La substantifique moelle du Bitcoin



Il est impossible d'être exhaustif quant aux articles parus sur le Bitcoin en particulier et sur les crypto-monnaies en général. Rejet virulent et spéculation effrénée constituant les deux pôles d'un ensemble dominé par les incrédules du phénomène.

Rappelons initialement ce qu'est une crypto-monnaie.
Succinctement, c'est une devise virtuelle - dématérialisée - qui permet des échanges de pair à pair avec un procédé cryptographique - pour protéger les échanges - sans passer par les services d'une banque centrale.
CoinMarketCap en a répertorié près de 1 300! Bien évidemment la très grande majorité est loin de rivaliser avec les ténors que sont Bitcoin, Ether, Ripple, Monero ou Litecoin.

Plus concrètement : quel est l'intérêt d'une crypto-monnaie? Et pourquoi certaines institutions bancaires oscillent entre rejet, avertissement et adoption?

En premier lieu parce que la monnaie est un rouage essentiel - technique et symbolique - du fonctionnement d'un État (l'Union Européenne étant un OPNI de ce point de vue). Or ce rouage régalien est absent dans l'usage de la crypto-monnaie, ce qui a incité fort logiquement plusieurs banques centrales à s'en défier plus ou moins ouvertement avec un argumentaire lui aussi plus ou moins solide [1]. Une réalité toutefois : les moyens d'action à l'encontre de l'essor des crypto-monnaies sont dérisoires en raison de sa structure décentralisée et aussi parce que la confiance est solide en dépit des crises à répétition, et enfin parce que toutes les banques centrales ne sont pas opposées à leur émergence.

L'on pourrait résumer les avantages et inconvénients (génériques) du Bitcoin (les autres crypto-monnaies corrigeant ou ajoutant des caractéristiques) :

• Avantages : portefeuille électronique ; registre électronique propre au possesseur des unités ; vérification par création d'un bloc de transactions (date ; heure ; somme de contrôle ou hash) ; identificateur du bloc précédent ; convertibilité des unités via une plate-forme d'échange ; limitation du risque de manipulation des devises par une banque car la création est faite sur une base transparente et irréversible
• Inconvénients : favorise les transactions illégales ; lourde empreinte carbone avec ferme de serveurs ; difficulté croissante du minage (emploi de processeurs puissants et dédiés CPU – GPU – FPGA – ASIC) ; volatilité des cours très prononcée (spéculation en raison du volume fixe de Bitcoins) ; pas d’anonymisation des transactions (RGPD) ; minage à son insu (cyberpiratage -> Coinhive)

L'intérêt pour le possesseur de Bitcoins en particulier et de crypto-monnaie en général est sur plusieurs plans :
1) philosophique (indépendance vis à vis des banques centrales, surtout depuis la crise des subprimes)
2) pratique (le possesseur de Bitcoins gère lui même ses unités à travers un portefeuille personnel créé sans surcoût puis risque de confiscation car absence d'intermédiaire)
3) technique (procédé cryptographique adopté pour les échanges)

Du point de vue étatique, les gouvernements hésitent sur la politique à adopter à l'égard de l'essor des crypto-monnaies : interdiction, encadrement strict, encouragement, réalisme fiscal. Aucun pays n'est indifférent à la montée d'un phénomène qui se manifeste jusque dans les financements participatifs où les monnaies virtuelles trustent les records [2].

Commencent dès lors à émerger des pays dont la politique d'accueil - comprendre de taxation - est très favorable aux transactions opérées par ce nouveau type d'échanges dématérialisés. Lors du BlockShowEurope de 2018 [3], plusieurs pays ont été mis en avant pour leur bienveillance à l'égard de ces devises : Suisse, Gibraltar et Malte sur le podium.

