jeudi 26 février 2015

La donnée n'est pas donnée : Stratégie & Big Data - colloque École Militaire 23 mars 2015

Echo RadaЯ, Keyrus, le centre de recherche de l'École des officiers de la gendarmerie nationale, le centre d'enseignement supérieur de la gendarmerie nationale, la chaire Castex de cyberstratégie et la Revue de Défense Nationale sont heureux de vous inviter le 23 mars 2015 à un colloque sur les données numériques.



PROGRAMME :


08h45 // Introduction / Général Marc Watin-Augouard, Directeur du Centre de Recherches de
l'EOGN
Matinée : La donnée, singulière et plurielle
09h00 // Table ronde 1/ Qu’est-ce qu’une donnée ? Modérateur Jean-Paul Pinte (Université
Catholique de Lille)
♦ Pour un informaticien : Jean Rohmer (Pole Universitaire De Vinci)
♦ Pour un économiste : Christian Schmidt (Paris Dauphine)
♦ Pour un philosophe : Emmanuel Brochier (IPC)
♦ Pour un sociologue : Antoinette Rouvroy (Université de Namur)
10h00 // Débat
10h45 // Pause
11h00 // Table ronde 2/ De la donnée aux données Modérateur Christine Ballagué (Institut Mines
Télécom Paris – Vice-Présidente du Conseil National du Numérique)
♦ Données de masse (Big Data) aujourd'hui Jean-François Marcotorchino (Thalès)
♦ Données et ville intelligente Jean-François Soupizet (Futuribles)
♦ L’Internet des objets et le décuplement des données Eric Hazane (EchoRadar)
♦ Véracité de la donnée ? Thierry Berthier Université de Limoges (EchoRadar)
♦ Qui possède les données ? Gérard Haas (avocat)
12h00 // Débat
12h45 // Pause Cocktail
Après midi : La donnée au cœur des stratégies
14h00 // Table ronde 3/ Donnée et stratégie d'entreprise - Modérateur : Muriel Touati (Technion
France)
♦ Données de masse (Big Data) aujourd'hui Jean-François Marcotorchino (Thalès)
♦ Les données, nouvelle devise ? Yannick Harrel (EchoRadar)
♦ Transformer l’entreprise autour de la donnée Bruno Teboul (Keyrus)
♦ Des acteurs français ou européens du Big Data, est-ce possible ? Laurent Bloch (IFAS)
♦ Intelligence économique et Big Data : Jean-Pierre Vuillerme (ADIT)
15h00 // Débat
15h45 // Pause
16h00 // Table ronde 4/ Donnée et stratégie de l’état Modérateur : François-Bernard Huyghe
(IRIS) "Renseignement d'origine Source ouverte"
♦ Le Big Data, le RoSO (Renseignement d’origine Source Ouverte) , et la transformation de la
fonction renseignement Axel Dyèvre (CEIS)
♦ Les militaires et l’utilisation militaire opérationnelle des données Olivier Kempf
♦ Sécurité intérieure et Big Data Philippe Davadie (CESG)
♦ Peut-on réguler internationalement le Big data ? Thibault Lamidel, EchoRadar
♦ Cadre national ou européen ? Frederick Douzet (Chaire Castex de Cyberstratégie)
17h00 // Débat
17h45 // Conclusion générale par Olivier Kempf
*NB/ L’agenda et ses intervenants pourront être modifiés à tout moment pour s’adapter à l’organisation de
l’événement
Le nombre de places étant limité, l’organisateur se réserve le droit de refuser des inscriptions.
Pour plus d'informations
Nathalie Floc'h : +33 (0)1 41 34 11 48 -  colloque-bigdata@keyrus.com

jeudi 19 février 2015

Le vrai vainqueur des accords de Minsk-2 est...



Pas la paix, du moins pas encore.
Mais un individu qui vient de se placer directement au centre des négociations alors qu'il était encore voici peu considéré comme le paria de l'Europe (après Vladimir Poutine) : Alexandre Loukachenko.

Président depuis 1994, ce qui en fait le second plus vieux chef d'État d'ex-URSS en activité après Noursoultan Nazarbaïev, Loukachenko invité au début de son activité politique au sein des chancelleries occidentales a subi une ostracisation progressive de la part des responsables européens. Une attitude cependant contrebalancée par la crainte d'assister à l'absorption pure et simple du Bélarus par son grand voisin, la Russie.

