jeudi 9 avril 2015

De la sécurité à la répression routière : excès de zèle contre l'excès de vitesse

Chers visiteurs,

Un billet plus particulier que d'ordinaire puisqu'il est le copier/coller de deux courriels envoyés à mon député. Et le thème ne traite pas de cyberstratégie, ni même de cyberespace mais de sécurité routière. 

Un coup de gueule que je souhaite pousser non suite à la perte de points sur mon permis (je les ai tous en raison d'une conduite avertie, sachant différencier distinctement la piste et la route et abhorrant les imbéciles faisant prendre des risques non consentis à autrui) mais aiguillonné par l'autisme sélectif dont est saisi le corps politique qui se refuse à reconnaître s'être trompé et qu'en politique sécuritaire un plancher est fatalement atteint au bout d'un moment, au-delà duquel les résultats sont ridicules voire nuls et souvent repartent à la hausse.

Vous noterez avec délectation l'ironie dont je fais preuve dans mon texte en démontrant que quelques soient les résultats du nombre de décès sur les axes routiers mois après mois et années après années, la politique est toujours identique...

Transposez maintenant la problématique sur le plan des enjeux du numérique et vous obtiendrez le même effet (sauf rares esprits éclairés, rarement le fait des gérontes qui composent trop majoritairement ces hospices couverts que l'on appelle chambres d'élus). Avec la même recette : la culpabilisation collective et la caricature par manichéisme.

En vous en souhaitant bonne lecture.

PS : Ceux qui le désirent et qui en ont le temps peuvent lire gratuitement l'ouvrage « La politique de sécurité-spectacle des radars » d'Alain Astouric et s'instruire des travaux du chercheur Mathieu Flonneau.
PS bis : Je n'ai malheureusement pas évoqué l'état lamentable dans lequel se trouvent parfois plusieurs voiries dans l'Est de la France, entre fissures du bitume et nids de poule peu propices à favoriser une conduite sans risque.

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Premier message envoyé le 23 février 2015

M. le Député bonjour,

Je souhaiterais par la présente attirer votre attention sur un fait qui ne cesse de m'inquiéter depuis de nombreuses années et dont j'entrevoie une finalité bien éloignée des ambitions d'origine.

La sécurité routière, ou plutôt ce qui est devenu bon an mal an la répression routière, est considéré comme le mantra obligé de chaque gouvernement dont la politique demeure EXACTEMENT identique quelque soit l'amélioration ou la détérioration des chiffres de la mortalité sur la route. C'est une antienne que j'entends et lis depuis de (trop) nombreuses années : le nombre de morts a augmenté? On va accroître la répression routière! ; le nombre de morts a baissé? Il faut continuer la répression routière!

De fait nous en arrivons à une situation où le moindre écart de conduite est sanctionné. Ou pour être tout à fait exact, de vitesse. Oui de vitesse principalement car il suffit d'être soi-même conducteur pour constater combien un grand nombre d'infractions ne sont absolument pas sanctionnées : absence de clignotant indiquant un changement de direction (mention spéciale à celles et ceux qui l'actionne au moment même de tourner alors que le but est de prévenir) ; conduite dangereuse mettant en danger autrui (et ce même en restant sous le seuil de la vitesse légale) ; la somnolence ; l'alcool et les drogues (en première ligne le cannabis qui altère la perception de l'environnement et amoindrit le temps de réaction) ; le comportement parfois accidentogène de certains professionnels de la route étrangers (en général des pays de l'Est là où le droit social et le coût salarial sont moindres qu'en France) ;

L'on a fait de la vitesse un facteur causal alors qu'il n'est qu'un facteur aggravant. De plus, nombre de radars ont été placés sur des axes à haute fréquentation mais réputés sûrs (je parle des autoroutes) alors que le taux d'accidents létaux est largement plus élevé sur les départementales.
En outre, et contrairement à l'Allemagne, les dépassements de moins de 10 km/h sont sanctionnés par une contravention MAIS AUSSI par un retrait d'un point : la double peine en matière de « sécurité » routière! Or, point de cela en Allemagne où seule la contravention est exigée. Encore plus fort : en Finlande l'amende est indexée sur le revenu du contrevenant alors qu'en France, la personne au RSA paiera le même tarif que celui dont le revenu est dix fois supérieur : justice sociale où es-tu?

