lundi 26 novembre 2012

Une année 2012 confortant la place et l'intérêt de la cyberstratégie : les ouvrages à commander en cette fin d'année


C'était il y a déjà un an, le 29 novembre 2011, un colloque organisé conjointement par l'Alliance GéoStratégique, le Centre de recherche des Écoles de Coëtquidan, la société de conseil en stratégie CEIS, la Revue défense nationale et Défense et sécurité internationale (DSI) avait consacré l'émergence de cette discipline en lui donnant une visibilité plus grand public. Roborée par la création de deux chaires : l'une à l'IHEDN et l'autre à l'École de Saint-Cyr.
La cyberstratégie venait enfin de sortir de l'ombre et bénéficier d'une consécration parmi les plus hautes autorités. Sur le plan militaire et civil.

2012 fut aussi en toute logique dans le prolongement de cette dynamique une année très active sur le plan des publications. Et cet engouement ne devrait vraisemblablement pas faiblir les mois suivants.

Saluons ainsi la parution des ouvrages suivants qui comptent pour cette année puisque touchant de près ou de loin (mais jamais sans perdre de vue) la sphère cyberstratégique : 


Cyberstratégie, l'art de la guerre numérique de Bertrand Boyer aux éditions NUVIS
Espace de création, de partage et de liberté, le cyberespace est aussi le lieu d'expression des passions humaines où le pire côtoie le meilleur. Pilier du développement économique, argument de puissance, le cyberespace s'affirme comme un milieu d'importance vitale pour les États et devient progressivement un nouveau champ d'affrontements. 
Cette mutation oblige à repenser les concepts de frontière, de souveraineté, de légitimité de l'action. Quel peut être l'apport de la guerre numérique à la conduite d un affrontement classique ? Autant de questions pour lesquelles il faut un cadre conceptuel et une science de l'action, c est-à-dire une stratégie. Pourtant, avant d'élaborer une « cyberstratégie », il est un premier effort à consentir, celui de la définition des termes car l'apposition du préfixe « cyber » ne suffit pas à donner corps à un concept.
Ce traité propose donc une description synthétique du nouveau « théâtre d'opération » avant de clarifier le rôle des différents acteurs puis de dégager les principaux déterminants d'une stratégie. En s'appuyant sur les théoriciens de la guerre classique ou nucléaire, Clauzewitz, Poirier, Aron, Beauffre... l'auteur cherche à penser une guerre probable, à en saisir l'essence et les modalités avant que celle-ci ne survienne. En évitant le travers de la prospective hasardeuse, il nous livre une vision personnelle qui n'a d'autre ambition que de promouvoir le débat.


Introduction à la Cyberstratégie d'Olivier Kempf aux éditions ECONOMICA
Le cyberespace nous environne et régit nos vies, au moyen bien sûr de l’Internet, mais aussi de tous les systèmes de télécommunication ou des réseaux (bancaires, médicaux, énergétiques, ...). Il nécessite une stratégie propre, la cyberstratégie.
La cyberstratégie est la partie de la stratégie propre au cyberespace, considéré comme un espace conflictuel où s’opposent, avec des techniques et des intentions variables, des acteurs différents (États, groupes, individus).
Ce livre expose les grands fondements de cette cyberstratégie : à partir des caractéristiques du cyberespace, il analyse les facteurs stratégiques (lieu, temps et acteurs) et leurs conséquences, avant de s'interroger sur les dispositifs stratégiques (le couple offensive/défensive, la cyberdissuasion, la géopolitique du cyberespace).
Premier ouvrage analysant en profondeur cette nouvelle discipline, il permet d'appréhender clairement ce nouvel espace stratégique.

Précisons utilement que l'allié Olivier Kempf supervise la collection Cyberstratégie chez Economica, l'inaugurant par la sortie de son premier ouvrage (un deuxième tome étant prévu à terme). Une introduction que par ailleurs j'eus le grand plaisir de compulser en avant-première parmi quelques heureux élus pour y apporter mes observations et aussi nourrir ma propre réflexion sur le sujet. Je ne manquerai pas à ce sujet d'établir une fiche de lecture lors d'un prochain billet. En attendant, vous pouvez vous rendre sur le site de l'Alliance GéoStratégique et prendre connaissance de l'entretien de l'auteur : Cyber : introduction à la nouvelle dimension stratégique.


