lundi 22 juillet 2013

World War Z : l'attaque zombie crève les écrans


Article paru sur Alliance GéoStratégique le 7 juillet 2013

Le succès de librairie des ouvrages de Max Brooks a rencontré son public dès la parution de son premier ouvrage en 2003 intitulé Guide de survie en territoire zombie (The Zombie Survival Guide en version originale). Lequel sera suivi en 2006 d'une autre oeuvre, World War Z, dont la major Paramount Pictures acquit les droits pour produire le film éponyme bien qu'il n'y ait que des rapports épisodiques entre les deux. L'engouement né autour de ce phénomène, cette rencontre entre les écrits de l'auteur et de son public, ne saurait être totalement déconnectée de la réalité : le fait littéraire s'est nourri selon toute vraisemblance d'un état d'esprit anxiogène croissant aux origines diverses couplé à l'augmentation de la population mondiale.

Car la crise économique mondiale n'a fait que renforcer certaines craintes ancrées dans l'inconscient collectif. Ainsi le souvenir de la grande peste de 1347 comme celle de la grippe espagnole de 1918 marquèrent durablement les esprits, de par la mortalité galopante mais surtout leur inexorable progression, comme leur propension à frapper sans distinction aucune. La résurgence d'une pandémie n'est aucunement écartée par l'Organisation mondiale de la santé, bien au contraire puisqu'elle a noté des phases de résurgence quasi-cycliques. Ce qui fut par ailleurs la cause de l'alerte au virus H1N1 par ces autorités en 2009.
Toutefois, cette peur, loin d'être irrationnelle, d'un virus foudroyant qui dépasserait les prévisions et les capacités des autorités n'est pas le seul argument qui expliquerait le succès contemporain des zombies.
D'autres phénomènes peuvent être avancés, sans qu'il ne soit possible malgré tout de déterminer leur importance dans le psyché : la peur et l'excitation engendrées des suites d'un désordre généralisé comme une crise échappant à tout contrôle ; la phobie à l'égard d'une masse d'individus soit d'une classe sociale soit d'une origine ethnique particulière ; la mort comme tabou refoulé par les sociétés de type occidentale ; le questionnement eschatologique ; le dépassement de l'être humain moyen par les progrès de la science coexistant avec la persistance de questions toujours non élucidées etc. Le processus de zombification pour sa part peut être assimilé à l'effroi d'un non-statut ou même d'un déclassement social inconscient.
Dernier élément : l'accroissement continu de la population mondiale augmente automatiquement les frictions de différentes natures (comme le stress hydrique ou énergétique). Sept milliards d'être humains sur une planète dont les ressources sont pour une bonne part non renouvelables avec une dispersion de terres arables limitées. Alors comment ne pas croire qu'il y a là aussi une peur de conflits à venir, violents de surcroît, pour la possession de richesses mal réparties géographiquement ou injustement captées? Nous serions alors en présence de l'Harmaguédon citée dans les textes abrahamiques.

Le zombie est devenu un être à part de la littérature fantastique. D'origine haïtienne et connexe au vaudouisme, le mort-vivant est pourtant une réalité provoquée chimiquement par l'emploi de tétrodotoxine, ralentissant les fonctions vitales jusqu'à reproduire les stigmates de la mort chez la victime. Et que l'emploi conjugué de Belladone, Mandragore et Datura à forte dose d'atropine permet de réactiver. L'état d'hébêtement caractéristique du regard vide des zombies étant apporté par l'administration de psychotropes (la vision de quelques hères s'extrayant tardivement de quelque sortie bien arrosée et/ou stupéfiée conforte aisément la plausibilité de cette thèse).

