samedi 30 mars 2013

Le siège de Léningrad revisité par le cinéma


Si les opérations de mouvement sur le front de l'Est ont été particulièrement médiatisées, en revanche le terrible siège de Léningrad (actuel Saint-Pétersbourg) n'a que trop rarement été relaté et replacé dans les évènements majeurs de cette région en guerre.

Pourtant, l'ancienne capitale Russe mobilisa de très importantes ressources militaires Allemandes, les empêchant d'être employées en d'autres secteurs où leur apport aurait été certainement décisif. En outre, après 900 jours de résistance, la levée du siège peut être considérée comme une terrible défaite stratégique, sur les plans militaire et moral, de l'Axe. Débuté en septembre 1941, il prendra fin en janvier 1944 au prix terrible de presque deux millions de morts, dont une majorité de civils. Léningrad deviendra ville héros de la Seconde Guerre Mondiale après avoir payé un très lourd tribut à la grande cause patriotique. Les forces de l'Axe, elles, déplorèrent tout de même près de 200 000 morts. En raison notamment des violentes contre-attaques Soviétiques lorsque les moyens le permirent.

Il n'y eut pas à proprement parler de combats de rues acharnés à l'instar de Stalingrad, mais un encerclement visant à affamer et en corollaire affaiblir la population locale voire à la retourner contre les autorités politiques. Cette approche digne d'un anaconda péchait malgré tout sur trois plans : 1) la sous-estimation des forces nécessaires pour emporter la ville, Hitler étant trop confiant à la fois en ses propres forces et celles du maréchal Mannerheim qui désirait de son côté ne pas trop étirer ses propres lignes plus au nord 2) la trouée du lac Ladoga qui, lorsqu'il était gelé, permettait en dépit des risques liés à la brisure de la couche de glace, d'acheminer vivres, médicaments et renforts 3) en s'immobilisant autant dans la durée en un point fixe, l'armée Allemande perdait ce qui faisait sa qualité : sa capacité manoeuvrière sur le plan tactique.

Deux métrages, l'un Russe, l'autre Espagnol se proposent de vous faire revivre les dures heures de ce siège. Du côté Soviétique et du côté de l'Axe. Les deux ne relatent pas les opérations militaires en cours mais prennent Léningrad et ses environs comme décor et acteur de l'intrigue.

Attaque sur Léningrad (Ленинград, 2009) n'est pas à proprement parler un film mais plutôt une série en quatre épisodes vendu comme un tout à l'étranger. Il conte la rencontre entre deux individus, l'une volontaire au sein de la milice (Olga Sutulova) et l'autre journaliste Britannique (incarnée par Mira Sorvino) emmené par les officiels pour signifier aux alliés occidentaux la détermination du peuple Soviétique à résister à l'invasion Nazie. Une attaque surprise sur le convoi acheminant la délégation de journalistes étrangers aboutit à la séparation de la journaliste et à sa plongée dans le quotidien d'une population privée chaque jour qui passe de moyens de subsistance, et parfois même d'espoir.

Une fois dépassées les huit premières minutes, le tempo se ralentit à escient afin de bien prendre conscience qu'un drame se jouera sur la longueur. Les scènes donnent à penser à du huis-clos dans un environnement urbain fermé où la misère oblige les plus faibles à voler, et même à s'entre-dévorer (l'une des scènes, fugace, y fait référence). L'approche du réalisateur se veut froide, inéluctable, vous saisissant comme un grand froid qui vous finit par vous engourdir sans possibilité de vous en extraire. La dernière chaleur qui permette aux habitants de survivre sont les relations humaines qu'ils entretiennent au sein de leur petit cercle.

Dur, le film n'est pour autant pas bassement propagandiste : il relate les opérations de communication montées de toute pièce par les autorités Soviétiques comme la pesante patte du NKVD dont la suspicion n'épargne personne tout en évitant une vision trop manichéenne de l'ennemi comme ce jeune officier aviateur Allemand frustré et dégoûté par des ordres sans rapport aucun avec sa conception de la guerre. L'histoire réserve aussi quelques surprises pour, légèrement, dynamiser l'ensemble, bien qu'il s'agisse pratiquement d'un documentaire romancé. L'absence d'extrapolation donne au contraire une réelle crédibilité aux scènes et rend encore plus poignant l'épilogue que je vous laisse bien entendu découvrir.

