dimanche 19 mai 2013

Jason et les Argonautes, chef d'oeuvre littéraire intemporel magnifié par Harryhausen


Dans les années 1960, il n'y avait ni imagerie de synthèse ni Peter Jackson, en revanche il y avait Ray Harryhausen considéré comme le grand maître des effets spéciaux de cette époque et qui le restera bien après son dernier grand oeuvre en 1981. Date à laquelle il prit une retraite bien méritée.

Passé de rigueur puisque l'individu est décédé le 7 mai 2013 à l'âge de 92 ans. Sa filmographie désormais définitive est éloquente : le merveilleux et le mystérieux s'y côtoient de 1942 à 1981. Le Choc des Titans en 1981 fut un dernier hommage à sa passion comme à ses (nombreux) admirateurs. Le métrage marqua tellement son époque qu'il eut droit à sa reprise en 2010, le réalisateur Louis Leterrier y fera une allusion fugace mais remarquée avec l'apparition d'une chouette mécanique. Les années 1980 plaçaient déjà une autre génération de faiseurs d'artifices représentés par La guerre des étoiles, Indiana Jones ou encore Blade Runner. Cependant le côté kitsch des oeuvres de l'américain ne prête aucunement à sourire mais plutôt à ravir, même près de cinquante ans après leur première diffusion.

Cinquante ans en effet car en 1963 fut monté l'un des films les plus ambitieux qu'il fut : porter à l'écran l'incroyable fresque de Jason et ses Argonautes. Une fresque mythologique n'ayant que peu à envier, si ce n'est rien à part une meilleure popularité, à l'Odyssée ou l'Illiade. Tout part de l'histoire d'un homme, Jason, spolié de ses titres et chassé de ses terres par Pélias, le demi-frère de son père. L'usurpateur n'avait rien à craindre si ce n'est selon l'oracle d'un jeune homme ne portant qu'une seule sandale à ses pieds. Élément singulier qui en serait resté à une prédiction sans lendemain si le jeune héros lors de son retour vers sa patrie après plusieurs années d'absence (et sous la garde du centaure Chiron) ne fut aidé dans la reconquête de son trône par Héra, déesse et femme de Zeus. Pélias effrayé par le souvenir des mots de l'oracle accepta de rendre le trône en imposant une condition : que Jason retrouve en la lointaine contrée de Colchide (actuelle Géorgie) la toison d'un bélier ayant la particularité d'être en or comme gardée par un dragon. Ce sera le point de départ d'une aventure riche en rebondissements qu'il serait par trop long de conter dans le détail, d'autant que les versions nous étant parvenues ne s'accordent pas toutes entre elles (auteurs grecs et latins apportèrent certaines variantes comme par exemple la présence ou l'absence d'Atalante comme de Thésée et des divergences dans la conduite du récit).

Le mot Argonaute désigne les compagnons acceptant de se joindre à l'expédition menée par Jason, et tire son nom d'Argo, le navire censé amener transporter les volontaires vers la gloire... ou la mort.
Car justement cette quête est riche de rebondissements, mêlée de sombres évènements et de joies imprévues. Ce qui confère au texte une complexité et richesse plus qu'appréciable. Ainsi, Heracles (Hercule) est du voyage, ayant décidé de mettre entre parenthèse ses douze travaux au moment à dessein de s'engager au côté du jeune prétendant, et voué à devenir un personnage majeur durant toute l'oeuvre (sa renommée est déjà établie), il n'en sera cependant rien pour une raison que je préfère vous laisser découvrir par vous même mais qui est symptomatique d'une histoire qu'il convient de bien suivre dans son cheminement pour ne rien perdre de son évolution. Certains de ces individus seront même amenés à jouer un grand rôle personnellement ou par leur descendance : ainsi Télamon cité par la majeure partie des versions connues est le père du futur Ajax qui se distinguera lors du siège de Troie.
L'aventure ne s'arrêtera d'ailleurs pas à la seule capture de la fameuse toison dans le jardin d'Arès, le retour sera tout aussi épique, et fera la part belle à de nouvelles aventures dont la rencontre avec le géant de bronze Talos si bien immortalisée par les prouesses techniques de Harryhausen.Tout comme la rencontre devenue proverbiale avec Charybde et Scylla, les deux monstres marins vivant à proximité d'un détroit (qui seront de nouveau à l'honneur avec Ulysse de l'Odyssée).