Bénéficiant du programme européen appelé Partenariat Oriental, le Bélarus n'en a pas moins fait l'objet de la part de l'Union Européenne d'un embargo sur plusieurs produits et surtout l'interdiction de visas pour plusieurs personnalités du monde politique et des affaires. Les relations diplomatiques  avec l'UE oscillent entre le chaud et le froid tandis que la Russie sait pertinemment que le Bélarus ne peut s'extraire complètement de son orbite en raison de sa dépendance liée aux échanges commerciaux et même en raison du partenariat militaire, et plus encore depuis l'Union douanière amorcée en 2012 et qui devrait muer en Espace Eurasiatique courant 2015 (sauf si des évènements venaient à reporter cette échéance).

Or, en accueillant les chefs d'État français et allemand sur son sol, Loukachenko s'est posé en médiateur privilégié dans la guerre civile qui ravage la partie orientale de l'Ukraine (ce qui ne saurait éluder le ressentiment profond sur d'autres portions du territoire d'une partie de la population russophone à l'égard des autorités de Kiev). Il a ainsi non seulement accueilli son partenaire privilégié, la Russie, mais aussi deux responsables politiques majeurs en Europe. Le tout dans ce bel écrin qu'est le Palais de l'Indépendance (Палац Незалежнасцi) achevé en octobre 2013 pour aboutir à un texte de compromis censé faciliter la fin du conflit en Ukraine, appelé sobrement Minsk-2.

Si pour l'heure les combats continuent en Ukraine, que le cessez-le-feu est difficilement respecté par les deux parties et que les sanctions à l'encontre de la Russie commencent à peser lourd du côté des États européens (José Manuel García-Margallo, le Ministre des affaires étrangères espagnol à chiffré à 21 milliards d'euros les pertes pour le commerce européen tandis que le coût de gardiennage et de maintenance des Mistral à Saint-Nazaire avoisinerait les 5 millions d'euros/mois selon Jean-Dominique Merchet dans L'Opinion), Loukachenko peut se lisser de satisfaction son abondante moustache puisqu'il vient à Minsk de poser et peser sur la scène internationale tout en se désignant comme une pièce utile à la politique européenne et non un simple pion de contre-pouvoir à l'égard de la Russie. Minsk capitale européenne d'un soir de la diplomatie : Loukachenko peut espérer engranger des dividendes substantiels ces prochains mois si la paix se concrétise.


vendredi 6 février 2015

Après la démocratie d'Emmanuel Todd



« Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » a lancé Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne lors d'un entretien accordé au quotidien français Le Figaro. L'information n'a que peu été reprise par les autres médias français alors que les propos visant à lénifier l'importance des votes grecs [1] aurait mérité d'être plus amplement relayé en raison du hiatus qu'il y a désormais entre des textes de lois posés comme des masses de granit inébranlables et des situations économiques et sociales vécues par les peuples européens. Or, plus ce fossé s'élargit plus la légitimité sur laquelle repose la légalité des textes s'effrite. 
Il est pas dans le propos de cet article de faire le recensement de toutes les validations des traités, dont certaines furent rocambolesques, au mépris parfois du principe vox populi vox dei. En revanche, l'aplomb de l'ancien premier ministre luxembourgeois mérite que l'on y prête une grande attention puisqu'il révèle l'état d'esprit dans lequel nombre de gouvernants européens traitent désormais les élections législatives et présidentielles : un système bien rodé, calibré pour édulcorer les mauvaises surprises ou retarder l'émergence de nouvelles forces politiques. D'où le « spectacle » d'une alternance sans alternative et une file de gérontes reconduits ou ayant attendu quelques années que le vent politique tourne.

Ce mépris pour la consultation populaire par les gouvernants des institutions européennes trouve en partie ses racines dans le fait que la Commission, en dépit du grignotage de quelques prérogatives (ou plutôt de codécisions) par le parlement européen, dispose d'un vrai pouvoir coercitif qu'elle use avec indépendance vis à vis des peuples des États membres [2] ainsi que de l'opportunité des initiatives au niveau de la législation européenne.
Une autre partie réside dans la croyance, car cela confine désormais à la prédication et à l'épreuve de foi, qu'il n'y a qu'une seule voie possible et que toute remise en cause plongerait l'espace européen vers les âges les plus sombres. Ce postulat étant partagé par plusieurs chefs d'État nationaux qui se refusent à prendre conscience que les erreurs de la politique européenne ont amené une large partie de la population vers la précarité dont le prix est surtout payé pour l'instant par les jeunes générations (ce qui amène à se demander si ces jeunes générations ne feront pas payer aux futurs gouvernants le prix cher de les avoir sacrifiés sur l'autel de l'orthodoxie budgétaire ou condamnés à l'expatriation économique).

