mercredi 30 octobre 2013

La dimension historique de la peine : 1810 - 2010, intervention sur la peine à l'âge du numérique



Chers visiteurs,

Nouvelle publication, chez Economica cette fois-ci où sous la direction du professeur Yves Jeanclos vient de paraître La dimension historique de la peine. Cet imposant ouvrage, 608 pages, regroupe les actes du colloque co-organisé par l'Université d'Alsace, le Centre Georges Chevrier (Université de Bourgogne) et le Centre Lorrain d'Histoire du Droit (Université de Lorraine) en septembre 2010, à l'occasion du bicentenaire du Code pénal en 2010. Célébré en moins grande pompe que son cousin le Code Civil, celui-ci est pourtant devenu une pierre angulaire des relations au sein de notre société, au point de faire des émules de par le monde. Et qui ne cesse depuis d'évoluer, et en corollaire d'être confronté à de nouveaux défis.

Bicentenaire pour lequel j'étais intervenu sur le thème de la peine à l'ère du numérique. En énonçant quelques données propres à la France tout en élargissant ce défi contemporain au monde entier, de l'Islande à l'Australie en passant par l'Allemagne. Non sans faire un comparatif avec l'essor de l'imprimerie par méthode typographique à partir du XVème siècle pour mieux faire saisir combien la problématique n'est pas nouvelle, et qu'elle a nécessité du temps avant d'être appréhendée correctement par les autorités.

Présentation : 

La peine, élément central du Code Pénal de 1810 et du nouveau Code Pénal de 1994, est le marqueur de l’évolution des sociétés humaines et des systèmes répressifs depuis 200 ans.

 La peine est analysée dans la dimension historique, pour comprendre sa réalité contemporaine et imaginer ses développements à venir. Elle reflète les théories et les pratiques à l’origine de son insertion dans le Code Pénal en 1810. Elle décline également une dimension géographique, au cœur des législations pénales déployées en France, Belgique, Italie, Pays-Bas, Suisse, voire Afrique et Asie. Elle est, au XXIe siècle, au service de la morale, de la loi et des Droits de l’Homme, contrôlés par la Cour européenne de Strasbourg.

 La peine, analysée dans sa dimension historique par des universitaires et des praticiens, est le pivot de toute politique répressive. Elle permet au législateur du XXIe siècle de connaître les pratiques pénales du passé, pour définir celles d’aujourd’hui et construire celles de demain. La peine de 1810 peut, à travers les travaux des analystes de 2010, favoriser la réflexion et le débat sur le devenir des peines. 

Sommaire :

Yves JEANCLOS.
Jacques BEAUME, La peine selon le Ministre de la Justice et des Libertés.
I. - La peine, une nécessité politique, avant le code pénal de 1810

1. - Les origines théoriques et analytiques de la peine

Dans le monde antique et médiéval:
Bernard ECK, La lapidation dans la Grèce antique: une peine institutionnelle?
Claire LOVISI, La peine de mort dans la Rome ancienne.
Jacqueline HOAREAU, «Préférer miséricorde à rigueur de justice», pardon exemplaire.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles:
Fabrice HOARAU, La peine dans l’œuvre de La Bruyère et de Fénelon.
Yvon LE GALL, Marivaux et ses Iles: entre la peine ecclésiastique et la peine séculière.
Michel PETITJEAN, La conception de la peine chez Grotius, au XVIIe siècle.
Hugues RICHARD, La peine selon François Serpillon, l’auteur du Code Criminel, précurseur du Code pénal de 1810.

2. - La pratique de la peine, une initiation pour le code pénal de 1810

Sanction et emprisonnement:
François LORMANT, L’arquebusade, une modalité d’exécution de la peine en Lorraine au XVIIe siècle, selon Jacques Callot, artiste-graveur.
Yann-Arzel DURELLE-MARC, La peine de la flagellation au début du XIXe siècle: Lanjuinais et l'évolution de la philosophie pénale.
François GERVASONI, La peine privative de liberté, de l’ancien droit au Code Pénal de 1791.
Alan WRUCK- RANGEL, Considérations sur le droit de correction dans l’ancien droit, du XVIe au XVIIIe siècle.

L’amendement du coupable:
Marie- Christine GUIOL, L’amendement du coupable dans le droit laïc au XVIIIe siècle.
Le droit douanier, exemple de la répression pénale en matière commerciale:
Thierry EDMOND, La peine en droit douanier au siècle des Lumières.

