lundi 25 novembre 2013

Forum Mondial de la Démocratie 2013, seconde édition « Retisser la démocratie : connecter les institutions avec les citoyens à l'ère du numérique »


Le Forum Mondial de la Démocratie est de retour à Strasbourg où je m'y rendrai derechef les 27-28-29 novembre pour participer et assister aux différents laboratoires mis en place par le Conseil de l'Europe et ses partenaires.

Si la première itération avait surtout pour objectif de donner la parole à un maximum de personnalités oeuvrant dans des secteurs divers en mélangeant politiques et experts sur des problématiques déterminées (j'étais par exemple intervenu sur la question des nouveaux médias et des (r)évolutions démocratiques en insistant sur le rôle d'Internet en tant que courroie et non moteur des bouleversements contemporains), la deuxième édition passe un cap en ne demandant plus de lister et d'analyser les éléments de réflexion mais plus clairement désormais de proposer et de faire acte de projets potentiellement attractifs et démocratiques.

C'est la raison de ma présence en tant qu'expert au sein du laboratoire numéro 1 où le concept de Démocratie liquide va être exposé par le Piraten Partei d'Allemagne, puis débattu devant un parterre de responsables politiques intéressés et de spécialistes, dont votre hôte. De l'analytique au prospectif, telle est l'ambition en 2013 des organisateurs, et ce sur près de 21 (!) laboratoires au total qui feront en outre l'objet d'une évaluation par les internautes et les participants au forum.
L'ère du numérique sera le fil rouge du Forum puisque l'ensemble des projets prend pour base l'avènement d'une révolution technologique majeure et des moyens de la maîtriser ou l'accompagner pour en tirer le meilleur. C'est d'ailleurs l'annonce effectuée en ce sens dans sa version anglaise : « Re-wiring Democracy: connecting institutions and citizens in the digital age »
France, États-Unis, Allemagne, Brésil, Irlande, Portugal etc. difficile d'énumérer toutes les délégations présentes et leur annonce mais le fait est qu'il sera loisible de s'intéresser à des thèmes aussi variés que le budget participatif à l'agora virtuelle en passant par le crowdsourcing dans le processus législatif ou encore le concept de Wikicity.

Riche, très riche sera cette édition encore plus prometteuse que la précédente. Ce qui n'est pas peu dire!

Je reviendrai effectuer un compte-rendu sur le sujet après clôture de la session, voire en vous communiquant les rapports officiels qui sortiront de ce grand messe, et surtout de cette initiative dont j'aurais eu l'honneur d'apporter mes observations critiques en même temps que mes encouragements les plus sincères.
Tout au plus puis-je déjà vous signifier quelques questions que je me suis permis d'adresser Jens Seipenbusch, le fondateur et représentant du Parti Pirate allemand : le projet de démocratie liquide, doit-il se faire avec, contre ou sans les partis politiques? ; est-il prévu des garde-fous pour éviter que le système de révocation n'engendre une instabilité chronique? ; dans le principe de délégation de vote à des spécialistes d'un sujet particulier, existera-t-il une réserve d'experts déclarés, ou est-ce juste par affinité? ; considérant que les propositions centralisées sur un sujet précis peuvent parfois susciter de longues réactions et de contre-propositions, quand est gelé est le processus pour qu'un vote puisse avoir lieu? ; si le scrutin est transparent, ne risque-t-il pas d'y avoir pression sur l'un ou les votants d'un sujet polémique? ; est-il prévu une pondération des votes et des propositions ou existe-t-il une prépondérance implicite d'un membre votant ou instigateur d'une proposition sur un autre parce qu'il serait plus ancien et plus participatif?
http://www.coe.int/web/world-forum-democracy/lab1_

D'ores et déjà je remercie l'équipe de Radio France Internationale de m'avoir permis de m'exprimer sur le sujet, même si comme toujours il est particulièrement compliqué de développer dans les quelques minutes imparties (lien en fin de billet).

