vendredi 14 février 2014

Légalité contre légitimité : y a-t-il vraiment débat?


Réflexion relativement courte suite à une discussion que j'avais amorcée dans le cadre du Forum Mondial de la Démocratie en off en compagnie de quelques participants.

L'on oppose souvent légalité et légitimité. Ce n'est ni à tort ou à raison mais plutôt les deux. En vérité, il s'agit surtout d'une conjonction de circonstances et d'aménagements institutionnels.

La légalité tire sa force de la légitimité, ce qui revient à dire que sans elle, tout ce qui découle de la légalité ne saurait avoir de fondement stable et pérenne. Certes, cela ne signifie pas que les tenants des structures légales soient incapables de s'imposer mais leur déficit de légitimité les conduit le plus souvent vers la surenchère : qu'elle soit de nature financière (achat de la paix sociale), communicationnelle (désinformation) et policière (répression de toute force contestataire), chacune dans des proportions variables et pouvant être cumulées. La conclusion est le plus souvent funeste : elle résulte généralement en un tarissement des forces vives, une implosion par l'impossibilité de juguler toutes les forces résistances (y compris de manière passive), une fuite en avant par méconnaissance de la réalité et parfois, vers un conflit inter-étatique.

De la même manière, la légitimité peut exister sans la légalité. La légalité sert le plus souvent à lui donner une visibilité et une stabilité même relative car la légitimité est sensible aux revers de fortune pouvant prendre la forme d'impondérables (ex. maladie) ou de vicissitudes provoquées (ex. diffamation). La légitimité est souvent la rencontre d'aspirations initiales et de réponses à celles-ci. Que ces dernières ne soient pas encore matérialisées ou non. Cette légitimité trouve généralement sa source dans la compétence, l'expérience et la renommée d'un individu.

Dans un idéal-type, l'élection permet la rencontre de la légitimité et de la légalité. En théorie seulement. En pratique il y a de sérieuses distorsions et discussions en la matière. Ainsi quel crédit peut-on accorder à une élection qui ne présenterait aucun candidat capable de remplir la fonction en jeu, et qui sanctionnerait un choix par élimination et non par adoption? Pis, à quoi servirait une élection dont les différents participants ne sont que des décalques d'un même programme? C'est là l'un des enjeux démocratiques des années à venir où le vote tel qu'il est pratiqué actuellement rencontre ses limites, et surtout s'enlise dans une politique unique, ce qui l'affaiblit et lui retire progressivement sa légitimité. Ne restera à terme que le côté légal sans que pour autant il ne reçoive l'assentiment général. Si les votes contestataires ou l'abstention sont des dérivatifs, ils ne constituent pas des solutions au problème posé puisqu'ils sont les stigmates de cette impasse. L'autre versant critique se situe quant à l'abondance de l'aspect communication pour vendre les qualités supposées d'un individu à une population afin de le légitimer a priori ou a posteriori : cela se produit dans le champ politique mais peut être extrapolé vers les domaines artistique, sportif ou entrepreunarial. C'est un travers qui n'a eu de cesse de progresser ces dernières décennies avec l'avènement des médias de masse (excepté Internet qui en raison de son architecture décentralisée est plus difficilement régulable et orientable que les autres médias).

D'où l'intérêt soit de rénover un système qui manifestement ne répond plus aux attentes et à son temps en l'ouvrant aux technologies contemporaines (qui pour certaines datent déjà d'une bonne dizaine d'années), tout en faisant intervenir plus largement le demos, c'est à dire la population. Ainsi qu'en offrant la parole et la possibilité d'actions à un panel d'experts en lieu et place d'aréopages d'affidés ou de retraités du corps politico-social dont sont composés de trop nombreux conseils et autres comités. Soit de prendre le contre-pied du phénomène et de proposer un mode de sélection non basé sur la légitimité intrinsèque mais sur la structure de l'élection (ex. la stochocratie, désignation par tirage au sort) où la légitimité tiendrait à l'égalité absolue devant le hasard, pondérée le cas échéant par un jury filtrant les candidatures farfelues, sur des critères rationnels.
Mais peut-être aussi serait-il bon que les dirigeants cessent de croiser les doigts en ayant l'oeil fébrile fixé sur les indicateurs économiques? Le propre d'un politique, et au fond sa légitimité, est qu'il puisse avoir une action sur une communauté de destin et non de s'en remettre à des facteurs qu'ils ne comprend et ne veut maîtriser.

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