lundi 22 juillet 2013

World War Z : l'attaque zombie crève les écrans


Article paru sur Alliance GéoStratégique le 7 juillet 2013

Le succès de librairie des ouvrages de Max Brooks a rencontré son public dès la parution de son premier ouvrage en 2003 intitulé Guide de survie en territoire zombie (The Zombie Survival Guide en version originale). Lequel sera suivi en 2006 d'une autre oeuvre, World War Z, dont la major Paramount Pictures acquit les droits pour produire le film éponyme bien qu'il n'y ait que des rapports épisodiques entre les deux. L'engouement né autour de ce phénomène, cette rencontre entre les écrits de l'auteur et de son public, ne saurait être totalement déconnectée de la réalité : le fait littéraire s'est nourri selon toute vraisemblance d'un état d'esprit anxiogène croissant aux origines diverses couplé à l'augmentation de la population mondiale.

Car la crise économique mondiale n'a fait que renforcer certaines craintes ancrées dans l'inconscient collectif. Ainsi le souvenir de la grande peste de 1347 comme celle de la grippe espagnole de 1918 marquèrent durablement les esprits, de par la mortalité galopante mais surtout leur inexorable progression, comme leur propension à frapper sans distinction aucune. La résurgence d'une pandémie n'est aucunement écartée par l'Organisation mondiale de la santé, bien au contraire puisqu'elle a noté des phases de résurgence quasi-cycliques. Ce qui fut par ailleurs la cause de l'alerte au virus H1N1 par ces autorités en 2009.
Toutefois, cette peur, loin d'être irrationnelle, d'un virus foudroyant qui dépasserait les prévisions et les capacités des autorités n'est pas le seul argument qui expliquerait le succès contemporain des zombies.
D'autres phénomènes peuvent être avancés, sans qu'il ne soit possible malgré tout de déterminer leur importance dans le psyché : la peur et l'excitation engendrées des suites d'un désordre généralisé comme une crise échappant à tout contrôle ; la phobie à l'égard d'une masse d'individus soit d'une classe sociale soit d'une origine ethnique particulière ; la mort comme tabou refoulé par les sociétés de type occidentale ; le questionnement eschatologique ; le dépassement de l'être humain moyen par les progrès de la science coexistant avec la persistance de questions toujours non élucidées etc. Le processus de zombification pour sa part peut être assimilé à l'effroi d'un non-statut ou même d'un déclassement social inconscient.
Dernier élément : l'accroissement continu de la population mondiale augmente automatiquement les frictions de différentes natures (comme le stress hydrique ou énergétique). Sept milliards d'être humains sur une planète dont les ressources sont pour une bonne part non renouvelables avec une dispersion de terres arables limitées. Alors comment ne pas croire qu'il y a là aussi une peur de conflits à venir, violents de surcroît, pour la possession de richesses mal réparties géographiquement ou injustement captées? Nous serions alors en présence de l'Harmaguédon citée dans les textes abrahamiques.

Le zombie est devenu un être à part de la littérature fantastique. D'origine haïtienne et connexe au vaudouisme, le mort-vivant est pourtant une réalité provoquée chimiquement par l'emploi de tétrodotoxine, ralentissant les fonctions vitales jusqu'à reproduire les stigmates de la mort chez la victime. Et que l'emploi conjugué de Belladone, Mandragore et Datura à forte dose d'atropine permet de réactiver. L'état d'hébêtement caractéristique du regard vide des zombies étant apporté par l'administration de psychotropes (la vision de quelques hères s'extrayant tardivement de quelque sortie bien arrosée et/ou stupéfiée conforte aisément la plausibilité de cette thèse).

Le zombie, en tant que personnage contemporain doué d'une « vie » propre et non plus le jouet d'un marionnettiste doublé d'un herboriste, fut porté à l'écran et magnifié par le réalisateur Georges Romero qui créa la sensation en 1968 avec La nuit des morts-vivants. Mais c'est surtout son Zombie de 1978 qui, outre quelques épisodes de barbarie sanglantes, marqua les esprits par sa critique particulièrement acerbe de la société de consommation américaine : le centre commercial (le mall) devenant le centre de l'action mais aussi un acteur à part entière. La vision de ces êtres décharnés déambulant en ce lieu sans but, uniquement mus par une vague réminiscence de leurs activités passées, est d'une efficacité philosophique redoutable.
Les épigones et recréations tomberont parfois dans la caricature et le mauvais goût, voire le non-sens le plus complet malgré quelques perles subsistantes ici et là dans tout le fumier des films de zombies des années 1980 et 1990. Mention spéciale à ce titre au Re-Animator du réalisateur Stuart Gordon, amateur des écrits de l'écrivain Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) qui sous des dehors gore et des tirades d'humour noire, ne s'enquiert pas moins très sérieusement de la possibilité de revivre après une mort clinique ainsi que de la thématique de l'acharnement thérapeutique.
Le film britannique humoristique Shaun of the Dead est pour sa part un raccourci rapide et saisissant de cette fibre polémique en pointant du doigt, même sous couvert d'humour horrifique, certaines craintes ou travers de la société. L'on ne dira jamais assez combien les films en provenance d'Angleterre sont souvent iconoclastes comme annonciateurs de dystopies qui peuvent tout aussi bien se transformer peu ou prou en futur proche. Ainsi Shaun of the Dead en son introduction est extrêmement caustique quant à la génération actuelle, engoncée dans ses écouteurs et un travail répétitif, c'est à dire aliénant et débilitant. Sans que l'on ne sache si l'un est la cause de l'autre...