Les 36 Stratagèmes de la guerre électronique d'Olivier Terrien aux éditions JEPUBLIE
L’Électronique des radars, des radios, des téléphones, des ordinateurs ou des réseaux informatiques constitue un formidable levier de pouvoir pour qui la maîtrise. Elle peut cependant devenir une vulnérabilité redoutable pour qui ne la comprend pas. Décrire l’influence de l’Électronique dans l’Histoire à travers des conflits récents offre à un lecteur même néophyte une approche didactique pour en appréhender les enjeux.
Ouvrage de sensibilisation, ce livre s’inspire d’une référence, le Traité des 36 Stratagèmes. À l’instar de l’Art de la Guerre de Sun Tsu, chaque chapitre de ce classique chinois aborde un principe historique ou stratégique puis l’illustre d’exemples similaires. Dans cette version revisitée, chacun de ces trente-six stratagèmes se complète ainsi d’une déclinaison moderne choisie dans les anecdotes de la guerre électronique, dans l’espionnage des télécommunications ou des piratages dans le cyberespace.
Un texte vivant et un recueil actuel pour (re)découvrir l’Électronique, aujourd'hui omniprésente dans notre société.
« Comprendre aujourd’hui et envisager demain en (re)découvrant hier »



Confront and Conceal: Obama's Secret Wars and Surprising Use of American Power de David E. Sanger aux éditions CROWN PUBLISHING
Three and a half years ago, David Sanger’s book The Inheritance: The World Obama Confronts and the Challenges to American Power described how a new American president came to office with the world on fire. Now, just as the 2012 presidential election battle begins, Sanger follows up with an eye-opening, news-packed account of how Obama has dealt with those challenges, relying on innovative weapons and reconfigured tools of American power to try to manage a series of new threats. Sanger describes how Obama’s early idealism about fighting “a war of necessity” in Afghanistan quickly turned to fatigue and frustration, how the early hopes that the Arab Spring would bring about a democratic awakening slipped away, and how an effort to re-establish American power in the Pacific set the stage for a new era of tensions with the world’s great rising power, China.
As the world seeks to understand the contours of the Obama Doctrine, Confront and Conceal is a fascinating, unflinching account of these complex years, in which the president and his administration have found themselves struggling to stay ahead in a world where power is diffuse and America’s ability to exert control grows ever more elusive.  



Network Forensics: Tracking Hackers Through Cyberspace de Sherri Davidoff aux éditions PRENTICE HALL
This is a must-have work for anybody in information security digital forensics or involved with incident handling. As we move away from traditional disk-based analysis into the interconnectivity of the cloud Sherri and Jonathan have created a framework and roadmap that will act as a seminal work in this developing field." - Dr. Craig S. Wright (GSE) Asia Pacific Director at Global Institute for Cyber Security + Research. "Its like a symphony meeting an encyclopedia meeting a spy novel." -Michael Ford Corero Network Security On the Internet every action leaves a mark-in routers firewalls web proxies and within network traffic itself. When a hacker breaks into a bank or an insider smuggles secrets to a competitor evidence of the crime is always left behind. Learn to recognize hackers tracks and uncover network-based evidence in Network Forensics: Tracking Hackers through Cyberspace.Carve suspicious email attachments from packet captures. Use flow records to track an intruder as he pivots through the network. Analyze a real-world wireless encryption-cracking attack (and then crack the key yourself). Reconstruct a suspects web surfing history-and cached web pages too-from a web proxy. Uncover DNS-tunneled traffic. Dissect the Operation Aurora exploit caught on the wire. Throughout the text step-by-step case studies guide you through the analysis of network-based evidence. You can download the evidence files from the authors web site (lmgsecurity) and follow along to gain hands-on experience. Hackers leave footprints all across the Internet. Can you find their tracks and solve the case? Pick up Network Forensicsand find out."

Quant à votre hôte, sachez qu'il continue d'oeuvrer sur la cyberstratégie russe et escompte bien vous proposer le résultat de ces derniers longs mois de recherche, d'analyse et de traduction pour début 2013. Je ne manquerai pas de communiquer prochainement à ce sujet.
Еще немного терпения...

2013 sera aussi l'opportunité de produire une version réactualisée de mon labeur sur la cyberstratégie financière paru en septembre 2011 dans le cadre des Stratégies dans le cyberespace. Et qui de la même manière fera l'objet d'une information en temps et en heure les mois prochains par ce canal et celui de l'Alliance GéoStratégique concomitamment.

Ce qui explique en grande partie l'activité ralentie du blogue, lequel reprendra un peu plus de vivacité après décembre 2012. Merci chers lecteurs de votre compréhension.

mardi 20 novembre 2012

Alexandre : la bataille de la Néva, le début de la légende du Grand Prince de Novgorod


Alexandre Nevski, véritable icône en Russie tant dans son aspect historique (vainqueur de la menace Teutonique) que religieux (Saint de l'Église orthodoxe) a pourtant été relativement discret dans la production cinématographique russe en dépit de sa grande popularité au sein de la population. Le film présent suscite d'autant plus la curiosité qu'il a trait à une partie relativement méconnue de la vie de ce prince chevalier.

Tout le monde en était resté à ce formidable métrage d'Eisenstein, Alexandre Nevski (1938), chef d'oeuvre artistique comme de propagande dont la notoriété dut non seulement beaucoup au réalisateur mais aussi à l'acteur Nikolaï Tcherkassov inspiré magistralement par le personnage.
Là c'est Igor Kalyonov qui s'y colle à la réalisation pour cet Alexandre : la bataille de la Néva (Александр : Невская битва).
Ici pas de novation technique particulière, tout est facturé classique. Trop même puisqu'un manque d'épique est perceptible tout au long du métrage, ce petit plus pour emporter les sens du spectateur.
En revanche, les scènes politiques sont celles qui sont le plus appréciables car les personnages sont bien campés, et les interactions entre eux mises en avant de façon très convaincantes. Nonobstant la déception relative à l'emploi de Svetlana Bakulina qui remplit à merveille le rôle de princesse potiche qui ne sert à rien (assertion tautologique) : jolie peut-être, cruche certainement. Les relations grand prince - boyards - maire - voïvode sont passionnantes à démêler car le système politique de la République de Novgorod était réellement complexe et équilibré (le checks and balances n'a pas attendu les États-Unis pour naître en Europe). De plus, l'environnement géopolitique est évoqué avec la venue des moines catholiques de Riga pressant la conversion du grand-prince ou encore l'immixtion de l'émissaire de Batu Khan, héritier de Genghis Khan, venu réclamer le tribut. Car loin de l'hagiographie canonique, la vérité est qu'Alexandre Nevski fut aussi un percepteur attitré pour le Khan, et qu'il devra s'en aller s'expliquer à Karakorum quant aux refus de ses sujets/citoyens de verser le tribut, revenant même le cas échéant avec une armée pour forcer ses propres sujets à s'exécuter. Moins une trahison qu'une volonté de préserver les Novgorodiens de la fureur des Mongols qui depuis deux ans rasaient villes et villages (Rostov, Vladimir-Souzdal, et surtout Kiev).

Si l'imagerie de synthèse du début du film donne une bonne impression de ce qu'était l'impressionnante forteresse de Novgorod (le Kreml') au XIIIème siècle, en revanche les plans suivants sont assez décevants tant on a l'impression qu'une partie de l'action se déroule en un village réduit ridiculement à quelques dizaines d'habitants! Contrastant avec justement le panorama initial révélant une cité opulente et la plus populeuse de l'Empire Rus' après Kiev. Autre singularité choquante : Alexandre (qui n'est pas encore Nevski) va se recueillir avant le combat décisif en une chapelle aux dimensions très réduites alors qu'il apparait que la majestueuse cathédrale Sainte Sophie (à ne pas confondre avec son homologue de Kiev) était déjà érigée depuis le milieu du XIème siècle! Voilà qui fait un peu tache...

Les intrigues en revanche sont bien menées, et on sent que le réalisateur est ici plus à l'aise dans le drame Tchékhovien, et l'on suit avec grand intérêt les pérégrinations et atermoiements de chacun. 

