jeudi 19 février 2015

Le vrai vainqueur des accords de Minsk-2 est...



Pas la paix, du moins pas encore.
Mais un individu qui vient de se placer directement au centre des négociations alors qu'il était encore voici peu considéré comme le paria de l'Europe (après Vladimir Poutine) : Alexandre Loukachenko.

Président depuis 1994, ce qui en fait le second plus vieux chef d'État d'ex-URSS en activité après Noursoultan Nazarbaïev, Loukachenko invité au début de son activité politique au sein des chancelleries occidentales a subi une ostracisation progressive de la part des responsables européens. Une attitude cependant contrebalancée par la crainte d'assister à l'absorption pure et simple du Bélarus par son grand voisin, la Russie.

Bénéficiant du programme européen appelé Partenariat Oriental, le Bélarus n'en a pas moins fait l'objet de la part de l'Union Européenne d'un embargo sur plusieurs produits et surtout l'interdiction de visas pour plusieurs personnalités du monde politique et des affaires. Les relations diplomatiques  avec l'UE oscillent entre le chaud et le froid tandis que la Russie sait pertinemment que le Bélarus ne peut s'extraire complètement de son orbite en raison de sa dépendance liée aux échanges commerciaux et même en raison du partenariat militaire, et plus encore depuis l'Union douanière amorcée en 2012 et qui devrait muer en Espace Eurasiatique courant 2015 (sauf si des évènements venaient à reporter cette échéance).

Or, en accueillant les chefs d'État français et allemand sur son sol, Loukachenko s'est posé en médiateur privilégié dans la guerre civile qui ravage la partie orientale de l'Ukraine (ce qui ne saurait éluder le ressentiment profond sur d'autres portions du territoire d'une partie de la population russophone à l'égard des autorités de Kiev). Il a ainsi non seulement accueilli son partenaire privilégié, la Russie, mais aussi deux responsables politiques majeurs en Europe. Le tout dans ce bel écrin qu'est le Palais de l'Indépendance (Палац Незалежнасцi) achevé en octobre 2013 pour aboutir à un texte de compromis censé faciliter la fin du conflit en Ukraine, appelé sobrement Minsk-2.

Si pour l'heure les combats continuent en Ukraine, que le cessez-le-feu est difficilement respecté par les deux parties et que les sanctions à l'encontre de la Russie commencent à peser lourd du côté des États européens (José Manuel García-Margallo, le Ministre des affaires étrangères espagnol à chiffré à 21 milliards d'euros les pertes pour le commerce européen tandis que le coût de gardiennage et de maintenance des Mistral à Saint-Nazaire avoisinerait les 5 millions d'euros/mois selon Jean-Dominique Merchet dans L'Opinion), Loukachenko peut se lisser de satisfaction son abondante moustache puisqu'il vient à Minsk de poser et peser sur la scène internationale tout en se désignant comme une pièce utile à la politique européenne et non un simple pion de contre-pouvoir à l'égard de la Russie. Minsk capitale européenne d'un soir de la diplomatie : Loukachenko peut espérer engranger des dividendes substantiels ces prochains mois si la paix se concrétise.


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