lundi 15 juillet 2013

Leçon pédagogique sur le piratage par Green Heart Games


En informatique le piratage, ou plus exactement la contrefaçon logicielle, est un délit qui semble consubstantiel à ce secteur d'activité.
L'ascension et la renommée des premiers ordinateurs personnels furent intimement liées à la capacité aux nouveaux utilisateurs de pouvoir se fournir chez un camarade de classe ou son voisin (cf. la période des C64/128 et autres CPC). Fruit vénéneux qui dans un second temps accéléra la désaffection de ces mêmes amateurs en raison d'un retrait de l'industrie logicielle et d'un taux de piratage devenu insoutenable (cause non unique, l'on peut aussi y adjoindre l'obsolescence technique des modèles avec la sortie d'une nouvelle génération ; les portages loupés de ludiciels ou les licences exploitées sans considération pour la qualité ; les erreurs de politique de vivification de la filière par la marque elle-même ; des prix déraisonnables etc.).

Certaines simulations permettent de revivre ces temps anciens où de petites structures sont devenues des monstres du début du XXIème siècle (du moins celles qui ont survécu ou qui ont conservé leur appellation d'origine). Ainsi avais-je déjà évoqué la série GameBiz dont on attend désespérément le quatrième opus, le concepteur souhaitant au préalable sortir MovieBiz, centré sur le monde du cinéma), qui maniait à la fois le côté gestion et le côté conception de façon relativement adroite, tout en ayant évité de l'enrober dans un paquetage trop aride. Le concept qui est de niche dispose cependant, outre le ludiciel déjà précité, d'Under Development, qui est le fruit d'un seul programmeur (et non programmateur comme je le lis un peu trop souvent ces derniers temps) : Mat Dickie. Si l'ergonomie est assez discutable, le reste ne manque pas de profondeur et l'on se plait à revisiter une partie enfouie de l'ère vidéoludique des ces trente dernières années. Ici encore, l'aspect management est présent bien que moins complexe que celui de GameBiz. Anecdote : l'on reconnaîtra quelques personnalités des années 1990 et 2000 qui sauront faire monnayer au plus cher leurs compétences... ou notoriété!

Celui qui a cependant inspiré cette note provient du tout dernier de Green Heart Games : Game Dev Tycoon. Sur la forme, l'on a l'impression d'un jeu en java, ce qui présente le double avantage d'être très accessible aux néophytes (les joueurs occasionnels) et plaisant à l'oeil (sans pour autant mettre la configuration matérielle à genoux). Son succès croissant connut pourtant un boom médiatique savamment orchestré grâce au tour joué par les facétieux auteurs du jeu. Si la version piratée semblait en tout point identique à la version légale, un évènement se déroulait inévitablement au bout de plusieurs tours de jeu, privant ainsi les joueurs illégaux du plaisir de continuer leur aventure : le piratage trop prononcé des jeux mis en circulation entraînant irrémédiablement la fin de la partie.

Et les pirates (les vrais) de se plaindre sur les forums pour savoir comment continuer à avancer dans le jeu, et savoir s'il y avait des mesures de protection efficaces pour empêcher les pirates de faire baisser les ventes! Scène toute droite sortie de la quatrième dimension qui ne manqua pas de faire rire aux éclats une partie de la blogosphère pendant que les intéressés réclamaient des tips pour avancer dans leur partie. Et les développeurs de se fendre sur leur blogue d'une explication non dénuée d'ironie en révélant que le procédé visait à faire prendre conscience des dégâts provoqués par un piratage à grande échelle.



Et de terminer par ce cri du coeur expliquant que, pour la majeure partie des jeux, les procédures anti-piratage causent plus de tort à ceux qui paient la note qu'à ceux qui y échappent :
This was a unique opportunity. You need a game development simulation game to make this particular joke work. The more general idea/experiment to release a cracked version which inconveniences and counts pirates can probably work for any game and might work in the long run.
If pirates are put through more trouble than genuine customers, maybe more will buy the real game. Sadly, for AAA games it is currently the other way. Customers get the trouble with always-on requirements and intrusive DRM, while pirates can just download and enjoy. A twisted world
.

En effet, il faut soutenir les studios indépendants qui font preuve souvent de compréhension, de réactivité, de facilité et de convivialité dans leur approche avec les utilisateurs. Ce qui est très loin d'être le cas avec des studios de grosse stature qui ne visent que les blockbusters et se fichent souvent éperdument du retour ou des récriminations des acheteurs. Lorsqu'ils n'imposent pas tout simplement et unilatéralement leur solution à un problème inexistant...

Complexe, le phénomène du piratage a toutefois bénéficié grâce à Green Heart Games d'un sensibilisation intelligente car ciblée et pédagogique. Reste désormais à ce que le message soit retenu.


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