samedi 14 mai 2016

Deutschland 83 : la série allemande qui replonge dans l'univers des années 1980


Si les séries américaines sont fortement majoritaires dans le choix offert aux téléspectateurs français, il demeure quelques séries européennes ne déméritant pas à la fois sur la qualité du scénario que sur celle de la réalisation.

J'avais précédemment déjà mentionné Occupied, d'origine norvégienne, et qui relatait l'hypothétique invasion de ce pays scandinave par les forces russes avec l'assentiment bienveillant de l'Union Européenne. Cette fois-ci, le contexte est plus ancien, nous remontons en 1983, et moins fictif puisqu'il s'agit de la période dite des euromissiles. Une crise qui, par suite d'atermoiements, de bluff, de mensonges et de surinterprétations, faillit provoquer la fameuse troisième guerre mondiale qui avait tant épouvanté les populations du globe depuis les années 1950 (l'on mentionnera à cet effet, le remarquable Docteur Folamour / Dr. Strangelove de Stanley Kubrick, bijou et témoignage cinématographique de cette hantise).

Avec Deutschland 83, l'action de cette série d'origine allemande se situe par conséquent en 1983, en Allemagne de l'Ouest, et plus exactement à proximité de Bonn, sur une base militaire où sévit le général allemand Edel, un haut dignitaire ouest allemand traitant avec ses homologues d'outre-Atlantique. Au moment où la décision d'implanter des Pershing II américains sur le sol européen met en émoi le camp communiste, au point d'inciter le HVA (Hauptverwaltung Aufklärung), le service d'espionnage de la STASI est-allemande, à réagir. Lequel service décide l'envoi d'un jeune garde-frontière pour infiltrer le commandement ouest-allemand et soutirer un maximum d'informations au général américain sur place. Martin Rauch à l'Est devient Moritz Stamm à l'Ouest et entreprend, pour faire bénéficier à sa mère d'une transplantation rapide, d'obéir aux ordres malgré une hésitation quant à ses propres capacités.

La série se déguste au fil des épisodes avec des protagonistes à la psychologie complexe rendant l'univers des années 1980 si fascinant et singulier. Une plongée aidée par des morceaux musicaux d'époque et une recherche socio-historique poussée quant à l'esprit ouest-allemand durant cette période (pacifisme et émergence de la tendance New Age). Certes, l'on peut grimacer lors de certaines séquences, trop elliptiques, et quelques artifices scénaristiques un peu faciles, il n'en demeure fort heureusement pas moins que la qualité est au rendez-vous et que l'on s'immerge rapidement dans cet univers pourtant pas si éloigné de notre propre décennie. Le bon point est que la caricature n'est pas présente : chaque camp portant ses propres tares et hommes interlopes, de même que le devoir est mis à rude épreuve pour chaque individu, parfois contre sa propre morale. Qui plus est, quelques éléments historiques achèvent de renforcer la crédibilité du propos, telle l'élimination par un chasseur soviétique du Boeing 747 de la Korean Air en septembre 1983, suspecté d'espionnage. Drame aérien qui allait tendre davantage les relations est-ouest. Ou encore l'émergence du terrorisme international. Et ce alors que Youri Andropov, un dur du régime ouvert à la réforme, tente de résoudre les problèmes structurels de l'Union Soviétique qui se font de plus en plus criants au fil du temps, tandis que les membres du Pacte de Varsovie, République Démocratique Allemande en tête, n'osent contredire le grand frère oriental, au point de ne lui transmettre que des documents évidés de toute appréciation critique des éléments à disposition.

L'appréhension d'un usage de missiles à tête nucléaire en tant qu'armes tactiques, fondée sur la lecture de la doctrine Sokolovski (les travaux de Jean-Christophe Romer démontrent que celle-ci n'était pourtant pas acceptée monolithiquement et fut abandonnée progressivement au cours des années 1970 par les autorités militaires soviétiques), poussa les forces occidentales à réagir. De fait, c'est toute une époque reconstituée, et un contexte difficile où les positions étaient particulièrement tranchées comme l'illustre les propos du président français de l'époque, François Mitterrand : « Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l'Ouest et les euromissiles à l'Est ». Une tension aisément palpable dans la série où analystes et politiques se déchirent sur la conduite à tenir face à une situation où chaque engrenage mis en mouvement peut en entraîner un plus conséquent, jusqu'à l'irrémédiable.

C'est là une excellente occasion de se replonger dans l'univers de la guerre froide, de ses coups bas et de ses retournements.



Aucun commentaire: