dimanche 5 novembre 2017

Behind Soviet Lines : Hitler's Brandenburgers capture the Maikop Oilfields 1942


La collection Raid de l'éditeur britannique Osprey est prolifique et n'est pas avare d'analyses en tout genre, de préférence sur la Seconde Guerre Mondiale.

Le présent ouvrage fait référence à un fait d'arme ayant eu cours durant la campagne du Caucase attribué à une division très spéciale de l'Abwehr : les Brandenburgers.

Les Brandenburgers était une unité à part, tirant leur historique du Battalion Ebbinghaus. Celui-ci était un ensemble de combattants allemands accoutumés à évoluer en pays étranger, parfaitement au fait des coutumes du pays visé sous la supervision de l'OKW (Oberkommando der Wehrmacht). Le bataillon opéra en Pologne lors de missions d'infiltration, d'information, de désinformation et de sabotage avant et pendant la campagne qui se déroula en septembre 1939. Remportant des succès locaux, l'unité fut cependant dissoute par le Haut Commandement en raison de débordements jugés inacceptables, y compris en temps de guerre du fait de violences sur civils et prisonniers de guerre.

Malgré cette décision, le Vice-Amiral Wilhelm Canaris retint de cette expérience le réel potentiel de déstabilisation par une unité dévouée et entraînée susceptible une fois derrière les lignes ennemies de faciliter en amont la préparation des plans de campagne et en aval la progression des troupes ordinaires. À la condition de corriger le principal défaut qui entraîna la dissolution du bataillon : l'indiscipline.

Pour ce faire, Canaris chargea l'officier Theodor von Hippel de créer le 10 octobre 1939 une nouvelle unité en ce sens. L'homme choisi était celui qui était le plus apte à remplir pareille mission : volontaire durant la première guerre mondiale, il servit en Afrique de l'Est sous les ordres du commandant Lettow-Vorbeck, lequel mena avec réussite une guerrilla d'usure contre des alliés pourtant numériquement supérieurs. Ainsi grâce à une excellente connaissance du terrain comme de l'adversaire, il fut capable de prendre possession du port de Tanga avec un rapport de force de 8 contre 1. Von Hippel apprit par conséquent sur le terrain comment renverser une situation compromise par un déséquilibre des forces par le renseignement et l'art du subterfuge, y compris en territoire ennemi.

Le 30 octobre 1939, von Hippel mandaté par son supérieur monta et officialisa la Bau und Lehrkompanie (Compagnie d'Instruction et de Construction) dont l'intitulé était destiné à se méprendre sur le rôle réel de ce rassemblement de recrues dont une partie provint de l'ancien bataillon Ebbinghaus. Son surnom de Brandenburger avait pour origine leur ville d'entraînement : Brandenburg an der Havel (Ouest de Berlin).

En janvier 1940, ce furent quatre compagnies qui composeront les Brandenburgers. Von Hippel s'attela dès les effectifs suffisants à préparer tous ces volontaires à la kleinkrieg (petite guerre) avec le renfort de nouvelles compagnies (celle des interprètes, des transmissions, de l'ingénierie légère et une de réserve). Le volontariat était la manne principale de cet afflux de soldats car toute capture par l'ennemi signifiait la probabilité très forte d'une exécution pour espionnage. Plusieurs qualités étaient exigées : la discipline, l'ardeur, les connaissances linguistiques, les compétences techniques, le sang-froid et une condition physique de haut niveau. Celles-ci allaient se révéler des plus nécessaires durant les campagnes à venir.

Car l'épreuve du feu survint très rapidement pour tous ces volontaires avec l'invasion du Danemark, de la Norvège, des Pays Bas et de la Yougoslavie où le rôle de ces commandos fut apprécié et dont le support tactique confirma tout le bien fondé de Canaris quant à l'emploi de troupes prêtes à opérer en milieu hostile. Quelques missions eurent même lieu en dehors des zones de conflit, comme l'Iran ou l'Afghanistan voire l'Afrique du Nord avant l'arrivée de l'Afrikakorps.

Mais c'est sur le front de l'Est qu'un de leurs plus grands faits de gloire allait auréoler leur division.

Le 1er juin 1942, Hitler devant un parterre d'officiers du commandement sud déclara solennellement que s'il n'arrivait pas à saisir les champs pétrolifères de Maïkop et de Grozny, il serait contraint de terminer prématurément cette guerre. Dans un fatras de décisions improvisées, improductives, suicidaires, celle-ci faisait sens et était fondée sur des considérations économiques et énergétiques. En somme, l'objectif était rationnel. Ce fut l'amorce de la campagne du Caucase, ou opération Edelweiss, dans le cadre de celle plus vaste du Front de l'Est.

Les Brandenburgers, qui avaient jusque là participé à des actions plus conventionnelles au côté de leurs camarades de feu, furent mobilisés au sein de la Heeresgruppe A (groupe d'armées A) formée pour repousser le front jusqu'au Caucase et sur les rives de la Caspienne. Un but somme toute ambitieux, limite réalisable si des erreurs stratégiques ne furent pas commises par la versatilité du chancelier allemand.

