vendredi 13 mars 2015

Crusader Kings 2 : Charlemagne repousse encore les limites


J'ai déjà évoqué ici même et à plusieurs reprise l'existence d'un ludiciel de stratégie de très bon aloi dont l'enrichissement par voie de contenus téléchargeables (DLCs) permettait de renouveler l'expérience de jeu et de parcourir de nouvelles terres comme de nouvelles périodes : Crusader Kings II. La singularité de cette simulation est l'opportunité accordée à un joueur d'incarner non une entité politique, ni même un individu mais une dynastie (qu'elle soit aristocratique ou marchande). Toute la difficulté réside dans la complexité des actions à mener pour survivre puis progresser au gré des mariages, des morts, des batailles, des sujétions, des meurtres ou des rébellions. Lorsque le chef de la dynastie vient à disparaître, de façon naturelle ou non, c'est son successeur qui prend la relève en fonction des lois en vigueur (élection, primogéniture, ultimogéniture, partage égalitaire etc.), ce qui on le devine aisément aboutira à l'émergence d'alliés fidèles (et intéressés) et de potentiels rivaux (prêts à passer à l'acte). De plus, chaque individu développe au fil de ses actes et ce dès son enfance des caractéristiques plus ou moins marquées qui influenceront le cours de son existence.
Si le départ est fondé sur une base historique, vraies localités et véritables personnages, la suite évolue différemment d'une partie à l'autre. Ce qui a rapidement séduit toute une communauté par sa rejouabilité et sa profondeur. Ainsi il est tout à fait concevable que l'Empire Angevin survive à la mort de Richard Coeur de Lion, que l'Empire Byzantin se ressaisisse et reprenne pied dans les territoires perdus suite à la défaite de Yarmouk, que la Francie Médiane s'impose face à ses voisins après le partage de Verdun, que les kazhars arrivent à obtenir la protection diplomatique et militaire des byzantins face à la jeune Rus' de Kiev, qu'un puissant souverain hindou se lance à la conquête de l'Asie Centrale etc. Tout est possible dans la mesure où la stratégie reste adaptée aux moyens à disposition... et que les qualités du souverain ainsi que celles de ses conseillers soient à la hauteur.

Sorti en 2012, celui-ci est toujours vendu en 2015. Alors que la campagne initiale s'étalait de 1066 à 1453, des côtes atlantiques au Moyen-Orient, plusieurs extensions ont permis d'enrichir le jeu historique sur plusieurs plans.
Ainsi Sword of Islam a approfondi les mécanismes socio-politiques du monde musulman de même que les modalités de fonctionnement des dynasties tout en l'agrémentant d'évènements spécifiques.
Legacy of Rome
s'est focalisé sur l'Empire Byzantin en tâchant de respecter sa spécificité, tant au niveau religieux que politique (les intrigues de cour ont été de la sorte rendues plus complexes et réalistes allant jusqu'à l'assassinat) ainsi que l'ajout d'une option permettant d'employer une escorte redoutable mais longue à réunir et chère à entretenir (la garde du palais dont les varègues fourniront de nombreux contingents pendant plusieurs siècles).
The Republic
a répondu aux attentes de nombreux clients en leur offrant la possibilité de prendre en main la destinée d'une république marchande, celle de Venise bien sûr mais aussi La Hanse, Gênes, Pise, Ancône, Gotland ou encore la fort peu connue république d'Almafi. Ce contenu additionnel fut par ailleurs l'occasion d'appréhender les parties avec un accent de politique intérieure plus profond en raison de la modalité d'élection spécifique des dirigeants et de la concurrence des maisons marchandes. Arme spécifique des républiques maritimes et insérée dans le DLC : la capacité de déclencher des embargos pouvant singulièrement bloquer les rentrées d'argent d'adversaires potentiels ou déclarés.
The Old Gods et Sons of Abraham mirent résolument l'accent sur les ressorts religieux du jeu, et offrirent l'opportunité d'incarner des chefs acquis à des religions ayant disparu ou réduites à la portion congrue, le polythéisme notamment a été introduit et permet si les conditions sont réunies de réformer la religion pour lui permettre de résister à l'avancée des croyances monothéistes. Ces dernières en revanche doivent faire face à des menaces internes, des hérésies, qui peuvent décrédibiliser la foi elle-même voire la remplacer par un nouveau dogme. L'élection du pape a aussi été intégrée et régie par le collège de cardinaux que l'on peut influencer par la piété... et les donations.
Rajas of India
est singulier puisqu'il ajoute une grande aire de jeu jusqu'aux Indes (l'Asie Centrale et l'Abyssinie bénéficient aussi d'une extension) en donnant l'accès aux luttes de pouvoir entre conquérants musulmans et autochtones hindous. Le tout en rajoutant l'hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme pour coller au plus près de la réalité.
Une curiosité cependant : Sunset Invasion. Laquelle fut diversement appréciée par la communauté. Les uns reprochant le manque d'historicité les autres saluant l'effort d'originalité. Car le propos n'était rien de moins que de simuler l'invasion de l'Europe par une flotte de navires aztèques! Le tout comme de coutume avec des règles spécifiques, dont les rites sacrificiels et l'importation par leurs troupes d'une maladie inconnue qui est susceptible de décimer une partie du continent européen.
Peu utile, Way of Life est un ajout dispensable qui n'est juste là que pour rajouter une once de jeu de rôle à la trame principale. Pas une grande réussite et fondamentalement ayant un impact limité sur le cours des évènements.

