lundi 24 décembre 2012

Stratégie virtuelle pour terminer 2012

 
Chers visiteurs, comme les fêtes de fin d'année sont déjà sur nous et que certains souhaiteraient décompresser tout en continuant malgré tout à faire à faire tourner la matière grise, un petit panorama des simulations de stratégie vous est proposé :

Tout d'abord, et pour profiter des soldes actuelles, Revolution under Siege de chez les français d'AGEOD auquel j'avais consacré tout un article. Vous permettant de revivre les évènements de la guerre civile russe (1917-1923) et même les opérations annexes comme la guerre polono-russe (1919-1921) où la fougue du futur maréchal Toukhatchevski ne pourra l'emporter sur la détermination et le froid calcul du général Józef Piłsudski (il est vrai aidé de conseillers militaires étrangers, dont le futur général de Gaulle). Pourquoi évoquer à nouveau ce ludiciel sorti voici déjà deux ans? Premièrement parce qu'il demeure le seul représentant véritablement sérieux de sa catégorie sur ce créneau et sur ce (large) théâtre d'opérations, et dont le résultat saute aux yeux au vu des nombreux détails iconographiques et textuels au cours du jeu ; deuxièmement parce qu'il continue encore à être amélioré et corrigé par des rustines logicielles (patchs), dont le dernier, le 1.06a, est sorti en novembre dernier.
Les mécanismes de jeu nécessitent un certain temps d'adaptation, même si un tutoriel est présent. Malgré tout, les nombreuses campagnes disponibles (au nombre de sept hors tutoriel, dont l'impressionnante campagne de la guerre civile sur près de 86 tours!) permettent de trouver son bonheur et de comprendre combien chaque camp avait des forces et des préoccupations différentes. Comme on peut le deviner, la victoire est longue à se dessiner et il ne sert à rien de se réjouir trop vite parce que l'on a refoulé (ou plus rarement annihilé) quelques unités ennemies : c'est sur la durée et l'accumulation des points de victoire que l'un des camps l'emportera. Le moral dans chaque camp est aussi une donnée à prendre sérieusement en compte puisqu'il peut occasionner une victoire ou une défaite automatique selon le degré critique atteint, tout en servant aussi à calculer la confiance, la cohésion et la combativité des troupes. De même qu'il faille s'assurer de la fidélité des régions conquises, sans quoi le ravitaillement et la levée de troupes deviendront rapidement compromis. Quant aux troupes, la multiplicité des actions possibles (déplacement, attaque, siège, embarquement/débarquement) donne le tournis mais offre de fait un nombre conséquent de situations possibles, où le type de terrain comme le climat sont comme de coutume à prendre en considération.
Il serait trop long de décrire tous les mécanismes de jeu disponibles, juste bien saisir que la profondeur de jeu en fait aussi une simulation de longue haleine où une partie s'étendra sur plusieurs heures, et qu'il ne suffit pas de se focaliser sur l'aspect purement militaire mais aussi considérer le versant idéologique, et rallier la population locale et des alliés de l'extérieur à la cause défendue.
Le thème méritait un ludiciel calibré efficacement : Revolution Under Siege remplit tout à fait son oeuvre, même si certains pourraient lui reprocher son tempo très lent (imputable à l'immensité de la carte comme à la quasi-exhaustivité des actions possibles).