II. - La Peine, une réalité sociale depuis le code pénal de 1810

1. - Les influences croisées, pratiques et législatives sur la peine

Les modèles?:
Alain WIJFFELS, La sécurité des peines arbitraires? La Politique pénale des Ordonnances criminelles de Philippe II pour les Pays- Bas.
David GILLES, Peine, jury et habeas corpus: le débat juridique autour des qualités du droit pénal français et du droit criminel britannique après la conquête du Canada (1760-1791).
Marc ORTOLANI, Stéphanie BLOT-MACCAGNAN, La peine dans les royales constitutions du royaume de Piémont-Sardaigne au XVIIIe siècle.

Les applications du Code Pénal de 1810 dans le monde:
David CERUTTI, Le Code pénal français de 1810: du juge automate au juge arbitre?, Aperçu historique et philosophique du rôle du juge en France et en Suisse.
Annamaria MONTI, L’influence du Code Pénal français de 1810 sur les conceptions de la peine en Italie.
Jérôme de BROUWER, Une tentation libérale? La réforme du Code Pénal en Belgique à travers la redéfinition de l’échelle des peines (1830-1867).
Emese VON BONE, Le Code Pénal français aux Pays-Bas (1811-1886) et sa réception au regard du Code Pénal néerlandais.
Ayang UTRIZA, La réception du droit pénal d’Europe en Indonésie.

2. - Les nouveaux territoires de la peine

Ratione materiae:

Droit familial:
Renaud BUEB, La pénalisation des mœurs: de l’attentat aux mœurs au crime sexuel.
Pascal MOUNIEN, Droit et société: du crime passionnel et de sa sanction au XIXe siècle.

Droit commercial:
Adrien MAIROT, Les révolutions de la sanction pénale dans la vie des affaires.

Droit du travail:
Léna PERTUY, La condamnation pénale des coalitions: inertie législative et compensation des juges au XIXe siècle: l’exemple de la Bourgogne.
Béatrice LAPEROU-SCHENEIDER, Punir dans le monde du travail: perspective et prospective.

Droit européen, Cour européenne des Droits de l’Homme:
Ilina TANEVA, La peine, le point de vue du Conseil de l’Europe, Strasbourg.
Pascal DOURNEAU-JOSETTE, La notion de peine dans la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme.

Droit de l’informatique:
Yannick HARREL, La peine à l’âge du numérique.

Ratione personae:

Droit pénal spécial:
Jeanne-Marie TUFFERY-ANDRIEU, La dimension historique de la peine en Alsace-Moselle de 1870 à 1925: contribution à l’étude du droit pénal local.
Jean-Laurent VONAU, Les peines d’exception de la période d’épuration après la IIe Guerre mondiale et les territoires annexés du Bas- Rhin, Haut- Rhin et de la Moselle.
Narcisse Marwanga DOURMA, L’enfant et la peine en Afrique Noire: du droit traditionnel au droit contemporain du Togo.
Patrick BRUNOT, Les juridictions internationales et les peines au XXIe siècle.

Droit pénal appliqué:
Jean- Jacques CLERE, La détention préalable dans la procédure pénale française depuis la Révolution de 1789.
Yves JEANCLOS, La proportionnalité des peines, du XVIe au XXIe siècle.

Rapport de synthèse - La dimension historique de la peine - 1810-2010, Christian DUGAS de LA BOISSONY. 

jeudi 24 octobre 2013

Nouvelle Revue de Géopolitique : manoeuvres cybernétiques au Moyen-Orient


Stuxnet, Gauss, Flame, Shamoon (orthographié aussi Al Chamoun) : ces noms vous sont-ils connus? Si non, ou imparfaitement, alors j'escompte vous apporter un éclairage opportun dans le dernier numéro de la Nouvelle Revue de Géopolitique numéro 123 où je me suis astreins à faire le point sur la situation concernant les principaux pays acteurs de la région. Et ce, en s'attachant aux trois plans possibles de la cyberstratégie : physique, logique, cognitif.

Arabie Saoudite, Israël, Liban, Égypte, Bahreïn, Koweït, Qatar, Syrie... Le panorama tente d'être le plus exhaustif possible.

En vous en souhaitant bonne lecture.

Introduction :

Un nom à lui seul résume l'intensité qu'une frappe cybernétique peut désormais avoir : Stuxnet. Ce virus marqua le franchissement d’un nouveau palier dans la sophistication des cyber-attaques, ainsi que dans leur impact [1]. Et sa cible, l'Iran, démontre quant à elle que le Moyen-Orient ne saurait être exclu de ce type d'action. Pourtant, bien que très relayé et analysé, l'arrêt provoqué des centrifugeuses de Natanz n'est que la partie visible d'une lutte sourde, souterraine et violente que se livrent plusieurs acteurs intéressés dans ce grand jeu régional.