La bataille en elle-même, celle qui fera d'Alexandre Iaroslavitch le champion des intérêts Novgorodiens pour la postérité, se déroule en juillet 1240. Et de cet épisode conflictuel entre les Suédois et les Rus', nous n'en avons que de très épars et partiaux témoignages, à commencer par la Première Chronique de Novgorod (il n'est pas interdit de conjecturer la perte d'inestimables fonds documentaires avec les actions destructrices des autorités Moscovites en 1478 sur ordre d'Ivan III, déportant population et brûlant archives). Cette rivalité prit sa source dans la conversion progressive des Suédois au catholicisme  et la formation concomitante d'un royaume unifié lancé dans l'entreprise des croisades (le Pape Alexandre III autorisa en 1171 la croisade contre les païens de la Baltique) qui ne seront pas que l'apanage des forces Teutoniques mais aussi Scandinaves (à la différence près que les Norvégiens seront plus enclins à se croiser pour la Terre Sainte). Cette pénétration sur les rives de la Baltique se matérialisa par l'annexion progressive de la Finlande par la Suède et des côtes de l'Estonie actuelle au profit du Danemark notamment (avec la fondation de Reval, actuelle Tallinn). Le tout avec une brutalité plus ou moins prononcée en fonction de la résistance rencontrée. Et fatalement, la disparition de cette zone tampon qui séparait le monde Rus' du monde germano-scandinave ne pouvait qu'inciter à de futures frictions territoriales en des zones mal délimitées. Ce qui arriva de plus en plus fréquemment (en 1164 par exemple une force Suédoise s'approcha du lac Ladoga et fut mise en fuite par les Novgorodiens), jusqu'à la volonté de pénétrer plus en avant dans les terres de Novgorod, sans qu'il soit réellement possible de savoir si cela était prémédité ou une hardiesse dans la foulée de la conquête de la Finlande.
Il est cependant acté que les Suédois seront défaits sur les bords du fleuve Neva, vraisemblablement par une attaque surprise des Novgorodiens alors que les forces Suédoises et leurs supplétifs étaient encore en phase de campement. Le Jarl Birger Magnusson en sortira blessé (du moins est-ce ainsi que le content les écrits Russes), et continuera malgré tout la conquête de territoires nordiques pour le compte de son royaume.
Par ailleurs cette rivalité perdurera jusqu'au traité de Nöteborg en 1323 complété par le traité de Novgorod en 1326 (mais qui n'empêchera guère la résurgence d'actions comme la croisade de 1347-48).

Malheureusement il est difficile de démêler la part de vérité dans ce mythe devenu national : s'agissait-il véritablement d'une campagne d'envergure ou d'une escarmouche de reconnaissance alors que les Suédois étaient en train de mettre en coupe réglée la Finlande? Aucune certitude ne s'impose à ce jour.

Le film lui penche vers la version communément admise de ce côté de la Neva, et de relater une victoire sans tache (sauf de sang) de l'armée Novgorodienne envers un ennemi surpris et obligé de rembarquer en urgence sur ses navires (qui à l'écran ressemblent étrangement à des Knörr du IXème siècle, je ne sais si ce type de navire était encore en exploitation à cette époque, j'ai personnellement un doute). Quoiqu'il en soit, dans la mesure où l'on ne sait rien ou si peu de choses, l'on peut considérer que la scène de la bataille donne son content de fer et de flamme pour un final dont on devine la conclusion mais que l'on ne peut s'empêcher d'apprécier (même si l'environnement sonore aurait pu être encore mieux travaillé). Et pour rajouter une note critique à ce chapitre, la drouzhina (la garde d'élite) n'est pas expressément montrée en action, ce qui est un peu fâcheux en pleine Rus' médiévale.

Verdict : un long-métrage moyen, pas exceptionnel. Loin de la force évocatrice de son grand-aïeul de 1938. Il a au moins le mérite de donner un éclairage, même imparfait, sur le premier fait d'arme d'Alexandre de la Néva, dit Nevski.