Après avoir pris au nez de l'ennemi le pont de Bataisk (Sud de Rostov-sur-le-Don), le commandement des Brandenburgers commença à ébaucher les actions à mener pour pénétrer en territoire ennemi jusqu'à Maïkop. Car le défi était de taille : la première difficulté était de traverser des lignes sécurisées, renforcées et surveillées par les troupes du NKVD (la police secrète soviétique) ; la seconde difficulté était une fois sur place de relayer des informations d'importance au commandement afin de confirmer ou modifier les plans de progression ; la troisième et non la moindre était d'empêcher la destruction des puits de pétrole pour une exploitation rapide par l'Allemagne nazie.

Le contexte d'une infiltration était devenu encore plus compliqué avec l'ordre 227 du 28 juillet 1942 qui ordonna que tout recul serait désormais considéré comme traîtrise à la patrie passible de la sentence suprême : la peine de mort sans appel. Les troupes du NKVD furent logiquement chargées de la besogne, et s'empressèrent de s'y appliquer avec un zèle consommé. Cela impliquait que les Brandenburgers allaient devoir s'employer à éveiller le moins possible les soupçons pour soutirer un maximum d'informations.

La solution trouvée fut à la fois simple et hallucinante : se faire passer pour des troupes du NKVD. Ce qui supposait de maîtriser la langue, et plus particulièrement l'argot de cette formation politique, ses moeurs, ses comportements vis à vis des pairs comme des tiers ainsi que toute la compréhension du fonctionnement d'une organisation impitoyable et suspicieuse. Grâce à un entraînement intensif depuis juin 1941, les Brandenburgers envoyés en Russie passaient leur temps à converser, s'invectiver, boire et penser comme des soviétiques avec l'obligation d'une connaissance approfondie du matériel et des uniformes ennemis. De la même manière et avec un degré d'exigence relevé, les unités allaient être conditionnées aux méthodes du NKVD pour réagir de la façon la plus naturelle qu'il soit et s'échanger les rôles afin de s'imprégner plus facilement encore du contexte. Cet harassement à la tâche allait se révéler précieux.

Ce fut le baron et waffen-SS Adrian von Fölkersam (né en Russie Impériale d'une famille balte ayant fui la révolution de 1917) qui endossa la responsabilité de l'opération. Pour mieux franchir les lignes ennemies, il embarqua, lui et ses hommes, à bord de camions soviétiques afin de rester inaperçus tout en se mêlant dans le flot de combattants en retraite.

C'est ainsi qu'une fois parvenus à Maïkop, la soixante d'hommes amenés par von Fölkersam se dispersa pour récolter un maximum d'informations. Le subterfuge réussit à telle enseigne que l'officier fut même invité par le général Perscholl, commandant de la section locale du NKVD, à trinquer et à partager leur sentiment sur la situation! Le commando s'affaira rapidement à faire ce que tout membre du NKVD était censé reproduire, parvenant à tromper l'adversaire sur son propre territoire en agissant à l'identique. Plusieurs informations d'importance sur le périmètre défensif purent de la sorte être transmises au commandement nazi afin de faciliter l'entrée des troupes prévues les prochains jours (la prise de la ville fut effective le 9 août 1942).

En dépit de certains succès, comme la prise éclair du pont de Belaya par un faux convoi de troupes soviétiques ou la désorganisation des défenses aux alentours de Maïkop, l'opération spéciale menée par von Fölkersam demeura incomplète car elle ne put empêcher la destruction des infrastructures pétrolières. Moins par incompétence des Brandenburgers que par leurs effectifs trop réduits. Il n'en demeure pas moins que leur rôle fut loin d'être négligeable et d'autant plus remarquable qu'il se déroula en un terrain difficile en pleine taupinière du NKVD. Si les soviétiques furent des maîtres en matière de maskirovka, les opérations spéciales de la division des Brandenburgers méritent l'attention par sa capacité à avoir obtenu des résultats variables dans ses effets matériels, psychologiques et tactiques là où elle fut sollicitée.

Quant à la division Brandenburg, elle fut transformée en simple division d'infanterie en septembre 1944, victime de la participation de son mentor Canaris, devenu Amiral entre-temps, à la tentative du coup d'état contre Hitler en juillet.

Bien documenté comme bien illustré (avec cartes des opérations et uniformes portés), cet ouvrage est remarquable par son concentré d'informations sur une opération peu connue bien que très audacieuse. Les éléments complémentaires sur l'impératif besoin en ressources énergétiques des armées nazies est appréciable et aide à saisir au mieux le pourquoi d'une telle campagne comme les difficultés inhérentes à remettre en activité l'extraction de pétrole dans la région (26 000 barils/jours furent atteints fin 1943, bien loin du double en temps de paix) et ce en dépit de l'activisme des Technische Brigade Mineralöl. En outre, l'autre versant du problème sous-estimé fut la logistique en matière de transport des ressources fossiles. Aucun réseau, qu'il soit ferroviaire, routier, naval ou fluvial, n'était calibré pour l'acheminement vers les zones de front et moins encore vers l'Allemagne d'où un approvisionnement erratique. Enfin, l'obsession d'Hitler pour Stalingrad creusa la tombe d'un Caucase sous la férule nazie, avec les réserves de Bakou dans la balance qui auraient impacté durablement les capacités opérationnelles de l'Union Soviétique, en soustrayant des forces essentielles au groupe d'armées A pour les réorienter plus au Nord.

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