lundi 2 juin 2014

Crise en Ukraine : sanctions américaines et cyberstratégie russe


Conséquence de la crise perdurant en Ukraine, et incitant les occidentaux à prendre des sanctions par degrés successifs, un impact cyberstratégique pourrait bien avoir lieu avec l'obligation pour des sociétés informatiques américaines de se conformer à celles-ci.

Reprenons depuis le début. L'Union Européenne et les États-Unis d'Amérique entendent faire pression sur la Russie suspectée depuis le début du mouvement anti-Yanoukovitch débuté le 21 novembre 2013 de manipuler la politique ukrainienne. Les évènements sanglants place Maïdan, la fuite de Yanoukovitch vers la Russie, le retour de la Crimée au sein du territoire russe et les mouvements de défiance des régions russophones ont acté une dissociation des intérêts russes et occidentaux concernant l'Ukraine, qui est, rappelons-le, un pays frontière au même titre que le Bélarus avec tout ce que cela suppose d'opportunités comme de risques.

La première grande décision symbolique fut pour les États de l'Ouest de refuser de se rendre au G8 des 4 et 5 juin en Russie, à Sotchi. Bien que cette décision n'impactait guère le cours des décisions internationales, et a même peut-être réjoui les habitants de la localité dont la vie aurait été passablement compliquée, elle fut censée être suffisamment claire pour indiquer à la Russie que l'Ukraine resterait sous la vigilance des occidentaux.

Plus problématique pour la Russie en revanche furent les sanctions américaines et européennes frappant des proches (ou supposés tels) du président Poutine dont Alexeï Pouchkov, un conseiller présidentiel. Interdisant à la fois leur séjour sur le sol américain mais aussi le gel de leurs avoirs. Suivant en cela une gradation de crise régionale en Ukraine qui culmina avec la tenue du référendum dans les zones à tendance sécessionniste. Mentionnons que ces noms sont ajoutés en sus de ceux faisant déjà l'objet de restrictions en raison de l'affaire Magnitsky et qui a encore récemment été remise à jour.

Les personnes physiques n'ont pas été les seules visées, bien que ce soit l'aspect le plus spectaculaire et visible de telles mesures (nous sommes là encore dans une guerre informationnelle) : les personnes morales russes payant aussi le tribut de la vindicte américaine.
Auparavant, seule Chernomorneftegaz, une société sise à Sébastopol et spécialisée dans le transport et la distribution du gaz dans la péninsule de Crimée, avait encouru les foudres du département du trésor.
Précisons que ce stade des sanctions demeure non européen, car jusqu'à ce jour les dirigeants du vieux continent n'ont aucunement pris de décision sur le plan économique, sans aucun doute rétives à pousser plus loin leurs pions à la fois pour assurer leur sécurité énergétique et pour la possibilité d'une sortie de crise diplomatique

Un élément cyberstratégique se doit d'être relevé : la liste de ces sociétés mises à l'index sont désormais insusceptibles de pouvoir passer commande auprès de sociétés américaines (voire étrangères en raison de l'extraterritorialité de ces lois, application qui mériterait un développement conséquent à lui tout seul), ce qui implique la mise à disposition comme la mise à jour ou le dépannage de logiciels ainsi que l'acheminement ou le remplacement du matériel informatique ainsi que l'arrêt de toute prestation de service liée. De fait, Oracle, Symantec, Hewlett-Packard et Microsoft ont déclaré se conformer strictement à cette décision. De poids lourds du secteur qui posent crûment la question de la souveraineté cyberstratégique en le domaine. Sans omettre la potentialité de portes dérobées (backdoors) à même les produits logiciels et matériels.

Paradoxalement, cette sérieuse mise en garde de l'importance de mastodontes américains du secteur pourrait accélérer les programmes de la Russie en matière de stratégie informationnelle et redonner de l'importance à disposer d'entreprises du numérique nationaux. Ce que mentionnait avec insistance le document clef de novembre 2013 relatif à cet enjeu et qui présente une analogie loin d'être fortuite avec le Brésil, très en pointe depuis plusieurs mois ces questions.
Une cyberstratégie explicitée au sein de l'ouvrage Cyberstratégie russe disponible sur les sites des éditions Nuvis, d'Amazon, FNAC, Payot et de toute librairie en ligne.


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