jeudi 8 janvier 2015

#JESUISCHARLIE Disparition de l'économiste et écrivain Bernard Maris


Hier, à Paris, 11:30, deux hommes armés aidé d'un troisième complice, ont fait irruption dans les locaux d'un quotidien satirique. Ceux-ci, toujours en fuite à l'heure où ces lignes sont couchées, ont manifestement souhaité réagir à leur manière aux nombreuses caricatures portant sur la religion islamique. Douze personnes auront payé le prix de ce refus des valeurs de la République et de la civilisation européenne à un niveau plus général, à commencer par celle de la liberté d'expression trop souvent corsetée par l'auto-censure et les lois scélérates ces dernières années. Tout recul supplémentaire en ce sens dans le futur ne fera que donner raison aux meurtriers et à tous ceux favorables à l'endoctrinement, à l'intimidation et à la peur.

Dans la cohorte des disparus figure une figure atypique mais reconnue de l'école économique française : Bernard Maris, dit Oncle Bernard au sein du quotidien récemment meurtri. Car ce n'est pas seulement le dessin qui a été assassiné en ce jour mais la pensée au sens le plus large.
Je vous renvoie à cet effet au billet-hommage de Jacques Sapir sur Bernard Maris qui porte l'empreinte d'un sincère respect pour une personnalité de la pensée économique. Et laquelle mériterait désormais qu'on le lise davantage afin qu'il ne soit pas mort pour rien : http://russeurope.hypotheses.org/3246

Bernard Maris avait 68 ans. Il était le fils de Républicains espagnols émigrés en France et un produit typique de cet "élitisme républicain" que certaines bonnes âmes tournent aujourd'hui en dérision. Après de brillantes études d’économie, et une thèse en 1975, il avait suivi le cursus honorum qui devait le mener au poste de professeur. Il avait alors enchaîné les postes, récolté le prix de « meilleur économiste » pour 1995 décerné par Le Nouvel Économiste, et publié des livres importants comme Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie ! (en 1998), ou Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles (en 1999). Il fut l’auteur du remarquable Antimanuel d’économie (publié chez Bréal en 2 volumes) et d’un ouvrage collectif important témoignant de son intérêt pour les sciences sociales, Gouverner par la peur, en 2007. On pouvait le suivre à la télévision ou sur France-Inter. Mais, Bernard Maris était aussi bien d’autres choses.

Enfin, et pour clore ce court billet, un couplet me taraude l'esprit et dont les paroles me semblent tout à fait appropriées : 
Die Gedanken sind frei, wer kann sie erraten,
Sie fliegen vorbei wie nächtliche Schatten.
Kein Mensch kann sie wissen, kein Jäger erschießen
Mit Pulver und Blei: Die Gedanken sind frei!


PS : La Federal Reserve of New York a rendu ce lundi 12 janvier un émouvant hommage à Bernard Maris qui, rappelons-le, était aussi conseiller général de la Banque de France.


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