Autre jeu de stratégie d'importance, Crusader Kings II. Une suite d'autant plus attendue que j'avais évoqué le premier opus en des termes particulièrement élogieux. Une précision d'importance néanmoins : CK II (simplifions) est l'exacte démonstration d'un nouveau modèle économique en vigueur dans le domaine des logiciels, à savoir les DLC (pour downloadable content ou contenu téléchargeable). Ce qui signifie que le jeu principal est agrémenté de modules additionnels que vous serez convié (mais pas obligé, là est la nuance) d'acheter pour bénéficier d'une profondeur de jeu aboutie et exhaustive. Exceptés quelques produits qui se contentent d'ajouter des graphismes spécifiques (ex. l'un des derniers DLCs personnalise les unités russes, alanes et bulgares), des musiques d'ambiance, des blasons spécifiques ou encore des portraits.
Pas d'inquiétude cependant à avoir : même si cela donne l'impression de bénéficier d'un logiciel en kit, le jeu de base est déjà tellement riche qu'il suffit à lui seul pour y passer de très nombreuses heures. Qui plus est, les patchs ne sont pas payants, permettant de bénéficier de certains mécanismes contenus dans ces modules (même si bien entendu il n'est pas possible de les employer à son profit).
Rappelons que CK II simule l'époque médiévale de 1066 à 1453. Deux dates qui ne sont pas choisies au hasard puisqu'il s'agit pour la première de l'invasion de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant et Harald Hardrada et pour la seconde, la chute de l'Empire Byzantin. Il est heureusement possible de sélectionner certaines dates spécifiques et non de débuter obligatoirement en 1066, ainsi l'Alexiade (1081) ou les États Latins (1204) sont des alternatives possibles, et offrent des défis variés.
Comme pour le premier épisode, il est possible de choisir n'importe quel individu disposant au minimum d'un comté (pour endosser le rôle d'un dirigeant de confession musulmane, il vous faudra posséder l'extension Sword of Islam). Il est possible de choisir d'autres rangs, comme Duc, Roi ou encore Empereur mais le débutant ferait mieux de s'en tenir à un minimum d'humilité car les obligations et risques sont d'autant accrus avec ces titres. Comme pour le premier épisode, il faut moins s'attacher à l'idée de territoire qu'à celui de lien dynastique : d'une part parce qu'un dirigeant a une capacité limitée à gérer directement un large domaine selon ses compétences et d'autre part parce que la succession peut briser tout cet amoncellement. Car oui, il existe plusieurs types de succession, avec leurs avantages et inconvénients qui influenceront à la fois le devenir des terres en possession mais aussi les relations avec les vassaux et les puissances temporelles/spirituelles. Pour compliquer la situation, l'on ne peut changer de modalité de succession d'un seul clic : cela demande à la fois du temps (dix années de règne minimum), l'assentiment général (d'où la nécessité d'entretenir de bonnes relations avec ses vassaux et vavassaux) et une situation de paix (que ce soit vis à vis d'une entité extérieure ou au sein du domaine). Sans omettre le rôle des bâtards qui peuvent être source de gros tracas au sein de la famille dynastique mais aussi offrir le choix d'une alternative pour le dirigeant en cas de légitimisation (ex. dans le cas de la stérilité de l'épouse ou de descendants s morts/en exil/en fonction dans une autre cour).
L'aspect militaire est conditionné par certaines subtilités affinées par rapport au premier épisode. Ainsi il est désormais possible de se constituer une garde permanente, mais il faudra en payer le prix fort. La levée trop longue de troupes (l'ost) sera aussi plus sujette à un mécontentement des vassaux ponctionnés mais pouvant être compensée par le renouvellement d'effectifs de son propre domaine. Les mercenaires sont de la partie, sur terre comme sur mer, et leur valeur guerrière n'a d'égal que leur appétence pour les espèces sonnantes et trébuchantes. Le rôle des capitaines est aussi renforcé : avoir dans sa cour des individus dotés d'un talent militaire implique de les choyer car le fracas des armes arrive souvent bien vite.
L'aspect religieux a été encore renforcé, surtout avec les extensions, et l'on peut voir apparaître des mouvements dissidents comme le catharisme ou le druzisme. En outre, chaque branche comme le christianisme orthodoxe ou l'islam sunnite/chiite bénéficient de règles de jeu particulières dont les ressorts peuvent changer diamétralement.
Si les révoltes paysannes (jacqueries) sont toujours de la partie, une nouvelle complication existe avec le système des factions qui est la convergence de complots de plusieurs individus pour fomenter une révolte au sein du territoire afin de réaliser un objectif : déposer le représentant d'une dynastie, changer de règle de succession, obtenir l'indépendance d'un territoire, réduire l'autorité impériale/royale, révoquer un membre du conseil ou même l'exécuter etc. La guerre civile qui peut résulter d'une telle survenance est autrement plus coriace à résorber que les soulèvements populaires puisque ce sont des vassaux et même des pairs qui peuvent intervenir dans le conflit. Un tel évènement peut cependant être évité par diplomatie ou d'autres pratiques moins glorieuses mais toutes aussi efficaces comme le bannissement, l'emprisonnement ou en dernier recours l'assassinat d'un des plus influents comploteurs.
Ce n'est qu'une infime partie de ce qu'est possible de produire ce ludiciel très riche, très addictif et qui n'a pas cédé au tout 3D comme la série Europa Universalis.
Après un très médiocre ajout dédié à une fictive invasion aztèque (et ayant provoqué des réactions très mitigées, voire franchement négatives obligeant les développeurs à faire un point sur le sujet), la prochaine extension attendue pour début 2013 se focalisera sur les républiques marchandes au nombre de cinq : Venise, Gênes, Gotland (au large de la Suède), Pise et La Ligue Hanséatique. L'on y regrettera l'absence de Pskov, de Novgorod ou encore de la Confédération Helvétique d'autant que celles-ci ne sont pas jouables après une certaine date en raison justement de leur statut de républiques. Un vrai regret même si pour le reste, cet ajout promet de donner une nouvelle profondeur de jeu en intégrant les rivalités entre puissances maritimo-commerçantes et grandes familles patriciennes. Et en espérant, à l'instar de la communauté très active, qu'un module dédié aux païens verra enfin le jour afin de faire revivre les glorieuses heures de la Lituanie tenant tête au redoutable ordre des teutoniques ou même de laisser le choix aux khans mongols de rester fidèles au chamanisme ou tengrisme.

Dans le domaine du gratuit et toujours dans la sphère jeu de stratégie, je puis aussi vous recommander le très abouti TripleA. Tiré originellement du jeu de plateau Axies and Allies, dont il reprend certaines cartes, il s'est progressivement diversifié au point de proposer de nouvelles aires de jeu (dont celle de la Terre du Milieu pour ceux qui veulent revivre les batailles du Seigneur des Anneaux). Si au départ l'on pouvait pointer facilement les lacunes, dorénavant les points majeurs de déficience ont été comblés : que ce soit l'intelligence artificielle qui présente désormais un algorithme satisfaisant, que ce soit les graphismes sobres mais très lisibles, que ce soit les sons intégrés lors des dernières versions ou encore les retouches propres aux mécanismes de jeu.
Ce développement sur la durée (TripleA est sorti initialement en 2001) ne peut être possible que grâce à une communauté active autour de ce jeu. Ce qui explique parfois de longues périodes sans mise à jour mais aussi des nouveautés conséquentes par à-coup.
Outre sa gratuité, le ludiciel présente surtout l'intérêt d'être modulable de façon très souple (ex. vous pouvez reconfigurer les routines de l'intelligence artificielle) et d'avoir plusieurs cartes déjà de disponibles dès le lancement. Possibilité est aussi offerte aux joueurs de pouvoir régler les règles durant la partie, certaines plus contraignantes ou bénignes que d'autres. Car l'une des autres qualités de ce programme est aussi de permettre les parties en multijoueur (par Internet ou par courriels).
Ainsi, gratuit ne saurait signifier au rabais. Car TripleA tire largement son épingle du jeu (stratégique) et ses dernières règles de fonctionnement en font un jeu destiné à des habitués désireux d'avoir une profondeur de jeu conséquente.