Le cyberespace permet en effet de prolonger une lutte conventionnelle sur un autre plan ; mais il offre aussi un champ conflictuel totalement autonome où les esprits sont les premières cibles, qu'ils soient ennemis, amis ou neutres. Et comme le Moyen-Orient n'est pas un tout géographique et humain homogène, l'on ne peut qu'entrevoir la complexité des enjeux, de leur réalisation et des acteurs censés les accomplir.



[1] Stuxnet fait partie du programme Olympic Games débuté sous le mandat de Georges W. Bush et perpétué sous Barack Obama visant à ralentir le programme nucléaire Iranien par l'emploi de moyens informatiques. Le journaliste du New York Times David E. Sanger a confirmé l'implication de structures étatiques américaines et israéliennes dans l'élaboration de ce programme. Le virus a paralysé les centrifugeuses de Natanz en Iran durant l'automne 2010, retardant de manière conséquente le programme nucléaire initial et obligeant vraisemblablement les autorités iraniennes à remplacer de coûteuses pièces industrielles et à nettoyer scrupuleusement leur parc informatique.


En raison d'une erreur d'acheminement d'un fichier à la rédaction, je m'excuse auprès des lecteurs concernant la date erronée parue sur l'infographie de la revue où il est indiqué 2012 pour Stuxnet alors qu'il s'agit bel et bien de l'année 2010 comme précisé en revanche correctement dans le texte.

samedi 19 octobre 2013

DSI HS numéro 32 : Au coeur de la cyberdéfense, focus sur la cyberstratégie russe


Voici bien longtemps que je n'ai évoqué les problématiques cyber. Je ne suis pas inactif sur la question bien loin de là, et la meilleure preuve en est avec ma participation au sein de ce numéro exceptionnel du magazine Défense et Sécurité Internationale Hors Série n°32, consacrant ses quelques cent pages à la thématique de la cyberdéfense.
Un numéro exceptionnel tant en terme quantitatif de par l'étendue des analyses publiées que sur le plan qualitatif par un bel aréopage de personnalités spécialistes du monde cyber.
J'évoque pour ma part la question de la Russie en tant que puissance cyberstratégique, en énonçant son histoire et ses éléments contemporains. Propos que je développe bien évidemment de façon plus conséquente au sein de mon ouvrage La cyberstratégie russe paru aux éditions Nuvis.

Un élément que je souhaite cependant apporter en complément de l'article, car en le relisant l'on pourrait penser à une contradiction au sein du texte lorsque j'évoque le texte de 2012 avec un certain elliptisme. Oui les Vues conceptuelles sur les activités des forces armées de la Fédération de Russie dans l'espace informationnel traitent de l'espace informationnelle sans mentionner le terme de cyberespace dans leur titre MAIS au sein du document les éléments du cyberespace, dont Internet, sont énoncés pour la première fois dans un document officiel militaire. Cette évocation ne remet aucunement en cause la vision russe de l'espace informationnel puisque le cyberespace y est consubstantiel. Précisions devait y être apportée, tout en m'excusant de la confusion qui aurait pu naître dans certains esprits.

Le sommaire complet : 

Editorial

Les défis

Que couvrent les dénominations cyber liées à la défense ?
 Par Daniel ventre, CNRS (CESDIP-GERN), titulaire de la chaire cybersécurité et cyberdéfense (Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan) et Charles Préaux, Professeur des universités associé à l’Université de Bretagne Sud (UBS) ; Fondateur et directeur de l’école d’ingénieurs en cyberdéfense au sein de l’ENSIBS (Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs de Bretagne Sud)

L’adversaire dans le cyberespace. Diversité, capacité d’action et asymétrie
 Par Olivier Hubac, Chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).

Le cyberespace au cœur des tensions géopolitiques internationales
 Par Amaël Cattaruza, maître de conférences au Centre de recherche des écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan et Frédérick Douzet, Professeur, directrice adjointe de l’Institut Français de Géopolitique, titulaire de la chaire Castex de Cyberstratégie.

Une révolution dans les affaires militaires ? Les paradoxes du cyberconflit
 Par Christian Malis, professeur associé aux Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan.

Cyberguerre. Un nouvel avatar de la tentation technologique ?
 Par Joseph Henrotin, Chargé de recherche au CAPRI.

Cyberespace. La nécessité d’une approche différenciée
 Par Benoist Bihan, chercheur en études stratégiques, rédacteur en chef adjoint d’Histoire & Stratégie.

Un cyber-Pearl Harbor. Quelle probabilité à court terme ?
 Par Myriam Dunn Cavelty, maître de conférence en études de sécurité, chercheuse sur les questions de risque et de résilience au Center for Security Studies.

