mercredi 20 novembre 2013

Into the White : piégés en pleine tempête


Into The White est un film de guerre atypique. Dérangeant comme captivant. Plongé pour l'essentiel du métrage dans un huis-clos hivernal. Gratifiant le spectateur de quelques moments à forte puissance émotionnelle.
Réalisation binationale mais 100% scandinave (Suède et Norvège), le bouquet d'acteurs n'a rien de flamboyant : seul l'anglais Rupert Grint dispose d'une aura internationale, tout comme dans une moindre mesure son compatriote Lachlan Nieboer dont la renommée a percé récemment grâce à la série Dowton Abbey. En dépit de ce déficit en célébrités de premier ordre, la composition de l'ensemble du corps actoral est de grande tenue, et le fait d'avoir réuni de vrais allemands et de vrais anglais n'en est que plus judicieux et saisissant. Tout autant que le travail sobre et léché du réalisateur Petter Næss achevant de donner au tableau un sérieux apprécié..

Parlons du scénario. 
27 avril 1940 : la seconde guerre mondiale a débuté depuis septembre 1939 en Europe et malgré quelques succès tactiques polonais, la machinerie nazie vole de victoire en victoire et s'approprie une grande partie de la Pologne. Sur le front ouest, les forces britanno-françaises décident de mener une offensive indirecte en Scandinavie mais sont prises de vitesse par les forces ennemies qui capturent le Danemark et avancent vers la Norvège. Dans la précipitation, deux opérations sont menées : l'une à Trondheim et l'autre à Narvik. Ce sera l'origine de la bataille de Narvik entre le 10 et le 13 avril 1940 dont la vision stratégique repose sur la cessation de l'approvisionnement en matières premières de Scandinavie vers l'Allemagne par ce port norvégien.
La campagne norvégienne suscite des accrochages sévères, et chacun d'entre eux fait pencher la balance un peu plus du côté nazi jusqu'à l'inexorable décision de retirer les troupes alliées pour leur éviter d'être piégées (ce qui vaudra à ce titre la démission de Neville Chamberlain au profit de Winston Churchill).
Les cieux payèrent eux aussi le tribut des morts au combat, et c'est durant cet affrontement plusieurs milliers de pieds au-dessus des cimes nordiques que commence l'histoire : par l'atterrissage forcé d'un Heinkel He 111 touché par un chasseur-bombardier Blackburn B-24 Skua. Ses trois occupants vont après un intermède en pleine tempête de neige se retrouver contraint de prendre leurs quartiers dans un refuge en territoire totalement inconnu. Et ce territoire réduit à quelques mètres carré devient même piégeux lorsque les occupants de l'appareil britannique qui a abattu leur avion se retrouve à proximité de l'endroit. 

Les premières minutes illustrent à merveille, sans fioriture technique pourtant, ce à quoi vont être confrontés les rescapés. Une beauté froide, immaculée et létale. En vérité, la mort blanche est un acteur central du récit.
Le second acteur non crédité est les relations interpersonnelles entre deux groupes antagonistes en quasi huis-clos. Le propos par ailleurs ne cède aucunement à l'angélisme. La tension existe, se fait ressentir et les personnalités des uns et des autres sont mises à l'épreuve.

Propre dans sa réalisation, l'histoire est magnifiée par une interprétation de grande tenue et cette indécision qui pèse lors d'actions parfois anodines mais se révélant complexes à gérer en un endroit qui n'est ni un camp de prisonniers ni une zone neutre. Le scénario sans être exceptionnel sait générer parfaitement les retournements et les questionnements. Il n'est pas possible de le relater en détail ici sans déflorer ce qui fait le charme de cette production.

Au final, l'on en ressort avec un sentiment singulier. Lequel ébranle des certitudes, si tant est qu'il y en avait au départ.
Et puis, comme le disait si bien Charles Aznavour dans ce sublime film qu'est Un taxi pour Tobrouk porté par la verve du paroliste Michel Audiard : « À la guerre, on devrait toujours tuer les gens avant de les connaître. ».

Dernière indication : le tout est inspiré d'une histoire vraie s'étant déroulée près de la municipalité de Grotli en Norvège.

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