Autre simulation de stratégie de grande tenue : Endless Space, en provenance d'un studio français, Amplitude Studios. Là nous évoluons dans les plus sombres et mystérieux recoins de l'univers puisqu'il s'agit d'un 4X (eXplore, eXpand, eXploit, and eXterminate) mettant en scène plusieurs races capables de mettre en coupe réglée les différents systèmes solaires qu'il faut dans un premier temps découvrir, coloniser dans un second, exploiter dans un troisième et défendre si nécessaire dans un quatrième. Si le genre est sérieusement encombré depuis 1983 (si l'on en croit Wikipédia, le premier du genre aurait été Cosmic Balance de l'éditeur spécialisé et regretté SSI), Endless Space (ES) dispose de très sérieux atouts. Le premier d'entre eux, et qui ne saurait être le moindre, est une interface léchée et de prise en main rapide. Relaté ainsi cela a l'air assez élémentaire, malgré tout c'est une donnée loin d'être toujours présente sur les ludiciels de ce type qui réfrènent parfois le béotien et même le passionné par une présentation austère et absconse. Le second aspect, c'est la profondeur et la rejouabilité, essentiels pour un 4X : ce qui signifie qu'il faut avoir travaillé les différentes parties du jeu pour donner envie d'aller plus loin et de les exploiter, et ensuite de prévoir plusieurs campagnes (aléatoires ou fixes) afin de permettre à l'opiniâtre amateur de se replonger dedans une fois son ou ses objectifs atteints. ES n'est pas avare de ces deux qualités puisque dès le début, les options de partie sont nombreuses et chaque race propose une manière d'aborder la conquête de façon différente des autres. Quant à l'univers lui même, il est possible de le configurer à sa guise, et selon ses envies (forme, âge, richesses), ce qui garantit une multiplicité de campagnes possibles. Le troisième aspect c'est l'équilibre entre gestion et combat, sachant que certains préféreront se consacrer plus à l'un qu'à l'autre. De ce point de vue aussi le contrat est rempli puisque les combats sont semi-automatisés (l'on ne dirige pas les vaisseaux mais on leur donne des instructions avant le combat, et l'on en observe le résultat) avec une mise en scène efficace, et que la gestion coloniale est une affaire de longue haleine aux choix cornéliens (ex. faut-il favoriser l'industrialisation d'une planète pour en améliorer la production de ressources, sa viabilité pour faire croître la population ou encore récolter la poussière cosmique qui est la valeur d'échange?), et qui obligeront à investir dans la recherche pour améliorer les possibilités de rendre l'écosystème viable. Panneau de recherche qui est très fourni, et qui là aussi demandera à chaque joueur de choisir selon ses priorités : sciences appliquées, techniques d'exploration, diplomatie et commerce, techniques guerrières. Cela a l'air complexe pourtant comme pour les autres parties, tout est amené très simplement.
La rencontre avec les autres forces n'amène pas forcément à un conflit, il est même préférable pour certaines de favoriser l'option commerciale afin de procéder à des échanges de ressources ou même à l'ouverture des frontières si les relations sont cordiales (elles sont cependant dynamiques et peuvent être amenées à évoluer dans le temps en fonction de vos actes et ceux de la partie opposée, méfiance...). Et pourquoi pas former une alliance cosmique?
La beauté graphique et musicale de l'ensemble permet une immersion favorable, l'univers semble toujours habité de vie et les combats sont de toute beauté, le tout dans un environnement sonore recherché et en phase avec le sujet.
Qui plus est pour compléter ce tableau, trois modules complémentaires ont été distribués gratuitement ces derniers mois (l'on appréciera le geste au moment où tant d'autres font payer ne serait-ce qu'un euro pour des broutilles), rajoutant ici une race, là des découvertes et des animations supplémentaires ou encore des pistes musicales supplémentaires. Le rôle de la communauté semble à cet égard assez ténu dans ces ajouts suggérés.
Du bel oeuvre comme l'on dit, et qui devrait encore bénéficier ces prochains mois de mises à jour conséquentes au regard du suivi des développeurs.

Plus dans le domaine tactique mais cependant toujours en une époque futuriste, Warzone 2100 sorti commercialement en 1999 mais ayant été versé au domaine public en 2004. Depuis ce changement de statut, la communauté qui s'est agglutinée autour du projet n'a eu de cesse de l'améliorer, de l'adapter sur divers supports et de le distribuer en plusieurs langues.
Novateur lors de sa sortie, Warzone 2100 (qui eut une suite appelée... Earth 2150) avait l'honneur d'inaugurer la 3D destructible tous azimuts. Avec un paquet d'unités à disposition comme de contre-mesures à celles-ci, l'on peut deviner combien les parties sont enragées, accentuées par un brouillard de guerre pouvant dissimuler derrière un repli montagneux une force ennemie en nombre.
La force du jeu est d'offrir un panel des possibles assez vaste, et de calibrer les décisions tactiques assez rapidement en fonction des évènements. La 3D n'étant de ce point de vue pas un gadget mais un réel plus puisque permettant d'avoir une vision panoramique du théâtre des opérations. L'aspect recherche est aussi primordial puisqu'il ne faut pas se contenter des éléments basiques du début du jeu mais toujours continuer à consacrer du temps et des ressources à cette activité (la difficulté étant surtout de bien choisir la recherche en cours). Les résultats obtenus permettront, outre la mise à jour des modules existants, d'obtenir de nouveaux éléments et d'assembler de nouveaux véhicules (terrestres, maritimes ou aériens) selon l'imagination mais plus encore, selon les besoins.
En solo, la campagne n'est hélas pas dynamique mais elle révèle de nombreuses surprises au fil de la progression. En multijoueur, de très nombreuses cartes permettent d'avoir un choix démesuré.
Point très positif : une configuration assez modeste est nécessaire pour lancer et exploiter le ludiciel. L'avantage d'une optimisation du moteur du jeu qui sait à la perfection réduire la nécessité de s'accaparer de ressources système.

