samedi 14 décembre 2013

1939, les héros de Westerplatte : adaptation cinématographique d'un des symboles de la campagne de Pologne


Enclavée entre les provinces de Poméranie et de Prusse Orientale, le couloir (corridor) de Dantzig (actuelle Gdańsk) avait été imposé aux signataires du Traité de Versailles pour deux raisons principales : couper la Prusse en deux et par là même réduire son unité territoriale ; offrir à la Pologne un accès à la mer essentiel pour le transport de marchandises par voie maritime.
Ce faisant, il était évident qu'en cas de réarmement de l'Allemagne, cet espace artificiellement créé focaliserait les attentions des militaires pour résorber ce qui était considéré comme un abcès.
Toute aussi problématique, et dans la continuité, figurait la présence de la ville libre de Dantzig. Un ensemble géographique de quelques deux mille kilomètres carré qui s'affichait comme une verrue sur les cartes de l'État-major allemand, et dont la gestion avait été confiée dès sa création en 1920 à la Société Des Nations, cette organisme international précurseur de l'Organisation des Nations Unies. Si son existence peut apparaître incongrue, elle reposait en réalité sur un substrat historique ancien : une ville libre, et dépendances contigües, de Dantzig avait déjà existé par le passé entre 1440 et 1814, en passant par une éphémère réaffirmation de sa singularité par Napoléon en 1807 sous la forme d'une république.

Si les gouvernements polonais et allemands étaient liés par un pacte de non-agression signé en 1934, les coups de force à répétition du régime nazi ne laissait guère plus de doute sur ses velléités de récupérer les territoires arrachés par le Traité de Versailles. Et si l'ouest était encore pour l'heure un trop gros morceau à avaler, l'est offrait une perspective de succès rapide, que le pacte germano-soviétique d'août 1939 consacrait aux dépens des États pris en étau entre la faucille et la svastika. Et de fait, le 1er septembre 1939, le cuirassé Schlesswig-Holstein mouillant au large de Dantzig marqua le déclenchement de la seconde guerre mondiale en Europe en faisant feu de ses batteries (l'on fait exception de l'incident de la station radio allemande de Gleiwitz qui ne fut qu'une ruse de guerre pour faire accroire à une provocation polonaise).

C'est là que débute l'histoire de Westerplatte : avant-poste militaire situé à l'embouchure du canal menant à Dantzig. Une formalité militaire pour les forces ennemies amassées à proximité et convaincue d'une reddition rapide de la garnison sur place.

C'est pourtant ici, sur cette péninsule, qu'allait se jouer l'une des plus grandes démonstrations de la vaillance polonaise, à l'instar de la charge de Krojanty (qui par un procédé de propagande savamment orchestré par les nazis allait devenir le mythe des lanciers polonais se brisant sur les chars allemands) ou la bataille de Chojnice. Un affrontement qui mobilisa une force considérable pour réduire la poche de résistance pourtant tenue par à peine deux cents hommes qui se répartirent entre une partie boisée, une plage et un espace fortifié faisant office de dépôt de munitions. Un canon d'artillerie de 76,2 mm, deux canons anti-chars de 37 mm et quatre mortiers Brandt Mle 27/31 constituaient l'équipement « lourd » de la garnison face à l'imposante force interarmes du général Eberhardt (dont une unité SS, une compagnie d'élite d'infanterie de marine et un cuirassé).

Dans la précipitation d'une guerre que l'on pressentait imminente, les protagonistes sont jetés dans un tourbillon de feu et d'acier, tout en étant maintenus dans l'incapacité d'obtenir des renforts ou toute nouvelle extérieure. C'est aussi un combat intérieur qui va se dérouler au sein de la fortification entre officiers où l'ordre initial qui était de résister pendant douze heures devient caduc : deux visions s'affrontant désormais entre la raison qui ordonne de décrocher et l'honneur qui pousse à résister incarnés par le major Sucharski et le capitaine Dąbrowski. Les rares moments de sérénité en dehors font exploser ces moments de doute et de colère. Folie, rage, attentisme, stress, désertion, héroïsme : tout le spectre des actions et émotions humaines en temps de guerre est étalé durant presque deux heures.

D'un point de vue réalisation, ce métrage (Tajemnica Westerplatte en édition originale) sorti en 2010 ne présente aucune innovation ou effet dissonant, c'est propre sans être tape à l'oeil. L'effet est efficace, et ce manque d'apprêt lui confère même une véracité dans le propos. Les scènes d'action ne déméritent pas, et les périodes confinant au huis-clos dramatique sont bien menées. À tout le moins peut-on déplorer quelques longueurs pas toujours essentielles au bon déroulement de l'histoire, et une bande-son très quelconque.
Précisons que l'affrontement entre les deux officiers est lui un rétablissement de la réalité historique qui avait été tordue pour ne pas affecter le mythe d'une résistance unanime et inflexible. 

S'il ne prétend aucunement à être un film de guerre exceptionnel, Westerplatte mise surtout sur l'intensité de la situation et la complexité des relations entre gradés. Il permet aussi de révéler au public étranger combien la campagne de Pologne de 1939 ne fut pas une simple promenade champêtre pour les forces nazies. Et bien que démunis de moyens et dotés d'une armée en pleine réorganisation (à la mécanisation inachevée), les polonais opposèrent une farouche et solide résistance là où ils purent tirer profit du terrain. 




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