vendredi 10 mai 2013

Terres rares : une offre supérieure à la demande en Russie



Article de Vlad Grinkevitch paru sur La voix de la Russie le 26 avril 2013

Le groupe public Rostekh et le groupe IST investiront au moins un milliard de dollars dans la création d’un holding d’extraction et de transformation des terres rares, rapportent les médias russes.

Ce marché est actuellement entièrement dominé par la Chine et les consommateurs dans le monde sont très intéressés à diversifier les sources d’approvisionnement.

Le holding se chargera d’exploiter le gisement de terres rares de Tomtor en Yakoutie. La construction de l’usine d’extraction et de traitement doit commencer en 2013. L’entreprise entrera en service en 2017 et tournera à plein rendement en 2018.

L’économie devient de plus en plus réceptive aux technologies innovantes et la demande de métaux rares est en progression. Or, 95% de la production des terres rares sont concentrés en Chine qui limite les exportations et manipule les prix. Nikolaï Sosnovski, analyste de la société d’investissement VTB capital explique les raisons du monopole chinois :

« C’est en partie lié à la géologie puisque les gros gisements exploitables sont rares dans le monde. Un autre atout chinois est la main-d’oeuvre bon marché et la permissivité des réglementations en matière d’environnement. En fait, les pays développés, plus soucieux de leur environnement, sont parfois réticents à tolérer une production métallurgique polluante. La Chine a ainsi réussi à concentrer pratiquement toute la production et à influer sérieusement sur les livraisons et les cours mondiaux ».

Mais les gros acteurs sont de plus en plus mécontents de la domination de la Chine. En effet, en cas de conflit commercial ou autre, l’empire du Milieu peut porter un coup sérieux aux secteurs hautement technologiques et stratégiques de ses concurrents. C’est pour cette raison que la Russie, les États-Unis, l’Inde, le Brésil et d’autres essaient de mettre en place leur propre production.

Selon les estimations des experts, la Russie possède jusqu’à 20% des gisements mondiaux de terres rares, mais sa part dans la production mondiale n’est guère supérieure à 2%. C’est que l’industrie russe n’a pas vraiment besoin de ces métaux. De plus, fait remarquer l’analyste du secteur métallurgique de la banque d’investissement Renaissance capital le pays manque encore de capacités de transformation :

« Dans l’espace postsoviétique, il n’existe pas de capacités de traitement capables de transformer les oxydes en métaux rares. Nous perdons de ce fait une partie considérable de la marge et la valeur ajoutée est créée à l’extérieur de la Russie. Je pense que nous aurons finalement les secteurs consommant les métaux rares mais pas avant 5 à 7 ans ».

Les dirigeants russes ont plus d’une fois insisté sur la nécessité de développer la production des secteurs innovants qui ont besoin de métaux rares. Les experts estiment cependant que si la production de métaux rares est lancée avant l’apparition d’une demande intérieure stable, il ne restera plus qu’à exporter les matières premières précieuses. D’ailleurs, la diversification de la production de matières premières est également importante pour réduire la dépendance envers le pétrole et le gaz. En même temps, la demande mondiale de terres rares ne cessera de progresser de toute évidence.

Infographie : Le Figaro

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