Malgré tout, nombre d'entités privées ou publiques ont clairement déclaré leur vif intérêt pour la technique de chaîne de blocs (BlockChain). Elle a plusieurs mérites tels que l'absence d'intermédiaire, la vérifiabilité, la fiabilité, l'évolution constante et la datation certifiée (c'est pourquoi l'on évoque aussi le principe de blocs horodatés). Bien entendu la sécurisation est opérée par un procédé de cryptographie pouvant différer d'une cryptomonnaie à une autre [4]. Cette chaîne de blocs est soudée grâce au hachage qui consiste à marquer chaque bloc d'une empreinte numérique spécifique. Et pour en revenir au point de départ, les coûteux calculs informatiques permettant d'obtenir un hash sont récompensés par l'octroi d'une unité monétaire.

Rien d'étonnant à ce que des banques, des sociétés de commerce de biens et de services ou des institutions publiques se soient penchées sur cette révolution pour la capter et en tirer toute la substantifique moelle [5]. 
Ainsi des BlockChains privées (comprendre fermées) ont vu le jour de manière décentralisée (dite consortium) ou centralisée (permissioned) et se font fort d'exploiter les procédés techniques pour des applications mettant en jeu des échanges sécurisés rapides dès lors que ceux-ci sont nombreux et récurrents.

Si le procédé intéressait initialement le secteur financier, d'autres sont désormais plus ouverts à son adoption comme ceux de la santé, de l'industrie, de la logistique, de l'énergie ou encore du commerce. Car les avantages sont réels et maîtrisés, et même améliorés. Ainsi Renault, General Motors, BMW et Ford se sont alliés le 2 mai pour fonder Mobi, un groupe de recherche sur le sujet tandis que le Crédit Agricole s'est rapproché de Ripple en janvier 2018 pour tester le procédé à l'instar d'UBS ou de Santander.

Un écueil reste cependant à améliorer : la latence du procédé de vérification. Une donnée stratégique qui fait l'objet de toutes les attentions de la communauté des chercheurs et développeurs de cette technologie. Un exemple chiffré pour mieux comprendre le dilemme : en une seconde 7 transactions ont lieu via Bitcoin, 200 via PayPal et 2000 via VISA.

Nombre d'acteurs du monde informatique, et au-delà, sont convaincus de l'intérêt de cette technologie qui nécessitera à la fois une adaptation des employés à son usage et à revoir l'architecture des systèmes d'information mais qui produire en contrepartie de substantiels avantages concurrentiels.

Ce que David Chaum n'avait pas réussi avec e-cash puis digicash, respectivement en 1983 et 1990, le Bitcoin a participé à grande échelle quant à l'émergence des crypto-monnaies, portées par la perte de confiance d'une partie de la population envers le monde bancaire. Reste cependant à ce que l'aspect sulfureux de la crypto-monnaie n'occulte pas l'essor d'une technologie tendant vers la maturité exploitable par nombre d'acteurs.

Pour aller plus loin dans l'explication de la BlockChain, rendez vous sur le site suivant qui propose une présentation exhaustive illustrée :


[1] La majorité des banques centrales nationales se déclarent vigilantes et adressent aux différents acteurs du monde financier des mises en garde contre l'opacité des transactions et la volatilité des cours.
Dans cet esprit, l'Union Européenne a élaboré un texte en décembre 2017 afin de lutter contre le blanchiment et le financement du terrorisme en visant nommément les crypto-monnaies, celui-ci doit cependant être validé au terme d'un processus législatif. Tout comme en Russie où le président de la Fédération a refuté en janvier 2018 toute possibilité de régulation des crypto-monnaies, préférant surveiller et agir sur les opérations afin d'éviter - à l'instar de l'Union Européenne - toute dérive de blanchiment, d'évasion fiscale ou d'appui financier du terrorisme.
Et à l'autre bout du spectre d'approche, Mark Carney, dirigeant de la banque centrale d'Angleterre, s'est prononcé de manière très enthousiaste quant à son essor et son exploitation en tant qu'instrument financier.

[2] Highest funded crowdfunding projects :
https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_highest_funded_crowdfunding_projects


[3] Blockshow Rating :
https://blockshow-rating.com


[4] Le Bitcoin utilise le très éprouvé Secure Hash Algorithm-256.

[5] Il y aurait une réflexion à mener sur un point précis : celui où la fiduciarisation de la monnaie tend à s'estomper au profit de la monnaie scripturale, facteur favorisant inexorablement l'essor des crypto-monnaies.

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