vendredi 12 septembre 2014

Référendum sur l'indépendance écossaise : l'Écosse a déjà gagné quelque soit le résultat


Sir Sean Connery n'a certainement pas pu s'empêcher de glousser de joie à l'annonce d'un récent sondage donnant le oui, sorry... the yes, en tête du référendum prévu le 18 septembre pour déterminer si indépendance de l'Écosse il doit y avoir. 

Pendant ce temps, les indépendantistes catalans ont martelé en grand nombre les pavés de Barcelone et appuient leur volonté de faire plier Madrid quant à la tenue d'un référendum que l'on sait d'ores et déjà acquis pour le détachement de la région de l'entité fédérale. D'où le refus ferme des instances politiciennes espagnoles suivi d'une décision du gouvernement régional catalan, poussé (acculé?) par une forte pression populaire, pour fixer une date et organiser la tenue d'une élection sur tout le territoire catalan. D'ici le 9 novembre où la Catalogne aura franchi le Rubicon, l'Écosse aura, elle, fait son choix.

Et ce choix, s'oriente de plus en plus vers un score serré. Si le non était largement donné gagnant voici encore un an, l'écart s'est progressivement resserré au fil des derniers mois selon une vieille mécanique des sondages qui veut que le lièvre soit peu à peu rattrapé par la tortue. Le résultat d'un sondage rendu public dans le Sunday Times du 7 septembre a fait l'effet d'une bombe car le oui passait devant le non pour la première fois depuis le début de la campagne. Pis, fin août, Alex Salmond, chef du Scottish National Party et fer de lance du mouvement indépendantiste, s'est illustré très positivement lors de l'affrontement télévisé face à son contradicteur Allister Darling.

Les menaces commencent à fuser devant le danger. Dernière en date, la Royal Bank of Scotland a ainsi annoncé se préparer à délocaliser son siège d'Édimbourg à Londres en cas de victoire du oui.

Quelque soit le résultat réel le soir du 18 septembre, la vérité est que le Royaume Uni en sortira principal perdant.
Tony Blair, alors Premier Ministre et d'origine écossaise, avait obtenu de substantiels avantages pour sa terre d'origine dans le cadre d'une réforme constitutionnelle effective en 1999 (suite au Scotland Act 1998) instaurant notamment une assemblée écossaise (ainsi qu'au Pays de Galles). Rapidement, les indépendantistes sont arrivés au pouvoir, sur fond de crise économique et sur la base d'un discours nationaliste fortement teinté de socialisme. En cas de défaite des nationalistes, Londres n'aura d'autre choix que de faire de larges concessions sur le plan économique (songeons à la rente issue de l'exploitation du gaz de la Mer du Nord), social (des fonds spéciaux pour les zones en défriche industrielle et commerciale) et même sur le plan politique en accordant plus d'autonomie au parlement. L'étroitesse du résultat renforcera cette obligation : un ouf de soulagement serait mal venu puisqu'une nouvelle tentative pourrait avoir lieu une dizaine d'années plus tard avec la probabilité d'un succès probant du oui cette fois là. Mais il peut aussi provoquer une série de mesures pour amoindrir sérieusement à l'avenir l'influence des indépendantistes, à l'instar de ce qui se déroula au Québec après le référendum d'indépendance manqué de peu en 1995 (stratégie de contre-influence qui se solda malgré tout par le scandale dit des commandites).
C'est un choix stratégique à prendre, mais le simple fait même que l'Écosse se pose la question de savoir si elle doit devenir indépendante est cruciale, plus encore que le résultat car il traduit un mouvement de fond. N'oublions pas Victor Hugo qui dans l'une de ses clairvoyances prétendait qu' «il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c’est une idée dont l’heure est venue ».
De fait, même en cas de non, le Royaume-Uni devra composer avec une minorité très forte d'indépendantistes qu'il ne pourra plus ignorer. Soit il planifiera des contrefeux soit il accèdera à des avantages substantiels en faveur de l'Écosse (voire les deux options en simultané), mais dans les deux cas le mouvement indépendantiste ne pourra plus être ignoré et consommera argent, énergie et moyens pour sauvegarder l'unité du royaume.

En attendant, la bataille informationnelle (car c'en est une) va se durcir à l'approche de la date fatidique.

Il est possible de conjecturer que l'Europe est rentrée depuis plusieurs années dans une phase de dislocation et d'émiettement que peuvent difficilement freiner les États-nations, affaiblis par l'atonie économique, menottés par une dette publique irrésorbable et émasculés juridiquement par l'Union Européenne. Le tout composant une Europe qui a perdu son magistère moral et intellectuel sur le monde, et qui peine à intervenir militairement (l'Angleterre pourrait-elle rééditer en 2014 sa campagne de 1982 dans les îles Malouines/Falklands? Rien n'est moins sûr), en sus d'être striée par des revendications à la fois identitaires et sociales. Le fossé béant entre les élus et les électeurs, rendu public de façon magistrale lors des dernières élections législatives européennes, ne joue pas pour peu aussi dans cette situation. Le cas de l'Écosse n'est pas isolé, il est au contraire symptomatique d'une Europe qui se décompose... et qui se recomposera autrement à terme. Sauf si le pouvoir politique en décide autrement, celui de reprendre la main sur une communauté de destin. Mais ceci est une autre histoire comme le veut l'adage...

Le quotidien des affaires La Tribune propose une vision économique et financière, mais pas uniquement, des conséquences possibles en cas d'accession à l'indépendance de l'Écosse tout en s'interrogeant sur la grande peur des dirigeants mondiaux :
http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20140916trib000849146/pourquoi-les-grands-de-ce-monde-ont-peur-de-l-independance-ecossaise.html
La conclusion est sans appel :
« Les cris d'orfraies autour de l'indépendance écossaise ressemblent donc surtout à un mélodrame visant à peser sur le scrutin. Ce sont surtout des cris de panique face à une situation qui échappent à ceux qui pensent pouvoir tout contrôler... »
Reste à savoir si en cas d'obtention de l'indépendance, Sir Sean Connery se délestera de son titre octroyé en l'an 2000 par la reine d'Angleterre... pour avoir contribué au rayonnement culturel du Royaume-Uni!

MAJ : Dans un accès d'inquiétude prononcé publicisé dans le Daily Record du 16 septembre, les trois représentants des principales forces politiques britanniques viennent de se prononcer pour des droits plus accrus en faveur du parlement écossais si les votants choisissaient le non. Corroborant ainsi la teneur du présent billet qui démontre que même en cas de défaite des indépendantistes, l'Écosse en sortira principale vainqueure. Ce qui devait se solder initialement par une déculottée des velléitaires indépendantistes se transforme en chemin de croix au fur et à mesure que l'échéance se rapproche, pour finir par passer sous les fourches caudines.
« Westminster’s main party leaders today set aside their differences to promise that a No vote will mean a stronger Scottish Parliament and total protection for the NHS [National Health Service = Santé publique]. David Cameron , Ed Miliband and Nick Clegg have signed up to a historic joint statement that was demanded by the Daily Record on behalf of the people of Scotland.
In their own words, they pledge to work together to transfer more powers to Holyrood if Scots reject independence on Thursday. »

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