pour l’ours Russe



Article paru sur Agoravox le 25 juin 2008

Si la Russie attire depuis peu l’attention complaisante des amateurs du beau jeu footballistique, en revanche sa politique économique laisse bon nombre d’observateurs occidentaux dubitatifs, voire réfractaires. Pour expliquer l’excellente forme de ce pays, il est notamment de coutume d’évoquer un peu trop hâtivement le rôle premier des ressources énergétiques. Comme toutes les réponses simples à des phénomènes complexes, la réalité est tout autre.

Le miroir aux alouettes des ressources énergétiques

C’est la facilité ainsi que le risque de se borner à expliquer les bonnes performances de l’économie russe uniquement par le prisme de l’extraction puis exportation des matières premières. Les 8,1 % de croissance du PIB de 2007 comme les autres bons résultats des années précédentes [1] s’expliquent aussi par une meilleure approche économique de l’économie de marché.

Sans quoi comment pourrait-on faire fi de la croissance de la production industrielle de ces dernières années, et culminant à 6,9 % rien qu’au premier semestre 2008? Il ne faut pas non plus négliger l’attrait des sociétés étrangères pour le développement industriel local [2]. Sans omettre l’appoint des ressources de richissimes hommes d’affaires russes, et à ce titre M.Denissov, vice-ministre des Affaires étrangères a rappelé opportunément que le gouvernement comprend parfaitement le désir des hommes d’affaires russes de renforcer leur présence dans le monde, toutefois le meilleur moyen d’y parvenir n’est pas d’investir dans les yachts, les hôtels particuliers ou les clubs de football, mais dans les unités de production, l’industrie de transformation ou l’infrastructure de transport [3].

Le message est on ne peut plus clair à l’égard des oligarques encore réticents à réinvestir leurs fonds en Russie…

Si cette embellie corroborée dans le temps n’élude aucunement la part très importante des matières premières dans le commerce (ces dernières totalisant près des 2/3 des exportations), elle ne saurait lénifier la part du commerce des biens manufacturés par son volume (près de 18 milliards de dollars à l’export en 2006).

Les quatre I

Conscient néanmoins de cette insuffisance dès la fin des années 90, les dirigeants nationaux, Vladimir Poutine en tête, eurent très tôt la volonté d’imposer une politique économique prenant le contre-pied de la période de libéralisation effrénée de l’ère Eltsine (pilotée par Egor Gaïdar et Anatoli Tchoubaïs). Ce volontarisme étatique fut axé sur une première nécessité: rendre à l’Etat les capacités d’œuvrer efficacement en matière économique et financière.

Il convient de préciser que sous Eltsine, les oligarques se partageaient le gâteau des ressources du pays après avoir obtenu des secteurs entiers de l’économie nationale de feu l’Union soviétique pour une somme quasi symbolique.

Une fois les oligarques mis au pas ou forcés d’émigrer, le pouvoir russe s’attela dès lors à un autre défi: faire rentrer l’argent dans les caisses de l’Etat. Pour cela, le président plaça des hommes de confiance dans les secteurs stratégiques à dessein de s’assurer du bon acheminement des ordres du Kremlin et d’une moindre fuite de la manne des ressources énergétiques [4]. De plus, il facilita particulièrement les rentrées d’impôts en jouant à la fois sur des contrôles fiscaux plus efficients et des mesures d’ordre incitatives (taux unique d’imposition pour les personnes physiques à hauteur de 13 % et pour les personnes morales de 24 %).

Bien que cet encadrement de l’économie par l’Etat n’eut guère bonne presse chez les libéraux, les résultats furent incontestables et ne se sont pas démentis jusqu’à présent. Notons avec intérêt que ce redressement spectaculaire de la Russie au niveau économique s’accompagna de l’émergence d’une classe moyenne désireuse de défendre les réformes entreprises sous la présidence de Vladimir Poutine.

Dimitri Medvedev ne semble aucunement remettre en cause cette politique économique. Mieux, il a martelé dans son programme les quatre I à respecter pour conférer à la Russie une croissance continue et solide, la moins dépendante possible des fluctuations des cours des matières premières ces prochaines années.

Quatre I signifiant Institution, Innovation, Infrastructure, Investissement.

Un vaste programme que le nouveau président compte bien mettre en œuvre à moyen terme. En juriste avisé qu’il est, il s’est aussi particulièrement penché sur la question du nihilisme juridique ralentissant les possibilités exponentielles du pays, sachant pertinemment qu’une législation inexistante ou sujette à de multiples interprétations n’est aucunement un gage d’attrait pour le développement du commerce ou la venue d’investisseurs étrangers [5]. Quant aux PME locales, il est porté sur elles un intérêt croissant du fait de leur faible maillage et par conséquent de leur fragilité à profiter sur la durée de la croissance continue du pays.