Le zombie, en tant que personnage contemporain doué d'une « vie » propre et non plus le jouet d'un marionnettiste doublé d'un herboriste, fut porté à l'écran et magnifié par le réalisateur Georges Romero qui créa la sensation en 1968 avec La nuit des morts-vivants. Mais c'est surtout son Zombie de 1978 qui, outre quelques épisodes de barbarie sanglantes, marqua les esprits par sa critique particulièrement acerbe de la société de consommation américaine : le centre commercial (le mall) devenant le centre de l'action mais aussi un acteur à part entière. La vision de ces êtres décharnés déambulant en ce lieu sans but, uniquement mus par une vague réminiscence de leurs activités passées, est d'une efficacité philosophique redoutable.
Les épigones et recréations tomberont parfois dans la caricature et le mauvais goût, voire le non-sens le plus complet malgré quelques perles subsistantes ici et là dans tout le fumier des films de zombies des années 1980 et 1990. Mention spéciale à ce titre au Re-Animator du réalisateur Stuart Gordon, amateur des écrits de l'écrivain Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) qui sous des dehors gore et des tirades d'humour noire, ne s'enquiert pas moins très sérieusement de la possibilité de revivre après une mort clinique ainsi que de la thématique de l'acharnement thérapeutique.
Le film britannique humoristique Shaun of the Dead est pour sa part un raccourci rapide et saisissant de cette fibre polémique en pointant du doigt, même sous couvert d'humour horrifique, certaines craintes ou travers de la société. L'on ne dira jamais assez combien les films en provenance d'Angleterre sont souvent iconoclastes comme annonciateurs de dystopies qui peuvent tout aussi bien se transformer peu ou prou en futur proche. Ainsi Shaun of the Dead en son introduction est extrêmement caustique quant à la génération actuelle, engoncée dans ses écouteurs et un travail répétitif, c'est à dire aliénant et débilitant. Sans que l'on ne sache si l'un est la cause de l'autre...

Le film de zombie permet, en sa version film de genre, de faire passer des messages que ne peut se permettre le film grand public. Soit par peur du procès soit par peur du boycott et le plus prosaïquement par manque total d'imagination et de profondeur scénaristique. Saluons à ce titre la performance de La Horde des réalisateurs Yannick Dahan et Benjamin Rocher qui ont réussi à fournir un pain-baguette-hémoglobine assez jouissif par la qualité et le tempo.

World War Z de ce point de vue marque un dépassement utile à indiquer. En premier lieu, il eut à respecter la fameuse classification de la puissance Motion Picture Association of America qui impose un visa pour un type précis de spectateurs. World War Z dut passer par ses fourches caudines afin d'obtenir un PG-13, soit la possibilité d'être projeté en salles de façon assez large puisque uniquement interdit aux moins de treize ans non accompagnés par un adulte (une classification supérieure, soit R, aurait occasionné la perte assurée de substantielles rentrées d'argent). Cet obstacle franchi moyennant un coup de frein sur les ressorts habituels (le sang n'est que rarement présent dans le film et plusieurs scènes ne sont que suggérées dans leur conclusion fatidique), le réalisateur Marc Forster nous offre un métrage que l'on peut considérer grand public sur le thème et c'est une première car jusqu'à présent le zombie n'avait pas droit de cité lors de telles projections : trop subversif. C'est par ailleurs une problématique inhérente : l'aseptisation n'a-t-elle pas tué toute velléité de message?

Sur la forme, nous avons droit à une réalisation efficace sans guère de temps mort (passez-moi l'expression) et un jeu d'acteur somme toute très respectable bien que non exceptionnel. Le passage le plus mitigé reste la première demie-heure, celle où le héros, campé par un Brad Pitt courant et sautillant, est « encombré » de sa famille, où les sentiments dégoulinent comme une guimauve restée en plein soleil d'été. Sur le fond, le scénario reprend habilement l'émergence de zones emmurées de par le monde en leur attribuant une utilité finale, de même qu'il évoque une manière assez peu orthodoxe de lutter contre une déferlante de zombis affamés.
Peut-être, et de cela les forums de geeks ne manqueront pas de gloser en d'interminables pages, que le terme d'infecté serait plus adapté que zombie bien qu'il soit évoqué au cours de l'histoire une période de mise en veille desdits infectés pouvant les rapprocher du comportement « standard » qui sied à tout zombie.

Divertissant, World War Z suscitera l'intérêt parmi les cinéphiles ordinaires, s'offrira quelques critiques parmi les zombophiles et laissera dans la tête quelques images assez fortes. L'on peut malgré tout comme le mentionne avec à-propos le site Vodkaster, regretter fortement qu'en raison des limitations auto-imposées, « les zombies n'existent pas en tant que créatures cathartiques ». À chacun de se forger son opinion...