Et si tout cela ne vous convient toujours pas, vous reste la possibilité après téléchargement de créer votre propre espace de conflit avec l'éditeur The War Engine (sorti en 2008).

Enfin pour clore ce chapitre, deux vidéos. La première présentant la sortie prochaine (début 2013, sans autre précision pour l'heure) de March of the Eagles, basée sur le moteur des Europa Universalis et retraçant de 1805 à 1820 l'incroyable épopée napoléonienne. Peut-être bien l'un des ludiciels stratégiques les plus prometteurs de 2013...
Quant à la seconde, elle est l'annonce et la confirmation que j'énonçais il y a plusieurs mois que la guerre froide semblent passionner les développeurs de jeux de stratégie puisque East vs West propose de « revivre » cette période de 1946 à 1991. Basé en ce qui le concerne sur le moteur de Hearts of Iron.

Bonnes fêtes de fin d'année à vous tous!


mercredi 19 décembre 2012

L'Italie : la soeur latine délaissée de la France


Un mot, un seul, résumant à lui seul l'incroyable effervescence italienne du XIXème siècle : Risorgimento. Soit résurrection en bon français. Le siècle qui donnera à l'Italie une existence politico-géographique d'un seul tenant. Une langue pour cimenter le tout et des figures de premier plan ayant embrasé les consciences européennes.

Quel kaléidoscope que cette virevoltante galerie de portraits. Que l'on juge : Camillo Cavour, Giuseppe Garibaldi, Giuseppe Verdi, Antonio Meucci, Giuseppe Mazzini, Alessandro Manzoni ou encore Vittorio Emanuele II di Savoia. Personnages haut en couleurs qui connaîtront des destinées diverses mais intimement liés à l'éveil puis la formation d'une Italie unifiée.
La France ne sera par ailleurs jamais très loin d'elle et en dépit de la politique étrangère brouillonne de Napoléon III, l'entrevue de Plombières-les-Bains de juillet 1858 scellera le futur destin de l'Italie par l'appui français aux vues des patriotes transalpins (succès qui sera terni quelque temps plus tard en raison de l'envoi par l'Empereur d'une force destinée à assurer la défense des États pontificaux). Précisons au passage que Cavour, alors Premier Ministre du royaume de Piémont-Sardaigne obtint l'envoi d'un contingent (20 000 hommes environ) lors des opérations en Crimée (principalement à la bataille de la Tchiornaïa), et en raison de la victoire, participa à la table des négociations lors du traité de Paris en 1856.

Le 17 mars 1861 est enfin proclamé le royaume d'Italie, même si le héros romantique des deux mondes (tels Lafayette et Kosciusko, il lutta à la fois en Europe et aux Amériques) Garibaldi ne fit guère état de son souhait d'établir préférentiellement une république mais la realpolitik l'emporta. Son souhait ne devint réalité qu'avec le référendum du 2 juin 1946.

Hormis l'épisode malheureux de la déclaration de guerre de Mussolini envers la France en 1940 (une décision qui n'emporta guère l'adhésion de son entourage comme de l'opinion publique et qui donnera lieu à la bataille des Alpes) et la finale de la Coupe du Monde de football remportée en 2006 (victoire non volée par une squadra azzura gaillarde, n'en déplaise aux esprits chagrins), l'entente fut souvent cordiale entre les deux entités.

Hélas, elle n'en fut pas forcément plus chaleureuse ces dernières décennies. En dépit d'une proximité culturelle et linguistique, l'Italie qui menace de glisser vers la crise économique, ne semble plus recueillir un intérêt prononcé de l'opinion publique française. Peut-être plus mal informée que désintéressée.
Élément symptomatique : l'anniversaire des 150 ans de l'unification n'a guère trouvé d'écho l'année précédente dans les médias généralistes français. Un bien coupable dédain envers une contrée qui n'en souffre pas moins des mêmes maux que la France, quand même serait-ce à des degrés divers.

Méditerranéenne, de langue romane, inspiratrice culturelle, au drapeau quasi-identique (le tricolore), l'Italie ne mériterait-elle pas davantage d'attention pour en faire un partenaire stratégique ? Chiche? Ce qui au passage aurait permis par exemple une action militaire commune en Libye voici un an, sans froisser les autorités Italiennes considérant leur ancienne colonie comme un pré-carré. En méditerranée, l'Italie serait complémentaire de la politique étrangère française, d'autant qu'elle partage aussi les mêmes préoccupations et bientôt réseaux énergétiques (tel South Stream, le projet concurrent de Nabucco [1], dont les deux pays sont désormais membres à travers ENI et EDF).
Sur le site de l'Ambassade de France en Italie, il est possible d'avoir un aperçu de son économie :
Le tissu industriel italien se distingue par un important capitalisme familial : la présence de grands groupes emblématiques – dont Fiat, ENI, ENEL, Olivetti, Benetton, Finmeccanica… - est complétée par un très large réseau de PME, véritables porte-drapeau du savoir-faire italien, souvent regroupées en « districts industriels ». Ces dernières, qui font la force du système économique italien par leur dynamisme, se caractérisent par leur haut degré d’intensité capitalistique, une forte ouverture au progrès technique, une production ciblée et sur-mesure et une part importante de leur activité à l’exportation.
L’Italie souffre de faiblesses structurelles parmi lesquelles ses disparités régionales et un manque de matière premières et de ressources énergétiques qui déséquilibrent sa balance commerciale : les importations de ces produits satisfont plus de 80% de la demande intérieure nette d’énergie du pays et elles représentent 3,4% du PIB... Au même titre que les autres grandes économies mondiales, l’Italie a été durement affectée par la crise de 2008 et est prise actuellement dans la tourmente générale dans le cadre de la crise de la zone euro.
Non sans conclure utilement que la France et l’Italie sont l’un pour l’autre les deuxièmes partenaires commerciaux. Mais tout comme pour l'Allemagne, son premier partenaire, l'Italie semble pour les politiques français étrangement assez lointaine de leurs préoccupations.

