Kalachnikov dégaine à son tour dans les électromobiles


Mikhaïl Kalachnikov (1919-2013), ingénieur militaire de talent qui rêvait de construire des machines agricoles, n'en reviendrait peut-être pas de savoir que son nom porteur d'effroi ou d'espoir - selon le propriétaire du doigt sur la détente - pourrait désigner à  l'avenir une marque d'électromobile!

C'est ce qu'à tenu à révéler le fabricant d'armes lors du salon АРМИЯ-2018 (Army 2018) [1] en présentant un concept néo-rétro : la CV-1 basée sur la Izh 2125 Kombi [2]. L'ironie de l'Histoire est que l'Izh 2125 avait cessé d'être produite par AvtoVaz à Ijevsk dans les années 1990 suite aux réformes économiques pour laisser l'usine se reconvertir dans... les armes à feu!

Pour en revenir à la CV-1, sa fiche technique laisse entrevoir un potentiel que l'esthétique pataude masque remarquablement : 220 kw de puissance (soit 300 chevaux-vapeur) ; 350 kilomètres d'autonomie ; 0-100 km/h en 6 secondes. C'est assez succinct malheureusement et l'on a hâte de pouvoir observer un véhicule en conditions réelles dans un avenir proche. Le concept est cependant plausible à l'unité. En revanche une industrialisation en masse réclamerait des lignes de production spécifiques et surtout des ingénieurs très qualifiés en électromobilité. En outre, les automobiles électriques ne pourront se déplacer hors des centres urbains tant que l'État n'investira pas massivement dans un réseau de charges en certains points névralgiques du réseau de transports. C'est là un facteur limitant dans nombre de gouvernements qui incitent fiscalement les consommateurs à changer de mode de transport sans pour autant être prompts à investir dans un écosystème large et rationnel : d'où un attentisme logique tant de la population que du secteur automobile. La Russie sera confronté à la même problématique : l'électromobile doit bénéficier d'avantages fiscaux et logistiques mais aussi d'infrastructures dédiées.

En définitive, la CV-1 est un démonstrateur technique visant à tester le public pour une diversification des activités du manufacturier d'armes. Techniquement un véhicule électrique réclame moins de savoir-faire q'un véhicule thermique mais il n'en demeure pas moins qu'un tel projet réclame des ingénieurs chevronnés et une compréhension globale de l'architecture pour un assemblage sans accroc : Tesla est en train de l'apprendre à ses dépens. Il serait aussi douteux que Kalachnikov conserve son nom en tant que tel, et optera plutôt pour une marque différenciée.



Ce n'est pas le premier essai du genre puisque le fabricant d'armes avait déjà présenté l'Овум (Ovoum), mini véhicule pouvant atteindre 80 km/h, doté d'une autonomie (théorique) de 150 kilomètres et principalement destiné aux forces de police pour se mouvoir plus rapidement dans les endroits exigus.



Pour autant, il ne s'agit pas d'une réorganisation stratégique d'ampleur mais d'une diversification : Kalashnikov reste toujours dans le secteur militaire puisqu'il entrevoit une moto électrique dédiée aux déplacements tactiques, la SM-1. Là encore, dans le domaine des motocycles, Kalachnikov souhaite « civiliser » ses produits comme avec l'Izh.



Il est permis de conjecturer qu'à l'instar du numérique [3], le complexe militaro-industriel est sommé de donner le La en matière d'innovation avec l'appoint d'organismes fonctionnant avec des fonds publics comme Rostec, Rosatom, Rosnano ou encore RVK.






[3] Cf le document officiel Stratégie de développement de l’industrie des technologies de l'information dans la Fédération de Russie pour 2014- 2020, et perspectives à l'horizon 2025

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