mercredi 29 janvier 2014

La Russie, terre d’innovation pour jeunes pousses françaises : entretien avec Yannick Tranchier

Photo Akadempark YTR

Article paru sur Alliance GéoStratégique le 30 janvier 2014

M. Tranchier bonjour, pouvez-vous présenter votre parcours et votre activité actuelle en Russie ?


Issu d’une école d’ingénieur en informatique, j’ai suivi la masse des jeunes diplômés à Paris pour intégrer en 2000 une SSII où j’ai rapidement développé des compétences managériales avec un goût prononcé pour l’international.
En 2004, l’opportunité se présente de lancer des activités de sous-traitance offshore en Inde. C’est un fiasco mais le projet rebondit avec un prestataire de Novosibirsk. 10 ans après mes premières armes en SSII et autant de projets pour les principaux industriels français, je décide de me consacrer aux startups.
En 2011, je crée la société Ob’vious (du nom de la rivière sibérienne Ob) avec pour mission principale de rapprocher les startups françaises et russes dans des projets de partenariat technologique. Puis en 2013, pour accompagner les TPE/PME françaises sur le marché, je crée le premier incubateur français à Moscou.

Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser au marché des sociétés innovantes russes ?

Ce choix résulte d’une volonté d’entreprendre jamais totalement assouvi dans les grands groupes et d’une conjoncture extrêmement favorable. En 2010, les startups françaises souffrent d’une pénurie de ressources financières et humaines (la crise provoque l’exil des meilleurs éléments). A contrario, la Russie investit massivement dans l’innovation. Medvedev fait voter la création de Skolkovo, des technoparcs poussent comme des champignons dans les principales villes du pays. Et surtout un véritable écosystème de fonds publics et de Venture Capitalists se forme.
Français et Russes sont parfaitement complémentaires. Les premiers ont les idées et l’expérience pour les concrétiser. Les seconds ont les moyens de réaliser les projets et ont soif d’apprendre pour atteindre le même niveau de maturité que les occidentaux.

Quelles sont les réticences des partenaires français et russes que vous avez rencontré ?

La première barrière est psychologique. Je ne vais pas m’étendre sur le Russian-bashing des médias français mais son impact est redoutable. Quand je discute avec un entrepreneur français qui n’a jamais mis les pieds à Moscou, on tombe systématiquement dans la caricature : pays arriéré, dictature, corruption, prostitution, insécurité, hackers, …
Ensuite il y a un problème intrinsèque à la culture française : les français ne s’exportent pas ! On parle toujours du modèle allemand avec une pointe de sarcasme mais force est de constater que ce modèle fonctionne. La présence française en Russie est anecdotique en comparaison de celle des Allemands –certes, l’histoire des deux pays a amplifié le phénomène.
Côté russe, je ne constate pas de réticence, simplement un certain agacement pour ceux qui ont déjà essayé de travailler avec des français. Si nos cultures respectives présentent de nombreuses similitudes, notre approche business diffèrent fortement. Les français sont jugés trop lents, trop rigides et peuvent décourager les moins motivés de leurs partenaires russes.
Enfin, il faut bien évoquer la barrière de langue ; ce qui rapproche les 2 nations les séparent tout autant : leur inaptitude en langue étrangère. La nouvelle génération change la donne, en particulier dans le domaine de l’innovation mais force est de reconnaître que ni les Français ni les Russes n’apprécient les échanges en langue étrangère.

L'État français et ses organismes ont-t-ils parfaitement pris la mesure du secteur des technologies numériques russes ou ne favorise-t-il pas par sécurité les marchés traditionnels, cosmétiques et luxe en tête ?

Un signal fort a été lancé en 2013 avec la présence de sept ministres dont Jean-Marc Ayrault au forum Open Innovation à Moscou. La Russie veut et va devenir une nation forte de l’innovation avec ou sans la France.
Nous, Français, avons un avantage extraordinaire et complètement sous-exploité : le sentiment francophile des russes.
Nous espérons des annonces concrètes cette année pour favoriser la coopération franco-russe. La DGCIS et quelques pôles de compétitivité ont fait de la Russie une de leur priorité.
De plus, 2014 est l’année UE-Russie de la science ; des dispositifs spécifiques ont été mis en place pour financer des projets collaboratifs innovants.
Le niveau politique et institutionnel a pavé la voie. Espérons que les entreprises françaises l’empruntent.

N'y a-t-il pas au fonds convergence des intérêts entre une France qui en dépit de la qualité de ses entrepreneurs et de ses ingénieurs peine à faire valoir une image de force technologique et une Russie qui demeure, selon l'aveu même de ses dirigeants, trop dépendante de ses ressources de son sous-sol ?