Pour information complémentaire:

Le Forum réunira quelque 1700 participants – représentants de la société civile, élus, responsables politiques, représentants des médias – de 130 pays pour débattre d’initiatives visant à stimuler l’engagement des citoyens et concevoir de nouveaux modèles de participation démocratique.

> Le Forum sera ouvert par Abdou Diouf, Secrétaire Général de La Francophonie, Amin Maalouf, écrivain et membre de l’Académie française, Irina Yasina, journaliste et activiste russe, et d’autres personnalités internationales.

> Les participants au Forum et les internautes remettront un prix de l’innovation démocratique aux initiatives les plus prometteuses parmi la trentaine débattue dans le cadre des laboratoires d’idées.

> Le Prix Giovanni Falcone 2013 sera remis à trois lauréats dans les domaines de la justice, de la démocratie et des droits de l’homme. 


Site officiel (français/anglais) : http://www.coe.int/web/world-forum-democracy

Entretien sur Radio France Internationale :

http://www.rfi.fr/emission/20131129-yannick-harrel-expert-charge-cours-cyberstrategie-economique-financiere

Alors que les élections européennes approchent, le Conseil de l’Europe clôturait vendredi son Forum mondial consacré à la démocratie. Chercheurs, responsables politiques, représentants de la société civile se sont rencontrés cette année pour évoquer le rôle que les outils numériques peuvent jouer dans le débat démocratique. A l’heure où les Européens boudent de plus en plus les urnes, les réseaux sociaux et la démocratie participative apparaissent comme des moyens pour retisser des liens entre citoyens et dirigeants. Dans ce débat, ce que l’on appelle la « démocratie liquide » apparaît comme une piste intéressante. Ce concept est particulièrement mis en avant par le Parti pirate en Allemagne. A mi-chemin entre démocratie participative et démocratie directe, ce système s’appuie sur Internet pour inviter les électeurs à participer au débat politique.
Yannick Harrel, expert et chargé de cours en cyberstratégie économique et financière, a participé au Forum mondial sur la démocratie. Il est intervenu à cette occasion dans un labo/débat consacré à la démocratie liquide.

Pour information complémentaire :

mercredi 20 novembre 2013

Into the White : piégés en pleine tempête


Into The White est un film de guerre atypique. Dérangeant comme captivant. Plongé pour l'essentiel du métrage dans un huis-clos hivernal. Gratifiant le spectateur de quelques moments à forte puissance émotionnelle.
Réalisation binationale mais 100% scandinave (Suède et Norvège), le bouquet d'acteurs n'a rien de flamboyant : seul l'anglais Rupert Grint dispose d'une aura internationale, tout comme dans une moindre mesure son compatriote Lachlan Nieboer dont la renommée a percé récemment grâce à la série Dowton Abbey. En dépit de ce déficit en célébrités de premier ordre, la composition de l'ensemble du corps actoral est de grande tenue, et le fait d'avoir réuni de vrais allemands et de vrais anglais n'en est que plus judicieux et saisissant. Tout autant que le travail sobre et léché du réalisateur Petter Næss achevant de donner au tableau un sérieux apprécié..

Parlons du scénario. 
27 avril 1940 : la seconde guerre mondiale a débuté depuis septembre 1939 en Europe et malgré quelques succès tactiques polonais, la machinerie nazie vole de victoire en victoire et s'approprie une grande partie de la Pologne. Sur le front ouest, les forces britanno-françaises décident de mener une offensive indirecte en Scandinavie mais sont prises de vitesse par les forces ennemies qui capturent le Danemark et avancent vers la Norvège. Dans la précipitation, deux opérations sont menées : l'une à Trondheim et l'autre à Narvik. Ce sera l'origine de la bataille de Narvik entre le 10 et le 13 avril 1940 dont la vision stratégique repose sur la cessation de l'approvisionnement en matières premières de Scandinavie vers l'Allemagne par ce port norvégien.
La campagne norvégienne suscite des accrochages sévères, et chacun d'entre eux fait pencher la balance un peu plus du côté nazi jusqu'à l'inexorable décision de retirer les troupes alliées pour leur éviter d'être piégées (ce qui vaudra à ce titre la démission de Neville Chamberlain au profit de Winston Churchill).
Les cieux payèrent eux aussi le tribut des morts au combat, et c'est durant cet affrontement plusieurs milliers de pieds au-dessus des cimes nordiques que commence l'histoire : par l'atterrissage forcé d'un Heinkel He 111 touché par un chasseur-bombardier Blackburn B-24 Skua. Ses trois occupants vont après un intermède en pleine tempête de neige se retrouver contraint de prendre leurs quartiers dans un refuge en territoire totalement inconnu. Et ce territoire réduit à quelques mètres carré devient même piégeux lorsque les occupants de l'appareil britannique qui a abattu leur avion se retrouve à proximité de l'endroit. 