Prospective de la cyberconflictualité. Enjeux et perspectives
 Par Fabrice Roubelat, maître de conférences à l’université de Poitiers, directeur de la revue Prospective et Stratégie.

Le continuum Défense sécurité et cyberconflictualité
 Par Didier Danet, maître de conférence en gestion, responsable du pôle Action globale et forces terrestres, Centre de Recherche des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).

Cyberdéfense : de Stuxnet aux armes de demain
 Par Franck Pavero, officier télécoms défense et guerre électronique, directeur général de la division lutte contre la cybercriminalité du groupe Cristal Concept.

Les réponses

Stratégies nationales de cybersécurité : principales tendances dans leur élaboration
 Par Gustav Lindstrom, directeur de l’Emerging Security Challenges Program au Geneva Centre for Security Policy (GCSP).

L’éthique de la force dans le cyberespace
 Par Edward Barrett, directeur de la stratégie et de la recherche, Stockdale Center for Ethical Leadership, académie navale des Etats-Unis.

Les cadres juridiques nationaux et internationaux du cyberespace
 Par Ronan Doaré, directeur du Centre de Recherche des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC) ; Oriane Barat-Giniès, docteur, consultante juridique cyber pour l’état-major des Armées et Éric Pomès, chercheur associé au CREC.

L’avènement du combat cyberélectronique
 Par Stéphane Dossé, coauteur de Stratégies dans le cyberespace et de Le cyberespace : nouveau domaine de la pensée stratégique et d’un ouvrage à paraître sur le combat cyberélectronique.

France. La cyberdéfense devient une priorité
 Entretien avec le contre-amiral Arnaud Coustillière, Officier général à la cyberdéfense.

La doctrine française face à la cyberconflictualité
 Par Jérôme Pellistrandi, officier chargé de domaine au CICDE, conseiller de rédaction de la Revue Défense Nationale.

Cyberdéfense chinoise
 Par Daniel Ventre, CNRS (CESDIP-GERN), titulaire de la chaire Cybersécurité & cyberdéfense (Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan).

La Russie, puissance cyberstratégique
 Par Yannick Harrel, auteur de La cyberstratégie russe (Nuvis, Paris, 2013).

Les logiques de milieu face au cyberespace
 Par William Dupuy, lieutenant-colonel, chef du centre d’analyse en lutte informatique défense
 et Patrice Tromparent, lieutenant-colonel, commandement opérationnel de cyberdéfense.

Fonctionnement en mode dégradé pour les forces, consécutif à une cyberattaque
 Par Jean-Fabrice Lebraty, professeur agrégé des Universités, gestion des systèmes d’information et de communication et Jérôme Pâris, officier des armes, lauréat du concours de l’Ecole de Guerre, associé aux travaux de recherche du CREC Saint-Cyr.

Cyberconflictualité et forces terrestres
 Par Aymeric Bonnemaison, colonel, coauteur d’un ouvrage à paraître sur le combat cyberélectronique.

Du cyberespace à la NEB : quelles conséquences pour l’action des forces terrestres ?
 Par Jean-Charles Nicolas, colonel, directeur des études et de la prospective à l’école des Transmissions de l’armée de Terre et et Jean-Charles Renaudin, directeur des études et de la prospective à l’école du Renseignement de l’armée de Terre (CEERAT).

L’autre NEB
 Par Philippe Lépinard, lieutenant, Centre d’Expertise de l’Infovalorisation et de la Simulation (CEISIM), Section Technique de l’Armée de Terre (STAT).

Le clair-obscur du niveau tactique cybernétique des Etats-Unis
 Par Éric Hazane, spécialiste cyberdéfense et expert cybersécurité.

mardi 15 octobre 2013

Merkiavel : vraiment?


La victoire électorale d'Angela Merkel est à ce point remarquable qu'elle empoche un troisième mandat consécutif de Chancelier au sortir du 22 septembre 2013 (en Allemagne, il n'existe aucune limitation du nombre de mandats). Un succès d'autant plus éclatant qu'il a été obtenu avec une marge confortable sur son adversaire malheureux Peer Steinbrück, soit 41,5% pour la CDU-CSU contre 25,7% pour le SPD. Trois conjectures de cette victoire facile peuvent être avancés : la volonté d'une continuité dans la politique où Merkel a pris les rênes du pays en mains, et celle de l'Europe par extension ; un émiettement des forces de l'opposition et un effondrement du parti centriste qui en temps de crise n'a pas su apporter satisfaction et assurance aux électeurs tout en subissant les affres de sa participation au gouvernement de coalition ces quatre dernières années ; la faiblesse de proposition du SPD qui bien que progressant (en toute logique après la sévère déconvenue lors des précédentes élections) n'a pas su électriser le corps électoral et lui apporter de quoi souscrire à son programme.