En recherches géopolitiques, la revue Limes (rivista Limes) est toujours en activité pour ceux qui maîtriseraient la langue de Dante et souhaiteraient avoir un point de vue complémentaire à leurs propres études.
Je recommande à ce titre, de ce qu'il m'est resté de mes trois années d'apprentissage de la langue italienne, de lire l'article sur le Caucase : http://temi.repubblica.it/limes/circassi-il-caucaso-in-siria/40645

Pour en revenir à l'époque de l'effervescence révolutionnaire Italienne de la première moitié du XIXème siècle (et qui aura laissé une empreinte parmi les groupes libéraux et républicains français s'organisant secrètement sous la Restauration, l'exemple le plus significatif ayant été la société dite de la Charbonnerie), je vous recommande particulièrement de vous (re)plonger dans la trilogie Angelo Pardi, personnage de plume inventé par l'écrivain Jean Giono, dont l'une des oeuvres, Le Hussard sur le toit, fut portée magistralement à l'écran avec le talent d'acteurs de Juliette Binoche, d'Olivier Martinez et François Cluzet avec la mise en scène plus qu'inspiré du réalisateur Jean-Paul Rappeneau.

Et pour clore ce billet, un dicton transalpin :
« Chi vive nella speranza, muore a stento. »

[1] Ironiquement, tiré d'un opéra de Giuseppe Verdi qui servira comme catalyseur de mouvements révolutionnaires lors de sa représentation à la Scala de Milan en 1842.

MAJ : Le numéro 59 de Questions internationales en date de janvier 2013 vient de sortir, consacré précisément à l'Italie : un destin Européen.


Crédit photo : Gallica. Carte d'emplacement des forces militaires de l'Italie en temps de paix, 15 novembre 1884. Dressé par le 2e bureau de l'état-major général

jeudi 13 décembre 2012

Fantassins, seuls en première ligne : la Guerre du Nord enfin en français


Chers visiteurs, comme vous le saviez, j'avais évoqué voici quelques années l'existence du film Слуга Государев ou Le serviteur du souverain. Un film russe sorti en 2007 et qui n'avait pas trouvé de distributeur en zone francophone.
Ce temps est désormais révolu, à tout le moins pour ce métrage (encore que les productions de films d'origine d'Europe de l'Est semblent s'imposer de mieux en mieux dans les rayons). Une étrangeté malgré tout : le titre est devenu Fantassins, seuls en première ligne. Vraisemblablement dans un souci de frappe commerciale. Je suis malgré tout un peu dubitatif, ce n'est pas foncièrement mauvais mais ce n'est pas non plus foncièrement remarquable. Enfin passons...

Le doublage est de bonne qualité, malheureusement j'aurais apprécié que les voix en langue étrangère ne soient pas traduites mais sous-titrées. Certes les professionnels s'en tirent plus qu'honorablement et évitent l'écueil de se retrouver entre personnages de diverses nationalités semblant se comprendre tous en français. Il n'empêche que le doublage accuse ses limites et son manque de réalisme dans ce cas précis. Bref, comme vous l'avez compris, je ne peux que vous encourager vivement à mettre la piste audio en russe et les sous-titres français, histoire de profiter à plein du contexte linguistique pour une immersion optimale.

Autre point de désagrément : durant le métrage, mais audible aussi durant la bande-annonce, il est  évoqué l'imminence de la bataille de Poltava engageant... 5 000 hommes! J'ai véritablement failli m'étrangler en écoutant ce passage car pour qui fait une recherche sur Internet ou sur papier (je recommande Histoire de la Russie de Nicholas Riasanovsky parue dans la collection Bouquins de chez Robert Laffont, une somme jamais dépassée à ce jour même si elle mériterait d'être réactualisée ici et là), l'on découvre que cette bataille critique où s'est jouée la guerre du Nord et le destin des ambitions Suédoises a rassemblé près de 70 000 hommes tout de même! Bref, loin d'être une escarmouche...

Enfin, pour terminer, il apparait que quelques scènes manquent à l'appel si l'on compare les deux versions. Rien de dramatique non plus mais avouons que ça perturbe quelque peu car même si ces absences ne bouleversent en rien l'histoire, l'on aurait pu espérer une version complète.

Malgré toutes ces critiques sur cette sortie française, sans passer par les salles, le visionner en vaut la peine car c'est bien réalisé et bien joué. Le métrage lorgne vers deux genres à la fois, le fait historique et le récit d'aventure par l'entremise de deux émissaires du roi soleil Louis XIV en contrée Russe pour suivre l'évolution de la Grande Guerre du Nord. La dernière d'une longue série qui verra la Russie de Pierre le Grand s'imposer face à la Suède de Charles XII. Monarque dont les mérites, réels en dépit d'une fin prématurée, furent vantés par Voltaire dans son Histoire de Charles XII, ce qui ne l'empêchera pas non plus de rédiger une Histoire de l'empire de Russie sous Pierre le Grand.
Il est regrettable que le métrage se laisse aller ici et là à quelques facilités scénaristiques, voire à des raccourcis discutables (l'on a par exemple l'impression que les protagonistes évoluent tous dans une surface assez réduite et non sur de grandes distances). Fort heureusement la réalisation est nerveuse, l'ambiance musicale bien à-propos et le tout emmené par des acteurs très professionnels. L'on louera aussi la reconstitution très aboutie de la bataile de Poltava, 1709, où les forces russes mieux commandées et en nombre supérieur, écraseront les troupes suédoises désorganisées et privées du coup d'oeil tactique de leur souverain, alors en retrait du champ de bataille pour cause de blessure. Ajoutons que l'absence d'un nombre suffisant de batteries Suédoises n'aida en rien à une conclusion positive pour le monarque scandinave. C'est aussi l'épisode de la déchéance pour l'hetman cosaque Mazeppa, allié malheureux de Charles XII, qui deviendra ultérieurement une figure nationale ukrainienne, dont la geste trouvera écho dans un des poèmes d'Alexandre Pouchkine.