Les premières minutes illustrent à merveille, sans fioriture technique pourtant, ce à quoi vont être confrontés les rescapés. Une beauté froide, immaculée et létale. En vérité, la mort blanche est un acteur central du récit.
Le second acteur non crédité est les relations interpersonnelles entre deux groupes antagonistes en quasi huis-clos. Le propos par ailleurs ne cède aucunement à l'angélisme. La tension existe, se fait ressentir et les personnalités des uns et des autres sont mises à l'épreuve.

Propre dans sa réalisation, l'histoire est magnifiée par une interprétation de grande tenue et cette indécision qui pèse lors d'actions parfois anodines mais se révélant complexes à gérer en un endroit qui n'est ni un camp de prisonniers ni une zone neutre. Le scénario sans être exceptionnel sait générer parfaitement les retournements et les questionnements. Il n'est pas possible de le relater en détail ici sans déflorer ce qui fait le charme de cette production.

Au final, l'on en ressort avec un sentiment singulier. Lequel ébranle des certitudes, si tant est qu'il y en avait au départ.
Et puis, comme le disait si bien Charles Aznavour dans ce sublime film qu'est Un taxi pour Tobrouk porté par la verve du paroliste Michel Audiard : « À la guerre, on devrait toujours tuer les gens avant de les connaître. ».

Dernière indication : le tout est inspiré d'une histoire vraie s'étant déroulée près de la municipalité de Grotli en Norvège.

dimanche 10 novembre 2013

Un fonds d'investissement franco-russe pour doper les échanges bilatéraux


C'est sur le site de la Caisse des Dépôts et des Consignations que l'on trouve le lancement officiel de ce fonds qui a été annoncé le 1er novembre dernier :

Le Fonds d’investissement franco-russe (RFIF), doté d’un 1 Md€, a été lancé le 1er novembre à Moscou par CDC International et le Fonds russe d'investissements directs (RDIF) en présence du Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, et du Premier ministre russe, Dmitri Medvedev. 

Le RFIF sera mis en place conjointement par CDC International, filiale du groupe Caisse des Dépôts, et RDIF. La création du fonds s'inscrit dans le prolongement du protocole d'accord signé par les deux parties en février 2013*. Il permettra de renforcer les opportunités de coopération économique entre les deux pays en drainant des investissements attractifs dans des secteurs et des classes d'actifs très diversifiés, contribuant ainsi à la croissance et à la prospérité des économies françaises et russes.

RDIF = Российский Фонд Прямых Инвестиций (РФПИ), c'est à dire Fonds russe d'investissement direct, pilotée par la banque publique Vneshekonombank (VEB) détenant 100% des parts sociales. Ce fonds disposerait théoriquement d'une réserve de 10 milliards de dollars (7,4 milliards d'euros).

 Si l'on peut légitimement saluer l'émergence de ce pot commun (qui n'est pas le seul puisque la Chine par exemple a bénéficié de ce même partenariat financier), l'on est en demeure légitime de se demander quels seront les secteurs visés, le mode d'attribution des subsides et le suivi réel des dépenses et des réalisations concrètes, et ce dans l'intérêt des deux parties contractantes.

