mercredi 5 novembre 2014

La démocratie et le vote : pas si consubstantiels

Chers visiteurs, comme vous le savez, j'ai eu dans le champ de mes recherches à m'intéresser de près à la démocratie et à son rapport avec les outils numériques. Et d'en conclure non, le numérique ne sauvera en rien la démocratie.

Ce faisant, l'une des idées reçues est de penser que la démocratie et le droit de vote sont consubstantiels. C'est là une très grande erreur, et en dépit du martèlement quasi-doctrinal opéré chez les plus et moins jeunes, la vérité est qu'il n'est qu'une composante de celui-ci.

Idéalement, la démocratie présuppose que les gouvernés peuvent être les gouvernants. Or, dans les démocraties modernes, la représentativité annihile de facto et de jure cette possibilité puisqu'elle subit deux entraves majeures :
  • la professionnalisation du corps politique (et son incidence visible, le cumul de mandats)
  • la nécessité de disposer d'un  « trésor de guerre » pour emporter une élection d'importance (en France pour 2012, les plafonds de campagne pour le 1er et 2ème tour ont été fixés respectivement à 16 et 21 millions d'euros!)

L'abstention est un facteur qui s'il était réellement pris en compte, de même que le vote blanc et nul, prouverait que les pourcentages au sortir d'élections sont le plus souvent fallacieux et que le véritable vainqueur ne serait autre que... l'abstention!
Un phénomène qui inquiète y compris ceux qui sont élus puisqu'ils comprennent qu'ils ne peuvent à terme se revendiquer d'un mandat (oui, la politique n'est pas une profession mais une charge temporaire accordée par un processus de désignation) dont le soubassement est miné par un nombre ridicule de votants.
Cela est d'autant plus visible lors des élections législatives et pis, européennes. L'élection présidentielle s'en tire mieux avec un niveau avoisinant les 20% d'abstention seulement. Seulement, avec 20% d'abstention vous faites basculer le résultat d'une élection qui se joue souvent entre deux candidats par quelques pour cents. Soit en France la bagatelle de.... 10 millions de voix (en incluant votes blancs et nuls)! Sachant que l'écart entre les deux candidats finalistes de la présidentielle de 2012 française n'était que 1,2 millions de voix, l'on saisit rapidement son importance et l'on entrevoit combien en définitive la victoire de l'un ou de l'autre est souvent abusivement accordée.
Certes des mesures sont en cours : facilitation de l'enregistrement sur les listes électorales et limitation du nombre de mandats. Cependant, le mal est plus profond et ce n'est là que s'attaquer aux symptômes et non aux causes réelles. Je mets à part la loi 2014-172 qui « reconnait » le vote blanc car son intérêt est de suite invalidé par cette disposition : « Ils [les votes blancs] n’entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés ». Donnant l'impression d'une tempête dans un verre d'eau...

Dans ce cas de figure, les initiatives de démocratie numérique sont à encourager mais elles ne solutionnent pas pour autant le problème de fond.

Foin de mots, place à un documentaire didactique qui exprime de façon intelligible quel est le problème de fond et démontre que des solutions existent même si elles remettent en cause un système qui ne répond plus aux attentes de la population et qui capte au profit de quelques uns la parole de tous.

Une réalisation de Moise Courilleau et Morgan Zahnd.


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