jeudi 19 janvier 2017

Entretien sur Sputnik : Les hackers russes, entre mythe et réalité


Chers visiteurs,

Permettez-moi de relayer ma dernière intervention sur la Radio Sputnik relative aux allégations de plusieurs services de renseignement américains quant à une immixtion du gouvernement russe dans le processus des élections présidentielles. Je fais bien entendu référence au document révélé publiquement le 6 janvier 2017, co-signé par la CIA, le FBI et la NSA. 25 pages condensant les propos tenus par les responsables de ces institutions envers la Russie et les supposés pirates russes.

Supposés en effet car au grand désenchantement des experts qui se frottaient préalablement les mains en espérant disposer d'informations circonstanciées, la douche fut particulièrement froide tant les preuves furent insignifiantes. Le document se focalisant sur des éléments de stratégie informationnelle visant notamment les médias russes retransmis aux États-Unis et accessibles pour le public américain. Il relate aussi certaines déclarations prononcées par des dirigeants publics et privés depuis la Russie. Si cela permet en effet d'obtenir une compilation d'éléments d'intention pouvant être interprétés, elle ne s'accompagne pas cependant de l'obtention de détails techniques ou de faits réellement probants, il demeure très difficile de se prononcer avec certitude au sortir de la lecture dudit document. Certes l'on se doute bien que le DNC Hack a surtout avantagé Donald Trump considéré comme plus pragmatique envers la Russie mais encore fallait-il l'utiliser à bon escient, et surtout être certain que ces révélations seraient à même d'emporter la décision. Qui plus est, et sans préjuger de l'origine de ces révélations par Wikileaks, la pasionaria démocrate s'était aliénée durant sa campagne nombre d'adversaires qui avaient tout intérêt à sa défaite (à commencer par son propre camp, et plus particulièrement Bernie Sanders qui en dépit de son opiniâtreté, fut le principal vaincu de la primaire démocrate en raison d'une mobilisation partiale de l'appareil du parti en sa défaveur).

Autre point à ne pas négliger, au coeur même de cette problématique : le concept d'attribution. Je développe dans le peu de temps imparti cette notion d'imputabilité, liée à celle de la duplicité, une caractéristique essentielle dans l'affaire présente. Car en ce domaine l'on ne peut que se reposer sur un faisceau d'indices et non une certitude absolue. Mais comme je le précise très clairement : l'attribution est d'abord une décision politique bien plus que technique.

Enfin, il y a tout lieu de s'interroger sur le fait de ne désigner qu'un seul fauteur de trouble, la Fédération de Russie (ce qui au passage lui octroie le titre de cyberpuissance majeure capable de déstabiliser les rouages politiques de la première économie mondiale) et d'écarter indirectement toute autre cybermenace, tant étatique que privée.

Pour clore ce billet, je rappelle à escient en détail les cyberattaques très ciblées (secteur financier) dont a été victime la Russie ces derniers mois, histoire de bien démontrer que nul ne saurait être à l'abri des cybermenaces :
  • 8 novembre : plusieurs banques russes sont visées par des cyberattaques par DDoS, paralysant les serveurs et par conséquent rendant inaccessibles certaines opérations liées à leurs activités.
  • 2 décembre : des pirates ont réussi à dérober deux milliards de roubles (29,3 millions d’euros) en piratant des comptes ouverts à la banque centrale russe.
  • 5 décembre : le deuxième groupe bancaire russe, VTB, est victime d’une attaque par DDoS.

En vous souhaitant une bonne écoute.


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