lundi 17 novembre 2014

L'esprit français et la nuance : exemple de l'Ukraine (mais pas que...)

L'esprit français a été symbolisé récemment par deux entretiens que je tiens à vous faire partager. Par esprit français, il ne faut pas comprendre une aptitude propre à un peuple mais plutôt à une langue : il est moins question du gentilé dans ce cas de figure que d'une réflexion induite par la composition, l'organisation et l'imbrication de la réflexion par les mots, donc de la pensée. Un canadien, un algérien, un togolais, un cambodgien etc. qui emploie la langue française pour s'exprimer et pour exprimer une pensée sera un ambassadeur de la pensée française. Cela ne déconsidère en rien les autres pensées, anglo-saxonne, slave ou indienne par exemple, elle est juste preuve d'une altérité dans les modalités d'approche de la réflexion.

Et ce faisant, je tenais à vous faire partager deux beaux exemples de cette pensée qui se tient loin du manichéisme détestable et éloigné de la vraie pensée française : le premier de Jean-Robert Raviot, professeur de civilisation russe et soviétique et le second d'Emmanuel Todd, ethnologue et démographe.
Si la première intervention est axée majoritairement sur la question russe, la seconde est plus généraliste mais les deux méritent toute votre attention.

Le plus essentiel est de prendre connaissance des propos des deux intervenants qui sont autrement plus nuancés que certains politiques ou éditorialistes qui se laissent aller à une curée dont la première victime est la compréhension de la situation.
L'Ukraine est une crise européenne majeure qui pousse certains pays à aller au-delà de leurs propres intérêts commerciaux et diplomatiques. Il est d'ailleurs saisissant que l'Allemagne après avoir été en pointe de la fermeté vis à vis de la Russie en vienne à favoriser une accalmie sur le front des sanctions, comme frappée par sa propre audace et la crainte d'avoir dépassé la limite au-delà de laquelle l'engrenage s'auto-alimente. En somme, ce qui est effrayant est cette mécanique de l'affrontement et de la rigidification des esprits où le pathos et l'hubris prennent l'ascendant sur le logos.
L'Ukraine n'est pas le seul exemple, même s'il est celui qui est le plus brûlant. Mais l'on pourrait utilement revenir sur l'épilogue toujours en cours de la situation en Libye qui, rappelons-le, est parti d'une intervention franco-britannique (les américains n'ayant participé qu'à contre-coeur et par solidarité). Avoir désigné les bons et les méchants sans même prévoir l'après Kadhafi est d'une bêtise confondante qui se chiffre depuis en plusieurs centaines de morts post-révolution et une instabilité politique chronique... Ce n'est pas le seul brasier qui continue de couver, déclenché et alimenté par des forces occidentales, d'où la difficile compréhension que nombre de pays Européens, du Canada, de l'Australie et des États-Unis souhaitent envenimer la situation géopolitique globale sur un nouveau front : tels sont les propos de Jean-Robert Raviot qui lâche même la formule de « fuite en avant ».

Si l'on peut trouver Emmanuel Todd horripilant, l'on ne peut lui contester une honnêteté intellectuelle puisqu'il revient sur une de ses erreurs de 2012 qu'il évoque sous la forme d'un « pari foireux ». Mais plus encore lorsqu'il avoue qu'il est très attentif et admiratif à ce qui se déroule aux États-Unis, saluant au passage la presse d'outre-atlantique et d'outre-manche pour sa couverture des évènements internationaux... tout en défendant la posture de la Russie qui est, selon lui, légitime. Pour un esprit borné, il y a hiatus. Pour un esprit qui ne cloisonne pas les idées et les connaissances, il n'y a pas de souci : parler de la course du soleil en évoquant l'Est mais en refusant de préciser qu'il se couche à l'Ouest par dégoût de ce qui s'y trouve serait d'un ridicule fini, c'est pourtant ce qui advient avec certaines analyses tellement partielles qu'elles en deviennent honteusement partiales.

Je vous laisse prendre connaissance de ces entretiens tout en remerciant le site Theatrum Belli pour avoir fait mention de l'entretien avec M. Raviot, sans quoi je serais passé à côté.

L'entretien avec Jean-Robert Raviot sur Radio Courtoisie (en deux parties) :

La nouvelle russophobie : Jean-Robert Raviot... par cdmanon


La nouvelle russophobie : Jean-Robert Raviot... par cdmanon

L'entretien avec Emmanuel Todd sur Europe 1 :

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