En laissant échapper des éléments de fonctionnement de la souveraineté nationale au profit d'une entité supranationale, il y avait le risque inhérent, et désormais prouvé, d'une déconnexion d'avec la population. S'ajoute un aspect plus pernicieux au sein même de plusieurs États européens qui est le dévoiement des modalités de participation de la population aux décisions et leur cloisonnement de façon à réduire au minimum tout risque de partage du pouvoir au profit d'une caste qui a fait désormais de la politique un métier et non un mandat. Parfois avec la bénédiction des électeurs eux-mêmes achetés, bernés ou amorphes.

D'où l'intérêt de relire l'ouvrage d'Emmanuel Todd intitulé Après la démocratie.

Celui-ci n'est pas exempt de défauts. Le premier, et le plus rédhibitoire à mon sens, est sa contextualisation politique puisque le point de départ et les références erratiques aux résultats de l'élection présidentielle française de 2007 parasitent trop souvent le propos initial. Ce sont sans hésitation les passages les plus périssables et les moins propices à la réflexion. Le second, corollaire du premier, est sa vision bipolaire du spectre politique qui est désormais datée. Le troisième a trait à des développements parfois trop longs et/ou brumeux.

Il n'empêche que l'analyse auquel se livre Todd se doit d'être prise en compte car plusieurs éléments relevés sont remarquables et permettent de mieux comprendre pourquoi la démocratie est parvenue à un seuil maximum et qu'elle ne peut plus espérer croître.
En premier lieu, la disparition de deux éléments qui ont grandement structuré les intentions de votes jusque dans les années 1970 et 1980 : la baisse de la pratique religieuse et la désaffection d'une part conséquente du corps électoral vis à vis du communisme. Les deux ont subi une érosion qui s'est répercutée dans les votes, plus éclatés, plus versatiles. Leur absence a abouti au fil du temps à une forme de consensus transpartisan où fondamentalement, il s'est moins agi d'avoir un projet d'avenir que d'assurer une gestion dont la non-remise en cause vire désormais à la fossilisation.
Todd ébauche un début de réflexion sur l'absence de sens de la vie comblée par les artifices matériels et sociaux qui est susceptible de conduire à l'irrationnel.

Le volet éducatif est crucial car il autorise une meilleure compréhension de l'avènement de la démocratie dite moderne (par opposition à l'antique). Et de rappeler que cette évolution en France doit bien plus à Guizot en 1833 qu'à Ferry en 1882 (le premier ayant instauré l'école communale et le second l'instruction obligatoire et laïc) car l'alphabétisation était déjà en bonne voie cinquante ans avant les mesures de la IIIème République (ce qui ne signifie pas pour autant qu'elles n'aient joué aucun rôle). Il n'en demeure pas moins que sans alphabétisation et instruction minimale, il est difficile pour la démocratie (dans son versant représentatif) d'être crédible et même fonctionnelle.
L'accès à l'éducation supérieure est plus complexe car si d'une part il permet la formation d'une élite, d'autre part il créé les sédiments des révoltes, voire des révolutions : celles qui naissent par l'insatisfaction des masses éduquées qui ne trouvent plus leur place au sein de la société, notamment dans le monde du travail ou pour déverrouiller une situation politico-sociale bloquée. les mouvements du Printemps arabe, les soubresauts politiques en Iran, les revendications d'étudiants Hong-Kongais, ou même la France en mai 68 ne sont que quelques exemples.

Là où Todd devient encore plus intéressant c'est lorsqu'il insiste sur la férocité de la compétition entre diplômés contemporains, un état que n'ont pas connu les générations des années 1950/1960/1970 et qu'elles ont par conséquent tendance à minimiser. S'ajoute un principe cher à l'analyste qui est la narcissisation : le fait de se complaire à travers des productions culturelles qui ne s'adressent qu'à une caste d'individus éduqués supérieurs vivant dans la capitale française. Sans travestir le propos de Todd, je dirais que l'on pourrait prendre pour miroir la noblesse d'Ancien Régime de Versailles qui peu avant la Révolution se complaisait des récits de boudoir.

En binôme avec l'alphabétisation, la volonté d'égalité a encouragé la démocratie et son absence l'a retardé. Et Todd de se lancer dans un long développement des structures familiales en Angleterre, France, Allemagne, Chine, Russie pour nous expliquer comment ce principe s'est plus développé dans tel et tel pays et combien il a encouragé la démocratie.