Nous avons toutes les raisons (évoquées plus haut) de collaborer. D’ailleurs, la majorité des entreprises qui surmontent la barrière psychologique et qui font le déplacement jusqu’à Moscou en sont convaincus. Mais leur nombre est encore trop insuffisant. Et les Russes se tournent maintenant vers l’Israël, la Finlande et les Etats-Unis pour combler leur retard en management de l’innovation. Le train de l’innovation technologique russe démarre en trombe. Saura-t-on monter à temps ?



En complément de cet entretien, je vous invite à prendre connaissance du compte-rendu de l'activité économique de la Russie en provenance de l'OCDE :
« L'économie russe est à la croisée des chemins », a déclaré le Secrétaire général de l'OCDE Angel Gurría. « Elle possède un énorme potentiel mais reste fortement dépendante de recettes fluctuantes tirées des ressources naturelles. Il serait bon qu'elle investisse davantage dans les infrastructures, le capital humain et l'innovation, afin que des pans plus larges de la société puissent prendre part à la transformation de la Russie.
S'agissant de l'innovation et de l'intégration de la Russie dans les chaînes de valeur mondiales, il est recommandé aux pouvoirs publics de soutenir de façon générale l'adoption de nouvelles technologies, y compris en dehors du secteur des hautes technologies, en particulier pour améliorer l'efficacité énergétique. L'Étude souligne également que les autorités devraient achever la réforme du secteur de la recherche‑développement (R-D) publique
.
http://www.oecd.org/fr/eco/etudes/etude-economique-russie.htm

vendredi 24 janvier 2014

La sécurité routière : exemple de stratégie informationnelle tournant dans le vide


Après m'être intéressé au cas américain, je vais vous délivrer une analyse de cas de stratégie informationnelle très récente en provenance de France : la volonté par les autorités compétentes d'instaurer une limitation de vitesse des axes secondaires (routes départementales et communales).

Vieille antienne depuis les années 1980 avec les plans départementaux de sécurité routière, le nombre de morts est scruté avec attention par les autorités qui s'emploient à qui mieux-mieux de réduire ce nombre sous des seuils de plus en plus bas.
Si faire baisser le nombre de décès suite à des accidents de la circulation repose sur un consensus largement admis sur la forme, c'est sur l'obsessionnelle vision d'une réduction et de la pénalisation de la vitesse qu'il est utile de revenir, et même de démontrer parfois le ridicule de certaines postures. Car derrière, c'est toute une communication qui peine à convaincre et même suscite grognements et railleries.

Ainsi si l'on rappelle utilement que le nombre de morts sur la route survient effectivement sur les axes secondaires, voies départementales et communales en tête, alors comment expliquer que les radars automatiques destinés à calmer les ardeurs wagnériennes des pilotes amateurs soient prioritairement disposés sur les axes de grande circulation de type autoroutes et nationales? Pour qui sait regarder une carte d'emplacement des contrôles automatisés de vitesse, le constat est éloquent (en 2011, le magazine L'Express avait même relevé un radar tous les 42 kms sur les autoroutes, 23 kms pour les routes nationales et tous les... 399 kms sur les départementales!). Or, ces derniers ne totalisent qu'une part très faible du nombre d'accidentés et tués sur les routes, 7% selon les chiffres de 2013, au point d'être les axes les plus sécuritaires du réseau et ce bien avant l'introduction des systèmes automatisés de contrôle de vitesse [1]. L'on observe par ailleurs que les routes nationales autrefois bien plus dangereuses à la fin des années 1990 que les autoroutes ont rejoint un niveau accidentogène quasiment identique. Les graphiques sont cruels puisqu'ils démontrent que les radars n'ont qu'un effet marginal sur la baisse régulière du nombre d'accidents sur ces axes.

L'argument écologique tiendra par ailleurs de moins en moins avec l'avancée des nouvelles technologies de motorisation électrique en passant par la phase de l'hybridation. En outre il est fondé d'émettre la question de savoir si le fait de rouler à allure réduite n'est pas non plus le plus sûr moyen de concentrer sur une aire réduite un amas de particules polluantes découlant de l'agglomération d'un maximum de véhicules par cette mesure?

Autre déficience communicationnelle : l'on est parfaitement autorisé à se demander si les accidents domestiques ou les maladies létales ne mériteraient pas de la même manière cette touchante attention de la part des autorités pour l'intégrité de leurs administrés? 
 