Signalons en outre que les excédents budgétaires de ces dernières années ont permis la constitution d’un fonds souverain inquiétant de plus en plus les économies occidentales (à l’exception de la Norvège disposant de son propre fonds, le deuxième au monde selon les chiffres fournis par la Banque de Norvège). Ainsi que des sociétés de capital-risque vivifiant des secteurs de pointe, comme les NTIC avec RVK-Invest ou dans les nanotechnologies avec Rosnanotekh.

Une économie en surchauffe

C’est German Gref qui s’est alerté du risque inhérent à ces années de croissance ininterrompue: l’ancien ministre du Commerce et de l’Economie de 2000 à 2007 estimant que l’inflation actuelle découlait pour une bonne part de cette surchauffe. A cette inquiétude s’est jointe récemment l’avis pessimiste de la Banque mondiale lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg [6].

Pour juste en partie que soient ces avertissements, il est aussi impératif de bien considérer leur provenance, car quand bien même les causes seraient correctement identifiées, les remèdes proposés dans la foulée découlent d’une pensée soumise à partialité. C’est en effet une doxa toute libérale qui est à l’œuvre pour infléchir la politique actuelle du Kremlin. Or, si les autorités savent très bien que la soviétisation de l’économie a été un échec patent, elles savent tout aussi bien, de par le passé très récent, que la libéralisation dogmatique est tout aussi vouée à l’échec. Le pragmatisme a par conséquent imposé un patriotisme économique modéré, autorisant certes les étrangers à investir et soutenir la croissance économique, tout en modernisant les infrastructures dans le même temps, mais aussi à ne pas laisser choir les fleurons de l’industrie nationale, ni se priver des outils financiers permettant de se prémunir ou d’amoindrir toute crise semblable à celle de 1998 [7].

En définitive, si la surchauffe est reconnue, elle ne devrait pas pour autant aboutir à un changement abrupt de la politique économique suivie depuis quelques années. Surtout en période de soubresauts économiques mondiaux où toute levée de barrière protectrice serait un danger pour l’effort consenti dans la réindustrialisation, et l’innovation dans les secteurs technologique de pointe [8]. En outre, l’option macroéconomique suivie est de nature à amoindrir singulièrement le rôle des matières premières les années futures: un dossier suivi prioritairement par le pouvoir garant d’une croissance dynamique pérenne.

Comme il était évoqué un peu plus haut, le Forum économique de Saint-Pétersbourg a vu plusieurs personnalités de haut rang russes et étrangères se succéder à la tribune afin d’évoquer la santé de l’économie mondiale. Cependant, de représentants Français d’importance, nulle trace dans les travées... Voilà qui est regrettable et regretté, comme s’en sont ouverts à très juste titre certains participants. D’autant plus dommageable en effet que c’était une occasion opportune de négocier de juteux contrats: le volume de ceux-ci ayant été estimé à hauteur de 14,6 milliards de dollars selon des chiffres récurrents. Difficile de s’étonner ensuite que la France n’eusse été que le 9e fournisseur de la Russie en 2007…

[1] Excepté l’année 2002 qui ne vit qu’un modeste 4,2 % de croissance.

[2] L’exemple très récent du Sukhoï SuperJet 100 est emblématique du renouveau industriel russe dans le domaine de l’aviation civile internationale, avec la participation ciblée au projet de partenaires occidentaux tels que l’Américain Boeing ou le Français SNECMA.

[3] Source: RIA Novosti, propos communiqués lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg.

[4] Gazprom, Rosneft ou encore RAO EES ont été les principales sociétés reprises en main dans le domaine énergétique.

[5] Le président russe visant tout particulièrement les difficultés qu’ont certaines PME étrangères à s’installer en Russie, confrontées rapidement à des demandes d’autorisation et de certification tous azimuts. La jungle législative à ce sujet n’étant garante d’aucune sécurité, et constitue de fait un chantier prioritaire pour Dimitri Medvedev et son gouvernement.

[6] S’étant tenu du 6 au 8 juin de cette année.

[7] Article de Wikipédia sur le sujet.

[8] Nouvelle loi adoptée par les chambres parlementaires russes le 16 avril 2008 restreignant l’entrée des investisseurs étrangers au sein de sociétés russes présentant un caractère stratégique pour les autorités.