Pour autant, tout n'est pas si rose. La Chancelière ne dispose en effet que d'une majorité relative et non absolue au Bundestag pour espérer gouverner comme elle l'entend. Ce qui signifie tractations et conciliations pour l'ébauche d'un gouvernement de coalition. Les dernières semaines ont été rudes sur le sujet, et la CDU/CSU n'a écarté aucune piste tout en sachant qu'elle devra accepter des contreparties de la part de son futur partenaire. Un avantage toutefois : les partis susceptibles de composer une coalition sont tellement distancés par l'ampleur du score du parti de la Chancelière qu'ils ont eux-mêmes une fenêtre de négociations limitée.

La périphérie des partis de gouvernement mérite aussi que l'on s'y intéresse : malgré une offensive assez forte, Die Linke recule de 3,3%, passant de 11,9% à 8,6%. Ce qui laisse penser que le groupe n'a pas su mobiliser au-delà de son électorat ordinaire. Les Grünen, le parti écologiste, est aussi dans la nasse des perdants et constate que son auditoire s'érode à chaque nouvelle élection. Pour autant, tout n'est pas sombre, déjà les 8,4% l'autorisent encore à avoir des sièges au parlement et ensuite, la CDU-CSU n'exclut en rien de gouverner avec leur appoint. Le parti libéral, le FPD, partenaire sous le second mandat de Merkel, est clairement celui qui a pâti des années Merkel puisque son influence est en très net (et dangereux pour sa survie à terme) recul, pour s'établir à quelque 4,8%. Le FPD qui était autrefois certain de travailler avec le parti arrivé en tête en jouant le rôle de pivot de la politique nationale allemande est désormais sans siège à la chambre basse : une première depuis 1949! Enfin, un parti a réalisé une percée qui bien qu'il ne lui apporte aucun siège n'en constitue pas moins un avertissement à la future coalition : Alternative für Deutschland avec 4,7% entend peser sur le débat en demandant expressément la sortie de l'Euro. Pour terminer, le Piraten Partei enregistre une très faible hausse, passant de 2 à 2,2% et ne semble pas avoir capitalisé sur les récriminations liées à l'affaire Snowden qui eut malgré tout une résonance assez forte en Allemagne. Reste que ce dernier a réussi ces dernières années quelques percées au niveau local, comme à Berlin ou en Rhénanie du Nord-Westphalie et que son ambition est moins d'accéder au pouvoir que de changer les mentalités.

Alors Merkiavel? Pas tout à fait.
D'une part Angela Merkel n'a pas vraiment fait montre d'une rouerie exacerbée pour conserver l'unité de son camp et affaiblir celui d'en face. Elle s'est surtout contentée de capitaliser la bonne santé allemande et son statut de puissance dominante, même contre son gré, en Europe. Cette inflexibilité dans la marche des affaires nationale et européenne a reçu l'aval de l'électorat allemand qui en dépit de sacrifices sociaux n'en approuve pas moins cette politique. D'autre part, le manque de charisme de Peer Steinbrück et ses bourdes à répétition (cf le doigt d'honneur de l'intéressé lors d'une séance photo pour le Süddeutsche Zeitung) n'ont pas manqué d'aider à la large victoire de la candidate de la CSU/CDU. Avec le temps, le dogmatisme des premiers mois de Merkel à la Chancellerie fit place au pragmatisme et à l'affirmation d'une volonté propre de ne pas voir le bateau allemand dévier de sa trajectoire dans la tempête financière : c'est ce qu'on récompensé les électeurs allemands. Que cette voie quasi-inflexible n'eusse pas été du goût de ses partenaires européens est un fait, mais elle a en revanche recueilli l'adhésion d'une bonne part de l'opinion allemande qui ne désirait pas payer pour les mauvais élèves de l'Europe (en réalité leurs autorités qui signèrent un peu lestement des traités qu'elles n'avaient manifestement pas compris ou pis, non lu). En vérité, cela ne fut même pas au coeur du programme de la candidate à sa propre succession.

