lundi 31 août 2015

Oui, les français roulent comme des cons


Assertion lapidaire tout comme violente mais qui puise dans une expérience personnelle et transfrontalière.

Le contraste entre l'Allemagne et la France est tout autant saisissant que sévère. Ainsi, s'il est possible en Allemagne de parcourir des centaines de kilomètres de façon relaxante et en toute quiétude, la France se révèle être quant à elle un véritable espace acharné où chaque kilomètre du ruban d'asphalte doit donner lieu à un vainqueur et à un vaincu. C'est là un état d'esprit français peu recommandable, et qui dénote une conception particulière du partage où certains se sentent plus égaux que d'autres.

L'on sent chez les allemands un respect pour l'automobile d'autrui, nulle jalousie ou mépris, juste de la considération. J'ai ainsi vu des véhicules d'ancienne génération ne pas être « poussées » par une grosse cylindrée leur signifiant de dégager de la voie, ces derniers attendant que le premier se déporte vers la droite une fois son dépassement effectué. Une situation où, en revanche, le français n'hésiterait pas à raccourcir les distances entre lui et celui qui le précède pour marquer le territoire, au risque mal calculé de subir un accident pour non respect de la distance réglementaire. Mention spéciale aux conducteurs et conductrices de Scenic qui semblent faire porter sur ce modèle une présomption de voiture fétiche pour automobilistes frustrés au regard de l'agressivité et du dédain envers les autres usagers dont ils font preuve au volant.

Là où l'allemand fait montre d'une intelligence collective, le français s'enferme dans un individualisme comminatoire.

Il serait facile d'arguer que les allemands se comportent mal en France. Mais peut-on leur en vouloir de leur donner raison en prouvant à chaque occasion que ce soit possible que la France est un pays où la Loi, et a fortiori le Code de la Route, est appliqué et sanctionné de façon très aléatoire, lorsque ce n'est pas de manière incongrue?

Si je défends une certaine idée de l'automobile, il est manifeste que celle-ci inclut la responsabilité devant autrui, c'est à dire passagers et usagers de la route.

Lorsqu'un ministre de l'intérieur appelle en désespoir de cause les français à se montrer exemplaires et responsables sur la route, il y a une manière assez singulière d'éviter de remettre en question des années de politique ayant abouti à déresponsabiliser justement ces mêmes automobilistes. L'appel serait somme toute louable si la répression aveugle et les réglementations défiant toute logique n'avaient pas entamé le crédit dont pouvait disposer un ministère à même de manier la carotte et le bâton. Or, en alourdissant les peines, en multipliant les contrôles automatisés (y compris dans les zones ne posant aucun souci de dangerosité) et en muant les forces de police et de gendarmerie en supplétifs du trésor public, il y a clairement eu une stratégie malheureuse qui aboutit désormais à un effet plancher en matière du nombre de morts sur les routes. Car jamais la répression n'a été aussi dure et jamais les comportements des incriminés n'ont été aussi affolants d'inconscience coupable.

Il est grand temps de sortir de la chasse à la vitesse qui confine à l'aveuglement idéologique, d'autant que le diptyque vitesse-pollution ne sera bientôt plus tenable avec l'essor croissant des véhicules électriques dont l'autonomie et la vélocité se développent concomitamment (cf modèles Tesla Motors ou les défuntes Venturi mais aussi d'autres marques généralistes tels Volkswagen avec sa e-Golf ou Chevrolet avec sa Volt).

Il n'y a rien de magique dans le différentiel de comportement entre les automobilistes allemands et français. Les uns ont été responsabilisés, les autres déresponsabilisés avec le résultat que l'on constate chaque jour. Ainsi, les allemands ont aussi un permis à points mais n'en perdent aucun si le dépassement est inférieur à 10 km/h, au contraire de leurs homologues français qui subissent la double peine (point retiré et amende de 68/135 € selon l'endroit où a eu lieu l'infraction). Comment s'étonner que ces derniers repartent sans faire aucunement amende honorable puisque ayant eu l'impression de s'être faits prendre par surprise ou de ne pas avoir été suffisamment malins pour éviter la contravention.

Un récent rapport de l'Inspection Générale de l'Administration consacré à l'évaluation de la politique de sécurité routière est à ce titre édifiant : l'on y apprend que l'instauration de nouvelles limitations de vitesse sont susceptibles d'effriter la crédibilité de la politique de sécurité routière en raison du rejet actuel de la politique menée. C'est exprimé avec doigté mais le fond du propos laisse songeur... D'autant que le rapport reprend un sondage BVA où seuls 12% des sondés prenant la route avouent faire attention au volant par peur de la sanction.
Ainsi, qui sait par exemple que le refus de laisser traverser un piéton sur le passage protégé ou le défaut de clignotant avant de changer de direction équivalent respectivement à la perte de 4 et 3 points sur le permis de conduire ? Réponse : très peu de personnes. Pourtant le Code la Route est clair et emprunt de bon sens sur ces questions. La raison en est fort simple : l'absence de verbalisation encourage nettement l'impunité.

Autre élément remarquable sur les routes allemandes : là où les limitations de vitesse sont inexistantes, la majorité des véhicules se stabilise aux alentours de 120-130 km/h. Et les véhicules les plus lents se rabattent d'office sur la voie la plus à droite afin de laisser file au loin ceux qui veulent/peuvent aller vite. Le tout sans stress aucun.
Ajoutons en complément que l'État américain du Texas a depuis 2006 expérimenté l'augmentation de la vitesse sur ses axes routiers ainsi que l'absence de contrôle avec un résultat édifiant : le nombre de décès continue de décroître!

Comme le billet ne saurait être uniquement à charge, il se veut aussi force de propositions comme il est coutume d'énoncer. 
Ainsi plusieurs solutions peuvent être envisagées : 

  • augmenter progressivement les limitations de vitesse pour fluidifier le trafic
  • renforcer les contrôles en zones urbaines (là où les usagers sont les plus vulnérables)
  • viser prioritairement les comportements accidentogènes en lieu et place des excès de vitesse
  • obliger chaque automobiliste à effectuer un stage de pilotage abouti avec son propre véhicule
  • effectuer davantage de contrôles routiers axés sur l'alcoolémie et la prise de stupéfiants
  • opérer un toilettage en profondeur des variations de limitations de vitesse où les exceptions aux vitesses standards doivent le rester
  • améliorer les infrastructures existantes
  • répertorier avec l'appoint des initiatives citoyennes la localisation des zones les plus accidentogènes et adopter une signalisation en ce sens

Il n'y a pas de fatalité martèle-t-on à l'envi. C'est juste. Il y a en revanche des mentalités à faire évoluer et une politique à modifier substantiellement pour enfin aboutir à des trajets sereins sur les routes françaises.

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