L'envoi de deux émissaires français au côté des forces belligérantes est-il crédible? C'est même fortement probable puisque la France en ce début de XVIIIème siècle est encore une grande puissance, même si elle subit le ratatinement physique et intellectuel d'un roi n'ayant plus que sa superbe pour masquer les difficultés du royaume. Rappelons qu'en juillet 1712, à Denain, les forces royales mettent en déroute de façon quasi-miraculeuse (et reconnaissons-le grâce à un sacré culot tactique du maréchal de Villars) une coalition austro-néerlandaise. Clôturant quasiment une guerre de succession d'Espagne désastreuse sur le plan financier sans aucun gain territorial probant et ayant révélé au grand jour la déliquescence du pouvoir central s'entourant de courtisans, donc d'incapables. Seule satisfaction pour le roi de France : l'acceptation de l'installation d'un bourbon sur le trône d'Espagne (la même lignée que celle qui perdure de nos jours avec Juan Carlos Borbón y Borbón). La bataille de Malplaquet trois ans auparavant avait déjà permis d'éviter une invasion du royaume en saignant les forces adverses, mais ce n'était qu'un simple répit stratégique. Absorbé dans ce conflit, Louis XIV n'a cependant peut-être pas négligé de conserver un oeil sur son allié de Suède, même s'il était loin de se douter que le souverain de la lointaine Russie s'imposerait brutalement sur la scène Européenne en terrassant la redoutable puissance Suédoise. Elle qui dominait la région depuis la conclusion heureuse de la guerre d'Ingrie (1611-1617).

Un dernier point : dans le film, le roi de France prend comme un crime de lèse-majesté le duel entre les deux principaux protagonistes, jugé comme attentatoire à son autorité. Loin d'être anachronique, c'est un rappel de l'édit de 1626 imposé par Louis XIII et appliqué sévèrement par le cardinal de Richelieu afin d'empêcher une hécatombe de jeunes gens dont l'honneur pointilleux pouvait rapidement basculer dans le défi létal.

J'en profite pour signaler l'existence d'un excellent site sur le cinéma Russe et Soviétique: Kinoglaz sur lequel je pus offrir une maigre participation quant à la fiche du film ( ICI ).

L'action se déroule durant la guerre du Nord, dans les environs de Poltava en Ukraine, où Suédois et Russes fourbissent leurs armes en vue d'une bataille décisive. Deux duellistes français, le Chevalier Charles de Brézé et le Comte de la Bouche se retrouvent en plein coeur du conflit, chacun dans un camp en tant qu'observateurs mandatés par Louis XIV. Aucunement préparés à évoluer dans un contexte aussi hostile, les deux messagers devront apprendre à nouer des alliances au gré de leurs rencontres pour espérer revenir en France.

Le réalisateur a souhaité donner le plus de réalisme possible à son oeuvre, d'où des dialogues en langues étrangères selon la nationalité des protagonistes. Ainsi est-il possible d'entendre parler français, polonais, suédois durant tout le métrage en plus de la langue Russe
.

Le site officiel / Официальный сайт Интернета

vendredi 7 décembre 2012

Lectures numériques cyber de fin d'année 2012



Au sein d'un article précédent, j'avais évoqué les ouvrages numériques qui étaient susceptibles de trouver place dans la hotte du Père Noël (ou de Père Gel et Snegourotchka pour mes lecteurs russes).

Pour les possesseurs de tablettes qui ne pourrait bénéficier de ces ouvrages au format ePub ou PDF, il leur est toutefois possible de s'abreuver d'informations sur le sujet en parcourant les sites suivants (j'en profite pour remercier ceux qui ont relevé ces occurrences, amis ou alliés) :


The Russian underground economy has democratised cybercrime
Rik Ferguson, Trend Micro's director of security research and communications, explains to Wired.co.uk that Russia's cybercrime market is "very much a well-established market". He says: "It's very mature. It's been in place for quite some time. There are people offering niche services, and every niche is catered for." Russia is one of the major centres of cybercrime, alongside other nations like China and Brazil ("the spiritual home of banking malware")... 
Russian Underground 101 details the range of products on offer in this established market -- Ferguson says that they can be for targeting anyone "from consumers to small businesses". He points to ZeuS, a hugely popular trojan that's been around for at least six years. It creates botnets that remotely store personal information gleaned from users' machines, and has been discovered within the networks of large organisations like Bank of America, Nasa and Amazon. In 2011, the source code for ZeuS was released into the wild -- now, Ferguson says, "it's become a criminal open source project". Versions of ZeuS go for between $200 (£124) to $500 (£309).

