samedi 27 septembre 2014

TVR Sagaris : le dernier rugissement?


TVR a manqué de s'éteindre au début des années 2010. Lâché par son investisseur d'origine russe, Nikolaï Smolensky, et repris in extremis par un groupement d'entrepreneurs britanniques. Le bébé de Trevor Wilkinson (1923-2008) faillit bien rejoindre la longue liste des manufacturiers automobiles disparus à l'instar de Marcos ou rachetés mais laissés en jachère tel Simca par le groupe Peugeot alors que ce dernier vient de donner naissance à DS, une nouvelle marque (l'on aurait pu ainsi avoir Simca comme positionné en tant que gamme de véhicules sportifs à bon marché). Pour en revenir à TVR : c'est l'histoire passionnante de passionnés et du hasard.

Tout débute en 1946 avec la création de Trevcar Motors, une société fondée à Blackpool par Trevol Wilkinson et spécialisée dans l'ingénierie automobile. Toutefois, Trevcar (dont on reconnait déjà les trois initiales) ne créé pas de modèles spécifiques mais intervient sur des produits déjà existants. Du moins jusqu'en 1949 où le premier exemplaire original voit le jour. Il faut cependant attendre la Grantura de 1958 (et qui comprendra jusqu'à 4 séries) pour que TVR s'oriente vers la production en série. Un modèle qui emporta l'adhésion du public, et ce n'est que justice au vu de la forme atypique et sportive qu'elle arborait. S'ensuit une rencontre fortuite qui propulsera la firme au rang de constructeur renommé : Jack Griffith, un concessionnaire américain qui eut l'idée de greffer sur la Grantura un V8 Ford pour concurrencer la Shelby Cobra. Ce sera l'acte de naissance de la Griffith 200, une petite bombe attachante et musclée.

Il serait long d'énumérer toutes les productions réalisées mais citons au moins la fin des années 1990 où TVR choisit de délaisser le Rover V8 vieillissant tout en refusant de céder à la motorisation allemande d'où la solution en corollaire de développer son propre moteur : ce sera le AJP 8 qui équipa notamment la Cerbera (pour les modèles 4,2 et 4,5 litres délivrant 360 et 420 chevaux respectivement). Une indépendance qui se paiera cher et qui plombera l'entreprise et son bilan, peu aidée (euphémisme) par une législation européenne étranglant les petits fabricants. Trevor Wilkinson avait déjà passé la main à Wheeler assisté de son designer Damian McTaggart fin 1981. L'esprit perdurait mais les soucis financiers de même. Jusqu'à la sortie de la Sagaris, effective durant l'ère Smolensky mais élaborée dans les grandes lignes sous le précédent dirigeant. Si celle-ci ne sauva pas TVR, elle marqua durablement les esprits par sa forme, son caractère et sa couleur.

La Sagaris tire son nom de la langue perse pour désigner une hache de bataille. Et de belliqueuse, la Sagaris le montre très rapidement de face avec un regard qui indique clairement qu'elle ne veut pas que du bien à celui qui prétendrait la dompter. Dents de requin et yeux qui froncent, tout indique un caractère bestial. Cependant, et en dépit même de l'absence d'aides à la conduite, le véhicule se révèle un bonheur à conduire en raison d'une tenue de route assez remarquable comme l'émission Top Gear le démontrera. Le tout pourtant porté par... 406 chevaux sous le capot pour moins de 1100 kilos! Et doté d'un arrière assez atypique dont deux échappements latéraux perpendiculaires à l'axe du châssis et d'un aileron arrière transparent. Le tout agrémenté d'une sonorité exceptionnelle, faite de ronflements nerveux.
Son air maléfique fera par ailleurs les délices d'une publicité de l'équipementier Pirelli avec le concours de... John Malkovitch et Naomi Campbell. Excusez-du peu.

Ce qui est fascinant est qu'à l'aube des premières voitures connectées, et de l'assistance tous azimuts, TVR persistait à offrir à ses clients un véhicule dénué de tous les artifices modernes : pas d'ABS, pas d'ESP, pas de boîte automatique et... pas d'airbag! Enfin si pour l'airbag mais en option...
Bref, une conduite sportive où l'épreuve exsudait des bijoux de Blackpool. Et qui faisait honneur à la voie choisie par l'industrie automobile anglaise de privilégier le côté racé au détriment d'autres aspects peut-être utiles mais amoindrissant le réalisme et la sensation de conduite. La Sagaris était une bête à maitriser, typique de cette philosophie. Loin du tout électronique. Une faille spatio-temporelle dans l'univers automobile en ce début de XXIème siècle.

TVR pourtant ne saurait forcément se conjuguer au passé et depuis la reprise en 2013 par Les Edgar à la tête d'un groupe d'investisseurs, quelques informations filtrent sur une nouvelle génération de TVR...
Le site officiel : http://tvr.co.uk/
Entretien avec le nouveau responsable de TVR, Les Edgar (en anglais uniquement) : http://www.pistonheads.com/news/default.asp?storyId=27895
L'on notera à ce propos qu'il est relaté que l'esprit TVR perdure dans les simulations sur consoles et PC puisque divers modèles y sont représentés (Gran Turismo 6, The Crew). Une façon de faire perdurer la marque à travers de nouveaux supports en attendant sa renaissance.


Aucun commentaire: