jeudi 26 mai 2016

De l'art de débloquer un pays frappé par la radicalisation syndicale


La récente discussion parlementaire sur le projet de loi travail porté par l'actuel gouvernement français a eu pour singulière conséquence de dresser contre lui à la fois des partisans de la première version déçus des retouches opérées (comme la surtaxation des contrats à durée déterminée) et des opposants à la nouvelle version (refusant certains articles, comme celui sur les accords d'entreprises favorisés par rapport aux accords par branche professionnelle). En outre, l'usage du fameux article 49.3 eut pour effet majeur de verser du sel sur les plaies : dans la constitution française, cela revient à faire passer une loi dans sa globalité en obligeant tous les députés à se prononcer pour ou contre le gouvernement. Or des députés issus de la majorité présidentielle refuseront généralement de voter une motion pouvant provoquer la démission du gouvernement, voire obliger à de nouvelles élections aux résultats incertains. Qui plus est, le récent échec de révision constitutionnelle a réduit la capacité du gouvernement à rassembler et convaincre d'où une volonté de passer en force.

Ce qui est essentiel dans la situation présente pour le stratégiste n'est pas fondamentalement le fond de l'affaire mais comment elle s'oriente. D'aucuns évoquent la radicalisation des organisations syndicales en raison de leur poids de plus en plus minorée dans les entreprises, et la crainte de voir surgir à terme l'avènement de référendums d'entreprise pouvant leur ôter une assise et un contrôle même partiel des affaires de l'entreprise. Accentué par une direction politique discréditée, hésitant dans sa démarche et cafouillant dans ses notes. De fait, c'est l'enchaînement d'évènements qu'il est utile de suivre.

La grève générale bien entendu a été décrétée, mais elle n'apparaît plus comme un moyen suffisant pour infléchir un pouvoir politique prostré. Or la méthode classique ne fonctionnant pas, d'autres mesures ont été initiées. Toutes ont un point commun : le souci de contraindre l'opinion à basculer par des privations. Presse, transport (y compris de carburants depuis les raffineries), énergie, agroalimentaire, traitement des déchets : les cibles diverses sont nombreuses et ont pour objectif de monopoliser les caméras et plumes (même en défaveur du mouvement, peu importe, l'essentiel étant de démultiplier la force de frappe). L'on remarquera à escient que les institutions ne sont quasiment pas atteintes (mis à part le déversement de fumier près des préfectures), seuls des endroits où l'impact économique et symbolique sont visés. L'approche d'un grand évènement sportif, l'Euro de football 2016, laisse entrevoir de nouvelles opportunités d'actions syndicales.

Le gouvernement pourrait être tenté par l'usure, c'est une stratégie qui s'est révélée payante et à peu de frais en quelques occasions. Seulement, celle-ci est susceptible d'être confrontée à deux écueils : le risque de radicalisation par les grévistes enhardis par le manque de réactivité du pouvoir et l'affadissement accéléré de l'adhésion des citoyens au contrat social avec l'État incapable d'assurer l'ordre public (et paradoxalement, en pleine état d'urgence).
L'autre stratégie est plus énergique mais doit être maniée avec doigté sur plusieurs plans : mise en place de sections antiblocages mobiles 24/7, avec autorisation d'usage de la force suppléées par des équipes techniques à même de rétablir le bon fonctionnement des installations (exemple : le cas d'une centrale nucléaire paralysée) ; favoriser la mise en place de consultations dans les administrations/entreprises impactées afin de mettre hors-la-loi les individus refusant le résultat de celles-ci ; création et mobilisation de circuits/ressources stratégiques afin de se ménager de toute cessation d'approvisionnement pendant quelques jours voire semaines ; saisie sur compte des dommages opérés par les éléments les plus radicaux. En cas de persistance d'une organisation refusant de laisser choir les actions de déstabilisation administratives et économiques, celle-ci tombera automatiquement sous le régime d'activité terroriste mettant en péril la sûreté de l'État.

Il est potentiellement acquis que la radicalisation des centrales syndicales est en cours, et qu'elle va concourrir à miner le fonctionnement de l'État et l'adhésion citoyenne aux devoirs envers celui-ci (notamment celui de l'impôt). Il est urgent pour prévenir des drames que les pouvoirs publics accompagnent de nouvelles formes de relations au sein des administrations et entreprises afin que les rapports ne soient plus le fait d'organismes intermédiaires mais plutôt le fruit de négociations et décisions directes. Ce qui vaut aussi en matière de représentation politique où élection après élection, l'aspect représentatif ne porte jamais aussi mal sa qualification.

Crédit photo : Citizenside

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