Cet élément est relevé par le sociologue allemand Ulrich Beck, auteur de Non à l'Europe allemande paru chez les éditions Autrement, et qui bénéficia d'une tribune dans Le Monde du 19 septembre 2013 : la problématique de la crise financière européenne n'a guère eu d'écho durant le débat électoral. Et ce alors que tous les regards des pays endoloris se portent vers Berlin. Cette absence peut-elle être assimilée à du dédain? Pas forcément, mais elle exprime que l'Allemagne entend d'abord se soucier de ses propres intérêts, et par extension des intérêts européens si ceux-ci sont amenés à concorder avec les siens. Dans une Europe meurtrie où la France gesticule sans convaincre en persévérant dans une politique brouillonne, où l'Angleterre s'interroge sur son attache continentale et rêve d'isolement et où l'Italie perdure dans le marasme politique parachevé par des difficultés financières grandissantes, l'Allemagne peut revêtir sans peine la couronne de maîtresse de l'Europe : titre non réclamé mais accepté.

vendredi 11 octobre 2013

Nouveau film russe sur la bataille de Stalingrad

La bataille de Stalingrad (ex-Tsaritsyn et depuis 1961 Volgograd sous l'effet de la déstalinisation) a inspiré nombre de chercheurs en stratégie et histoire militaire. À juste titre puisque l'affrontement est considéré comme l'un des tournants de la seconde guerre mondiale (au côté de la seconde bataille d'El Alamein et de Guadalcanal)
En vérité il serait plus juste de parler d'une campagne puisque la ville sera le théâtre d'affrontements sur plusieurs mois, d'août 1942 à février 1943. L'opération Uranus qui clôturera le rude affrontement pour les ruines de la ville aura la particularité de masquer par sa victoire retentissante les échecs sur les autres secteurs visés (avec en particulier le saillant de Rjev qui aura été dispendieux en hommes et matériel soviétiques pour un gain territorial nul). Stalingrad est dans le collectif russe le point de non-retour, celui de l'ordre n°227 que la plupart des non spécialistes connaissent pourtant en raison de son slogan devenu célèbre : « plus un pas en arrière ».

Pour vous enquérir de ces évènements dans le détails je vous renvoie aux magazines habituels (2ème Guerre Mondiale, Guerres & Histoire), aux auteurs reconnus (Jean Lopez, Anthony Beevor) et vers l'allié Stéphane Mantoux qui traite très souvent de cette période : http://historicoblog3.blogspot.fr/

De la même manière, l'évènement n'a guère laissé indifférent les cinéastes qui se sont emparés du sujet. Côté soviétique, mentionnons le Bataille de Stalingrad (Сталинградская битва)  de Vladimir Petrov et sorti en 1949, tout entier dévoué à culte de l'empereur rouge. Côté occidental, il y eut le très efficace Stalingrad de Joseph Vilsmaier distribué en 1992. Lequel place le spectateur du côté allemand, sans occulter le moins du monde les brimades opérées par certains officiers envers les prisonniers soviétiques comme le désespoir, l'abandon et le froid qui enserraient les soldats du Reich. Des scènes d'action réalistes, un jeu d'acteur inspiré et une composition musicale entêtante en ont fait un classique du genre. Plus récent puisque sorti en 2001, le Stalingrad : Enemy at the gates de Jean-Jacques Annaud prend appui sur l'ouvrage éponyme de William Craig qui lui même se fonde sur l'histoire vraie du tireur d'élite Vassili Zaïtsev. Long métrage puissant, léché dans sa composition graphique et sonore, il évite la dérive manichéenne puisque les dix premières minutes démontrent très rapidement que la cité sise sur les bords de la Volga est une arène de gladiateurs qui ne peuvent ne la quitter que victorieux ou morts. De plus, la bataille à deux niveaux dans le film accentue sa profondeur. Pour terminer, la composition irréprochable d'Ed Harris en maître sniper allemand a beaucoup joué dans le succès de celui-ci.

Dorénavant, c'est au réalisateur russe Féodor Bondartchouk de s'y coller. Celui-ci n'en est pas à son premier essai en matière de film de guerre puisque Le neuvième escadron (9 Рота), marqua profondément les esprits en 2005 en délivrant une vision implacable de la guerre d'Afghanistan alors sous la férule soviétique. Les vétérans ne manquèrent pas de saluer une oeuvre cinématographique qui était audacieuse à la fois dans le budget et les moyens consacrés comme pour le réalisme de la situation tant pour la partie préparation des troupes que les opérations de terrain. Très en vue à la fois à Hollywood et en Russie, le cinéaste s'est piqué de délivrer sa propre vision du conflit. Première curiosité : l'on y retrouvera l'acteur allemand Thomas Kretschmann qui jouait déjà dans le Stalingrad de Vilsmaier! Seconde curiosité : Bondartchouk lui-même joua dans un autre film russe consacré à Stalingrad et projeté dans les salles en 1989.
Côté technique, le film a été tourné en IMAX 3D et REALD 3D pour une immersion accrue.

Aucune date de sortie annoncée en France, reste la première bande-annonce officielle d'un film qui promet beaucoup.


vendredi 4 octobre 2013

Disparition de Tom Clancy, l'un des maîtres de l'intrigue géopolitique


Le romancier Tom Clancy n'est plus, s'étant éteint le 1er octobre 2013 à l'âge de soixante-six ans.