Enfin, toujours sur cette ligne, comment comprendre qu'en annonçant une baisse historique du nombre de tués de nouvelles mesures restreignant les déplacements soient prises dans la foulée? Au fond, que les chiffres de la mortalité augmentent ou baissent, l'on subodore que cela n'est qu'un enrobage rhétorique pour des mesures déjà décidées préalablement à la publication des chiffres. De quoi conforter ceux qui estiment n'avoir affaire qu'à de la propagande et semer le doute chez ceux qui font acte de réflexion.

Il y a toujours un seuil au-delà duquel la répression sans contrepartie ne provoque que ressentiment et agressivité en retour. Surtout lorsqu'un facteur aggravant, mais non causal, est avancé à satiété, ou plutôt à saturation, en devenant plus une caricature qu'un argument recevable. Cette focalisation en outre est pernicieuse puisqu'elle masque nombre de comportements accidentogènes réels quand bien même y aurait-il respect de la limitation de vitesse. Ainsi, un trouble de perception de l'environnement, par la prise de substances illicites, ou encore une attention captée par un appareil de communication mobile peuvent fort bien aboutir en agglomération à un accident d'une réelle gravité lors d'un choc avec les usagers les plus exposés de la voirie.
L'intérêt n'est pas de susciter une bataille d'experts mais de relever combien l'emploi de mots et la répétition à l'envie d'une stratégie unique est biaisée. Il serait autrement plus profitable pour l'ensemble de la population de canaliser les excès que de les brider en poussant leurs auteurs à la faute. Et éviter de donner ainsi crédit à ceux qui estiment que les mesures mises en place ne sont que des « boîtes à cash ». Du reste, si l'on s'en tient à l'explosion du nombre d'individus roulant sans permis et sans assurance (il n'existe sur le sujet aucune statistique fiable, toutefois par extrapolation ils sont estimés entre 300 000 et 2 000 000, même la fourchette basse a de quoi faire frémir), il y a matière à se demander si le seuil d'inefficience pédagogique n'a pas déjà été franchi. Sans omettre le trafic de fausses plaques et d'immatriculations à l'étranger.

Pour terminer, un élément qui n'a que trop peu été pris en compte : l'impact économique et social de telles mesures. Et l'auteur d'une analyse parue dans le journal La Tribune en son édition du 10 janvier 2014 de démontrer, chiffres à l'appui, combien l'entrave aux déplacements réduit la zone de déplacement et ainsi des échanges commerciaux comme des possibilités de trouver et d'occuper un emploi.
J'ai été en effet chef du service de l'exploitation et de la sécurité routière, initiateur de l'opération Bison Futé, et directeur général de l'agence pour les économies d'énergie, initiateur de la Chasse au Gaspi. Mon sentiment profond est que nous prenons collectivement des risques sérieux en envisageant une telle mesure car elle aurait pour effet d'induire une perte économique annuelle de 39,5 milliards d'euros et de réduire ainsi de près de 2 points notre Produit intérieur brut...
Il est évident qu'il ne faut, en aucune matière, toucher à la mobilité des Français, car de cette mobilité dépend une part significative de la productivité du pays. Il vaut mieux laisser l'économie s'épanouir et prélever une part modérée de la richesse produite pour, d'une part réduire les émissions de gaz à effet de serre, d'autre part améliorer la sécurité routière...
En matière de sécurité routière, une action déterminée d'équipement des véhicules pour lutter de façon active contre les pertes de vigilance, en procédant à la détection des états de fatigue dangereux avec arrêt automatique des véhicules, et pour interdire le démarrage des véhicules conduits par des personnes abusant de produits alcoolisés, devrait avoir pour effet d'améliorer de façon très significative la sécurité routière sans toucher à la vitalité économique du pays. [2]

Le but de ce billet n'est pas démonter point par point les éléments et arguments avancés lors de telles annonces mais d'expliciter que la communication devient rapidement éraillée, si ce n'est obsolète lorsqu'elle se confronte à un ressenti de défiance ou de rejet généralisé, aggravé par l'absence de prise en considération de nombreux facteurs annexes à la problématique.
En outre, et pour prendre un peu plus de hauteur philosophique, une société qui bride le risque de façon généralisée et grossière, au lieu de le canaliser utilement, s'expose à de violentes réactions et à un affadissement de son corps social. La culpabilisation systématique, la coercition à grande échelle et l'infantilisation massive n'ont jamais abouti à engendrer des sociétés innovantes et maîtresses de leur destin. Surtout si pour punir une minorité, l'on en vient à sanctionner sans distinction la majorité. Si les règles sociales sont nécessaires à la survie de l'espèce humaine, elles ne doivent pas pour autant se matérialiser sous la forme de chaînes : les voies de l'expérimentation, de l'amélioration, des échanges et de la création obligent souvent à dépasser ceux qui se contentent de l'existant, si ce n'est obligent à sortir de la route tracée par de sénescentes autorités. À l'éthique de responsabilité de prendre le relais par la suite, tout en précisant utilement que le risque n'est pas consubstantiel à l'atteinte à autrui...
Pour reprendre l'analogie routière, je vous renvoie à cette échange plein d'esprit du champion de Grand Prix des années 1930 qu'était Nuvolari [3].
Alors pour redescendre sur terre : des axes de circulation plus rapides et plus sécurisés, c'est possible à la condition d'admettre qu'une autre stratégie est envisageable, et de délaisser le temps de la réflexion les poncifs lissés à force d'être polis par les gouvernements successifs. La communication ne peut pallier ad vitam aeternam le manque de réflexion et d'alternative sur la durée.