La cybersécurité française passe à l'attaque :
...la France possède toutefois de sérieux atouts pour se défendre. Elle dispose même d'une filière d'excellence, prospère et exportatrice, comme le révèle la récente étude du cabinet Pierre Audoin Consultants. Ainsi, qui aurait cru que le leader français de la carte à puce, Gemalto, sécurise l'accès au cloud d'Amazon ? On n'imagine pas non plus que Thales participe à la protection des systèmes de défense de 50 pays, dont 25 membres de l'Otan. Le spécialiste de l'électronique de défense équipe aussi 19 des 20 premières banques mondiales, 4 des 5 plus grandes compagnies pétrolières... sans oublier les systèmes de paiements électroniques Visa et Mastercard, qui représentent 70% des transactions par cartes bancaires dans le monde. Autres exemples : Cassidian, la branche défense et sécurité d'EADS, qui fournit un centre opérationnel de sécurité à l'armée britannique ; Atos, qui gère l'informatique et la sécurité des jeux Olympiques depuis douze ans ; ou encore Orange, qui apporte ses services de cybersécurité au géant australien minier BHP Billiton dans 18 pays...
Ce pari n'est pas gagné pour autant. "La France a deux handicaps. D'une part, la prise de conscience par les entreprises françaises, et par l'État, des enjeux de la cybersécurité a été plus tardive qu'aux États-Unis ou qu'en Grande Bretagne. D'autre part, peu d'acteurs hexagonaux disposent d'une taille critique suffisante pour faire face aux champions américains comme le spécialiste des réseaux Cisco Systems ou encore IBM", explique Guillaume Rochard, associé de PwC chargé de l'activité aéronautique, défense et sécurité.

L’évolution des cyber-menaces – des attaques malveillantes à la cyber-guerre et l’espionnage informatiques :
Les cyber-attaques deviennent de plus en plus visibles du grand public, les violations à grande échelle et les déclarations de grandes entités telles que Google et les Nations Unies font régulièrement les gros titres des journaux. Les tendances en matière de cyber-crime sont actuellement en pleine mutation, souligne Denis Gadonnet, regional sales manager south Europe chez FireEye. En effet, les attaques ne ciblent plus de simples individus non-avertis pour un faible gain financier (par ex. les violations de cartes de crédit), mais bien de grandes sociétés ou même des gouvernements, afin de leur subtiliser leurs Propriétés Intellectuelles (PI) et des informations sensibles pouvant rapporter gros. Les tactiques utilisées par les hackers ont elles aussi évolué, les attaques aléatoires ayant fait place aux violations intelligentes ciblées à l’encontre de victimes spécifiques et à l’espionnage d’état, où le but du pirate n’est plus tellement d’acquérir des informations spécifiques mais bien de récolter à dessein des PI et par la même occasion des secrets commerciaux dans un domaine cible...
Les outils traditionnels tels que les antivirus et les pare-feux se sont à maintes reprises montrés inadaptés et désuets face aux attaques de nouvelle génération, un malware intelligent pouvant très facilement contourner leur périmètre de défense. À la lumière de cette vérité, les entreprises et gouvernements doivent rapidement pourvoir leurs systèmes de sécurité d’une protection contre les menaces de nouvelle génération, capable de faire face efficacement aux défis posés par les cybercriminels contemporains.

Le Royaume-Uni va se doter de «cyber-réservistes» :
...le gouvernement britannique explique avoir lancé un programme national de cyber sécurité – transversal à l’échelle du gouvernement – et doté d’un budget de 650 M£. Un programme ambitieux et étendu qui implique notamment la Défense : son ministère a mis en place une unité dédiée qui travaille «au développement de nouvelles techniques, tactiques et de nouveaux plans pour fournir des capacités militaires pour faire face aux menaces de haut niveau ». Un centre de protection dédié aux infrastructures critiques est alimenté en informations par cette unité pour assurer la protection contre les agences de renseignement hostiles et les terroristes. Plus loin, le ministère de la Défense entend développer un corps de «cyber-réservistes permettant aux Services de mobiliser plus de talents et de compétences de la nation dans le domaine informatique ». La composition de ce corps est en cours de définition et devrait être présentée en 2013.

Numérique : le grand emprunt réorienté autour de quatre domaines :
...l'enveloppe de 4,5 milliards d'euros est répartie comme suit :  2,25 milliards d'euros soutiendront les usages, les services et les contenus numériques innovants tandis que le développement des réseaux à très haut débit sera alimenté par un chèque de 2 milliards d'euros. Les 250 millions d'euros restants seront dédiés aux smart grids (réseau de distribution d'électricité intelligent).
Lors des Assises du numérique 2012, Louis Gallois a plaidé pour un recentrage des moyens autour de quatre grands pôles : l'informatique en nuage (cloud computing), le calcul intensif, la cyber-sécurité (ce qui permet d'être raccord avec les futures orientations de la commission chargée de rédiger le nouveau livre blanc sur la défense et la sécurité nationale) et les systèmes embarqués.

Et puis si vous avez le temps, n'hésitez pas à vous plonger dans le rapport du Sénat n°681 consacré à la cyberdéfense : 
Si les médias généralistes se sont focalisés uniquement sur les routeurs, ne commettez pas cette erreur et aller plus loin : exemple de ce passage pourtant peu commenté.
...il paraît indispensable d'augmenter sensiblement dans les prochaines années les ressources humaines et financières consacrées à la cyberdéfense au sein du ministère de la défense et des armées, comme d'ailleurs de la DGA et des services spécialisés.
Au demeurant, cette augmentation régulière des effectifs, de l'ordre de quelques dizaines par an, ce qui représenterait 180 postes supplémentaires d'ici 2016 et 100 postes supplémentaires à l'horizon 2018, soit une progression de 280 postes pour la période 2012-2018 et cela pour l'ensemble du volet défensif, devrait rester modeste au regard du total des effectifs et du budget global du ministère de la défense, mais aussi au regard des enjeux.
Pourquoi ne pas utiliser aussi les compétences de nos réservistes, tant au sein de la réserve opérationnelle que de la réserve citoyenne, pour former une sorte de « cyber réserve » ? ... 
En ce qui concerne les forces armées, le Livre blanc de 2008 estimait nécessaire d'acquérir une capacité de lutte informatique offensive destinée notamment à neutraliser les centres d'opérations adverses.
Cette capacité suppose un cadre et une doctrine d'emploi, le développement d'outils spécialisés (armes numériques de réseaux, laboratoires technico-opérationnels), en préalable à la réalisation de véritables capacités opérationnelles, et la mise en oeuvre d'une formation adaptée et régulièrement actualisée des personnels. Le Livre blanc précise que ce cadre d'emploi devra respecter le principe de riposte proportionnelle à l'attaque et viser en priorité les moyens opérationnels de l'adversaire.
En dépit d'incontestables difficultés liées par exemple à l'impossibilité d'établir avec certitude l'identité des agresseurs ou la responsabilité d'un Etat dans l'agression, votre rapporteur voit au moins trois raisons qui militent en faveur du développement de capacités offensives en matière informatique :