Et le cyber dans tout cela?
Hé bien, souvenons-nous par exemple que les machines zombies existent et qu'il s'agit souvent d'un habile nécromancien tirant les ficelles de tels agissements pour en tirer un profit symbolique, économique ou politique. Et ce jusqu'à former des hordes, plus communément appelées botnets en langage informatique. Car signe des temps et de l'évolution technique, même nos ordinateurs peuvent être zombifiés, et ce à notre insu...

Je vous délivre là une liste très loin d'être exhaustive, et limitée dans le passé récent. Libre à vous de la compléter durant vos vacances d'été!

Les séries :
Dead Set
The Walking Dead
Death Valley

Les films :
World War Z
Bienvenue à Zombieland
Dead Snow
La Horde

Les livres :
Petite philosophie du zombie (Maxime Coulombe)
Guide de survie en territoire zombie (Max Brooks)
World War Z (Max Brooks)
La nuit a dévoré le monde : j'ai deux amours, les zombies et Paris (Pit Agarmen)

Les ludiciels :
Left4dead 1 & 2
Dead Island
DayZ
ZombiU
Dead Rising 1 & 2

Les sites :
Horreur.net http://www.horreur.net/

Lecture complémentaire d'un allié :
Des surprises stratégiques (2) Le jour des morts-vivants http://terrealalune.blogspot.fr/2012/09/des-surprises-strategiques-2-le-jour.html



Et pour terminer, retour vers le passé avec le très célèbre Thriller de feu Michael Jackson (que certains prétendent vivant malgré sa mort).



mercredi 17 juillet 2013

Festival International du Livre Militaire 2013


Le 4ème festival international du livre militaire ouvrira ses portes les 19 et 20 juillet 2013 organisé par les Écoles Saint-Cyr Coëtquidan à Guer. Le tout étalé sur un espace de près de 850 m².

Diverses rencontres et conférences auront lieu durant ces deux journées. Que ce soit relatif aux drones militaires, à la Bretagne et la guerre ou encore au rapport entre l'argent et la guerre.

La cyberstratégie sera à l'honneur puisque plusieurs ouvrages seront disponibles sur les étals. Le stand NUVIS vous accueillera et vous proposera notamment sa collection Cyberespace et Cyberdéfense. À cet effet, quelques exemplaires de la cyberstratégie russe seront disponibles et mis à la vente.

Les horaires de la manifestation : 
Vendredi 19 juillet : 15 h 00 – 19 h 00
Samedi 20 juillet : 10 h 00 – 21 h 00 (journée continue)


Le programme complet du festival ICI

Annonce sur le site officiel des Écoles Saint-Cyr
Contact : film[@]saint-cyr.terre-net.defense.gouv.fr
(enlevez les [] pour valider l'adresse de contact) 


lundi 15 juillet 2013

Leçon pédagogique sur le piratage par Green Heart Games


En informatique le piratage, ou plus exactement la contrefaçon logicielle, est un délit qui semble consubstantiel à ce secteur d'activité.
L'ascension et la renommée des premiers ordinateurs personnels furent intimement liées à la capacité aux nouveaux utilisateurs de pouvoir se fournir chez un camarade de classe ou son voisin (cf. la période des C64/128 et autres CPC). Fruit vénéneux qui dans un second temps accéléra la désaffection de ces mêmes amateurs en raison d'un retrait de l'industrie logicielle et d'un taux de piratage devenu insoutenable (cause non unique, l'on peut aussi y adjoindre l'obsolescence technique des modèles avec la sortie d'une nouvelle génération ; les portages loupés de ludiciels ou les licences exploitées sans considération pour la qualité ; les erreurs de politique de vivification de la filière par la marque elle-même ; des prix déraisonnables etc.).