[1] Sources : http://www.securite-routiere.gouv.fr/medias-outils/documentation/etudes-et-bilans/documents-de-travail-des-annees-2008-a-2010-donnees-detaillees-de-l-accidentalite-routiere-france-metropolitaine pour 2011 et http://www.securite-routiere.gouv.fr/content/download/29798/272983/file/Bilan%20provisoire%202013%20-%2020%20janvier%202014%20mise%20en%20ligne.pdf pour les chiffres provisoires de 2013
[2] Source : http://www.latribune.fr/blogs/cercle-des-ingenieurs-economistes/20140103trib000807759/reduire-les-limitations-de-vitesse-c-est-freiner-la-croissance-et-l-emploi.html
[3] Au sortir victorieux de l'enfer vert du Nordschleife, le grand pilote italien Tazio Nuvolari répondit ainsi à un journaliste allemand étonné de son audace sur la piste :
Le journaliste : – Où trouvez-vous le courage de grimper à chaque fois dans votre cockpit ?
Nuvolari : – Et vous ? Où espérez-vous mourir ?
Le journaliste : – Moi ? Chez moi, j'espère ! Dans mon lit !
Nuvolari : – Où trouvez-vous le courage de vous glisser chaque soir dans vos draps ?
Pour l'anecdote, ce champion téméraire des circuits trouvera la mort...  à soixante ans et dans son lit!

Crédit illustration : Studios Pixar

vendredi 17 janvier 2014

La stratégie informationnelle : le double cas d'Occupy Wall Street et du Tea Party


C'est à la suite de la lecture d'un article de Thomas Frank journaliste au Harper's Magazine et auteur d'une saillie en novembre 2012 qui fut relayée par Le Monde Diplomatique en son édition de janvier 2013, que j'eus l'intention d'écrire sur le sujet tant il m'a semblé emblématique de ce qu'est la lutte informationnelle.

Distincte de la matérielle et de la logicielle, la couche informationnelle, ou couche sémantique, est celle où se déroule une bataille duale : à la fois pour le sens que l'on donne à l'information en aval mais aussi pour son obtention et les moyens de sa diffusion ou de sa rétention en amont.

Revenons-en au journaliste américain. Ce dernier au sein du journal The Baffler [1] faisait mention de la défaite du mouvement Occupy Wall Street face à celui du Tea Party. Deux mouvements qui s'ils puisent dans une insatisfaction portée à ébullition, ne visent pourtant pas les mêmes cibles ni les mêmes objectifs. Ainsi si les premiers entendent représenter les 99% de la population qui ne joue et ne gagne pas au casino de la bourse, les seconds entendent principalement faire reculer le gouvernement sur la taxation perçue comme une spoliation et une privation des biens. Et l'auteur de relater que si les premiers ont réussi à obtenir une adhésion très large au sein de la population, cela ne leur a pourtant pas permis d'arriver au bout de leur combat et d'obtenir une victoire, même partielle tandis que les seconds ont réussi à faire infléchir le gouvernement, jusqu'à obtenir la faveur de Paul Ryan, vice-présidentiable au côté de Mitt Romney lors des élections présidentielles américaines en novembre 2012 [2].

Pourquoi le mouvement Occupy Wall Street lancé en septembre 2011 a-t-il flanché sur la durée alors que celui du Tea Party ayant débuté en janvier 2009 a réussi à bénéficier d'une écoute attentive jusqu'aux plus hautes instances? C'est là où Thomas Frank devient particulièrement acerbe : il fustige une certaine suffisance des meneurs intellectuels du mouvement, engoncés dans leur travers universitaire ou estudiantin, à savoir une théorisation de leurs actions ou celles d'autrui au détriment de la poursuite d'actions socio-politiques. S'il ne se défie pas du concours du monde universitaire au mouvement, il morigène en revanche la tentation de nombreux acteurs d'avoir empli les amphithéâtres et les revues en lieu et place de canaliser l'élan et les bonnes volontés et d'insuffler de nouveaux modes d'influence. Là où la pression du Tea Party était claire et inflexible, celle d'Occupy Wall Street s'est délitée au fil du temps en raison de sa captation hors du champ du réel par les « mandarins ».