Le film de zombie permet, en sa version film de genre, de faire passer des messages que ne peut se permettre le film grand public. Soit par peur du procès soit par peur du boycott et le plus prosaïquement par manque total d'imagination et de profondeur scénaristique. Saluons à ce titre la performance de La Horde des réalisateurs Yannick Dahan et Benjamin Rocher qui ont réussi à fournir un pain-baguette-hémoglobine assez jouissif par la qualité et le tempo.

World War Z de ce point de vue marque un dépassement utile à indiquer. En premier lieu, il eut à respecter la fameuse classification de la puissance Motion Picture Association of America qui impose un visa pour un type précis de spectateurs. World War Z dut passer par ses fourches caudines afin d'obtenir un PG-13, soit la possibilité d'être projeté en salles de façon assez large puisque uniquement interdit aux moins de treize ans non accompagnés par un adulte (une classification supérieure, soit R, aurait occasionné la perte assurée de substantielles rentrées d'argent). Cet obstacle franchi moyennant un coup de frein sur les ressorts habituels (le sang n'est que rarement présent dans le film et plusieurs scènes ne sont que suggérées dans leur conclusion fatidique), le réalisateur Marc Forster nous offre un métrage que l'on peut considérer grand public sur le thème et c'est une première car jusqu'à présent le zombie n'avait pas droit de cité lors de telles projections : trop subversif. C'est par ailleurs une problématique inhérente : l'aseptisation n'a-t-elle pas tué toute velléité de message?

Sur la forme, nous avons droit à une réalisation efficace sans guère de temps mort (passez-moi l'expression) et un jeu d'acteur somme toute très respectable bien que non exceptionnel. Le passage le plus mitigé reste la première demie-heure, celle où le héros, campé par un Brad Pitt courant et sautillant, est « encombré » de sa famille, où les sentiments dégoulinent comme une guimauve restée en plein soleil d'été. Sur le fond, le scénario reprend habilement l'émergence de zones emmurées de par le monde en leur attribuant une utilité finale, de même qu'il évoque une manière assez peu orthodoxe de lutter contre une déferlante de zombis affamés.
Peut-être, et de cela les forums de geeks ne manqueront pas de gloser en d'interminables pages, que le terme d'infecté serait plus adapté que zombie bien qu'il soit évoqué au cours de l'histoire une période de mise en veille desdits infectés pouvant les rapprocher du comportement « standard » qui sied à tout zombie.

Divertissant, World War Z suscitera l'intérêt parmi les cinéphiles ordinaires, s'offrira quelques critiques parmi les zombophiles et laissera dans la tête quelques images assez fortes. L'on peut malgré tout comme le mentionne avec à-propos le site Vodkaster, regretter fortement qu'en raison des limitations auto-imposées, « les zombies n'existent pas en tant que créatures cathartiques ». À chacun de se forger son opinion...

Et le cyber dans tout cela?
Hé bien, souvenons-nous par exemple que les machines zombies existent et qu'il s'agit souvent d'un habile nécromancien tirant les ficelles de tels agissements pour en tirer un profit symbolique, économique ou politique. Et ce jusqu'à former des hordes, plus communément appelées botnets en langage informatique. Car signe des temps et de l'évolution technique, même nos ordinateurs peuvent être zombifiés, et ce à notre insu...

Je vous délivre là une liste très loin d'être exhaustive, et limitée dans le passé récent. Libre à vous de la compléter durant vos vacances d'été!

Les séries :
Dead Set
The Walking Dead
Death Valley

Les films :
World War Z
Bienvenue à Zombieland
Dead Snow
La Horde

Les livres :
Petite philosophie du zombie (Maxime Coulombe)
Guide de survie en territoire zombie (Max Brooks)
World War Z (Max Brooks)
La nuit a dévoré le monde : j'ai deux amours, les zombies et Paris (Pit Agarmen)

Les ludiciels :
Left4dead 1 & 2
Dead Island
DayZ
ZombiU
Dead Rising 1 & 2

Les sites :
Horreur.net http://www.horreur.net/

Lecture complémentaire d'un allié :
Des surprises stratégiques (2) Le jour des morts-vivants http://terrealalune.blogspot.fr/2012/09/des-surprises-strategiques-2-le-jour.html



Et pour terminer, retour vers le passé avec le très célèbre Thriller de feu Michael Jackson (que certains prétendent vivant malgré sa mort).



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