Certaines simulations permettent de revivre ces temps anciens où de petites structures sont devenues des monstres du début du XXIème siècle (du moins celles qui ont survécu ou qui ont conservé leur appellation d'origine). Ainsi avais-je déjà évoqué la série GameBiz dont on attend désespérément le quatrième opus, le concepteur souhaitant au préalable sortir MovieBiz, centré sur le monde du cinéma), qui maniait à la fois le côté gestion et le côté conception de façon relativement adroite, tout en ayant évité de l'enrober dans un paquetage trop aride. Le concept qui est de niche dispose cependant, outre le ludiciel déjà précité, d'Under Development, qui est le fruit d'un seul programmeur (et non programmateur comme je le lis un peu trop souvent ces derniers temps) : Mat Dickie. Si l'ergonomie est assez discutable, le reste ne manque pas de profondeur et l'on se plait à revisiter une partie enfouie de l'ère vidéoludique des ces trente dernières années. Ici encore, l'aspect management est présent bien que moins complexe que celui de GameBiz. Anecdote : l'on reconnaîtra quelques personnalités des années 1990 et 2000 qui sauront faire monnayer au plus cher leurs compétences... ou notoriété!

Celui qui a cependant inspiré cette note provient du tout dernier de Green Heart Games : Game Dev Tycoon. Sur la forme, l'on a l'impression d'un jeu en java, ce qui présente le double avantage d'être très accessible aux néophytes (les joueurs occasionnels) et plaisant à l'oeil (sans pour autant mettre la configuration matérielle à genoux). Son succès croissant connut pourtant un boom médiatique savamment orchestré grâce au tour joué par les facétieux auteurs du jeu. Si la version piratée semblait en tout point identique à la version légale, un évènement se déroulait inévitablement au bout de plusieurs tours de jeu, privant ainsi les joueurs illégaux du plaisir de continuer leur aventure : le piratage trop prononcé des jeux mis en circulation entraînant irrémédiablement la fin de la partie.

Et les pirates (les vrais) de se plaindre sur les forums pour savoir comment continuer à avancer dans le jeu, et savoir s'il y avait des mesures de protection efficaces pour empêcher les pirates de faire baisser les ventes! Scène toute droite sortie de la quatrième dimension qui ne manqua pas de faire rire aux éclats une partie de la blogosphère pendant que les intéressés réclamaient des tips pour avancer dans leur partie. Et les développeurs de se fendre sur leur blogue d'une explication non dénuée d'ironie en révélant que le procédé visait à faire prendre conscience des dégâts provoqués par un piratage à grande échelle.



Et de terminer par ce cri du coeur expliquant que, pour la majeure partie des jeux, les procédures anti-piratage causent plus de tort à ceux qui paient la note qu'à ceux qui y échappent :
This was a unique opportunity. You need a game development simulation game to make this particular joke work. The more general idea/experiment to release a cracked version which inconveniences and counts pirates can probably work for any game and might work in the long run.
If pirates are put through more trouble than genuine customers, maybe more will buy the real game. Sadly, for AAA games it is currently the other way. Customers get the trouble with always-on requirements and intrusive DRM, while pirates can just download and enjoy. A twisted world
.

En effet, il faut soutenir les studios indépendants qui font preuve souvent de compréhension, de réactivité, de facilité et de convivialité dans leur approche avec les utilisateurs. Ce qui est très loin d'être le cas avec des studios de grosse stature qui ne visent que les blockbusters et se fichent souvent éperdument du retour ou des récriminations des acheteurs. Lorsqu'ils n'imposent pas tout simplement et unilatéralement leur solution à un problème inexistant...

Complexe, le phénomène du piratage a toutefois bénéficié grâce à Green Heart Games d'un sensibilisation intelligente car ciblée et pédagogique. Reste désormais à ce que le message soit retenu.


mardi 9 juillet 2013

Les livraisons de pétrole russe en Europe au plus bas depuis 10 ans


Article de Tatiana Golovanova paru sur La Voix de la Russie le 5 juillet 2013

L’Europe éprouve un manque de pétrole russe. En juillet, la Russie ne pourra livrer aux raffineries européennes que 2 milliards de barils de brut par jour. Cette réduction s’explique par la réorientation des exportations vers la Chine et le développement des capacités de raffinage en Russie même.

