jeudi 30 octobre 2014

Pressions russes sur la remise du BPC Mistral

L'affaire du bâtiment de projection et de commandement de type Mistral n'a cessé de faire couler de l'encre depuis son officialisation en juin 2011. Il est vrai que depuis l'effondrement de l'Union Soviétique, c'était la première fois qu'un pays de l'OTAN traitait d'un échange commercial militaire avec l' héritière de la grande puissance communiste de la guerre froide, à savoir la Russie [1].

Or, les évènements en Ukraine qui ont abouti à la chute puis la fuite de l'ancien président Yanoukovitch fin février 2014 ont ravivé les scories de cet accord commercial qui fut long et périlleux en raison de la question du transfert de technologies (le même souci vaut pour la vente de Rafale à l'Inde) mais aussi, surtout, du rôle offensif que pouvait avoir les quatre bâtiments commandés.

Le 3 septembre 2014, sous la pression de ses alliés, l'Élysée indiquait au travers d'un communiqué qu'il suspendait la remise du Mistral en arguant que les conditions politiques en Ukraine pour une situation stable n'étaient pas requises. Prétextant le rôle déstabilisateur de Moscou sur ce territoire où les troubles ont abouti à de véritables émeutes pro et anti-maïdan.
Cette décision prête le flanc à un risque réel de voir infliger à l'État français une lourde amende en raison d'une rupture unilatérale de contrat, et surtout d'une perte sèche de crédibilité en tant que fournisseur de moyens militaires (au profit de partenaires allemands, suédois, sud coréens, espagnols et américains dont la duplicité ne doit pas être éludée). Rappelons à escient que le ROKS Classe Dokdo sud coréen était le plus sérieux prétendant au cahier des charges du ministère de la défense russe, et que ces derniers restent à l'affût d'une rupture unilatérale du contrat pour revenir sur le devant de la scène (et dans une moindre mesure, les chantiers navals italiens et espagnols qui ont des solutions alternatives).

Le Kremlin cependant souhaite faire pression sur le gouvernement français pour qu'il respecte son engagement quant à la remise du premier navire. Et s'autorise même à publier un document (officiel?) adressé par la DCNS (les chantiers navals de Saint-Nazaire) à Rosoboronexport (l'organisme gérant l'importation et l'exportation de matériel militaire pour la Fédération de Russie) faisant office d'invitation à se rendre le 14 novembre prochain pour la remise du Mistral.


Il s'agit là d'un stratagème informationnel particulièrement bien rôdé. Les instances russes, par divers procédés, connaissent fort bien la situation politique en France et savent que le gouvernement et le chef de l'État sont dans une situation très inconfortable : une légitimité quasi-nulle par un désaveu généralisé du corps électoral vis à vis des dirigeants politiques ; une méthode de gouvernance absconse, se reposant partiellement sur le règlement des affaires par elles-mêmes ; le besoin criant de la France de soigner sa balance commerciale et de ne pas se dédire devant ses autres clients potentiels ; la situation humiliante de soumettre un budget national à une entité supranationale ; la nécessité de faire tourner les chantiers navals (et ses sous-traitants) et d'assurer ainsi à plusieurs centaines de foyers de vivre alors que la neurasthénie économique et le chômage de masse perdure en dépit des « visions » de politiques peu au fait des réalités économiques et sociales etc.
De manière plus générale, c'est la souveraineté et la crédibilité d'un pays qui est en ligne de mire. S'il s'agit de principes, encore faudrait-il qu'ils soient appliqués de façon uniforme pour tous les clients. Et encore faut-il être bien certain que lesdits principes ne soient pas retournés contre soi : une arme est souvent à double tranchant dans le domaine géopolitique et géoéconomique (on le découvre avec l'embargo).
De fait, le document publicisé a pour principale vocation à faire pression sur les autorités françaises qui s'arc-boutent sur le prétexte de la situation en Ukraine qui est rappelons-le, une affaire intérieure avant tout. Et dans un sens consommé de la provocation, le président de la commission défense du Conseil de la Fédération (chambre haute) a déclaré que les pénalités financières pour cause de retard de livraison serviront à financer plusieurs projets militaires.

Et ne l'oublions pas encore une fois : derrière le BPC Mistral, ce sont les quelques 126 Rafale indiens qui sont en jeu. Il est difficilement imaginable que le gouvernement indien soit rassuré en cas de séquestre des Mistral promis (payés plus exactement) alors qu'elle a un besoin criant de renouveler son parc aérien et ne peut au vu des sommes en jeu se permettre de jouer « à la roulette russe » avec un partenaire versatile.