En complément, l'analyse de Stéphane Mantoux : http://historicoblog3.blogspot.fr/2012/12/alexandre-la-bataille-de-la-neva-digor.html





En bleu les forces Suédoises situées le long de la Neva, en rouge les forces Rus' en provenance de la forêt. Si l'on en croit ce schéma par ailleurs, il semblerait qu'il y ait eu une manoeuvre sur deux fronts, de chaque côté du fleuve. Certainement pour forcer les adversaires à retraiter complètement et non se réfugier sur l'autre rive.

vendredi 16 novembre 2012

I, Robot dans les rues de Moscou?

Petite perle trouvée par l'allié Electrosphère avec ce court métrage très énigmatique comme très performant sur le plan des effets spéciaux.

Les amateurs de films de science-fiction remarqueront un certain coup de patte proche du film I, Robot mettant en scène Will Smith et dont l'oeuvre s'inspire pour partie des écrits d'Isaac Asimov (ne serait-ce que les trois lois de la robotique énoncées [1] ).
Pour le reste, l'on appréciera les aspects de la vie Russe, qu'ils soient évidents comme la Place Rouge ou les voitures de police (des Lada 2106 me semble-t-il mais un spécialiste serait le bienvenu) mais plus subtils comme les gracieux motifs bleus dessinés sur le personnage principal rappelant ceux de la faïencerie des manufactures du pays.

Pour le reste, le descriptif (en anglais) indique ceci :
Directed by Carl E. Rinsch, 'The Gift' Belongs to the "pararell Lines" Phillips Cinema campaning. Placed in Russia, The Gift is a Sci-Fi short with a savage Chase sequence on it. We made more than 20 full CGI shots for the short.
Ailleurs, il est mentionné que le film pourrait servir de base à une production encore plus ambitieuse et longue. Reste à savoir si cela sera dirigé par ce même Carl Rinsch, sachant que ce dernier est actuellement occupé avec le long métrage 47 Ronin (une légende nationale nippone).

 [1] Les trois lois de la robotique :
  • Première Loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » ;
  • Deuxième Loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. » ;
  • Troisième Loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »
Source : Wikipédia


lundi 12 novembre 2012

Le gaz de schiste, le nouvel ennemi de la Russie?


Depuis quelques jours, l'extraction du gaz de schiste fait les gros titres de plusieurs journaux généralistes où l'on évoque sans retenue des lendemains qui chantent pour les États-Unis comme pour d'autres pays qui auraient de telles ressources sous leurs pieds.

Tout en réalité est parti d'une hypothèse de travail de l'AIE (Agence Internationale de l'Énergie). Laquelle ébauchait en son World Energy Outlook une possible montée en puissance de l'Amérique du Nord si la prospection et l'exploitation des ressources contenues dans le schiste se poursuivaient exponentiellement. 
The WEO finds that the extraordinary growth in oil and natural gas output in the United States will mean a sea-change in global energy flows. In the New Policies Scenario, the WEO’s central scenario, the United States becomes a net exporter of natural gas by 2020 and is almost self-sufficient in energy, in net terms, by 2035. North America emerges as a net oil exporter, accelerating the switch in direction of international oil trade, with almost 90% of Middle Eastern oil exports being drawn to Asia by 2035

Les énergies renouvelables sont a contrario fortement dépendantes des subventions, comprendre que leur essor demeure fragile et restent sujettes à la contingence des efforts budgétaires en ce sens, tandis que le nucléaire bien qu'ayant subi l'effet « Fukushima » n'est pas pour autant en crise :
Renewables become the world’s second-largest source of power generation by 2015 and close in on coal as the primary source by 2035. However, this rapid increase hinges critically on continued subsidies. In 2011, these subsidies (including for biofuels) amounted to $88 billion, but over the period to 2035 need to amount to $4.8 trillion; over half of this has already been committed to existing projects or is needed to meet 2020 targets. Ambitions for nuclear have been scaled back as countries have reviewed policies following the accident at Fukushima Daiichi, but capacity is still projected to rise, led by China, Korea, India and Russia.

