lundi 27 mai 2013

ABM américain : une pomme de discorde entre la Russie et la Roumanie


Article de Gaïané Khanova paru sur La Voix de la Russie le 27 mai 2013

Le problème du déploiement de missiles intercepteurs en Roumanie a été une nouvelle fois soulevé au cours de la conférence internationale sur la sécurité européenne à Moscou. Il a été dit que la mise en place de la deuxième étape du bouclier antimissile, notamment de son élément roumain, a cessé d'être à l'ordre du jour. Néanmoins il est tout à fait évident que l'ABM américain demeure une pomme de discorde dans les relations russo-roumaines, selon le directeur du quatrième département européen du ministère des Affaires étrangères de Russie, Andreï Maslov interrogé par La Voix de la Russie :

« La mise en place du bouclier antimissile américain en Europe lèse directement les intérêts fondamentaux de la sécurité de Russie. Nos préoccupations et arguments à cet égard ont été plusieurs fois exposés d'une façon circonstanciée dans les formats les plus différents, notamment dans des contacts bilatéraux avec nos partenaires roumains. A notre regret, le dialogue à ce sujet reste sur le point mort. Dans ce contexte, la participation active de Bucarest à la réalisation de ce projet devient un point de discorde complémentaire dans les relations russo-roumaines. »

L'ambassadeur de Russie à Bucarest, Oleg Malguinov, a récemment évoqué l'éventualité de la transformation des éléments du bouclier en « cibles » pour la Fédération de Russie. La presse roumaine a vivement réagi et certains analystes se sont mis à affirmer que « de fait, la Russie menaçait d'une guerre à la Roumanie ». Lors de la dernière réunion du Conseil OTAN-Russie la question a été spécialement discutée par les chefs des diplomaties des deux pays. « L'incompréhension » (misunderstanding), selon le ministre russe Sergueï Lavrov, a, paraît-il, été levée. Son homologue, Titus Corlatean, a une nouvelle fois certifié que « le système d'ABM sur lequel nous travaillons revêt un caractère défensif. Il ne doit susciter aucune préoccupation d'une autre partie ». Andreï Maslov est convaincu :

« L'affirmation sur le caractère défensif du bouclier mis en place ne peut pas lever nos préoccupations car il existe un lien indestructible entre les systèmes défensifs et offensifs stratégiques. A termes, la mise en oeuvre du projet aura un impact sur l'efficacité du potentiel russe de dissuasion nucléaire. C'est pourquoi la défense antimissile sous sa version intégrale sans garanties juridiques demandées par la Russie est considéré comme un défi demandant une réaction adéquate. »

La politique extérieure de Russie ne cesse d'être vivement critiquée par l'entourage du président de Roumanie, Traian Basescu. Quelles en sont les retombées sur les rapports entre les deux pays ? Quelle est l'attitude de la diplomatie russe envers les appels à intervenir dans la crise politique en Moldavie faites depuis Bucarest ? Moscou par quelles considérations s'est-elle inspirée, politiques ou économiques, en traçant le gazoduc South Stream hors le territoire roumain ? Autant de questions dont les réponses seront prochainement données à La Voix de la Russie par Andreï Maslov, directeur du quatrième département européen du ministère des Affaires étrangères de Russie.

MAJ : Je tiens à ajouter en complément de cet article que le fameux bouclier (qui n'a de bouclier que le nom puisqu'il s'agit principalement de contre-mesures à l'efficacité aléatoire, même si le taux de succès peut être singulièrement élevé comme le système Iron Dome en Israël) empoisonne les relations tchéco-russes et polono-russes de la même manière qu'avec la Roumanie.

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