Anti-intellectualisme de la part d'un observateur déçu du mouvement? Au vu des éléments qu'il énonce, le propos n'en semble pas moins reposer sur une réalité, qui donne matière justement à réflexion sur la lutte informationnelle. Ainsi, Thomas Frank dénonce l'absence de revendications intelligibles et censées dès le départ : une tare qui fut au fil du temps le strapontin pour une déliquescence qui se matérialisa par la tenue de colloques et d'écrits où le petit monde intellectuel qui devait construire, relayer, corriger et amplifier l'élan populaire passa son temps à regarder et discourir sur son nombril. Le trait est cruel sous la plume du journaliste mais n'en illustre pas moins combien l'information seule, et même en dépit d'une résonance initiale forte, ne peut vaincre sur la durée sans entrer dans un tuyau adapté à la population (ou les) visée(s) : l'information doit passer par le prisme de la communication de la même manière qu'une flèche pour atteindre une cible lointaine déterminée doit être bandée puis relâchée par la corde d'un arc.

Si Thomas Frank fustige le mandarinat, il pointe aussi du doigt l'incroyable carence tactique (dilution des moyens) et stratégique (objectifs sibyllins) d'un soubresaut populaire qui en raison d'un programme resté trop longtemps flou et d'une difficulté à garder la cohésion d'un grand ensemble de personnes s'est érodé jusqu'à devenir une caricature de l'idée de départ. Miné précise-t-il encore par des carriéristes qui se sont emparés de l'évènement pour se donner quelque opportunité de briller et de glaner de lucratives places au sein d'un système qu'ils prétendaient combattre. Pour l'analyste, lorsqu'il s'appesantit sur les Tea Party, il relève néanmoins des similitudes quant aux limites des deux mouvements (manque de leader médiatiquement reconnu, symbole partagé du masque de Guy Fawkes, refus des plans de sauvetage financiers de 2008, intérêt pour le libertarien Ron Paul, détournement de la colère populaire). Alors pourquoi l'un a obtenu gain de cause et l'autre non?

La réponse vient de la même plume : « il [le Tea Party] disposait d’argent, de réseaux et de l’appui d’une grande chaîne de télévision (Fox News). Aussi n’a-t-il pas tardé à produire des dirigeants, des revendications et un alignement fructueux sur le Parti républicain ».
Tel est son secret : construction de réseaux d'entraide et communicationnels, appui sur au moins un média majeur, collecte de fonds et enfin une fois le mouvement parvenu à maturation, négociations et stratégie d'influence sur le parti le plus apte à satisfaire ses demandes.
Du reste, si des objectifs flous permettent dans les premiers temps d'agréger des individus de façon large au départ, ils rebutent à moyen et long terme en faisant apparaître un manque de solidité doctrinale ou programmatique. Du même auteur, « Le succès venant, le Tea Party a remisé au placard ses discours bravaches sur l’organisation  horizontale. » : ce qui signifie tout simplement qu'une stratégie informationnelle ne doit pas être figée mais souple si l'on entend parvenir à atteindre le ou les objectifs concernés.

Ce qu'il convient de retenir fondamentalement est que quelque soit la cause, de mauvais relais communicationnels et une dilution du flux informationnel par de multiples sorties causent à coup sûr la défaite de celle-ci. La justesse d'une cause, avec toute la subjectivité inhérente au mot, se fracassera toujours par la maladresse de ses exécutants, par l'absence d'une stratégie viable et par le manque de tactiques réalistes et efficientes.
En définitive, l'information ne se meut pas et ne se vaut pas par elle-même et ne saurait s'affranchir d'une stratégie globale : c'est notamment là tout le rôle de la cyberstratégie dans le cadre des médias numériques.

[2] La défaite ne fut cependant pas rédhibitoire puisque Paul Ryan fut réélu à la Chambre des Représentants avant de devenir peu après une figure du Bipartisan Budget Act of 2013.

mercredi 1 janvier 2014

Meilleurs voeux pour l'année 2014!

Bonne Année 2014!

Glückliches neues Jahr 2014!

С новым годом 2014!

Feliz Año Nuevo 2014!

Happy New Year 2014!

Szczęśliwego Nowego Roku 2014!