vendredi 7 mars 2014

Urban Racer : un Fast & Furious russe qui va droit dans le mur sans passer la seconde


Si la série des Fast & Furious (RIP Paul Walker) a suscité beaucoup de répliques oscillant en règle générale entre la caricature et le grotesque. Pour ne rien cacher, et même en étant indulgent envers la production cinématographique soviéto-russe, celle-ci mérite son quota de tomates pourries lancés à grand renfort de protoxyde d'azote sur l'écran... Urban Racer (Стритрейсеры en version originale) promet énormément dès le départ.

Le couple recruté pour donner corps à cette histoire est composé de Marina Aleksandrova et d'Alexeï Chadov (Fantassins en première ligne, déjà relaté sur ce site), deux acteurs relativement chevronnés qui peuvent se prévaloir d'une expérience des plateaux de tournage... mais pas des circuits malheureusement. Un constat qui s'affiche dès le premier quart du film où l'on comprend que la boîte de vitesse n'a pas été soumise à rude épreuve par les intéressés. En outre sur le plan de l'interprétation, l'on peut légitimement se demander s'ils n'ont pas eu des problèmes de versement de cachets tant leur jeu est insipide, empesé et plat comme un moteur de Twingo.

Le scénario tient sur une feuille de papier cigarette : un tankiste, Stepan, arrive au bout de son service militaire et revient tout naturellement à Saint-Pétersbourg travailler au garage de son père en compagnie de son frère. C'est là qu'il rencontre Ekaterina une adepte des courses nocturnes. La suite est cousue de fil blanc et l'on peut juste ajouter qu'il y a un méchant au volant d'une Lada... ah non pardon, d'une Nissan 350Z. Au moins un véhicule qui a de la « gueule » aux côtés de la Ferrari 348 GTB qui partage aussi les faveurs de l'écran parce que la Toyota Celica rose bonbon que l'on voit dès les premières minutes et un certain nombre de fois par la suite, ça fait tout de même tache dans le décor des trompe-la-mort sur asphalte. Il serait désobligeant d'insister sur certaines scènes affligeantes comme la scène lascive dans les pots de peinture, le conducteur récalcitrant qui se fait cogner par des hargneux à qui mieux-mieux mais sans la moindre ecchymose ou filet de sang, les course-poursuites qui ont l'air de se dérouler au premier tiers du compteur (ah ces virages pris tranquillement au ralenti...), les Lada Samara de la police faisant jeu égal avec une Mercedes-Benz 190 survitaminée... Il est préférable de tirer là le rideau des incohérences, préférant laisser au site Nanarland le soin de répertorier le tout.
Seul moment légèrement jouissif : lorsque le z(h)éro(s) redonne une seconde vie à une antique GAZ M-20V Pobieda allégée et gonflée au taquet pour l'occasion.

Pour résumer, Urban Racer est un dérapage incontrôlé du cinéma russe, à tel point que l'on se demande si le réalisateur n'a pas passé la majeure partie de son temps à la datcha plutôt que de diriger tout ce petit monde. Lequel petit monde nous fait bien saisir qu'il ne comprend pas trop ce qu'il fiche là. Qui plus est, celui qui aurait du être un chef d'orchestre responsable semble avoir découvert à retardement le tuning criard au moment où la mode a passablement déserté le mauvais goût de ce côté de l'Europe pour se focaliser sur l'optimisation des performances et même chercher la touche esthétique. Dernier point, si à quelques moments l'on devine bien qu'il s'agit de Saint-Pétersbourg en toile de fond urbaine, la cité impériale n'est guère mise à profit sur la pellicule au grand dam de ceux qui auraient apprécié apercevoir quelques jolies cartes postales.

Seule note réellement positive : après comparaison entre la version originale et la version française, le doublage est de bonne facture. Cela reste tout de même trop peu pour rattraper cet accident cinématographique.

Si vous souhaitez de l'exotisme et de l'adrénaline sur bitume fumant, alors laissez-vous plutôt tenter par l'épigone allemand Autobahnraser, renommé Autoroute Racer en France (merci pour la traduction bâtarde) qui a le grand mérite de fournir une réelle impression de vitesse sur des véhicules qui ne sont pas fardés comme des camions volés. Le tout sans s'embarrasser d'inutiles dialogues larmoyants et tout en réussissant  à faire sourire lors de certains passages.


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