mardi 30 juin 2015

Condottiere 1300-1500: Infamous Medieval Mercenaries (Osprey Publishing)



« En un mot, ce qu’on doit craindre des troupes mercenaires, c’est leur lâcheté ; avec des troupes auxiliaires, c’est leur valeur. Aussi les princes sages ont-ils toujours répugné à employer ces deux sortes de troupes, et ont-ils préféré leurs propres forces, aimant mieux être battus avec celles-ci que victorieux avec celles d’autrui ; et ne regardant point comme une vraie victoire celle dont ils peuvent être redevables à des forces étrangères. »
Le propos est cinglant, si ce n'est brutal. Ainsi s'exprimait Nicolas Machiavel (1469-1527) à l'égard de troupes dont la fiabilité était plus que sujette à caution. Le florentin très alerte sur les questions de son temps ne manqua pas en plusieurs occasions de fustiger le rôle et même la valeur des mercenaires qui traversaient de part en part les royaumes italiens. Une ire qui tient à la foi à une vérité partielle, et même partiale, mais aussi à une stratégie pour asseoir sa vision d'une armée dévouée au prince. Pour autant, ces forces marqueront les XIVème et XVème siècles italiens avant de décliner au premier tiers du XVIème siècle au profit des forces nationales tant chéries par Machiavel.

L'ouvrage d'Osprey Publishing, collection Warrior et uniquement disponible en langue anglaise, a un énorme double mérite : celui d'être concis et d'offrir une vue panoptique de la question. Avec comme toujours des illustrations de très grande qualité (Graham Turner) dont le principal regret est l'obligation de naviguer entre celles-ci et les notes explicatives à la fin de l'ouvrage : un mal peut-être nécessaire afin de bénéficier de planches intégrales.

Si les condottieri ont laissé une si mauvaise image d'eux-mêmes, ces soldats de fortune le méritaient-ils pour autant? C'est tout l'art du travail de David Murphy que de débroussailler la légende pour en extraire la réalité. Et celle-ci se révèle particulièrement fascinante et l'on prend même grand intérêt à suivre la geste de grands capitaines, tels le redoutable John Hawkwood ou le Duc Francesco Sforza ou encore l'infortuné Biordo Michelotti.
Le cas de Biordo Michelotti (1352-1398) est à ce titre symptomatique des relations complexes qu'entretinrent les politiques italiens avec ces redoutables guerriers. L'homme fut un capitaine valeureux né à Pérouse et qui par son talent se retrouva commandant en chef des forces de Florence. À la suite de troubles politiques, Michelotti en vint à devenir le maître de Pérouse et assura paix et prospérité à la cité et à ses environs. Seulement, son pouvoir contrariait les ambitions de l'abbé local, Francesco Guidalotti, lequel le fit assassiner avec très vraisemblablement l'assentiment du pape. Un exemple relaté dans l'ouvrage comme quoi loin de n'être que des brutes se complaisant dans le chaos politique de la péninsule italienne, les condottiere surent s'attirer les faveurs de la population.

Car ces soldats de métier se devaient d'avoir d'autres qualités que le seul maniement des armes : des connaissances en stratégie, en porciolétique, en logistique et bien entendu en diplomatie étaient aussi essentiels pour leur assurer de quoi survivre et même s'enrichir. Et le contrat qui régissait les relations entre eux et leur employeur, appelé condotta d'où leur nom, était particulièrement normé au XIVème siècle, tant sur la forme (présence d'officiels et signature sur document) que sur le fond (obligations très précises sur le butin de guerre et le sort des territoires traversés).
L'ouvrage apprend par exemple que les sièges n'étaient pas vraiment recherchés car longs et coûteux en hommes. Mais que la pression psychologique ainsi que quelques démonstrations de force pouvaient faciliter la reddition de la garnison ou la remise d'un tribut.
En terme de tactique, deux écoles se sont affrontés schématiquement : celle prônant une force de frappe synchronisée avec l'apport crucial de la cavalerie (Sforzeschi) et celle favorisant l'approche méthodique et la frappe ciblée (Bracceschi). Les deux réclamant une discipline de troupes sans faille.
Bien entendu, certains capitaines de renom surent évoluer et passer de l'une à l'autre en fonction des circonstances.

Chose moins étonnante qu'il ne puisse paraître : les capitaines et soldats capturés furent en règle générale correctement traités en raison de la fraternité d'armes exercée. Et les soldats souvent renvoyés mais dépouillés auparavant de tout arsenal. Un capitaine mercenaire pouvait le cas échéant rapporter de substantielles devises en cas de capture en raison de la rançon qu'était prêt à verser son employeur.

Le focus sur les connaissances médicales de l'époque est crucial puisqu'il met en perspective les chances de survie d'un soldat blessé. Concomitamment avec le développement des premières universités de médecine en Europe où un diplômé pouvait être recruté au sein des armées d'un condottiere et parfaire sa connaissance du sujet... avec un degré de réussite variable malgré tout. Ce chapitre sur la médecine du bas moyen-âge est le bienvenu, surtout avec les illustrations jointes au propos, car il traite du sort de l'après-bataille souvent ignoré.

Quant au fait que ces mercenaires étaient réputés peu fiables, susceptibles de se retourner contre leur commanditaire, l'auteur replace cette considération dans le contexte de l'époque où leurs employeurs ne se privèrent pas en quelques occasions de laisser à leur sort ces troupes, piégés par un accord politique au-dessus de leurs têtes. La traîtrise ayant pour bénéfice attendu un accord de paix avec un ennemi menaçant ou une alliance militaro-politique essentielle ainsi que le non-versement de sommes dûes aux condottieri.
Machiavel fut lors de la rédaction son texte quelque peu frappé d'amnésie sur ces manigances qui causèrent mort et ressentiment parmi les troupes engagées.

Pour terminer, l'on peut déplorer l'absence de carte(s) concernant la géopolitique italienne des XIVème et XVème siècles, car les rivalités entre cités-États seront aussi, outre l'émergence de ces mercenaires, cause de l'immixtion de la France puis de l'Espagne dans les affaires de la péninsule.

Une dernière déception : le fait de ne pas avoir en fin d'ouvrage un récapitulatif de tous les grands noms de cette activité. On les découvre au travers de la lecture bien sûr, malgré tout un résumé même succinct de leur vie et de leur mort aurait été sincèrement apprécié.

Pour autant, cet Osprey est à recommander pour quiconque veut avoir une vision plus nette de ces combattants et des figures emblématiques qu'elles ont engendré ainsi que de leurs plus hauts faits de gloire.

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