Ceux qui ne lurent aucune de ses oeuvres n'en ont pas moins déjà pénétré son univers par plusieurs projections cinématographiques dont le sublime (bien que discordant par rapport au texte original) À la poursuite de l'Octobre Rouge ou encore Danger Immédiat qui font partie du cycle Jack Ryan, analyste au sein de la CIA qui sera propulsé dans la hiérarchie au fil des écrits. La force de ces écrits tint notamment à deux facteurs : le premier étant une recherche poussée sur les acteurs, les enjeux géopolitique et géoéconomique, les arcanes du monde de l'espionnage, le matériel existant et potentiel dans un futur proche et le second par la création d'un univers plausible où les individus évoluent dans un univers cohérent et permanent, en attestent les divers caméos de personnages des différentes séries. La dynamique de ces deux facteurs a contribué grandement aux succès de librairie de Tom Clancy, à juste titre même si la qualité était inégale entre les récits et en leur sein même. On pouvait aussi lui reprocher une certaine obsession pour des ennemis récurrents qu'étaient russes et chinois, bien que les modalités étaient amenées à changer selon l'oeuvre traitée en introduisant de nouveaux dangers, telles les mouvances terroristes, menaçant l'ordre établi (comprendre occidental).

Trop rarement citée, une série demeure méconnue chez les lecteurs francophones alors qu'elle bénéficiait d'une réelle prescience lors de son lancement en 1999, à savoir NetForce. Contant la mise en place d'un groupe de spécialistes évoluant dans le cyberespace, l'intelligence de l'auteur fut d'interpénétrer deux univers, virtuel et réel, au lieu de les opposer. Une perception qui se déclinait en l'interaction de deux groupes d'action oeuvrant sur les réseaux et sur le terrain. Dix opus furent ainsi publiées entre 1999 et 2006 qui balayèrent un vaste champ des possibles dans le cadre de guerres informationnelles. Pour pompier et américano-centrée que furent ses trames, force est de constater que la charpente des intrigues était souvent bien vue.
NetForce fut portée à l'écran sous forme de série télévisée.

L'homme n'était pas uniquement un romancier mais aussi un rédacteur d'ouvrages techniques, focalisé sur les forces armées américaines (sous-marins, blindés, troupes spéciales etc.). Par ailleurs, très orienté multimédia comme l'on disait dans les années 1990, il lança en 1996 sa propre compagnie de jeux vidéo, entrevoyant le potentiel créatif possible de ce nouveau média : ce fut l'émergence de la société Red Storm Entertainment que les aficionados de la série Rainbow Six connaissent bien, avant que l'esprit n'en fut dévoyé après son rachat par Ubi Soft. Rainbow Six simulait des situations de crise impliquant l'intervention d'un groupe anti-terroriste international, l'accent étant mis sur la préparation tactique (premier jeu du genre) et la complémentarité des membres afin de mener à bien chaque mission. Plusieurs autres oeuvres bénéficieront d'une adaptation ou d'une mise en contexte de l'auteur, citons parmi tant d'autres H.A.W.X. et Tom Clancy's EndWar (pour ce dernier, l'anecdote est qu'il donna lieu à une nouvelle a posteriori, écrite par Raymond Benson sous le pseudonyme collectif de David Michaels).  

Un hommage qui se termine par une vidéo emblématique de la mise en perspective et du décorum clancyens...


mardi 1 octobre 2013

Et si l'Amérique avait envahi l'Europe au Moyen-Âge ? Luxley


L'uchronie, univers parallèle qui aurait pu se dérouler si un changement n'était intervenu dans le cours de l'Histoire (à différencier de la dystopie comme je ne le vois que trop souvent qui est elle un futur qui pourrait, conditionnel de rigueur, se dérouler) est un genre très prisé chez les anglo-saxons. Et un genre aucunement déconsidéré chez les universitaires qui n'hésitent pas à verser dans les What If ? alors que leurs homologues français se gardent bien d'y apporter leur encre. On peut le déplorer pour les lecteurs francophones car l'exercice intellectuel qu'il requiert n'en mérite pas moins le respect par l'évocation du champ des possibles dont le substrat est une connaissance solide du sujet. Quoiqu'il en soit, les bandes dessinées que je n'ai jamais évoqué de mémoire ici même sont un moyen d'expression assez appréciable pour bénéficier de ce genre d'apport.

La série Luxley, c'est la rencontre d'une scénariste française passée par l'École des Chartes, Valérie Mangin, et d'un dessinateur espagnol, Francisco Ruizgé, au trait particulièrement chatoyant et réaliste, qui va donner naissance à cette série de cinq épisodes.