Rappelons que les échanges franco-russes ont toujours du mal à décoller : en 2012 la France s'est placée à la 17ème place en tant que client de la Russie tandis que la Russie est pour la France son 7ème fournisseur. Reste le contrat des quatre BPC Mistral à la haute portée symbolique.
De façon connexe, la Chine a confirmé son emprise sur le marché russe en devenant, de loin et devançant largement l'Allemagne, son premier fournisseur. Si l'on y ajoute la Corée du Sud, le Japon, le Kazakhstan, l'on constate que les pays asiatiques représentent 22,2% des produits et services en Russie. Si l'Europe reste son approvisionneur majoritaire (encore que si l'on regroupe les quatre  premiers pays européens exportateurs vers la Russie, à savoir l'Allemagne, l'Italie, la France et la Pologne, nous n'arrivons qu'à 19%), le balancement économique vers l'Asie se fait ostensiblement sentir année après année. Un regain cependant est à atteindre une fois que les accords tarifaires en droite ligne de l'OMC seront votés par les chambres russes et validés par l'exécutif (une période qui s'échelonnera jusqu'en 2020).

Je vous invite à cet effet à consulter le document mis à disposition par le Ministère de l'Économie pour prendre connaissance des conséquences de l'entrée de la Russie au sein de l'OMC voici un an.

MAJ : Un fonds similaire a été formé et officialisé le 13 novembre dernier avec la Corée du Sud, dont le montant est fixé prévisionnellement à 500 millions de $ (soit 370 millions d'euros). Une fois encore, c'est le fonds RDIF qui est sollicité.

Crédit illustration : RIA Novosti

lundi 4 novembre 2013

Democracy 3 : un ludiciel pour mieux appréhender les rouages d'un régime démocratique


Démocratie. Demos, Kratos : peuple et pouvoir. Tout un programme conceptualisé, émergé et appliqué depuis les temps anciens, dont les ressorts nous sont parvenus par les récits de doctes philosophes ayant vécu, subi et loué des régimes ayant eu cours de par la Méditerranée.
La finesse des penseurs de l'Antiquité en était arrivé à dégager les principaux types de régimes et leurs subtilités. Ainsi la démocratie était-elle généralement assimilée au... tirage au sort! La stochocratie pour reprendre un néologisme. En effet, certaines charges étaient échus par ce procédé aux bouleutes (les législateurs) et aux héliastes (les magistrats). Toutefois, c'est le mandat représentatif qu'a retenu l'époque contemporaine. Que cela soit pour l'aspect législatif (les assemblées) ou exécutif (le gouvernement). Encore faut-il bien préciser que le suffrage a subi nombre d'évolutions, et de tâtonnements, au cours des derniers deux-cents ans pour aboutir au suffrage universel direct ou indirect, selon les pays et le type d'élection, qui prévaut de nos jours. Et ce toujours dans le même but : désigner celui ou ceux qui endosseront la charge de la gouvernance.

Or, gouverner implique de prendre des décisions. Lesquelles ne sont jamais sans conséquences.
Bien entendu, il est possible de jouer une politique d'attentisme, d'immobilisme, de point mort absolu avec pour résultante finale de faire peu mais sans faire mal. Pareille stratégie politique se révèle néanmoins inopérante à la tête d'un État irrigué par des flux constants, a fortiori en situation de crise multi-factorielle. Un État endetté par exemple se doit de résorber sa dette, à la condition d'une part que celle-ci soit le fruit d'investissements d'intérêt général et légitime (cf. concept de dette odieuse). Pour autant, le monarque ou président ne peut agiter toutes les manettes comme il l'entend : certaines dépenses sociales sont plus aigües que d'autres, certains postes de la fonction publique sont un vivier de voix électorales, dévaluer n'est possible que si l'on n'a pas souscrit à un accord monétaire interdisant pareil procédé etc. 
Malgré tout gouverner implique de prendre des décisions... sur le moyen et long terme. Une lapalissade moins évidente tant certains gouvernants n'agissent qu'au gré du vent tel des coqs de clocher, sans sembler le moins du monde avoir de ligne politique directrice claire. De plus, quand bien même existerait-elle dès le départ il y a facile à perdre l'orientation d'une politique générale en succombant à diverses revendications communautaristes, ou face à des lobbies économiques.