L’introduction de L’embargo sur le pétrole iranien et la chute de la production en mer du Nord, à quoi s’ajoute désormais la réduction des livraisons russes, a frappé de plein fouet l’industrie du raffinage, se lamentent les Européens. De nombreuses raffineries tournent au ralenti et les Européens n’ont aucune garantie de pouvoir acheter prochainement de grandes quantités de brut. C’est que, à la différence du marché gazier, le marché du pétrole ne marche pas à coups de contrats à long terme.

Le directeur de la bourse de matières premières de Saint-Pétersbourg Pavel Strokov explique le manque d’or noir en Europe par l’acquisition de TNK-BP par Rosneft :
« C’est assez simple. La compagnie TNK-BP exportait traditionnellement de grandes quantités de pétrole vers l’ouest. Elle a fusionné avec Rosneft qui avait d’autres projets en ce qui concerne ces quantités. »

C’est ainsi qu’en juin Rosneft et la Compagnie nationale pétrogazière chinoise ont signé un contrat à long terme de livraison du brut à la Chine évalué à 270 milliards de dollars. En 25 ans, la Russie livrera à la Chine 800 millions de tonnes de pétrole. Mieux encore, d’ici cinq ans, la Chine deviendra le plus gros acheteur du brut russe en évinçant l’Allemagne qui occupe actuellement la première place. Après la mise en service en 2009 de l’oléoduc Sibérie orientale – Pacifique, les exportations russes vers l’Asie ont atteint 500 barils/jour, note le directeur de l’Institut de l’énergie Sergueï Pravossoudov :
« Les livraisons se poursuivent depuis plusieurs années et vont grandissant. Elles restent encore au-dessous des quantités expédiées en Europe mais la tendance est à l’augmentation et même à une très forte augmentation si on en croit le contrat signé. Et puisque la production de pétrole n’augmentera pas à la même cadence, les quantités nécessaires seront prélevées sur les exportations vers l’Europe. »

L’Europe sera obligée d’acheter le pétrole au prix fort pour attirer les compagnies russes ou chercher d’autres sources d’approvisionnement, ce qui se répercutera encore plus sur la rentabilité de ses raffineries. Une autre possibilité consiste à acheter des entreprises de raffinage russes, signale Sergueï Pravossoudov :
« Les compagnies de pétrole européennes pourraient acheter des usines de raffinage. Ce processus est en cours mais les Européens s’y opposent activement. En effet, si une compagnie achète une raffinerie, elle deviendra propriétaire du pétrole, fera marcher les capacités de production et vendra ensuite les produits pétroliers à des tarifs élevés. »

jeudi 4 juillet 2013

Retour vers le futur de la guerre froide : Snowden, un (es)pion au milieu du gué


Un faux scandale agite actuellement le landerneau médiatico-politique : l'affaire PRISM, du nom de ce programme généralisé de surveillance américain faisant appel aux principales sociétés américaines du secteur de l'information et de la communication (nombreuses étant première dans leur domaine d'application, on devine leur efficacité à l'échelle mondiale). Ce n'est ni le premier et ne sera selon toute vraisemblance pas le dernier. Or ce qui a soulevé nombre d'indignations dans le monde est le fait que des pays alliés soient tout de même surveillés par le grand ami d'Amérique. Les députés européens, à la tête de la fronde actuelle (se singularisant avec le silence gêné du président de la Commission Européenne Manuel Barroso comme celui du président du Conseil Européen Herman van Rompuy) ont malgré tout la mémoire courte puisqu'en 2001 avait été rendu public par l'eurodéputé Gerhard Schmid un rapport sur le réseau d'interception Echelon [1]. Semblerait-il que tout ce labeur n'ait pas été utile au vu des cris d'orfraie actuels. Lequel rapport faisait déjà suite à un précédent fourni en 1997 par le STOA (Science and Technology Options Assessment) sur de possibles écoutes depuis l'autre côté de l'Atlantique, et complété en 1999! Comme quoi, les rapports publiés de la maison Europe ont une fonction éminente... de caler les meubles.