Bien évidemment, le pétrole de schiste et plus encore le gaz de schiste pourrait bouleverser le marché mondial, et faire chanceler le rôle de la Russie (et de l'Iran) en ce secteur. Ce qui n'est pas semble-t-il l'avis de Dmitri Orlov, auteur de Reinventing Collapse:The Soviet Example and American Prospects, qui en mai 2012 donnait quelques indications à ce sujet déjà brûlant en évoquant le coût écologique qui est souvent minoré en ce genre de conjecture : 
The best-developed shale gas basin is Barnett in Texas, responsible for 70% of all shale gas produced to date. By “developed” I mean drilled and drilled and drilled, and then drilled some more: just in 2006 there were about as many wells drilled into Barnett shale as are currently producing in all of Russia. This is because the average Barnett well yields only around 6.35 million m3 of gas, over its entire lifetime, which corresponds to the average monthly yield of a typical Russian well that continues to produce over a 15-20 year period, meaning that the yield of a typical shale gas well is at least 200 times smaller. This hectic activity cannot stop once a well has been drilled: in order to continue yielding even these meager quantities, the wells have to be regularly subjected to hydraulic fracturing, or "fracked": to produce each thousand m3 of gas, 100 kg of sand and 2 tonnes of water, combined with a proprietary chemical cocktail, have to be pumped into the well at high pressure. Half the water comes back up and has to be processed to remove the chemicals. Yearly fracking requirements for the Barnett basin run around 7.1 million tonnes of sand and 47.2 million tonnes of water, but the real numbers are probably lower, as many wells spend much of the time standing idle. In spite of the frantic drilling/fracking activity, this is all small potatoes by Russian standards. Russia's proven reserves of natural gas amount to 43.3 trillion m3, which is about a third of the world's total.

Et d'expliquer pourquoi Gazprom n'a en fin de compte guère de souci à se faire dans un futur immédiat, principalement en raison d'un coût du m3 trop élevé pour le marché Européen (demeurant le principal débouché économique pour la holding Russe) : 
Let's compare: Gazprom's price at the wellhead runs from US$3 to $50 per thousand m3, depending on the region. Compare that to shale gas in the US, which runs from $80 to $320 per thousand m3. At this price, the US cannot afford to sell shale gas on the European market. Moreover, the overall volume of shale gas being produced in the US, even given the feverish drilling rate of the past couple of years, if cleaned up, liquified, and shipped to Europe in LNG tankers, would not be enough to book up just the LNG terminal in Gdańsk, Poland, which is currently standing idle. It seems that Gazprom has little to worry about.

Et l'auteur d'abonder dans le sens d'une remarquable campagne de relations publiques tant à vocation interne visant le public Américain qu'externe pour déstabiliser les producteurs traditionnels de gaz et de pétrole.
Vrai, faux?

Toujours est-il que les États-Unis sempiternellement en quête d'une nouvelle frontière ont peut-être trouvé celle-ci : la frontière de l'autonomie énergétique...

Les Russes de leur part ne sont pas inactifs, et si aucune nécessité ne se fait jour quant au gaz de schiste, moins profitable que l'extraction de gaz naturel, en revanche les huiles de schiste ne les laissent pas indifférents. La filiale pétrole de Gazprom, Gazpromneft, s'étant récemment alliée au géant anglo-néerlandais Shell pour améliorer ses capacités en ce domaine à travers la co-entreprise Salym Petroleum Development (SPD). Un signal donné par le gouvernement qui a promis une baisse des taxes pour ce nouveau type d'exploitation de ressources naturelles.

jeudi 8 novembre 2012

Auralux, la stratégie ludique minimaliste



Depuis l'apparition des tablettes tactiles, ou plutôt depuis leur commercialisation à grande échelle, les applications ont été un mètre-étalon de l'intérêt des professionnels pour ce nouveau support (rappelons à ce propos que c'est bel et bien la firme française Archos qui a lancé le premier produit grand public en 2009 [1] ). À ce titre, tant les applications sous iOS que sous Android ne déméritent guère, que ce soit en terme de quantité que de qualité bien que cette dernière soit plus variable sur Android (tant il est vrai qu'Apple exerce un droit de regard confinant parfois à la censure).

Certaines applications ludiques sont remarquables et savent parfaitement employer à leur profit la limitation principale qui est l'absence native de clavier (même s'il est possible de nos jours pour certains appareils d'en raccorder un, et hop d'un coup on réinvente l'ordinateur). C'est le cas d'Auralux. Interface minimaliste, options l'étant tout autant. Malgré tout c'est un des jeux de stratégie les plus addictifs qui soit possible de trouver sur les appareils fonctionnant sous Android et disposant d'un processeur TEGRA.