- la première, d'ordre technique, est que l'on se défend d'autant mieux que l'on connaît les méthodes et les moyens d'attaque et que de nombreux outils informatiques peuvent servir aux deux ;

- la deuxième, d'ordre plus stratégique, est qu'une telle capacité est très certainement de nature à jouer un rôle dissuasif vis-à-vis d'agresseurs potentiels ;

- enfin, le cyberespace paraît inévitablement voué à devenir un domaine de lutte, au même type que les autres milieux dans lesquels interviennent nos forces armées ; il est légitime d'en tirer les conséquences, une telle capacité pouvant avoir des effets, tant aux niveaux tactique, opérationnel que stratégique...


J'en profite aussi, à l'instar de l'allié Lignes Stratégiques de vous rappeler l'existence (cinquième édition déjà, joyeux anniversaire!) du FIC 2013 qui se déroulera à Lille les journées du 18 et 19 janvier.
Et durant lequel sera sélectionné le livre cyber 2013. Initiative que je salue vigoureusement car marque de reconnaissance de cette thématique mais aussi et surtout existence d'une littérature en forte croissance. Et qui donnera bien des tourments au jury tant la sélection sera clairement complexe au regard de la qualité des candidats en lice.
Relevons la présence et l'activisme du général d'armée Marc Watin-Augouard, lequel s'est récemment fendu d'un développement quant à la limite à opérer entre cyberdéfense et cybersécurité : 
La dualité “lutte contre la cyberciminalité”/”cyberdéfense” ne doit pas donner lieu à une interprétation opposant les deux pôles de la cybersécurité alors qu’ils se composent... en temps de paix, depuis la loi Godfrain, les atteintes aux systèmes de traitement automatisés de données, les vols, destructions, modifications de données sont des infractions. Les champs de la cybercriminalité et de la cyberdéfense s’interpénètrent. La première ne s’arrête pas là où commence la seconde. La cyberdéfense comme la lutte contre la cybercriminalité reposent sur la veille des réseaux, la détection des actes illicites, leur traçabilité, la mise en évidence de la preuve numérique. Le cyberterrorisme est une catégorie de cybercriminalité qui se caractérise par le mobile poursuivi et non par les moyens employés.


J'en profite pour relayer l'annonce d'une conférence organisée par l'ANAJ-IHEDN :
« Les frontières et la souveraineté nationale s’appliquent-elles dans le cyberespace ? »
Et qui se déroulera le Mardi 18 décembre 2012, de 19h30 à 21h00, à l'Amphithéâtre Des Vallières, École Militaire.
Animé par le Lieutenant-Colonel  Patrice TROMPARENT, Chargé de projet « cyberdéfense », Délégation aux affaires stratégiques (DAS).
Un thème porteur et contemporain qui devrait susciter un bel engouement et succès.
Pour s'inscrire : http://www.anaj-ihedn.org/conference-les-frontieres-et-la-souverainete-nationale-sappliquent-elles-dans-le-cyberespace/


Enfin, et cela nous démontre combien le temps passe : la Revue de Défense Nationale vient de décerner le prix Amiral Marcel Duval 2012 au général de division Michel Yakovleff pour son analyse intitulée La robotisation du champ de bataille : vers un nouvel écosystème du combat. N'ayant pu m'y rendre pour raison professionnelle, je tiens à féliciter chaleureusement mon successeur à ce prix, surtout au vu des concurrents de qualité signant chaque mois au sein de la vénérable revue.
Une étude guère si éloignée on en conviendra des enjeux cyberstratégiques...
La remise du prix : http://www.defnat.com/site_fr/offre/pxdvl.php

lundi 3 décembre 2012

Cafés Stratégiques numéro vingt : entretien avec Patricia Allemonière, reporter de guerre



Pour leur fin d'année, les Cafés Stratégiques invitent le 13 décembre Patricia Allemonière, Grand Reporter, chef du service Étranger-Défense de TF1 et LCI.

Après avoir été diplômée de Science Po Paris et avoir fait un troisième cycle de sociologie politique, j'ai commencé à faire des piges en presse écrite. Une période au cours de laquelle je suis restée un an au Point, comme pigiste permanente. Puis ce fût, très vite le service étranger à TF1 et un poste comme correspondante permanente à Jérusalem lors de la première Intifada 1987/88, guerre du Golf (la première) puis correspondante à Londres ; c'est l'époque des attentats de l'IRA, suivi par le scandale de la BCCE, la mort de Maxwell et des scandales de la couronne britannique, impôts, infidélités de Charles.... Retour en France en 1994, couverture des conflits en Bosnie, au Kosovo, en Algérie, au Rwanda, en République Démocratique du Congo, Iran, Afghanistan, Irak.....

Venez nombreux le jeudi décembre 2012, de 19 à 21h. Le rendez-vous aura lieu comme de coutume au Café le Concorde, 239 boulevard Saint-Germain, métro Assemblée Nationale. Prenez une consommation au bar en guise de soutien aux cafés et montez au premier étage épanchez votre soif... de connaissance.