La fin de l'histoire diffère comme pour son déroulement selon les versions, de la plus optimiste à la plus pessimiste.

Cette latitude dans le choix des versions est appréciable car elle rend compte d'un empilement d'histoires transmises par la tradition orale puis écrite. Se fondant sur un socle commun pour varier dans les détails, ajoutant, retranchant, modifiant le cas échéant. Une fresque qui au final n'a rien à envier aux plus contemporains de nos scénarios épiques sur divers supports. Et qui donne au demi-dieu une aura de sincérité par une vulnérabilité et perméabilité aux failles de ses semblables avec l'appoint de Dieux de l'Olympe tellement humains dans leurs tourments et passions et finalement si proches des hommes qu'ils aiment, aident et rejettent au gré de leurs sentiments. En outre, c'est cet appel de l'aventure qui sommeille en chacun de nous qui rejaillit dans cette épopée faite d'amitié, d'amour, de dépassement, d'épreuves morales et physiques.

Si un téléfilm en deux parties a été tourné en 2000 pour le compte de la télévision britannique et méritait de couler dans le Styx, le principal métrage sur le sujet reste celui de 1963 que je vous invite à visionner pour votre plus grand plaisir car la patine du temps n'a en rien altéré le plaisir de suivre les pérégrinations de toute cette troupe parée pour réaliser l'impossible. Une postérité due très largement au talent d'Harryhausen aux commandes des effets spéciaux. Si l'on pourrait regretter quelques différences avec le récit original (ex. ce n'est pas une hydre qui garde la toison mais un dragon), n'oublions pas que les sources sont plurielles et qu'au fond le XXème siècle ne fait que rajouter une couche à cette tradition populaire. Ce qui est remarquable de transmission dans le temps, l'espace et les moyens d'expression.
Une nouvelle version plus ambitieuse que la 2000 serait toutefois très appréciable à la condition de conserver toute la puissance narratrice de l'oeuvre (ou plus des oeuvres) originale(s).

Ouvrage récent sur le sujet que je recommande chaudement tant pour la mise au point des différentes versions que pour les illustrations intégrées : Neil Smith, Jason and the Argonauts, Osprey Publishing ,2013.
Sites de référence :
Alex Bernardini, http://www.alex-bernardini.fr/mythologie/jason-et-les-argonautes.php
Histoire.fr : http://www.histoire-fr.com/mythologie_grecque_mythes_2.htm
Quant à vous plonger dans le texte si vous êtes helléniste et/ou latiniste, les principaux auteurs principaux antiques reconnus sur le sujet sont Apollonios de Rhodes et Valerius Flaccus.

Illustration : Jose Daniel Cabrera Pena


2 commentaires:

Stéphane Mantoux a dit…

Hello,

Un classique, ce Jason et les Argonautes de 1963, avec comme tu le rappelles le travail de Harryhausen.

J'ai été très déçu en revanche par la refonte du Choc des Titans sortie il y a quelques temps, celui de 1981 reste aussi un must. Comme quoi l'image de synthèse ne fait pas tout...

Yannick Harrel a dit…

Bonjour Stéphane,

Oui un classique mais de moins en moins connu pourtant. L'Odyssée reste encore dans la mémoire collective tandis que celle de Jason s'étiole. Du moins est-ce ma perception.

Le choc des titans version next-gen promettait beaucoup, et déçoit un peu au final même s'il est très agréable à regarder et ne manque pas d'action. C'est principalement le scénario qui manque de liant. Quant à la suite, La colère des titans, il me semble qu'il a reçu son quota de tomates pourries ;-)