lundi 20 juin 2016

Brexit or Bremain ? L'Angleterre en sortira vainqueur quelque soit le résultat


Jeudi soir, le verdict tombera : le Royaume-Uni continuera à être ou ne sera plus un membre de l'Union Européenne. Mais il restera une île européene quoiqu'il en advienne puisque la géographie, elle, ne sera en rien bouleversé.

Depuis que l'annonce d'un référendum pour ou contre le maintien du Royaume-Uni au sein de l'organisation fut rendue publique par le Premier Ministre Cameron en janvier 2013, les deux camps n'ont eu de cesse de fourbir leurs armes. Ainsi qu'au sein même du parti gouvernemental, le Tory, où la ligne de fracture est apparue très nette : opposant David Cameron à l'ancien maire de Londres, Boris Johnson. La fracture apparait aussi au sein de l'empire de presse du magnat Rupert Murdoch dont les titres sont très présents dans les îles britanniques : The Sun et the Sunday Times s'étant déclarés favorables au Brexit tandis que Mail on Sunday et The Times se sont positionnés pour le Bremain.

Derrière ce reférendum sur le maintien ou le départ de l'UE, les arrières-pensées électoralistes des partisans des deux bords n'auront pas été absentes, toutefois cette question de l'utilité d'un Royaume-Uni au sein de l'organisation est larvée depuis de très nombreuses années, et les dirigeants anglais n'ont eu de cesse de réclamer (et d'obtenir) de substantiels avantages ou rééquilibrages, y compris peu après leur intégration (tel le fameux chèque britannique, UK Rebate, soutiré par Margaret Thatcher à Fontainebleau en juin 1984, non sans base solide). Ajoutons que le pays n'est absolument pas membre de la zone Euro et a conservé sa monnaie nationale : la Livre Sterling.

Favorable au maintien, David Cameron imposa cependant aux instances bruxelloises quatre conditions à une campagne en sa faveur : 
1. Obtenir une droit de regard sur les décisions de l’Eurozone pour éviter qu’elles ne nuisent aux intérêts nationaux ;
2. Simplifier le cadre législatif et favoriser la compétitivité au sein du marché européen ;
3. Etre dispensé de l'objectif d’intégration croissante, inscrit dans les traités ;
4. Limiter les aides sociales octroyées aux migrants

Ce dernier point était clairement le plus compliqué à accepter pour la Commission. Or, et de façon très opportune, la Cour de Justice de l'Union Européenne a rendu le 15 juin une décision favorable à cette demande au nom de la préservation de l'équilibre budgétaire de l'État d'accueil. Cet heureux hasard du calendrier favorisé par une célérité peu commune de l'institution dans ses décisions fut le dernier verrou d'ôté pour que le Premier Ministre puisse haranguer les sujets de sa royale majesté à rester au sein de l'Union Européenne... sans trop s'y mouiller.

Or, en dépit de ces assurances, les instituts de sondages publièrent jour après jour une remontée des intentions de vote en faveur du Brexit. Jusqu'à 55% pour l'un d'entre eux. Jusqu'à ce qu'un dramatique évènement survint : l'assassinat (trois coups de feu et plusieurs coups de couteau) d'une députée pro-europe et pro-réfugiés, Jo Cox, par Thomas Mair, un activiste d'extrême-droite ayant des antécédents psychiatriques, le 16 juin 2016. Soit à une semaine du référendum.

Là où le meurtre de Jo Cox est singulier est que l'on envisage difficilement qu'un partisan du Brexit, et ce au moment où les sondages sont clairement favorables à celui-ci, décide de passer à l'acte. Quel serait son intérêt réel, si ce n'est de favoriser fatalement un rebond du camp du Bremain?
En revanche, si son cas ressort de la psychiatrie, d'où la demande d'examen en ce sens par la magistrate en charge du dossier, alors l'utilisation du cadavre encore frais de la députée serait une manipulation opportune pour infléchir les sondages en faveur du Bremain. Et les sceptiques de raviver le souvenir de la ministre suèdoise Anna Lindh, assassinée en 2004 alors en pleine campagne pour l'adoption de la monnaie européenne. 
De façon ironique, l'on pourrait arguer que s'il faut un cadavre pour sauver l'Union Européenne, c'est que cette dernière est nécrophile.

Un choc émotionnel pour renverser la tendance ou l'accentuer : le principe n'est pas nouveau. En Allemagne, il bénéficia à Henriette Reker, actuel maire de Cologne, agressée au couteau durant la campagne électorale d'octobre 2015. Aux Pays Bas, en mai 2002, l'assassinat de Pim Fortuyn propulsa sa liste à la seconde place des élections. 
Naomi Klein détailla ce principe dans son ouvrage : La stratégie du choc (The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism).

Les bourses ne s'y sont d'ailleurs pas trompées puisque sitôt connue la mort de Jo Cox et son affichage pro-européen, les cours de la Livre et de l'Euro ont rebondi, misant sur une victoire du Bremain au terme de la campagne. Si l'indécence avait été une valeur côtée dans les places financières, son cours se serait envolé ce jour là.
Autre élément à souligner : le message même subliminal de plusieurs manchettes de journaux qui ont relayé l'information de cette mort en soulignant, noir sur blanc et en taille 40, « Morte pour l'Europe ». Or, à Rennes, l'attaque au couteau par un individu voulant faire un sacrifice pour le ramadan fut en revanche attribuée d'office à un déséquilibré et non à un terroriste motivé religieusement. Singulière vision et interprétation de la déontologie journalistique où dans les deux cas la certitude en l'absence de tout élément probatoire épouse parfaitement une pensée conforme.

L'une des conséquences indirectes d'un Brexit pourrait être un nouveau référendum en provenance d'Écosse afin d'appeler les électeurs à se déterminer une fois encore sur le maintien de cette entité territoriale au sein du Royaume-Uni (le dernier remontant à 2014, avec une victoire du Oui à 55%). Car tout semble indiquer que l'Écosse est largement favorable au maintien dans l'Union Européenne, et saisirait l'occasion, en cas de Brexit, pour redemander à ses électeurs une sécession pour cause de dissonance en matière de politique européenne.

Au fond, que le Royaume-Uni sorte ou reste au sein de l'Union Européenne n'a pas de véritable conséquence puisque de toute façon le pays a su si bien négocier par ses dirigeants et représentants ses modalités d'action et de décharge au sein des institutions que ses intérêts demeureront préservés en cas de Bremain. En dehors ou dedans, l'Angleterre restera souveraine de ses décisions.

Qui plus, You'll never walk alone : en cas de Brexit l'Angleterre disposera en le Commonwealth d'une formidable machine à influence économique et politique. Elle réorientera en toute logique ses liens avec son ancien monde colonial pour compenser le relâchement de ses liens avec l'Europe (au passage, elle en sera aussi plus libre puisque moins corseté par la législation européenne).

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