Le résultat de toutes ces années de politique bornée ? Un nombre conséquent d'automobilistes roulant sans permis (et parfois pis, sans assurance) dont le nombre est difficilement quantifiable mais dont le nombre fort logiquement ne cesse d'enfler et qui a abouti à la rédaction d'un ouvrage par un journaliste du Nouvel Observateur, « La France sans permis » que je vous enjoins à lire.
Une politique qui favorise l'accroissement de la nervosité au volant, alors que le stress est à même de favoriser à son tour la survenance d'un accident.

Mais le plus triste est ailleurs : toutes les initiatives citoyennes qui ont, sous deux exemples, consisté à rapporter les endroits dangereux pour y faire installer des radars (pédagogiques ou non) et appelé à la simplification des limitations de vitesse (parfois plusieurs changements en quelques kilomètres, nuisant à l'attention du conducteur) n'ont jamais été prises en compte par les pouvoirs publics.
Mais aussi, des interrogations légitimes : pourquoi nombre de lampadaires n'exercent-ils plus leur office sur les routes nationales ou autoroutes alors qu'ils concourent à rendre celles-ci plus sûres ? Pourquoi les ordonnances pénales tellement honnies car compliquant singulièrement le droit des justiciables à contester une infraction sont-elles favorisées, si ce n'est pour engranger de substantielles rentrées fiscales ? Pourquoi les contrôles de police/gendarmerie sont-ils devenus si rares ? Pourquoi le nombre de morts sur la route obsède-t-il jusqu'à la déraison les gouvernements successifs alors que les décès causés par les maladies ou les accidents domestiques et professionnels sont autrement plus conséquents ? Pourquoi n'arrête-t-on pas de prendre les automobilistes pour des enfants, et faire reposer sur tous le comportement imbécile de quelques uns?

Enfin, braves lorrains que nous sommes et à qui a été imposée la limitation de tous les axes routiers à 110 km/h maximum, en sus déjà de tous les ralentissements annexes (90 km/h à l'approche des villes et 30 km/h dans les villages) : une mesure idéale pour la concentration de particules fines par l'agglomération d'une file de véhicules obligés de rouler au ralenti. Réduire les limitations de vitesse pour contraindre à la faute et au paiement d'amendes : voilà ce que le brave citoyen est en demeure de penser très fort.

M. le Député, mon propos est surtout de vous faire comprendre les limites de cette politique et sa prétention à discipliner les français que sur le seul registre de la vitesse alors qu'en d'autres pays certaines limitations sont relevées (voire inexistantes pour nos voisins allemands) contrebalancées par la vigilance, et le cas échéant sanction, des comportements routiers attentatoires à la sécurité d'autrui. Que cette logique produit ses travers et ses incohérences, que la répression aveugle (car elle l'est désormais) produit plus de délinquance qu'elle n'en résout et que la pollution continue son oeuvre.

Veuillez agréer, M. le Député, l'expression de mes sentiments distingués,

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Second message envoyé le 4 avril 2015

M. le Député bonjour,

En complément de mon courriel du 23/02/2015 sur l'erreur ou plutôt le dogmatisme de la sécurité routière en France par les partis gouvernementaux, je vous informe que les Suisses vont étudier la possibilité de relever la vitesse sur les autoroutes de 130 km/h à 140 km/h. Les helvètes ne sont pas réputés être des citoyens chauffards, et encore moins des citoyens laxistes.
De plus en Grande-Bretagne, pays pourtant précurseur des radars automatisés, le nombre de morts a continué à baisser alors que plusieurs centaines de radars ont justement été désactivés depuis 2010!

Et ce au moment où je lis que le gouvernement actuel va durcir le durcissement.

Je ne me pose plus de question : pour moi tout n'est qu'une affaire de rentrées fiscales, de lobbyisme et de cécité idéologique.

Je tenais à vous le signifier juste pour vous faire comprendre que moi comme nombre de contacts personnels et professionnels ne sommes pas dupes que la raison et le bien public ne sont plus chez eux en France. La sécurité routière n'est qu'un élément de cette anomie, je ne suis pas monomaniaque de cette question (je suis prêt à m'entretenir d'autres sujets et de problématiques contemporaines) mais elle est selon moi symptomatique d'un régime qui étouffe sous un entrelacs de lois inutiles, iniques et rétrogrades.

Vivement le changement...

Bien cordialement.

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