mardi 13 décembre 2016

De galère en palais de Frank G. Slaughter


Il est de ces ouvrages que l'on découvre par un heureux hasard et qui pour une raison difficilement dicible vous invite à communier avec le texte. De galère en palais est de ceux-ci.

Frank Gill Slaughter, né en 1908 et décédé en 2001 est un auteur américain prolifique dont le credo fut de populariser la science médicale à travers ses diverses oeuvres, non sans rechigner à produire quelques textes à trame biblique. Pourtant le présent roman, dont la version originale est The Mapmaker, apparaît comme singulier en listant sa longue bibliographie. Publié en 1957, le scénario débute au XVème siècle, et plus précisément à l'époque d'Henri, l'infant du Portugal dont la postérité lui accolera la qualité de navigateur (Henrique o Navegador). La mention de ce monarque du jeune État portugais (dont l'existence ne remonte qu'à 1128 et la bataille de Sao Mamede) est centrale car l'intrigue va se dérouler autour de l'activité d'icelui. Néanmoins bien qu'essentiel, le personnage majeur du récit n'est pas le prince du Portugal, mais un cartographe, Andrea Bianco.

Une recherche dans toute bonne encyclopédie révèle que l'homme a bel et bien existé, et ce n'est d'ailleurs pas le seul individu réel qui bénéficia d'une résurrection par la plume de Slaughter, tel Fra Mauro entre autres exemples. Andrea Bianco donc, est un citoyen de la Sérinissime versé dans l'étude des rapports de capitaines de navire sillonnant les côtes connues afin de dresser au plus près les si précieuses cartes de navigation. Le roman prend une consistance conséquente au niveau scientifique mais aussi géopolitique car la période choisie par l'écrivain est celle d'un basculement de l'économie européenne de la Méditerranée vers l'Atlantique. Un temps où barbaresques et puissantes républiques maritimes italiennes ponctionnaient allègrement les produits d'Orient, dont les fameux épices si recherchés par toutes les cours et foires d'Europe pour leurs bienfaits médicaux et gustatifs. Ces tarifs prohibitifs, induisant même des privations, favorisèrent la course vers l'Atlantique dont le Portugal fut un éminent représentant, s'assurant de ports d'escale aux Açores, à Madère et aux Canaries (qui avant d'être espagnoles furent placées sous suzeraineté portugaise) dans la perspective d'une route maritime alternative à la voie terrestre vers les Indes.

Réunis au promontoire de Sagres, des savants de toutes origines assurèrent au souverain lusitanien une avancée intellectuelle dans le domaine maritime, supérieure à toutes les puissances rivales du moment. Non sans mal ni concupiscence de la part des intéressées en passe de déchoir de leur position commerciale avantageuse. C'est ce que propose de faire redécouvrir Slaughter, réussissant à emmener le lecteur dans les pérégrinations maritimes d'alors (avec force termes techniques prouvant la recherche opérée par l'auteur sur le monde de la mer du XVème siècle) tout en faisant prendre conscience au lecteur du fatras de connaissances du moment oscillant entre le parcellaire, le sublimé et le mythologique (ainsi le royaume du prêtre Jean est-il mentionné comme objectif à atteindre dans le cadre des expéditions projetées). Bien entendu, le roman n'est pas un documentaire et fait la part belle à l'action comme l'aventure et ce dès les premières pages, tout en l'inscrivant dans un contexte plausible et même réel avec une galerie de personnages bien campés.

Bien que datant de plus d'un demi-siècle, cette oeuvre n'en mérite pas moins la lecture car le rythme y est soutenu, les intrigues bien amenées, le monde de la navigation magnifié et le sujet bien exploré avec des éléments et caractères croisés qui ne manquent pas de piquer la curiosité du lecteur. Le personnage principal a bénéficié d'un travail sérieux pour créer l'intérêt et même l'empathie. Seuls surnagent quelques imprécisions historiques ou des passages elliptiques rapidement excusés dans le contexte du roman. Un très bon choix de lecture pour fêtes de fin d'année.

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