L'on pourrait aussi s'ingénier à rappeler l'affaire SWIFT, du nom de cette société de droit belge regroupant la gestion du code d'identification des banques où l'on apprit que les autorités américaines à la suite du 11 septembre 2001 s'étaient autorisées à prendre connaissance des comptes des principaux clients de ladite société (à savoir les banques les plus importantes au niveau mondial). Le parlement européen imposa un accord en deux rounds afin de légaliser a posteriori cette possibilité [2]. L'affaire avait même rebondi en février 2012 lorsqu'un Danois fut empêché d'opérer une transaction par le département du trésor américain alors que celle-ci concernait l'achat de cigares cubains via une banque allemande : Cuba étant en effet frappé d'un embargo par les États-Unis et ceux-ci, tout comme pour l'Iran, pourchassent les contrevenants nationaux et tiers qui y contreviendraient.

Il en ressort un désagréable sentiment que naïveté et mauvaise foi forment le terreau de toute cette agitation récente. Sans compter bien entendu le calcul politique pour certains dirigeants désireux de s'offrir une aura de défenseur des libertés individuelles à peu de frais. Attitude contredite par ailleurs, et ce de façon relativement tragico-comique, par l'épisode de l'avion présidentiel Bolivien de retour de Moscou et fouillé à Vienne car suspecté de détenir dans son avion personnel le transfuge américaine Snowden, précédé par l'interdiction de survol de l'espace aérien par la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal. Le président Evo Morales ayant menacé de procédure devant l'ONU pour violation du droit aérien [3] : l'affaire est à suivre mais elle illustre la fragilité et en corollaire la crédibilité des rodomontades de certains dirigeants européens...

Il ne faut pas aussi omettre que les principaux intéressés de cette affaire sont les citoyens américains eux-mêmes avant même les européens, que cette affaire les concerne au premier plan et que si réaction il doit y avoir, elle doit d'abord provenir de ces individus. En complément, il est nécessaire de ne pas tomber dans le déni : tout État souverain se doit d'avoir son service de renseignement, la souveraineté est indissociable de la connaissance des forces d'autrui comme de ses propres faiblesses. Enfin, l'on notera aussi que les sociétés les plus innovantes américaines ont été mises à contribution, ce qui met crûment à jour la déficience de champions européens des TIC, qui lorsqu'ils arrivent à maturité sont racheté ensuite par des sociétés extra-européennes (ex. Skype, le logiciel de VoIP d'origine estonienne, passé dans le giron de Microsoft en 2011).

Il n'empêche que lorsque l'analyste Edward Snowden révèle au monde entier (articles du Guardian et du Washington Post des 6 et 7 juin 2013) l'existence d'un programme d'exploration, de collecte et d'analyse de données (data mining) diligenté par son agence, la National Security Agency (10 milliards de dollars de fonctionnement annuel estimés pour 2013), avec l'appoint de plusieurs sociétés nationales des technologies de l'information et de la communication, il se doute pertinemment que cela va jeter un pavé dans la mare des bonnes convenances entre nations. Ce dont en revanche il est un peu plus leste à ce moment là, c'est sur la difficulté à trouver un asile politique : alors qu'il était en zone de transit à l'un des aéroports de Moscou, Cheremetievo. L'Équateur initialement visé (rappelons que le pays accueille toujours dans ses locaux diplomatiques de Londres le fugitif Julian Assange suite à l'affaire Wikileaks) a rejeté la proposition au motif que l'affaire était désormais du ressort des autorités russes, et officieusement qu'elle ne pouvait se permettre de devenir un refuge trop visible sur la liste noire des pays ne coopérant pas judicieusement avec les États-Unis. Et un relent de guerre froide de sourdre lorsque Barack Obama et Vladimir Poutine enjoignent leurs services de renseignement respectifs (FSB et CIA) à s'entendre pour un dénouement favorable à chacune des parties!
Pour l'heure la liste des pays contactés par l'exilé est presque aussi longue que celle des États lui ayant déjà refusé le statut de réfugié politique. Sous des prétextes plus fallacieusement juridiques que pragmatiquement politiques : le bénéfice politique international, voire les quelques informations utiles que l'on pourrait retirer de Snowden seront contre-balancés par une pression, directe et indirecte, de Washington qui n'acceptera pas qu'un de ses ressortissants rompu à la sécurité de l'État ait pu fauté à ce point. Car le « lanceur d'alerte » (whistleblower en américain) risque gros en cas de retour sur le sol américain : la sentence serait lourde... Encore que l'inculpation sous le motif de trahison est sujet à discussion selon l'interprétation de la constitution américaine [4], un risque que ne souhaite pas prendre visiblement Snowden.