Cinq épisodes pour évoquer l'arrivée en terre occidentale d'une masse innombrable de guerriers mayas et aztèques en l'an de grâce 1191 selon le calendrier des chrétiens. Une conquête foudroyante, sanglante et traumatisante, où plane la main du grand inca. Si l'on est un peu malmené dès le début de l'histoire, les éléments de l'intrigue s'emboîtent progressivement pour mieux comprendre comment et enfin pourquoi les envahisseurs sont arrivés sur les côtes occidentales de l'Europe. La galerie de personnages détonne et l'on reconnaîtra nombre d'individus célèbres, tels le pape Innocent III, le sultan Saladin, le roi Richard Coeur de Lion et bien sûr le protagoniste principal : Robin de Locksley, qui deviendra Luxley par un jeu de mots en latin bien trouvé. Ainsi que le terme d'atlantes servant à désigner par la bouche des envahis ces forces venant de par delà l'océan. D'autres éléments, plus sociopsychologiques concourent à la qualité de l'ensemble par leur acuité : ainsi est-il évoqué l'accoutumance à terme des populations à leur nouveau maître, ce qui bien entendu pose la justesse d'une lutte contre un envahisseur accepté volens nolens par le peuple et renvoyant aux frictions entre normands / saxons en île de Bretagne. Le cheminement psychologique des individus est aussi amené de manière plausible où il est bien difficile de déchevêtrer le vrai du faux, maintenant la pression et l'attention du lecteur.

Chaque tome est bien achalandé en action, retournements et éléments historiques alternatifs. La reconstitution des habits, des architectures et des moeurs ont fait l'objet d'une recherche manifeste. L'emploi par les amérindiens du peyotl, un enthéogène, dont il est question durant le déroulé de la narration est aussi attesté par les historiens et les archéologues.
Grâce à ce souci du détail historique, l'on ne se sent pas arriver dans un univers fictif, froidement impersonnel : bien au contraire.

L'on appréciera aussi à la fin de chaque tome un petit explicatif du déroulé du scénario, des esquisses pour mieux comprendre le travail préparatoire et même une notice biographique des quelques individus historiques traversant le récit. Des petits plus qui renforcent l'agréable impression d'un travail de fond.

Les critiques, somme toute assez légères comparées au plaisir de lecture sont au nombre de trois : le déroulé elliptique de certaines scènes est quelque peu brutal avec la perte d'éléments de compréhension immédiate ; corollaire du point précédent, l'on est quelque peu dans le flou pour certains personnages et même situations qui apparaissent et disparaissent bien trop vite, ce qui fait que l'on ne peut s'imprégner optimalement de l'ambiance et s'enticher desdits acteurs rencontrés ; le passage onirique peu avant la fin du dernier tome ne manque pas d'audace mais malheureusement perturbe plus le lecteur qu'il ne rehausse l'intérêt du scénario.
Peut-être une quatrième remarque : voir des combattants amérindiens sur des chevaux m'étonnent au plus haut point puisqu'il me semble bien que les peuplades précolombiennes d'Amérique n'ont jamais eu connaissance de ces quadrupèdes avant l'arrivée des conquistadors.

Nonobstant ces défauts, l'oeuvre se lit particulièrement bien et sait tenir en haleine en offrant cette captivante vision revisitée de Robin des bois. Il serait tentant de s'épancher davantage mais ce serait bien entendu vous gâcher toute forme de plaisir.
Si l'uchronie sous cette forme vous intéresse, sachez qu'il existe aussi une collection, Jour J [1] qui se propose de revisiter quelques grands tournants de l'Histoire mondiale en envisageant des embranchements scénaristiques parfois surprenants. Pour approfondir cette série sur laquelle je reviendrai peut-être, je vous recommande de lire les compte-rendus effectués sur le blogue allié Historicoblog.

J'en profite pour signaler aussi le travail remarquable du site BDthèque qui effectue un recensement aussi exhaustif que possible des ouvrages parus.

Et pour terminer ce billet ainsi que pour les amateurs du transmédia, je ne peux manquer de signaler l'étonnante similarité scénaristique avec le contenu additionnel du jeu Crusader Kings 2 (dont j'ai vanté par le passé la qualité de réalisation et le souci du détail historique) qui s'intitulait Sunset Invasion. Et qui bien sûr introduisait l'immixtion d'une force irrésistible, ou très difficilement, de guerriers d'outre-atlantique désireux de s'installer en Europe. Je ne résiste pas à ce titre au plaisir de vous en offrir une illustration particulièrement saisissante.