vendredi 23 août 2013

La Russie de Mikhaïl Boulgakov


Article de Victoria Issaïeva paru sur La Voix de la Russie le 16 août 2013

Un écrivain ne se définit pas du tout par un certificat, mais par ce qu'il écrit. Cette phrase comme bien d’autres expressions du célèbre écrivain russe Mikhaïl Boulgakov fait partie des aphorismes les plus répandus en Russie. Voilà quelques uns de ses chefs-d’œuvre : Ce sont des faits et les faits sont la chose la plus obstinée du monde. La lâcheté est le pire de tous les défauts. Il faut reconnaître que, parmi les intellectuels, on rencontre parfois, à titre exceptionnel, des gens intelligents. On peut continuer cette liste trois ou quatre fois.

Les œuvres de Boulgakov étaient inspirées par la réalité soviétique mais évidement ses idées dépassaient les bornes de cette même réalité en devenant universelles. M. Boulgakov dont les livres et les pièces n’étaient guère publiés dans son propre pays n’a été vraiment apprécié qu’après sa mort. Aujourd’hui son nom est sur les rangs des noms des plus grands maîtres de la plume. On connaît bien cet apôtre russe à l’étranger. Bien que l’écrivain n’ait jamais été allé en France, son destin était lié à ce pays européen. Mais il y a un temps pour tout. D’abord, il faut dire qu’à Moscou il existe le Musée-théâtre de Boulgakov ou la Maison de Boulgakov qui est juste à côté d’un autre musée, Appartement numéro 50, un mauvais appartement, du roman Le Maître et Margueritede l’auteur.Cette semaine le Musée-théâtre de Boulgakov a présenté une exposition qui s’appelle La Russie de Mikhaïl Boulgakov.Elle est consacrée au spécialiste très connu en Russie de l’œuvre de l’écrivain, Boris Myagkov. Pendant sa vie Boris Myagkov a créé une grande archive de documentation concernant la vie et l’œuvre du célèbre auteur. Une partie de cette archive est désormais accessible dans la Maison de Boulgakov.

Irina Myagkova, épouse de Boris Myagkov, qui est maintenant détentrice de cette archive et commissaire de l’exposition nous a raconté quelques faits intéressants sur la vie et l’œuvre de Boulgakov qu’on peut appréhender en visitant l’expo La Russie de Mikhaïl Boulgakov.

Irina Myagkova : Le Maître et Margueritea été publié en 1966 dans un magazine Moscou. En 1967 le magazine a cessé son existence. En Russie le roman a été publié en version coupée. Elena Sergueïena, la troisième épouse de l’écrivain, rassemble les fragments du roman qui n’avaient pas été publiés en Russie pour les faire éditer en France.Et elle publie donc en France la première édition du roman en version complète en russe. Pourquoi en France ? Primo, toutes les trois épouses de Boulgakov parlaient français. Elena Sergueïena a traduit Lélia ou la vie de George Sand d’André Maurois. Boulgakov maîtrisait d’ailleurs parfaitement cette langue. Ils voulaient faire un voyage à Paris. C’était son rêve. Boulgakov a demandé à son frère de lui envoyer de Paris une description du monument de Molière. Lui, il ne pouvait pas voyager à l’étranger à cause de ses relations complexes avec le pouvoir soviétique. Mais aujourd’hui quelques-uns de ses descendants habitent la France. Ils ont réussi à réaliser son rêve. Les pièces de Boulgakov étaient mises en scène à l’étranger. Les Frères Tourbine était montée à Paris, à Berlin, à Zagreb... Mais l’argent, il ne le touchait pas en entier. Quant à la Russie, sa dernière œuvre a été mise en scène en 1926. La vie en Russie était pour lui le combat pour gagner des moyens à vivre, mais aussi le combat pour préserver sa personnalité d’artiste. Il disait donc qu’on voulait lui faire « un vaccin de prisonnier ». Et ses pièces n’étant pas mises en scène en Russie il disait qu’il ressemblait à « une usine de production de briquets jetables ».

LVdlR : Qu’est-ce qui représente la Maison de Boulgakov aujourd’hui ?

Irina Myagkova : La maison Boulgakov existe depuis le mois de mai 2004. Dès le départ elle était conçue comme un musée-théâtre. Mais il a fallu attendre sept ans avant que cela se réalise. On y met en scène les pièces de Boulgakov et des auteurs contemporains. On accueille des présentations des ouvrages liés à la vie et à l’œuvre de l’écrivain. On propose des conférences. On est en étroit contact avec la famille de l’écrivain. Par ailleurs, on propose de nombreuses excursions. Vous avez vu la carte de Moscou selon Boulgakov, voici l’itinéraire de notre excursion en tramway 302 bis (qui est le fameux tramway du Maître et Marguerite). On propose des excursions nocturnes et dans la journée consacrées à la vie de Boulgakov et les excursions costumées inspirées par ses œuvres. Les recherches initiées par Boris Myagkov constituent la base de tout ce travail. Il était en correspondance régulière avec les gens dans de nombreux pays. Il a mis de l’ordre dans ce qu’on savait sur Boulgakov ce qui a permis de créer cette maison-musée. En effet, dans notre musée on vous parle de la structure de la personnalité étonnante de M. Boulgakov qui s’étant retrouvé dans des conditions très difficiles des années 1920-1930 a su s’en sortir vainqueur et réaliser tout ce qu’il avait prévu.

LVdlR : A votre avis, la Russie de Boulgakov elle est comment ?

Irina Myagkova : Boulgakov est un homme de sa patrie. Il est né et il est mort en Empire russe. Pour Boulgakov la Russie était un espace uni. Elle avait multiples visages. C’est un fort Etat slave qui subit, bien sûr, de grandes transformations. Boulgakov se juge indissociable de l’histoire de son pays. C’est une personne qui a connu la douleur, la souffrance, mais qui n’a pas trahi ou triché ou joué à ce jeu facile d’un quart d’heure de gloire. Il aurait pu être célèbre de son vivant, mais il l’est devenu après sa mort pour le rendre célèbre pour toujours. L’espace mystique de Boulgakov est beaucoup plus complexe qu’on ne le croit. Ce ne sont pas des tableaux, ni des poupées, c’est la compréhension profonde de ce que la vie de l’homme est assujettie à sa conscience qui a deux aspects : diurne et nocturne. Aujourd’hui lorsque les gens sont à la recherche de la vérité en omettant de voir ce qu’ils ont dans leur âme, dans leur esprit et d’entendre la voix de leur conscience, l’œuvre de Mikhaïl Boulgakov est plus que jamais d’actualité.

Les Musées de Boulgakov à Moscou sont très populaires auprès des gens de tout âge et de toutes les nationalités. En visitant Un mauvais appartement, j’ai rencontré un groupe international d’étudiants qui m’ont accordé quelques instants pour parler du grand Boulgakov :

LVdlR : Quelles sont vos impressions de l’œuvre de Boulgakov ?

Anna (la Polonaise) : Nous sommes venus de Volgograd, nous sommes des stagiaires de l’organisation internationale Aiesec. Le musée de Bulgakov comme la Maison de Boulgakov c’est vraiment à visiter. On a déjà fait un grand tour, on a vu presque tous les monuments les plus importants à Moscou.

Manuella (la Portugaise) : Je pense que c’est très intéressant. Je n’ai pas lu mais je suis très intéressée à connaitre l’auteur et ses livres les plus connus.

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