lundi 8 septembre 2014

Rush (2013) : hommage de grand talent par Ron Howard à une discipline et deux pilotes


Je m'étais déjà épanché sur la course automobile, et plus spécifiquement sur celle de la F1 qui accusait un déficit d'intérêt au fil des années, non en raison d'un affadissement des pilotes ou des constructeurs mais de l'aseptisation excessive qui engonçait cette discipline en particulier et les sports mécaniques en général.

Or, j'étais passé à côté d'un film formidable (osons le mot) qui se paye le luxe d'être calqué sur une histoire vraie. En vérité, deux histoires vraies pour être tout à fait exact : celles de l'anglais James Hunt et de Niki Lauda. Deux coureurs de Formule 1 au caractère diamétralement opposé. Le propos aurait pu sembler manichéen si ce n'était la réalité d'une rivalité qui a opposé les deux hommes très tôt, à savoir dès la Formule 3.

Niki Lauda est le descendant d'une ligne d'hommes d'affaires autrichiens. Sa passion pour la course automobile est mal perçue par sa famille avec qui la brouille est sévère et qui le privera pour un temps de fonds qui auraient été les bienvenus. Ce faisant, ses passages chez March tant en Formule 2 qu'en Formule 1 puis chez BRM, s'ils ne lui permettent guère de briller à sa juste mesure, débouchent sur un contrat chez Ferrari grâce à l'appui de son co-équipier démissionnaire. Une élévation laborieuse mais qui en 1974 assure à Ferrari son retour vers la voie du succès même si le trophée suprême reste encore loin en raison de soucis techniques récurrents handicapant sa montée au classement des pilotes.

La trajectoire de James Hunt est erratique mais sa ténacité, la chance et sa jovialité lui permettent de surpasser les obstacles. À tel point qu'un généreux mécène, Lord Hesketh, jeune noble anglais passionné de courses automobiles le recrute et le fait concourir au sein de son écurie Hesketh Racing en Formule 2 puis en Formule 1. Dont la particularité est de refuser toute apposition de sponsor sur le châssis de ses bolides : un dédain tout aristocratique mâtiné de de panache qui avait tout pour plaire à James Hunt.

Un Lauda calculateur, détaché, homme d'une seule femme opposé à un Hunt fêtard, instinctif, couvert de femmes : tout un scénario déjà posé pour une saison de Formule 1 de 1976 prête pour être mythique sur les circuits les plus renommés : Jarama, Monaco, Kyalami, Brands Hatch etc.

Le film réalisé par Ron Howard (dont la célébrité vint devant la caméra avec la série Happy Days puis derrière la caméra avec Willow, Appolo XIII ou encore Da Vinci Code) est maîtrisé de bout en bout : l'on a l'impression d'assister à un docu-fiction. Les scènes interpersonnelles ne brisent en rien la continuité du métrage, elles permettent de mieux cerner les personnages afin de ne pas les réduire à des caricatures. Rien n'est écarté : ni le côté froid, limite détestable de Lauda (incarné par un Daniel Brühl très convaincant), ni le côté gouailleur et désespéré de Hunt (Chris Hemsworth l'interprétant avec une classe folle que n'aurait pas renié son inspirateur). Quant aux moments de course, c'est un régal de tous les instants : l'on est plongé dans des passages à plus de 250 km/h dans les plus grands tracés de l'époque, et les effets spéciaux réussis d'une telle manière qu'on ne les remarque pas de façon à ce qu'ils ne se superposent pas à l'histoire contée.

À ce propos, quelques rapides allusions à la vie des pilotes expriment le pourquoi de leur engagement : loin d'être des trompe-la-mort, ceux-ci sont au contraire parfaitement conscients du danger qu'il courent et du risque de finir estropié, brûlé ou... décédé. Pourtant, ce risque est accepté, bravé par certains mais jamais ignoré. C'est toute une philosophie qui est mise en exergue, une approche de la vie et du sport automobile mêlée. Rien de suicidaire chez ces gens : des motivations personnelles diverses, du courage et le sens du devoir vis à vis de leur écurie et de l'équipe y gravitant.
Ne cachons pas aussi que c'est aussi l'ombre du tragique qui créé les mythes...

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