Plusieurs tableaux (quatre dans la version gratuite, sans compter celui du tutoriel) sont proposés. Ce qui permet aisément de passer de bons moments et de suer pour l'emporter sur les adversaires. Oui déjà première précision : il est question de plusieurs rivaux qui seront à affronter en simultané. L'on devine déjà que les deux hémisphères du cerveau vont chauffer pour ébaucher une planification sur plusieurs fronts. Laquelle pourra d'ailleurs être mise en échec par un retournement de situation.

Pour en revenir au coeur du jeu : il s'agit d'une conquête spatiale très dépouillée. Ne sont reproduits que les étoiles et les vecteurs apparaissant à intervalles réguliers, ceux-ci symbolisant vos forces. Ici pas de complication excessive sur les différentes valeurs des unités : toutes vont à la même vitesse et ont la même force (c'est à dire s'annihilent en cas de confrontation). La carte de la galaxie implique par conséquent de prendre un par un l'ensemble des soleils, certains pouvant croître conséquemment une ou deux fois en y faisant pénétrer vos forces (ce qui du coup vous rend vulnérable à une attaque pendant cette phase). Cette croissance en vaut généralement la chandelle puisqu'elle vous permet en contrepartie de multiplier la production de vecteurs. Les adversaires font bien entendu la même chose, et vous devrez à certains tableaux prévoir un coup d'avance pour ne pas rester bloqué et dépérir par attrition. La pire des situations étant même de subir un assaut coalisé. Vous devez non seulement planifier intelligemment, mais aussi bloquer voire repousser toute avancée ennemie en attendant de pouvoir lui ravir ses propres étoiles. Pour ce faire, la force brute fonctionne mais elle n'est pas toujours la plus conseillée. Il est ainsi préférable souvent d'attendre que deux adversaires s'affrontent entre eux pour profiter de leur faiblesse respective, ou d'affaiblir le plus fort d'entre eux afin de ne pas le voir arriver trop vite en force près de votre zone d'influence. De même, la facilité d'exécution des ordres permet de simuler une attaque-retraite très profitable si l'on arrive à mettre en place une stratégie de déploiement de forces en simultané tout en s'assurant d'avoir les réserves nécessaires en cas de contre-attaque (ce qui arrive souvent si l'adversaire se rend compte que vous avez trop dégarni vos arrières).

On le constate : d'apparence anodine, le ludiciel cache en réalité une vraie richesse et oblige sans arrêt à jauger les forces en présence et modifier parfois à la volée son plan d'action initial. Ainsi qu'à opérer des choix sur les objectifs visés, avec prise de risque inhérente (vaut-il mieux prendre l'étoile la plus génératrice de forces mais au confluent des forces ennemies ou opérer tel un boa constrictor en se forgeant une ceinture de petites étoiles?). En certains tableaux, il est possible, ou plutôt préférable, d'user des lignes intérieures pour repousser toutes les attaques et frapper là où l'ennemi s'est affaibli.

La musique guère variée il est vrai, est en total rythme avec les actions graphiques, ou plutôt lumineuses.
Ce n'est toutefois pas le premier ludiciel qui met en oeuvre un système basé sur le son et la lumière, sur la scène indépendante Beat Hazard avait déjà menacé par son tempo endiablé et sa déferlante de couleurs kaléidoscopiques de laisser nombre d'épileptiques sur le carreau. Cependant il s'agissait là d'un shoot'em up, c'est à dire sans une once de stratégie, faisant plus appel aux réflexes.

Dernière précision, il a été implémenté une intelligence artificielle de type multi-agents (SMA). Ainsi sans que l'on ait besoin d'agir, les vecteurs qui perçoivent un mouvement massif hostile ont tendance à se regrouper en avant pour former un ensemble compact pour le ralentir ou mieux, le bloquer. De même qu'ils peuvent choisir, si le temps et l'espace leur sont laissés, de revenir à leur position initiale pour mieux résister à une double offensive provenant peu ou prou du même front. En revanche, ils ne semblent pas (encore?) capables de scinder le groupe pour répondre justement à une double offensive en provenance de deux directions bien distinctes. Peut-être lors d'une mise à jour prochaine? Après quelques parties, l'on décèle l'algorithme utilisé et il est ainsi plus facile de prendre l'ordinateur en défaut même si cela n'élude pas le coup de bluff.