Front de l'Est (Silencio en la nieve, 2011) prend le parti de développer une intrigue policière en plein siège de Léningrad. Basé sur la nouvelle d'Ignacio del Valle, le film se focalise sur la division bleue (División Azul) Espagnole envoyée par le général Franco pour donner des gages à Hitler quant au support de sa politique (en réalité le Caudillo ne réussit jamais réellement à s'entendre avec son vis-à-vis Allemand, d'autant que ses prétentions initiales de partage du monde post-conflit avaient été éconduites). Cet ensemble de soldats vétérans de la Guerre Civile Espagnole et de phalangistes qui compta à son acmé entre 45 000 et 50 000 hommes participa avec le Groupe Armée Nord lors de plusieurs batailles et gagna la reconnaissance des autorités militaires Allemandes locales. Elle fit cependant les frais du rafraîchissement des relations entre l'Espagne Franquiste et l'Allemagne Nazie, de la pression des alliés et d'un doute grandissant de Franco quant aux capacités des forces de l'Axe à vaincre leurs ennemis sur deux fronts (occidental et oriental, voire même en méridional si l'on prend en considération l'Afrique du Nord). En octobre 1943, ordre lui fut donné de se dissoudre, une décision qui sera refusée par quelques milliers de volontaires qui reformèrent la légion bleue (Legión Azul).

À l'instar de La nuit des généraux (The night of the generals, 1967), l'enquête policière en pleine situation de guerre est assez déroutante, d'autant que le film n'entend pas retracer tout ou partie des pérégrinations de cette division sur le front de l'Est. Se focaliser sur une affaire criminelle aurait toute les chances d'être relativisée en pareils moment et lieu, pourtant la sauce prend et l'on se plaît à épouser le cheminement de l'enquêteur en dépit d'une réalisation sobre, très académique.

Si les effets pyrotechniques sont de bonne qualité, en revanche leur emploi dessert leur crédibilité (exemple du passage du transport de troupes où les explosions s'enchaînent suivant le parcours de ce dernier). Pour le reste, la retranscription de la vie des volontaires Espagnols permet de plonger à la fois dans les coups de feu, les relations avec la population locale et le contingent Allemand ainsi que le quotidien où il s'agit de tuer le temps et l'ennui. L'une des scènes les plus fortes reste à ce titre l'épisode de la roulette russe où le macabre côtoie l'irrationnel et l'exaltation.

Déroutant est effectivement le terme le plus indiqué pour désigner ce métrage, sans être en aucune manière péjoratif. Plus que de se laisser regarder, il transporte le spectateur dans un cadre déjà vu mais guère sous cet angle tenant plus du thriller que du film de guerre.




3 commentaires:

Stéphane Mantoux. a dit…

Merci pour ce billet intéressant, comme toujours sur le cinéma.
Pas encore vu Attaque sur Léningrad bien que je l'ai en stock, en revanche je ne connaissais pas le film espagnol.

As-tu vu Tigre Blanc (2012) ? Je viens de le terminer et je le trouve intéressant.

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Yannick Harrel a dit…

Bonjour Stéphane,

Non je n'ai pas vu Tigre Blanc, j'attendrai par conséquent ton compte-rendu sur ton blogue et/ou sur AGS ;-)

Pour le film Espagnol, tu peux te laisser tenter à la condition effectivement de ne pas espérer un vrai film de guerre. Sans quoi tu ne pourrais qu'être déçu.

Ah par contre, quasiment aucune source récente sur la Division Bleue Espagnole sur le Front de l'Est. Si tu as des infos à ce sujet, je veux bien les rajouter car à part une compilation d'articles publiés en 2010, il n'y a rien eu en français sur le sujet depuis. Mais je puis me tromper...

Cordialement

Stéphane Mantoux. a dit…

Connais pas trop le sujet. Un article pour l'Autre côté de la colline (lol) ?

++