Qu'en est-il du DLC Charlemagne? Et pourquoi en traiter?

En premier lieu parce que les simulations historiques mettant en scène Charlemagne et sa période sont rarissimes : le Haut Moyen-Âge n'ayant guère les faveurs des porteurs de projet du genre. Étrangement car les campagnes de ce souverain qui guerroya la quasi totalité de son règne ainsi que la cosmogonie autour du personnage et de sa cour sont de grande envergure.
Ensuite, parce que la date de début de campagne qui précédemment avait déjà été reculée à 867 est désormais fixée à 769 (il reste toujours possible de débuter ultérieurement à des dates spécifiques). De façon indirecte, ceux qui voulaient simuler les premiers raids vikings pourront désormais fondre sur Lindisfarne (ou ailleurs) bien plus tôt qu'auparavant ou encore les autres qui pestaient de débuter avec des souverains zoroastriens trop faibles pour résister à la déferlante de l'islam pourront désormais avoir une meilleure chance de sauver et même agrandir leur territoire.
Et enfin une multitude d'options, propres à la période ou non, qui accentuent le réalisme et surtout les possibilités d'action : par exemple, avec l'apparition des saisons (visible graphiquement) le phénomène d'attrition est renforcé durant la période hivernale, occasionnant des coupes sensibles lors du déplacement de troupes sur de longues distances ; la centralisation du pouvoir politique générant des conséquences politiques (troubles allant jusqu'à des révoltes sécessionnistes) ou encore l'introduction du concept de vice-royauté où à la différence de la dévolution d'un fief à un vassal, celui-ci revient au suzerain à la mort du détenteur du titre.
En outre, une tentative de scénarisation (légère) a été implémentée renforçant l'immersion par des évènements réels laissant le choix aux joueurs de respecter la trame historique ou d'amorcer une autre voie.

Crusader Kings II s'est bonifié avec le temps et a réussi avec son modèle économique ainsi que la réactivité de son équipe de développement à fidéliser un public amateur de jeux historiques laissant une certaine liberté d'évolution. 1,1 millions d'exemplaires pour le jeu de base et 2,2 millions pour les contenus additionnels (majeurs et mineurs) en attestent. Une version 3 n'est pour l'heure pas à l'ordre du jour mais l'on devine que ce succès sera très difficile à renouveler tant la richesse et la qualité du second opus a placé la barre très haute.

Cliquer sur l'infographie pour avoir une vue générale de trois années de développement.

En complément, je puis vous recommander la lecture de deux ouvrages, en anglais uniquement, dont l'intérêt est d'une part d'étudier les mythes et légendes autour de l'Empereur d'Occident et d'autre part d'avoir un aperçu de la dernière campagne contre les Saxons de Widukind : 
  • Charlemagne and the Paladins, Osprey Publishing, 2014
  • The Conquest of Saxony 782-785 AD: Charlemagne's defeat of Widukind of Westphalia, Osprey Publishing, 2014

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