Et pour rythmer le tout, les élections s'imposent de manière périodique où il ne suffit plus de contenter les adhérents de sa propre formation mais de rassembler au-delà dans le cas d'une magistrature suprême. Certes, compter sur l'usure du pouvoir et la médiocrité du bilan d'un gouvernant précédent peut aider mais ne suffit pas toujours. Surtout si l'on est soit même très limité en qualités.

C'est tout l'attrait de cette simulation sérieuse que délivre les anglais de Positech Games.
D'emblée l'on est perdu dans une toile d'araignée de réseaux et noeuds, et l'on se demande bel et bien comment gérer tout ce système?
Pourtant, l'on y arrive car l'on se rend compte au cours des premières minutes de jeu que tout a été pensé pour l'ergonomie : la disposition des noeuds comme l'utilisation de couleurs facilitant énormément la tâche (le rouge pour les situations de crise, le bleu pour l'état de situation et le blanc pour la gestion politique possible), de même que le côté hyperliens qui permet rapidement d'avoir une situation d'un facteur donné. Une interface à la souplesse et sobriété réussies, et ce n'est pas peu dire qu'elle ne peut qu'aider à y voir plus clair.

Petit à petit vous allez comprendre que certaines catégories très actives auprès de vous pour faire évoluer des lois en faveur de leurs idées ont cependant une résonance sociale moindre que d'autres plus silencieuses mais pouvant faire basculer une élection à terme : c'est la théorie de l'écran bien reproduite dans ce logiciel.

Autre élément passionnant : le recrutement de ministres. Vous pouvez tout naturellement piocher dans votre propre camp, c'est même conseillé au départ. Et tenter, une fois les mécanismes mieux assimilés, une ouverture vers d'autres horizons politiques. Manoeuvre plus ardue qui bien gérée est à même de rehausser votre cote de popularité et même de vous attirer, dans un marge limitée (n'espérez pas faire le grand écart), un électorat non acquis de prime abord. Toutefois, toujours bien prendre en considération qu'un ministre « atypique » dans une formation de couleur politique homogène peut rapidement se sentir déphasé et claquer la porte! D'où la nécessité d'écouter celui-ci de temps à autre et d'agir en conséquence. Il est aussi possible en lieu et place de vieux briscards miser sur des jeunes loups, qui peuvent au fil du temps apprendre et s'améliorer dans le domaine où ils sont placés (chaque ministre a un ou des domaines de prédilection, avec une sensibilité particulière pour les appréhender) : dans ce cas, privilégiez la fidélité pour être en mesure de le conserver suffisamment de temps afin qu'il s'améliore mais en prenant le risque croissant de vous attirer les foudres des administrés et une rentrée de fonds moins conséquente. Possibilité est aussi offerte d'opérer un changement ministériel général : utile à la condition d'être judicieux... et d'avoir un réservoir de talents disponibles!

Attention, l'avancée dans le jeu est limité de façon réaliste en ce sens que l'on ne dispose au départ que de quelques points de capital politique. Ces points sont là pour prendre des décisions majeures (entendre par là ne pas s'abaisser à commenter une affaire digne d'un fait divers) en suivant le credo que l'on s'est fixé. Vous agirez par conséquent sur des curseurs afin d'octroyer plus ou moins de fonds à une action, tout en prenant en considération que les effets ne sont pas immédiats mais étalés dans le temps. Ces points augmenteront, ou diminueront, en fonction de leur emploi et de l'efficacité de vos ministres à leur tâche. Le concepteur de la simulation a poussé le réalisme jusqu'à offrir au joueur un répit les premiers tours de jeu après l'élection, symbolisant la période dite « lune de miel » entre le dirigeant (ré)élu et le peuple.