Le président russe avait posé une condition préalable, officielle, à l'acceptation de l'asile pouvant être accordé à son « invité » : qu'il ne nuise plus aux intérêts des autorités américaines en stoppant toute révélation, même si pareille demande peut choquer de sa part a-t-il cru bon de devoir ajouter (on se doute qu'entre-temps les services de renseignement ont pris un certain intérêt à approcher Snowden pour sa propre sécurité... et ses connaissances sur un tel réseau d'espionnage) [5]. Vladimir Poutine sait en effet que pour exécrables que soient les relations russo-américaines depuis plusieurs mois, une flaque d'huile de plus sur le feu ne serait pas la plus opportune, de même qu'il sait que certaines convenances se doivent d'être respectées pour ne pas avoir à subir un retour de flamme. En outre, rien n'indique que Snowden ait officié auparavant en tant qu'agent russe, or il est dans l'intérêt de Poutine d'éviter pareille allégation qui provoquerait une chasse aux espions interne au sein de la NSA et consoeurs tout en rehaussant d'un cran la lutte du contre-espionnage contre les russes. L'affaire des dix espions russes arrêtés en 2010 (programme Illégaux mené par le FBI) est encore chaud et la Russie préférerait laisser les braises s'éteindre d'elles-mêmes.

Snowden tombe dans une guerre informationnelle pile-poil entre Russie et États-Unis où les nerfs de tous les acteurs sont mis à rude épreuve : les États-Unis ne peuvent jouer des muscles comme envers un pays de seconde catégorie mais se doivent d'effacer ce camouflet mondial, la Russie quant à elle ne peut donner l'impression de récupérer un agent mais perdrait en crédibilité internationale en le remettant aux autorités américaines.

Quelque soit la solution trouvée, et celle-ci peut prendre un temps conséquent à émerger, une fois encore Russie et États-Unis se font face dans un cadre cyberstratégique où États, hommes et réseaux jouent aux échecs à l'échelle planétaire.

Enfin, n'oubliez pas : pour mieux replonger dans cette guerre informationnelle où la Russie joue sa propre partition, relire La cyberstratégie russe.

Lecture complémentaire : Abou Djaffar, « À force de jamais rien comprendre, un jour il va vous arriver des bricoles », Terrorismes, guérillas, stratégie et autres activités humaines, 1er juillet 2013


[1] ZDnet,« Les États-Unis n'ont pas dissipé nos doutes à propos d'Echelon », juin 2001
http://www.zdnet.fr/actualites/les-etats-unis-n-ont-pas-dissipe-nos-doutes-a-propos-d-echelon-2089531.htm
[3] Libération, « L'attitude française envers Evo Morales suscite la polémique », 3 juillet 2013
[4] Treason against the United States, shall consist only in levying War against them, or in adhering to their Enemies, giving them Aid and Comfort. No Person shall be convicted of Treason unless on the Testimony of two Witnesses to the same overt Act, or on Confession in open Court.
[5] Le Monde, « Edward Snowden a demandé l'asile à la Russie », 1er juillet 2013

mardi 2 juillet 2013

Café Stratégique numéro vingt-sept : rencontre avec une partie de l'équipe d'Alliance Géostratégique


Ce jeudi 4 juillet de 19 à 21h se déroulera un café stratégique peu habituel. Ce n'est pas en effet un mais plusieurs invités qui seront à l'honneur et qu'il vous sera toujours autant loisible d'écouter et de questionner.
En outre, ceux-ci ne vous sont pas inconnus puisqu'il s'agit... d'une partie de l'équipe de l'Alliance Géostratégique!

Comme de coutume, le rendez-vous aura lieu au Café le Concorde, 239 boulevard Saint-Germain,  métro Assemblée Nationale. Prenez une consommation au bar en guise de  soutien aux cafés et venez nous rejoindre au premier étage.