Un dernier élément qu'il m'apparaît utile de préciser car peu connu : l'achat de bâtiments étrangers par le pouvoir russe n'allait pas de soi. Il n'est pas ici question d'une appréciation qualitative du matériel visé mais de la propension de l'armée russe, du complexe militaro-industriel en d'autres termes, à favoriser une solution nationale. Vladimir Poutine a dû batailler contre les réticences des officiers et responsables de ce complexe tout en opérant un geste envers la France considérée comme une alliée dans les questions internationales (la rémanence de 2003). En somme, il ne faudrait pas se méprendre : la vente de Mistral n'est pas qu'une affaire commerciale et n'a pas été aussi simple du côté russe. Et si ceux-ci devaient ne pas être livrés, ce serait un renforcement du camp conservateur en Russie, une encore moins bonne nouvelle pour les relations Est-Ouest.

Le général de Gaulle, que l'on ne peut taxer de collaborateur zélé du parti communiste et encore moins d'idiot utile, avait compris en amont de ses voyages en Union Soviétique de 1944 et 1966 qu''il fallait faire fi des préjugés de toute nature au profit du réalisme politique car la souveraineté d'un pays c'est aussi de décider avec qui l'on traite dans son propre intérêt et non celui de tiers. Un exemple de la part d'un homme qui parlait à l'époque de Russie et non d'Union Soviétique et qui voyait loin, de l'Atlantique à l'Oural pour être exact...



[1] Il y aurait matière à glose quant au fait que nombre de pays de l'OTAN n'ont jamais cessé de considérer la Russie comme un ennemi, et non un partenaire utile comme ce fut pourtant le cas pour les opérations des forces de la coalition en Afghanistan, créant l'impossibilité d'une normalisation des relations mais surtout accentuant le rapprochement russe avec la Chine, l'Inde, l'Iran, le Brésil et d'autres pays qui dénoncent la pression occidentale sur leurs affaires.

jeudi 23 octobre 2014

Cyberstratégies économiques et financières 2ème édition!




Trois occurrences récentes survenues en août 2014 ont illustré combien la cyberstratégie impactait les domaines économiques et financiers :

1) Les cyber-attaques (présumée d'origine russe mais sans aucune certitude) envers le célèbre fond d'investissement JP Morgan Chase.
2) Les cyber-attaques envers 50 sociétés norvégiennes du secteur énergétique, dont l'imposante Statoil, gérant les ressources provenant de l'exploitation du pétrole en mer du Nord.
3) Le maliciel Citadel orienté vers les failles des institutions financières détecté en 2012 et réactivé avec mise à jour en 2014, révélé par la Trusteer division d'IBM.

Mais à l'inverse, l'on pourrait citer l'essor du financement participatif et les tentatives d'encadrement par le législatif (ordonnance du 30 mai 2014) avec la création d'un nouveau statut de conseiller dédié à cette nouvelle activité ou encore l'avènement de l'Internet des objets qui fait rêver l'économiste américain Jeremy Rifkin mais aussi l'essor des monnaies virtuelles, tel le BitCoin bien sûr ou d'autres émergentes à l'instar de l'Ether très prometteur.

Ce sont quelques uns des aspects que le mémento Cyberstratégies économiques et financières s'emploie à traiter.

La cyberstratégie en tant qu’« art de gouverner (diriger) par l’emploi d’actions efficaces au travers de systèmes d'information, de communication et de contrôle au sein de ce nouveau champ stratégique qu’est le cyberespace » s’applique à de nombreux secteurs d’activité. Les domaines économique et financier où l’emploi et même la dépendance à l’égard des innovations nées dans le monde numérique ne manquent pas d’interroger sur les modalités et les conséquences de cette révolution technologique.

Un développement qui implique des stratégies spécifiques obligeant à une connaissance d’un environnement, de ses acteurs et de ses enjeux. Or si le cyberespace recèle et génère de véritables opportunités, il est aussi l’incubateur et le diffuseur de sérieuses menaces : de sa dualité découle de facto une cyberstratégie qui repose sur le triptyque suivant : défensive, résilience, offensive.

L’auteur ébauche des pistes de réflexion en vue de l’établissement de cyberstratégies adéquates, en replaçant l’Homme au centre du processus décisionnel. Il offre un panorama de la situation contemporaine dans les sphères économiques et financières afin de faciliter l’appréhension des ressorts d’un univers auquel il est devenu indispensable pour décideurs et investisseurs de s’initier.

L’ouvrage s’adresse aux différents acteurs décisionnaires du monde de l’entreprise et de la finance, aux écoles de commerce, aux instituts d’informatique, aux institutions militaires, aux amateurs de questionnements sur les interactions entre le monde numérique et celui des affaires comme de la finance, et enfin aux spécialistes de perspectives stratégiques contemporaines.


Quels sont les apports de cette seconde édition?

