jeudi 2 février 2017

Mesta Fusion contre Google Car : la bataille des intelligences artificielles


Safran, société française spécialisée dans la technologie de pointe pour divers secteurs, dont celui de la sécurité, s'est fait fort en 2015 de présenter par sa filiale Morpho son dernier produit de la famille des radars, appelés aussi cinémomètres : le Mesta Fusion.

Modulaire, passant relativement inaperçu dans le paysage, programmable, cette nouvelle arme de la sécurité routière a tout pour devenir le cadeau de Noël tant attendu par celle-ci.

La capacité de relevé des infractions en temps réel et sur plusieurs files simultanément (huit selon la vidéo de présentation) est éloquente :
  • Suivi et mesure anticipés de la vitesse
  • Contrôle de différentes limitations de vitesse par voie et par catégorie de véhicule
  • Surveillance des voies interdites et autorisées
  • Détection de franchissement de voie interdit
  • Contrôle de basse vitesse
  • Contrôle des dépassements interdits, y compris pour les motos
  • Contrôle de l'inter-distance
  • Mesure de vitesse secondaire pour les analyses à posteriori
  • Enregistrements vidéo : preuves supplémentaires de l'infraction
  • Surveillance intelligente des véhicules qui tournent à gauche et/ou à droite
  • Détection du franchissement de la ligne de stop
  • Collecte de statistiques sur la circulation routière

Ce phénomène d'amélioration croissante en qualité d'image, de données et de miniaturisation des radars pourrait avoir une conséquence inattendue : l'avènement précipitée des voitures autonomes.

L'on sait que cet objectif de la voiture autonome mue par intelligence artificielle est désormais partagée tant par les géants du monde du numérique que les mastodontes de l'industrie automobile :  BMW, Volvo, Google, Tesla, Peugeot, General Motors et bien d'autres sont sur les rangs.

Déjà certaines synergies se font jour entre tous ces acteurs qui comprennent que le prochain saut technologique majeur en ce domaine réclamera une somme de compétences colossale. Car toute la problématique de l'intelligence artificielle, relatée en mon ouvrage Automobiles 3.0 aux éditions Nuvis, sera de trancher sur la méthode employée pour perfectionner une intelligence artificielle à qui l'on demandera plus encore qu'à un cerveau humain. À ce titre, reconnaissons que les pistes ne manquent pas, comme celle par exemple de recourir à des ludiciels, tel GTA V, pour faciliter l'apprentissage de la machine : telle fut la méthode validée par un laboratoire d'Intel et appuyé par une équipe de chercheurs allemands de Darmstadt. Du reste, le défi lancé par le célèbre hacker George Hotz à l'entrepreneur Elon Musk est toujours d'actualité : chacun représentant une école bien spécifique de l'intelligence artificielle appliquée au domaine automobile.

Or, l'une des attributions peu avouable, bien que parfaitement légale, de ces intelligences artificielles embarquées sera de respecter à la lettre les instructions de la sécurité routière pour ne plus stresser à chaque sortie de véhicule et éviter ainsi toute contravention fruit d'une inattention culpabilisante. Si la nouvelle génération de radars est encore plus performante, elle en devient simultanément plus impitoyable puisqu'insusceptible, à la différence  d'un agent humain assermenté, d'opérer une appréciation de la situation au regard d'éléments objectifs mais aussi subjectifs. En somme : de privilégier la lettre au détriment de l'esprit.

Ce qui est dérangeant au final n'est pas tant l'automatisation du processus, qui est une évolution propre à l'ère technologique actuelle, que la philosophie sous-jacente autrement plus délétère et moins glorieuse que la prouesse technique : la prise en compte du facteur clef de la faillibilité humaine.
En effet, pareil outillage aura inéluctablement pour objectif unique la rentabilité sur les axes fréquentés et pas obligatoirement accidentogènes, et pour y parvenir chaque erreur, chaque déviance, chaque manquement, aussi mineur soit-il sera facturé.

Les citoyens de pays démocratiques sont-ils prêts à accepter cette évolution qui doit moins au progrès technique qu'à un changement en profondeur de la mentalité des régimes qui se disaient autrefois libéraux sur les plans politique et économique?
Du reste, n'est-il pas aussi prévisible qu'un gouvernement qui, pour des raisons fallacieuses, en est venu à soutirer une taxe de circulation, de stationnement et même de possession de véhicule serait enclin dans un futur proche à sanctionner pécuniairement les automobiles autonomes en dépit de leurs bienfaits, en premier lieu la sécurité?

Il s'agit dès lors moins d'une problématique technique que d'une problématique civilisationnelle. Cette civilisation de demain où nous devons savoir pourtant dès aujourd'hui si nous souhaitons vivre dans une ferme ou dans une société.

Plus d'informations sur le Mesta Fusion : la brochure (en français)
Plus d'informations sur Waymo (ex-Google Car) :





Icons made by Freepik from www.flaticon.com is licensed by CC 3.0 BY

Aucun commentaire: