mardi 29 juillet 2014

Été 1914 - Été 2014 : climat de tension


Le parallèle est un peu facile, que l'on m'en excuse, cependant nul ne peut ignorer combien est lourd le climat géopolitique actuel.

L'Union Européenne c'est la paix : 
Cette phrase répétée à satiété comme un mantra impératif à peine d'être anathèmisé peine de nos jours à masquer une décision aventureuse de la part de nombreux États européens risquant de l'entraîner dans un conflit plus ou moins attentatoire à ses populations. Force est de constater que ce n'est plus à l'Union Européenne avec son dernier train de mesures qui est en position d'empêcher une dégradation irréversible de la situation : c'est la Russie qui tient le futur dans ses mains. Soit elle accepte de jouer la carte de la conciliation, soit elle fait le dos rond et laisse passer l'orage, soit elle abdique ou soit elle prend des mesures de rétorsion plus ou moins drastiques. Mais quelque soit le choix opéré par les autorités moscovites, l'Union Européenne n'est plus maîtresse de son propre avenir car signalons que l'un des rares secteurs non visés par la liste est.. l'énergie! Or en autorisant cette absence c'était offrir à la Russie un formidable levier de pression qu'elle ne manquera pas d'agiter.
L'on glosera à terme sur le manque de discernement des représentants européens, décidant de sanctions sur la base d'un évènement tragique, le vol de la Malaysia Airlines MH17, dont les conclusions de l'enquête ne sont pas encore connues (et ne le seront que dans bien des semaines, voire des mois). Un contraste saisissant avec la façon dont, par exemple, l'accident du vol AH5017 s'étant déroulé pourtant dans un pays qui continue de subir les soubresauts d'une rébellion (l'ouest du pays n'est pas sécurisé, exemple des troubles à Menaka) a de suite été classé comme accident alors que les experts sont autrement plus réservés et relèvent la complexité du travail à accomplir.
Il est d'ailleurs significatif que les chefs d'État de l'Union Européenne évitent de s'épancher sur leur propre implication dans la guerre civile en Ukraine, réprouvant le soutien russe tout en occultant leurs appuis à peine masqués (ou malhabilement) au nouveau pouvoir à Kiev.
Il y a là quelque attitude juvénile d'avoir été battu sur le terrain de la realpolitik et de chercher à reprendre la main en se fondant sur n'importe quel prétexte, y compris le plus macabre.

Des sanctions impactantes mais limitées :
Enfin, les sanctions économiques, y compris à l'égard du secteur bancaire. D'une part ces restrictions ne feront pas les « affaires » de la City qui a su par le passé bien profiter de la manne opportune provenant des oligarques russes sans qu'elle n'y trouve grand chose à y redire à l'époque alors que celui-ci provenait d'un pillage des richesses nationales. D'autre part, cette décision compliquera mais n'empêchera pas les activités financières et de crédit de se dérouler. Car la Russie n'a pas que des ennemis et des alliés bien commodes pourront sous-traiter pour elle les opérations les plus urgentes et essentielles. Les montages seront plus ou moins longs à mettre en oeuvre mais ils seront effectifs à terme.
Bien plus problématique sont les conséquences collatérales : les coopérations, comme par exemple la lutte contre les activités terroristes, seront gelées pour une durée indéterminée. Sans parler des échanges scientifiques. Et n'oublions pas le domaine spatial où les lanceurs Soyouz doivent mettre sur orbite plusieurs satellites de la constellation européenne Galileo (le concurrent du GPS américain et du Glonass russe). La Russie pourrait faire pression à sa façon sur ce secteur.

Le gaz, pas le même enjeu pour tout le monde :
Si l'Angleterre travaille au corps les autres membres de l'Union Européenne pour alourdir autant que possible les sanctions, elle peut s'y employer sachant qu'elle n'en dépend ni directement ni indirectement. Ce qui n'est pas le cas pour bien d'autres membres, en premier lieu l'Allemagne mais aussi la France et les Pays-Bas qui possèdent des actions au sein de Nord-Stream AG, en sus d'être approvisionnés par les gazoducs.
Les autorités anglaises, que l'on sait désireuses de protéger leur souveraineté (rappelons qu'un référendum de sortie de l'Union Européenne est prévu par son Premier Ministre David Cameron, lequel pourrait avoir lieu en 2017), ce dont on ne saurait leur en faire grief, n'en manipulent pas moins d'autres États-membres se trouvant pourtant en première ligne d'une série de rétorsions que Moscou pourrait prendre si ses officiels en venaient à perdre patience et espoir d'être écoutés en lieu et place d'être sempiternellement sermonnés.

Washington montre les dents pour défendre le dollar : 
Si l'on peut légitimement invoquer Edward Snowden ou la Syrie comme origine de l'ire et de la détermination du Président américain Barack Obama, il est en réalité un fait noyé rapidement dans le flot des informations : la naissance d'une nouvelle entité financière de stature internationale, la banque des BRICS.
Celle-ci vise à consolider les économies de chaque État-membre (à savoir le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud) mais en filigrane, c'est à terme la remise en cause de la suprématie du dollar qui est en jeu, ainsi que des institutions qui sont peu ou prou liées à l'État américain comme le Fonds Monétaire International ou la Banque Mondiale. Certes les cinquante milliards de dollars de capital initial pèsent fort peu dans la balance en comparaison avec ses concurrents mais l'aboutissement du projet en lui même et son possible développement est un risque majeur pour la suprématie du billet vert.
L'affaire n'est pas anodine bien qu'elle n'eusse pas fait l'objet d'un grand retentissement mais elle est grosse de complications géofinancières et géopolitiques.
Le raidissement des autorités américaines, plus que le soufflet de la Crimée, tient en partie à cette crainte d'un déclassement. Si la Chine est intouchable pour l'heure (première puissance créancière des États-Unis avant le Japon) et que les autres pays manquent encore d'envergure internationale, la Russie est une cible toute désignée qui a l'avantage de focaliser sur elle ressentiment et fantasmes.

Double langage
Il ressort de toute cette agitation une détestable sensation qu'il s'agit de punir la Russie. Et depuis des années, la position ne cesse de se durcir alors même que la Libye, l'Afghanistan, l'Irak sombrent dans le chaos, paraphant le bilan des dernières interventions occidentales de par le monde. Cruelle ironie qui tend à attester que nous sommes désormais entrés dans le temps de la déraison diplomatique. Alors que celle-ci autrefois évitait la guerre, elle la prépare dorénavant...

Le texte du Conseil Européen (au format PDF)

MAJ : Les services sanitaires russes ont décidé de la suspension de toute importation de fruits et légumes en provenance de Pologne. Une mesure en guise d'alerte en attendant d'autres répliques qui toucheront vraisemblablement en priorité les pays jugés inamicaux envers la Russie.

PS : le présent billet ne s'inscrit pas dans le dossier Été 1914 d'Echo RadaR.

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