  • Des corrections diverses, de syntaxe et de coquilles résiduelles
  • Une actualisation de nombreuses données et analyses de la première édition
  • L'amélioration graphique et textuelle des infographies existantes ainsi que l'ajout de trois nouveaux graphiques
  • L'introduction de quatre chapitres inédits (sur les cyber-assurances ; sur le management générationnel face au phénomène cyber ; sur le bouleversement organisationnel induit par la société informationnelle depuis les années 1990 ; sur l'innovation créatrice-destructrice suscitant l'ébranlement des anciennes situations de rentes économiques)
  • Un glossaire augmenté de nouveaux termes
  • Une vingtaine de pages supplémentaires par rapport à la première édition

Cette seconde édition doit énormément, et je les en remercie chaleureusement, aux retours des lecteurs de la première. Leurs remarques constructives, comme leurs encouragements et félicitations, m'ont incité à reprendre conséquemment l'ouvrage initial pour l'améliorer et donner forme à une nouvelle édition à même de développer de nouveaux axes de réflexion et prolonger ceux déjà amorcés précédemment.

Rappelons que ce mémento est parrainé par le CIGREF. Le CIGREF, réseau de Grandes Entreprises, est une association créée en 1970 qui regroupe plus de 130 grandes entreprises et organismes français dans tous les secteurs d’activité (banque, assurance, énergie, distribution, industrie, services…). Le CIGREF a pour mission de « promouvoir la culture numérique comme source d’innovation et de performance ».

Table des matières : 

Avant-propos
Introduction
I Éléments généraux de cyberstratégie
Web, Internet, Cyberespace : tout pareil ?
La cyberstratégie: discipline émergente
La cyberstratégie, science ou art ?
Veille, Intelligence, Cyberstratégie : éléments de différenciation
Spécificité des frappes cybernétiques
La souveraineté informationnelle, c’est quoi ?
II Éléments de cyberstratégie économique
La société informationnelle joue les taureaux économiques
Le cyber, une histoire générationnelle
L'infonuagique, enjeu de souveraineté économique
Datamasse, sans maîtrise la puissance n’est rien
La communication ça sert pour l’entregent et pour l’argent
Les jeux, c’est sérieux
La grande ruée vers l’or du paiement en ligne
L’intelligence collaborative au service de l’innovation par les réseaux sociaux
La propriété industrielle et ses dérives dans le secteur des technologies de l’information : une guerre dont la première victime est l’innovation
L’Internet des objets ou l’Internet des gadgets ?
Le grand effroy des anciennes rentes

III. Éléments de cyberstratégie financière
­­Nouvel acteur dans les flux financiers porteurs de  projets : le financement participatif
Tempête sur les marchés en 140 caractères
L’essor des monnaies virtuelles, le phénomène qui dépasse les autorités
Les banques en ligne, évolution ou révolution ?
Etre cyber-assuré pour être cyber-rassuré ?
Les transactions à haute fréquence, train à grande vitesse vers le chaos financier ?
Cette ombre qui plane au-dessus des Bourses
SWIFT : les voyages en eaux troubles de Gulliver
Conclusion
Annexe
Vers un 11 septembre cyberfinancier?
Couper le réseau, c’est comme couper le gaz
Une grosse fuite sur le réseau
Un fâcheux précédent et une réelle mise en garde
Three years later
Glossaire
Bibliographie


Site des éditions Nuvis, collection Cyberdéfense et Cyberespace : http://www.nuvis.fr/vitrine/#!cyberespace-et-cyberdfense/c1xv7
Site du CIGREF, le réseau des grandes entreprises : http://www.collection-cigref.org/cyberstrategies-economiques-et-financieres/

jeudi 2 octobre 2014

Mémoire d'intelligence financière : mode d'emploi

Dans le cadre d'un encadrement d'étudiants en quatrième année, je souhaitais développer l'intérêt et la méthodologie en matière d'intelligence financière.

Premier point : qu'est-ce que l'intelligence financière?
C'est l'intelligence économique appliquée à la sphère financière.
Mais encore?
C'est l'acquisition,  l'exploitation et la protection d'informations utiles à même de servir une stratégie relative au monde de la finance. Elle concerne tout à la fois son environnement (proche/lointain), ses acteurs (privés/publics) et ses processus (humains/automatisés). Elle doit permettre à celui qui commandite la mission d'avoir une vision globale de la situation (stable, en évolution ou en crise), des forces et faiblesses des acteurs (alliés ou concurrents) et des ressorts qu'il est possible d'activer ou de désactiver selon les schémas préconisés.
Ce qui suppose déjà : 1) de savoir ce qu'est une information dite utile dans son activité 2) de procéder par hiérarchisation de toutes les informations que l'on considère comme utiles 3) de regrouper plusieurs sources pour chaque information dans la mesure du possible en privilégiant les officielles et les travaux reconnus.

