mardi 31 décembre 2013

2013 : année Poutine

Si un chef d'État a pu bien sabler, ou plutôt sabrer à la cosaque, le champagne avec le sourire en cette fin d'année 2013, c'est le maître du Kremlin, Vladimir Poutine. L'année 2013 aura été celle de victoires, petites et grandes, sur tous les fronts engagés depuis des mois, voire années. Une réalité consacrée par les magazines The Times et Forbes désignant Vladimir Poutine personnalité internationale de l'année 2013 (il avait déjà été nommé comme tel en 2007 par le Time Magazine). Les raisons de ce succès sont nombreuses :
  • En Géorgie, l'arrivée d'un nouveau Président à Tbilissi, Giorgi Margvelachvili, dans la droite ligne des élections législatives l'année précédente a fait fuir les derniers faucons de la capitale, Mikheil Saakachvili en tête.
  • En Syrie, la poussée de fièvre franco-anglaise de l'été aura fait long feu de par l'obstination russe couplée à l'appui discret mais réel de la Chine, il est vrai suppléé par le peu d'empressement de Barack Obama à répondre militairement aux velléités des deux États européens.
  • En Ukraine, la volte-face de Viktor Yanoukovitch levant l'option russe pour alléger les difficultés économico-financières de son pays au grand dam de l'Union Européenne doit pour beaucoup aux manoeuvres poutiniennes qui auront su concilier avertissements et arguments.
  • Face aux États-Unis, la récupération opportune de l'ex-agent Edward Snowden pour en tirer un profit médiatique, et accentuer la déstabilisation consécutive aux révélations distillées par le réfugié fut une sérieuse épine plongée dans l'épiderme étasunien.
Et de multiples rencontres bilatérales et multilatérales pour continuer de positionner plus en avant encore les pions sur les dossiers épineux. Comme sur le cas iranien avec la rencontre et l'accord conclu à Genève fin novembre où la Russie faisant partie des six négociateurs réussit à obtenir une avancée substantielle, l'Iran pouvant espérer en 2014 une levée partielle des sanctions la frappant.

Au fond Poutine applique une technique qui fonctionne sur le moyen et le long terme, faite de coups de force, de cajolerie et d'attentisme intéressé. Cette politique complexe, plus subtile qu'elle n'y parait est à tout le moins efficace. Elle surprend, désarçonne même, les observateurs et les responsables politiques peu alertes quant à l'existence d'une politique russe constituée de linéaments appréciés comme sibyllins de l'extérieur mais reliés par une ligne directrice logique. Avec un soupçon d'opportunisme comme l'accueil réservé à un Gérard Depardieu qui attisa l'ire de l'exécutif français en tout début d'année, dont ses représentants mouchés en Syrie ont d'ores et déjà annoncé qu'ils ne se rendront pas à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques.

Dernier élément qui n'a pas manqué de participer à la neutralisation des critiques à l'égard du triple vainqueur présidentiel : l'amnistie par la Douma de nombreuses personnalités ayant suscité la compassion du camp occidental. Pêle-mêle, les deux Pussy Riots internées en Mordovie, les activistes de l'organisation écologiste Greenpeace de l'Artic-Sunrise incarcérés depuis septembre 2013 ou encore, voire même surtout, l'ancien magnat propriétaire de Ioukos accusé d'escroquerie Mikhaïl Khodorkovski qui bénéficia pour sa part d'une grâce présidentielle. Cette annonce est d'un timing remarquable : d'une part elle intervient en une période chérie pour les occidentaux, à savoir les fêtes de fin d'année (en Russie, cette période ne débute qu'à partir du 1er janvier), ensuite elle n'a apporté au final que quelques mois de liberté anticipés à des détenus qui étaient en passe d'être libérés en 2014 et enfin, de façon encore plus matoise, de la sorte il désamorce en amont et décrédibilise en aval les tentatives de boycott des futurs Jeux Olympiques devant se tenir dans la station balnéaire de Sotchi.

Seul bémol imprévu : l'attentat suicide de Volgograd (ex-Stalingrad) du 29 décembre dernier avec la bénédiction de Dokou Oumarov, auto-proclamé émir du Caucase (lequel a été donné pour mort le 18 janvier 2014 par Ramzan Kadirov, président de la Tchétchénie mais sans confirmation officielle par les services de sécurité). Plus encore que les malheureuses dix-sept victimes comptabilisées à ce jour, l'objectif visé étant la perspective de faire planer sur les Jeux Olympiques à Sotchi l'ombre du terrorisme. Les services spéciaux déjà à cran sont prévenus : rien ne doit entacher le déroulement de ceux-ci, en particulier tout évènement fâcheux d'ordre criminel. Sotchi 2014 au même titre que la Coupe du Monde 2018 fait partie de ces grand-messes destinées à présenter un autre visage de la Russie au reste du monde.

N'en déplaise au magazine allemand Der Spiegel qui lors d'une récente Une le présentait sous la formulation de voyou ou petite frappe (Der Halbstarke), l'homme est au contraire un fin connaisseur des rouages de la politique internationale et en conséquence sut exploiter les rivalités, les négligences, l'impulsivité et les contradictions de ses homologues occidentaux. Tout en continuant à renforcer ses liens avec les pays orientaux et méridionaux. Si Poutine a serré les dents durant les révolutions de couleur, il savoure dès aujourd'hui sa politique de fermeté et d'ouverture calibrée. Pour autant, et en dehors de la continuité de cette politique extérieure, ses deux principaux défis pour le reste de son mandat seront premièrement de bel et bien de trouver un successeur digne de tenir les rênes du pouvoir et notamment de ne pas trahir son héritage et deuxièmement de relancer la machinerie économique qui s'est essoufflée en 2013 (après avoir évoluée à plus de 3% de croissance depuis 2010) tout en continuant sur une diversification de ses activités et débouchés.


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