jeudi 28 février 2013

Cyberstratégie : entre soft et hard power


J'avais ébauché cette réflexion au cours d'un message précédent en m'interrogeant sur la place de la cyberstratégie dans les rapports de force actuels et prospectivement dans un futur proche.

Commençons méthodologiquement : qu'est-ce que le soft power et le hard power? Traduit littéralement l'on obtiendrait puissance douce et puissance dure. Les termes dont la parternité est attribuée à Joseph Nye (Bound to Lead: The Changing Nature of American Power, New York: Basic Books, 1990) mais la pratique était déjà ancrée dans les temps anciens sans qu'elle n'eut fait l'objet d'une théorisation et conceptualisation aussi poussée que sous la plume d'un chercheur. Ainsi peut-on avancer que lorsque Rome soutenait financièrement et diplomatiquement des États-clients, il y avait déjà
Pour simplifier, sans pour autant trahir le propos, le hard power concernerait les forces militaires et le soft power serait relatif à l'usage de la diplomatie, des actions culturelles, sociales et/ou économiques.

Partant de là, il faut trancher pour savoir si la cyberstratégie en tant qu'art de gouverner (commander) les hommes par le biais d'actions efficaces et au moyen de systèmes d'information, de communication et de contrôle dans le cyberespace serait une discipline dans un champ stratégique autonome ou transversal?


S'il est transversal, alors il épouse l'emploi du ou des champs auquel il est affilié en tant que soft ou hard power. Dans cette optique, l'emploi du cyberespace ne serait réduirait qu'à un apport technique, et permettrait de résoudre le dilemme de savoir si cela serait soft ou hard power puisque cela ne serait pas de son ressort d’action/influence en tant qu’élément accessoire. Or si l'on considère qu'il est autonome de par ses modalités d'action et ses effets, alors il est à lui tout seul un champ stratégique. De fait, la cyberstratégie n’est pas une question technique, qui se situe plutôt à un niveau tactique voire opératique, mais de mobilisation des ressources techniques. Ainsi la cyberstratégie s’affaire-t-elle à traiter d'un champ stratégique à la fois autonome avec la capacité d’être transversal à d'autres champs : elle dispose de facto d’une doctrine d’emploi spécifique. Ce qui ne résout pas pour autant la question de savoir s'il serait soft ou hard power. En ce cas de figure, il convient de faire entrer la donnée suivante : quel est le degré de dysfonctionnement avancé voire de létalité possible causé par une attaque cybernétique? Nous touchons là à un point essentiel, à savoir si une frappe cybernétique peut oui ou non occasionner directement ou indirectement mort d'homme ou des dégâts d'une gravité suffisante pour être jugés attentatoire à la souveraineté d'un État?

Pour l'heure la réponse tendrait vers le négatif, ce qui cantonnerait la cyberstratégie à du soft power, une forme de pression « douce » qui serait prise en compte par les officiels d'un pays/groupe afin d'infléchir partiellement ou totalement leur décision, ou à tout le moins de prendre en considération la possibilité d'actions cybernétiques.
Toutefois, la croissance des armes cybernétiques à la fois sur le plan de la technicité et sur le plan du ciblage laissent peu de doute quant à un futur guère si lointain où une installation touchée causerait un trouble réel à la durée plus ou moins prolongée pouvant engager la mise en péril d'hommes et de femmes comme paralyser de manière dramatique une puissance étatique.
À l'avènement d'une telle possibilité, la cyberstratégie jouera dans la cour du hard power.

Aucun commentaire: