samedi 19 mars 2016

Armies of the Russo-Polish War 1919-1921 (Osprey Publishing)


Le conflit qui opposa la République de Pologne à la jeune Union Soviétique (en réalité plutôt la République socialiste fédérative soviétique de Russie puisque l'URSS ne sera officiellement proclamée qu'en décembre 1922) présente l'analogie avec la guerre de Trente Ans d'être la continuation sur le théâtre oriental européen d'affrontements majeurs débutés à l'opposé du continent (l'an 1648 est autant la date du Traité de Westphalie que celui du soulèvement de Khmelnytsky).

Comme je l'avais déjà relaté dans un article relatif à un long métrage d'origine polonaise, La bataille de Varsovie 1920 : la route de l'incendie mondial passe sur le cadavre de la Pologne, ce qui se déroula en 1919 n'était que la suite logique des conséquences de la paix entre la Triple Entente et la Triple Alliance. Logique en effet car d'une part l'arrêt des combats par le gouvernement allemand laisse sur le front Est tout un pan territorial où l'autorité n'est plus clairement distincte (hormis la fusion de la république de Bessarabie avec la Roumanie ainsi que la création de la Tchécoslovaquie), et d'autre part l'article 28 du Traité de Versailles consacre la résurrection de l'État polonais disparu depuis 1795 (le Duché de Varsovie créé par Napoléon Ier en 1807 ne disposa pas durant sa courte existence d'une réelle souveraineté).

L'ouvrage d'Osprey Publishing n'entend aucunement détailler les manoeuvres et le déroulement de cette guerre singulière, en revanche ses quarante-huit pages sont fort utiles pour avoir une idée précise de la composition des différentes armées et des équipements utilisés par celles-ci.

Bien fourni en illustrations explicatives, le lecteur comprend rapidement que cette guerre de titans (au regard des forces en présence, entre 700 000 et 800 000 hommes de chaque côté au plus fort de la mobilisation) a été l'affrontement de deux forces politiques puissantes et en plein essor : le nationalisme polonais faisant face au communisme russe. Les polonais luttant pour assurer leur survie en engrangeant le plus vaste territoire possible aux fins de se garantir une profondeur stratégique (cf la lutte pour la Silésie et la zone balto-biélorusse) tandis que les autorités bolcheviques brûlent de mettre enfin la main sur l'Allemagne, patrie idéologique du communisme mondial. Cet affrontement sera sans pitié, d'une violence consommée, et pèsera très longtemps sur les relations russo-polonaises (jusqu'à l'apaisement de 2010 suite à la disparition d'une partie des élites politiques polonaises dans un accident aérien près de Smolensk où les responsables des deux pays firent preuve d'une exceptionnelle cordialité). L'évènement marqua un très net frein aux ambitions de la jeune république socialiste de Russie d'étendre le communisme à toute l'Europe alors qu'elle venait de mettre un terme à sa propre guerre civile (1917-1919) et que ses troupes disposaient d'un moral très élevé ainsi que de jeunes commandants innovants (émergence de l'opératique appliquée sur le terrain). Anecdote : Józef Piłsudski, chef d'État et militaire de haut rang polonais fut aussi le responsable du parti socialiste polonais et écopa de plusieurs années d'exil en Sibérie pour activités liées à un mouvement révolutionnaire... russe!

Il est instructif de constater que les deux armées sont des miracles d'organisation en un temps record : la partie polonaise dut composer avec des recrues provenant de plusieurs pays (Autriche-Hongrie, Allemagne, Russie, France, États-Unis), parées d'uniformes et d'armements pour le moins disparates sans omettre des cultures militaires différentes, tandis que son homologue russe fut contrainte de s'inventer à partir de rien en raison de la chute du pouvoir impérial et fonda l'Armée Rouge à force d'abnégation, de discipline... et de pragmatisme (Lev Trotski accepta le renfort et l'expérience d'anciens cadres de l'armée tsariste au grand courroux de Staline).

Contrastant avec la guerre de position d'une majeure partie du conflit de 1914-1918, l'affrontement polono-russe fut au contraire l'objet de grandes manoeuvres sur près de 700 kilomètres où les offensives et contre-offensives furent légion. Le traité de Riga du 18 mars 1921 mit fin à une terrible épreuve où la face de l'Europe aurait été toute autre en cas de chute de Varsovie.

Très complet sur le plan du référencement de l'ordre de bataille et des insignes, l'ouvrage ne manque pas non plus d'insérer les quelques unités ukrainiennes ayant participé aux combats du côté polonais. Les illustrations d'Adam Hook sont tout autant appréciables. Pour qui s'intéresse à la guerre russo-polonaise, l'ouvrage est indispensable même si une carte globale des opérations aurait été la bienvenue.


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