mardi 31 mai 2016

ICT 2016 - Automobiles 3.0 (retour)

Chers visiteurs,

Un retour rapide sur ma participation à l'ICT Spring 2016 qui s'est déroulée au Luxembourg et qui fut riche de rencontres et d'enseignements. Ce qui me permet de saluer le professionnalisme et la disponibilité de l'organisateur Farvest. pour le bon déroulement d'un tel rendez-vous où experts, industriels, chercheurs, auteurs et curieux purent échanger sérieusement et convivialement.
Un rendez-vous majeur européen pour tout ce qui touche les technologies innovantes sur Terre... et ailleurs car fait peu connu, cet État petit par la taille mais grand par les ambitions, envisage d'être un acteur sérieux participant à la conquête spatiale. Tiré du Quotidien : Le Luxembourg veut ainsi devenir le premier en Europe à développer un cadre légal et des infrastructures pour faire commerce d’une ressource considérée jusque-là comme appartenant au domaine public. Le gouvernement luxembourgeois envisage aussi des partenariats publics-privés. Il participe, via sa banque publique SNCI (Société nationale de crédit et d’investissement) au développement d’un vaisseau prototype pour l’exploration future d’astéroïdes, conçu par l’un des précurseurs du marché, Deep Space Industries.[1]. Sans omettre l'existence d'un incubateur spécifique : le Luxembourg Space Cluster.
 
Du reste, et en adepte de Tsiolkovski, je n'ai pas manqué en fin d'exposé de signifier combien l'automobile du futur avait encore à offrir à l'humanité, y compris en d'autres astres. À commencer par la Lune avec l'élaboration du prochain système quattro (propriété industrielle d'Audi) adaptable sur les astromobiles (ou rovers).

Mais j'ai tenu surtout à faire le point sur les technologies et les problématiques du futur de l'automobile. Flux de données, intelligence artificielle, optimisation énergétique, réalité augmentée, nanotechnologies... J'ai, dans le temps imparti, tâché d'offrir un panorama de ce qui attendait cette industrie et ses acteurs centraux et périphériques. Non sans formuler l'interrogation du rôle croissant des géants du secteur des technologies de l'information.
Le compte-rendu de mon intervention est téléchargeable ci-dessous.

Le site officiel avec les photographies en ligne :

Ma présentation sur les automobiles 3.0 au format statique PDF : 


jeudi 26 mai 2016

De l'art de débloquer un pays frappé par la radicalisation syndicale


La récente discussion parlementaire sur le projet de loi travail porté par l'actuel gouvernement français a eu pour singulière conséquence de dresser contre lui à la fois des partisans de la première version déçus des retouches opérées (comme la surtaxation des contrats à durée déterminée) et des opposants à la nouvelle version (refusant certains articles, comme celui sur les accords d'entreprises favorisés par rapport aux accords par branche professionnelle). En outre, l'usage du fameux article 49.3 eut pour effet majeur de verser du sel sur les plaies : dans la constitution française, cela revient à faire passer une loi dans sa globalité en obligeant tous les députés à se prononcer pour ou contre le gouvernement. Or des députés issus de la majorité présidentielle refuseront généralement de voter une motion pouvant provoquer la démission du gouvernement, voire obliger à de nouvelles élections aux résultats incertains. Qui plus est, le récent échec de révision constitutionnelle a réduit la capacité du gouvernement à rassembler et convaincre d'où une volonté de passer en force.

Ce qui est essentiel dans la situation présente pour le stratégiste n'est pas fondamentalement le fond de l'affaire mais comment elle s'oriente. D'aucuns évoquent la radicalisation des organisations syndicales en raison de leur poids de plus en plus minorée dans les entreprises, et la crainte de voir surgir à terme l'avènement de référendums d'entreprise pouvant leur ôter une assise et un contrôle même partiel des affaires de l'entreprise. Accentué par une direction politique discréditée, hésitant dans sa démarche et cafouillant dans ses notes. De fait, c'est l'enchaînement d'évènements qu'il est utile de suivre.

La grève générale bien entendu a été décrétée, mais elle n'apparaît plus comme un moyen suffisant pour infléchir un pouvoir politique prostré. Or la méthode classique ne fonctionnant pas, d'autres mesures ont été initiées. Toutes ont un point commun : le souci de contraindre l'opinion à basculer par des privations. Presse, transport (y compris de carburants depuis les raffineries), énergie, agroalimentaire, traitement des déchets : les cibles diverses sont nombreuses et ont pour objectif de monopoliser les caméras et plumes (même en défaveur du mouvement, peu importe, l'essentiel étant de démultiplier la force de frappe). L'on remarquera à escient que les institutions ne sont quasiment pas atteintes (mis à part le déversement de fumier près des préfectures), seuls des endroits où l'impact économique et symbolique sont visés. L'approche d'un grand évènement sportif, l'Euro de football 2016, laisse entrevoir de nouvelles opportunités d'actions syndicales.

Le gouvernement pourrait être tenté par l'usure, c'est une stratégie qui s'est révélée payante et à peu de frais en quelques occasions. Seulement, celle-ci est susceptible d'être confrontée à deux écueils : le risque de radicalisation par les grévistes enhardis par le manque de réactivité du pouvoir et l'affadissement accéléré de l'adhésion des citoyens au contrat social avec l'État incapable d'assurer l'ordre public (et paradoxalement, en pleine état d'urgence).
L'autre stratégie est plus énergique mais doit être maniée avec doigté sur plusieurs plans : mise en place de sections antiblocages mobiles 24/7, avec autorisation d'usage de la force suppléées par des équipes techniques à même de rétablir le bon fonctionnement des installations (exemple : le cas d'une centrale nucléaire paralysée) ; favoriser la mise en place de consultations dans les administrations/entreprises impactées afin de mettre hors-la-loi les individus refusant le résultat de celles-ci ; création et mobilisation de circuits/ressources stratégiques afin de se ménager de toute cessation d'approvisionnement pendant quelques jours voire semaines ; saisie sur compte des dommages opérés par les éléments les plus radicaux. En cas de persistance d'une organisation refusant de laisser choir les actions de déstabilisation administratives et économiques, celle-ci tombera automatiquement sous le régime d'activité terroriste mettant en péril la sûreté de l'État.