Les menaces se font aussi jour au fil du temps et le terrorisme apparait comme un élément à prendre en considération. Celui-ci pouvant être le fait d'une main étrangère ou d'un groupuscule national. Ce dernier cas est symptomatique, car le phénomène peut prendre une taille conséquente en cas de mécontentement national. C'est au final relativement réaliste, dans le sens où le concept des minorités agissantes peut rencontrer l'écho de la majorité silencieuse dès lors que celle-ci se meut en sa faveur ou dans une orientation lui étant favorable. Si la police et les services de renseignement permettent de juguler le phénomène lorsqu'il est embryonnaire et de faible importance, n'espérez pas arrêter la vague si celle-ci en devient trop imposante, mieux vaut jouer sur d'autres fronts. La partie du renseignement est bien représentée avec un état du nombre de membres des formations les plus virulentes (les données et leur véracité sont cependant dépendantes des fonds attribués aux services). L'un des meilleurs moyens pour éviter une propagation trop rapide est encore d'être alerte quant aux problèmes socio-économiques posés au niveau national et de renforcer les forces armées et l'aide étrangère au niveau international. Dernier élément connexe, vous éviterez aussi la survenance trop accentuée de cyberattaques si vous prenez en considération le souci de ménager vos relations avec les pays étrangers.

Le maillage en noeuds pour impressionnant qu'il soit au tout début est ensuite rapidement assimilé puisqu'il suffit par exemple de rester sur un élément sans appuyer sur un bouton de la souris pour comprendre les interactions par des flux animés. Et ensuite de cliquer dessus pour arriver aux manettes pouvant agir dessus. Simple et très efficace.

En réalité l'on découvre que tout est argent car le budget doit constamment vous obséder. Vous aurez même sur la page centrale le rappel des recettes, des dépenses... et de la dette! Car oui vous allez aussi devoir contenter les agences de notation! Et avoir les yeux rivés et les doigts croisés pour que cette satanée croissance s'envole vers les derniers mois de votre mandat... De plus, le consentement à l'impôt n'est pas un vain mot : la pression fiscale que vous exercerez sur vos administrés, et futur électeurs, peut pousser nombre d'entre eux à opérer des manifestations pouvant à terme dégénérer en révolte d'ampleur. Car n'oubliez pas qu'au final, vous pouvez très bien en cas de révolte sociale être démis de vos fonctions par le peuple ou... même finir assassiné.
Pour parachever le tout et éviter que cela ne se produise avec un peu de bon sens et de rigueur budgétaire : vous aurez droit à quelques camemberts et autres graphiques bien colorés pour apprécier un secteur particulier.

Enfin, chaque partie est hautement configurable : nombre de mandats maximum (jusqu'à illimité), équivalence d'années pour un mandat (entre trois et cinq), choix du pays (Royaume-Uni, France, États-Unis, Canada, Allemagne et Australie), la viscosité politique (entendre par ce terme la facilité avec laquelle le corps social vote d'un parti à un autre), régime monarchique ou non etc. Bref, de quoi rejouer de nombreuses parties différentes. Ajoutons à cela la survenance d'éléments aléatoires comme un tremblement de terre par exemple.

Restent quelques critiques à formuler.
Premier bémol : il n'existe pas de contrainte extérieure tel qu'un ensemble supranational (ex. l'Union Européenne) susceptible de forcer le pays choisi à respecter certains critères (notamment budgétaires).
Second bémol : l'on aurait souhaité que l'Italie, l'Espagne, la Russie ou le Japon soient de la partie pour une richesse accrue des situations possibles.
Troisième bémol : certains mécanismes gagneraient à être encore approfondis comme les affaires étrangères ou la religion quasi-inexistante dans les problématiques sociales.
Mais peut-être toutes ces critiques, somme toute bénignes, feront-t-elles l'objet d'un ajout (vendu ou offert séparément) à terme? C'est à souhaiter réellement car en l'état, le ludiciel est déjà bien fonctionnel et plaisant à explorer partie après partie.

L'on se demande au final vu la qualité d'un tel ludiciel, qui en est à sa troisième itération, s'il ne serait pas obligatoire de tester dessus les futurs candidats à des postes à responsabilité tant les mécanismes sont profonds et les situations plausibles. Un jeu aux ressorts parfois cyniques que n'auraient pas renié nos illustres penseurs de l'Antiquité.

Le site officiel du jeu sur le site de Positech : http://www.positech.co.uk/democracy3/