Second point :  il ne faut pas oublier que nous sommes en face d'un exercice qui réclame une stratégie, c'est à dire qui actionne une dynamique. Ainsi dans le sujet choisi, il faut impérativement qu'une problématique soit dégagée. Ce qui implique que cette dynamique doit rejaillir en lisant la problématique : le sujet ne se meut pas par lui-même mais par la mise en perspective. Ou si l'on préfère : pas de problématique, pas de stratégie.
Il est hors de question de recourir à un travail purement descriptif : ce qui est demandé n'est pas d'établir une somme sur un sujet donné mais d'étudier un phénomène, de dévoiler les ressorts de celui-ci et de proposer une suite d'opérations qui seraient à même d'améliorer ou de résoudre les obstacles rencontrés. Il n'est d'aucun intérêt de retranscrire ce que d'autres ont déjà relaté, la plus-value se situant dans l'apport personnel, qu'il soit totalement novateur ou par la compilation et l'articulation de données déjà existantes.
L'intelligence financière ne réclame pas une approche de copiste mais d'analyste.

Troisième point : la problématique.
C'est un questionnement qui meut le sujet. Le verbe mouvoir prend toute son importance car il insiste sur une volonté de donner au mémoire un axe dynamique.
Pour faire synthétique, c'est :
  • un questionnement
  • contemporain
  • relatif à la sphère financière

L'introduction se décompose de la manière suivante : 
  • l'amorce du sujet (citation, rappel historique, évènement récent etc.)
  • la problématique énoncée, suscitant l'intérêt du jury par sa pertinence et sa dynamique
  • l'étalage des définitions pour bien être certain que l'étudiant a compris le sujet et qu'il ne va pas s'engager dans une voie erronée qu'il sera quasiment impossible à recorriger ultérieurement
  • le développement du plan choisi

L'introduction est une invitation adressée au jury à se plonger plus en avant dans le mémoire. Plus elle est travaillée, plus elle incite à amorcer positivement le développement mais elle permet d'ores et déjà de savoir si l'étudiant est dans le bon axe ou a quitté les rails du sujet initial.

Plusieurs plans sont possibles.
Le plan historique est à bannir dans le cas présent puisqu'il ne s'agit pas d'un travail de recherche historique mais bien d'une analyse circonstanciée plongée dans le présent avec, si les éléments le permettent et sans faire de futurologie, des répercussions sur l'avenir proche ou lointain. Cela ne signifie pas qu'un rappel historique est prohibé mais il ne doit pas devenir la clef de voûte du plan.
Le plan thèse/antithèse/synthèse est tout à fait possible du moment qu'il soit correctement employé et qu'il réponde concrètement au sujet et à sa problématique. Il a l'avantage de donner une vision panoptique de la situation et des solutions possibles. Si c'est le plan le plus simple, en revanche sa mise en application réclame une certaine discipline et un gros travail en amont pour la recherche et la classification.
Le plan dynamique est plus ardu à mettre en oeuvre mais est de ce fait plus apprécié par le jury puisqu'il est celui qui répond justement à cette volonté de mise en perspective. Il est généralement scindé en deux parties. L'erreur souvent commise est de penser que la seconde partie répond à la première alors qu'en réalité ce n'est pas le cas : elle approfondit la première partie en approfondissant les éléments avancés. Grosso modo, le I pose la règle générale et le II les limites et/ou les extensions. Toute la difficulté de ce plan est qu'il réclame une réelle pertinence dans le développement puisque le II doit impérativement prouver sa plus-value en exposant une argumentation solide et étayée par des faits/chiffres/études etc.

La conclusion est quant à elle un miroir de l'introduction tout en étant plus courte puisqu'elle ne contient pas la partie axée sur les définitions : 
  • le rappel du sujet
  • le rappel de la problématique suivi de sa réponse
  • une ou des ouverture(s)
Tout comme l'introduction, la conclusion est scrutée avec attention par le jury parce qu'elle doit permettre de s'assurer que l'étudiant ne s'est pas fourvoyé. Elle doit être une photographie fidèle, bien que d'une résolution inférieure, du développement et du lien qui l'unit à l'introduction. Toutefois, elle ne se termine pas abruptement mais doit justement ouvrir vers un autre horizon. Pluriel possible si l'étudiant a décelé qu'il y avait plusieurs axes nouveaux d'analyse. L'ouverture n'est pas à négliger : elle prouve que l'étudiant est capable de prévoir à l'avance de nouvelles implications de la problématique initiale que son travail lors du développement a rendu prégnant.

Pour approfondir le sujet, et plus particulièrement dans ses rapports avec les technologies de l'information et de la communication, le cyberespace de façon plus générale, rappelons l'existence du mémento Cyberstratégies économiques et financières paru aux éditions Nuvis en 2014. Disponible sur les principaux magasins en ligne (Amazon, Decitre, FNAC etc.).