Mais plus encore, il explique que pour assurer son maintien ou favoriser efficacement sa progression dans le corps social la démocratie a besoin d'un ennemi sur le plan interne ou externe. Il fait sienne les travaux de l'Herrenvolk Democracy de Pierre van der Berghe. De façon assez osée, il assoit la théorie que la démocratisation de l'Allemagne date de l'ère nazie qui acheva de clore l'existence d'une société inégalitaire et hiérarchisée mais que pour qu'elle soit pleinement acceptée, elle nécessita une figure expiatoire : celle du juif. Pour les États-Unis ce fut le noir qui forma le ciment démocratique à son encontre. En France en revanche, c'est la lutte des classes qui a prévalu où telle avancée fut menée à l'encontre d'une classe réelle ou supposée.

Sentant l'évolution de la démocratie occidentale vers l'oligarchie, Todd se pose la question de son évolution : démocratie ethnique ou suppression du suffrage universel. S'il estime l'avènement de la démocratie ethnique peu probable car contraire aux gènes de la République, en revanche il juge plus crédible la suppression du suffrage universel sans qu'elle ne soit violente, sèche, mais progressive et inexorable au profit d'une gouvernance. Ce que j'estime tout à fait fondé car le prétexte idéal de cet avènement s'effectuerait sous le couperet des économies d'État [3] mais ce n'est pour autant pas la seule menace potentielle, Todd n'étant pas assez exhaustif sur les évolutions possibles du régime à l'occidentale.

Au final, la lecture est parfois chaotique : si les idées sont là, en revanche elles ne sont pas toujours très bien amenées et plus encore bien agencées. Ce qui nuit à la compréhension globale du phénomène de délitement de la démocratique. Mais en s'accrochant l'on apprend et l'on comprend.
Il est douteux qu'Emmanuel Todd reprenne son ouvrage pour le rendre plus intelligible et l'expurger de toutes les considérations de politique intérieure qui sont généralement ennuyeuses et datées mais ce serait pourtant une très bonne nouvelle.

Enfin, un élément assez troublant vient de se dérouler en Suède où par un tour de passe-passe dans les antichambres du pouvoir les deux principaux partis au pouvoir viennent de s'entendre pour annuler les prochaines élections et se partager le pouvoir devant le risque d'émergence d'une troisième force politique.
...les élections prévues pour 2015 n’auront pas lieu, et le résultat de celles de 2019 est d’avance neutralisé puisque l’entente des sortants, ou plutôt de ceux qui ne veulent pas sortir, est organisée jusqu’en 2022. La Suède aura donc la « chance » d’être la première démocratie du monde à connaître la composition de son gouvernement avant les élections, et à savoir qu’il restera en place indépendamment de leur résultat.
La question n’est pas celle des programmes des uns ou des autres ; elle est celle de l’honnêteté de ceux qui s’affirment démocrates, pour aussitôt s’accorder sur la neutralisation des votes qui ne leur conviennent pas.
Oui la démocratie est malade, oui elle est désormais en train de dériver l'oligarchie et non, l'on ne pourra pas dire que l'on n'a pas été prévenu à temps...

Pendant ce temps, dans la lointaine Mongolie, les fils de Genghis Khan ont été appelés à se prononcer à un référendum... par SMS! Ce qui pourrait passer pour une innovation appréciable a en réalité été discrédité en raison de failles dans la comptabilité et le choix ambigu reposant sur le sujet de la consultation (la poursuite de la politique de l'austérité ou le déverrouillage de projets étrangers quant aux ressources minières du pays).
Une fois faut-il le rappeler : non, le numérique ne sauvera pas la démocratie...

[1] Les élections anticipées en Grèce le 25 janvier 2015 ont amené au pouvoir le groupe politique Syriza conduit par Alexis Tsipras et fervent partisan de la renégociation voire de l'annulation de la dette de son pays.

[2] L'une des plus implacables est le respect des traités et des différents normes édictées. Qu'elle peut faire respecter si besoin est par voie de justice avec la Cour de Justice de l'Union Européenne.

[3] Un rapport confidentiel de l'Inspection Générale de l'Administration consulté et relayé par le quotidien Le Parisien a chiffré « le coût total de la présidentielle et des législatives de 2012 s'est élevé, pour l'Etat et les communes, à plus de 600 M€... dont 70 % à la charge du budget national ! » et d'ajouter que « le dispositif d'organisation des élections est coûteux... d'une efficacité limitée car il ne facilite pas la participation à la vie démocratique ».