Il est potentiellement acquis que la radicalisation des centrales syndicales est en cours, et qu'elle va concourrir à miner le fonctionnement de l'État et l'adhésion citoyenne aux devoirs envers celui-ci (notamment celui de l'impôt). Il est urgent pour prévenir des drames que les pouvoirs publics accompagnent de nouvelles formes de relations au sein des administrations et entreprises afin que les rapports ne soient plus le fait d'organismes intermédiaires mais plutôt le fruit de négociations et décisions directes. Ce qui vaut aussi en matière de représentation politique où élection après élection, l'aspect représentatif ne porte jamais aussi mal sa qualification.

Crédit photo : Citizenside

samedi 14 mai 2016

Deutschland 83 : la série allemande qui replonge dans l'univers des années 1980


Si les séries américaines sont fortement majoritaires dans le choix offert aux téléspectateurs français, il demeure quelques séries européennes ne déméritant pas à la fois sur la qualité du scénario que sur celle de la réalisation.

J'avais précédemment déjà mentionné Occupied, d'origine norvégienne, et qui relatait l'hypothétique invasion de ce pays scandinave par les forces russes avec l'assentiment bienveillant de l'Union Européenne. Cette fois-ci, le contexte est plus ancien, nous remontons en 1983, et moins fictif puisqu'il s'agit de la période dite des euromissiles. Une crise qui, par suite d'atermoiements, de bluff, de mensonges et de surinterprétations, faillit provoquer la fameuse troisième guerre mondiale qui avait tant épouvanté les populations du globe depuis les années 1950 (l'on mentionnera à cet effet, le remarquable Docteur Folamour / Dr. Strangelove de Stanley Kubrick, bijou et témoignage cinématographique de cette hantise).

Avec Deutschland 83, l'action de cette série d'origine allemande se situe par conséquent en 1983, en Allemagne de l'Ouest, et plus exactement à proximité de Bonn, sur une base militaire où sévit le général allemand Edel, un haut dignitaire ouest allemand traitant avec ses homologues d'outre-Atlantique. Au moment où la décision d'implanter des Pershing II américains sur le sol européen met en émoi le camp communiste, au point d'inciter le HVA (Hauptverwaltung Aufklärung), le service d'espionnage de la STASI est-allemande, à réagir. Lequel service décide l'envoi d'un jeune garde-frontière pour infiltrer le commandement ouest-allemand et soutirer un maximum d'informations au général américain sur place. Martin Rauch à l'Est devient Moritz Stamm à l'Ouest et entreprend, pour faire bénéficier à sa mère d'une transplantation rapide, d'obéir aux ordres malgré une hésitation quant à ses propres capacités.

La série se déguste au fil des épisodes avec des protagonistes à la psychologie complexe rendant l'univers des années 1980 si fascinant et singulier. Une plongée aidée par des morceaux musicaux d'époque et une recherche socio-historique poussée quant à l'esprit ouest-allemand durant cette période (pacifisme et émergence de la tendance New Age). Certes, l'on peut grimacer lors de certaines séquences, trop elliptiques, et quelques artifices scénaristiques un peu faciles, il n'en demeure fort heureusement pas moins que la qualité est au rendez-vous et que l'on s'immerge rapidement dans cet univers pourtant pas si éloigné de notre propre décennie. Le bon point est que la caricature n'est pas présente : chaque camp portant ses propres tares et hommes interlopes, de même que le devoir est mis à rude épreuve pour chaque individu, parfois contre sa propre morale. Qui plus est, quelques éléments historiques achèvent de renforcer la crédibilité du propos, telle l'élimination par un chasseur soviétique du Boeing 747 de la Korean Air en septembre 1983, suspecté d'espionnage. Drame aérien qui allait tendre davantage les relations est-ouest. Ou encore l'émergence du terrorisme international. Et ce alors que Youri Andropov, un dur du régime ouvert à la réforme, tente de résoudre les problèmes structurels de l'Union Soviétique qui se font de plus en plus criants au fil du temps, tandis que les membres du Pacte de Varsovie, République Démocratique Allemande en tête, n'osent contredire le grand frère oriental, au point de ne lui transmettre que des documents évidés de toute appréciation critique des éléments à disposition.

L'appréhension d'un usage de missiles à tête nucléaire en tant qu'armes tactiques, fondée sur la lecture de la doctrine Sokolovski (les travaux de Jean-Christophe Romer démontrent que celle-ci n'était pourtant pas acceptée monolithiquement et fut abandonnée progressivement au cours des années 1970 par les autorités militaires soviétiques), poussa les forces occidentales à réagir. De fait, c'est toute une époque reconstituée, et un contexte difficile où les positions étaient particulièrement tranchées comme l'illustre les propos du président français de l'époque, François Mitterrand : « Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l'Ouest et les euromissiles à l'Est ». Une tension aisément palpable dans la série où analystes et politiques se déchirent sur la conduite à tenir face à une situation où chaque engrenage mis en mouvement peut en entraîner un plus conséquent, jusqu'à l'irrémédiable.

C'est là une excellente occasion de se replonger dans l'univers de la guerre froide, de ses coups bas et de ses retournements.