Pour le reste, si vous désirez prolonger le plaisir, il vous faudra investir quelques euros dans les packs de cartes disponibles (0,99€ chaque). Il est possible de jouer sur PC Windows mais le plaisir à la souris ne saurait être le même que sur tablette il va de soi. Pas de version iOS de prévue pour l'instant.


[1] Les pointilleux m'objecteront que c'est en réalité le Stylator en 1957 qui fut la première tablette graphique. Seulement il s'agissait là d'une démonstration effectuée par Tom Dimon, une belle réussite technique en considération des capacités informatiques de l'époque mais inenvisageable pour une production en série. 




lundi 5 novembre 2012

Destination Lune : les projets russes d'exploration du satellite de la Terre


Article d'Olga Zakoutnaya paru sur La Voix de la Russie le 29 octobre 2012

Le programme détaillé de l'exploration lunaire au cours des deux prochaines décennies prévoit deux atterrissages, une expédition orbitale et l'acheminement d'échantillons du sol lunaire sur Terre. Les projets seront réalisés grâce à une large coopération internationale. La réalisation de ce programme marquera une nouvelle étape dans l’étude du satellite naturel de notre planète.

Le programme russe d'exploration de la Lune commence à prendre forme. La description détaillée du projet lunaire a été présentée lors du Troisième symposium international de recherche sur le Système Solaire, qui s'est tenu cette semaine à l'Institut de recherche spatiale de l'Académie des Sciences de Russie. Le plan d’exploration lunaire a été présenté par l’académicien Lev Zeleny, directeur de l'Institut.

Après la tragédie de Phobos-Grunt, le programme spatial de la Russie était resté en suspens. Non seulement la composante scientifique du programme a été entièrement revue, mais aussi tous ses aspects technologiques. Finalement, il a été décidé de se concentrer avant tout sur l’augmentation de la qualité et la fiabilité des missions.

C’est pourquoi le projet Luna-Glob a été divisé en deux parties, avec deux appareils : l’un se posera sur la surface de la Lune et l’autre se mettra sur son orbite. Les deux parties du projet sont prévues respectivement pour 2015 et 2016. Et si la première partie du projet est axée sur l’amélioration des technologies d’atterrissage en douceur, ce qui aura comme conséquence la réduction du nombre d’expériences scientifiques, la partie orbitale promet d’être plus intéressante en ce qui concerne l'exploration lunaire. L’appareil orbital Luna-Glob travaillera à tour de rôle sur trois orbites à 50, 150 et 500 kilomètres d’altitude. Les trois altitudes sont nécessaires pour les expériences scientifiques diverses, notamment pour l'étude des rayons cosmiques des énergies ultra-hautes.

L’appareil Luna-Ressours devrait se poser sur la Lune en 2017. Cet appareil est une véritable station scientifique, sur laquelle il y aura deux fois plus d’appareils scientifiques que sur l’appareil d’atterrissage  Luna-Glob. Par ailleurs, la phase la plus importante de ce programme est l’acheminement sur Terre de fragments du sol lunaire (projet Luna-Grunt) qui devrait être réalisée en 2019 si les circonstances le permettent. Cependant, comme l’a reconnu Lev Zeleny, la préparation de ce projet est assortie de certains risques.

Les projets Luna-Glob et Luna-Ressours sont réalisés en collaboration avec l’Europe. La Russie doit collaborer avec d’autres pays dans la réalisation de ses projets scientifiques, a souligné lors de ces interventions le directeur de l’Agence spatiale russe Vladimir Popovkine, en notant en particulier la perspective de travail avec l'Agence spatiale européenne, qui a également évoqué ses projets d’acheminement sur Terre d'échantillons de sol lunaire d'ici 2020-2022. Dans un certain sens, Luna-Ressours sera le prédécesseur de ce projet.

La réalisation du projet Luna-Ressours était prévue en collaboration avec le satellite lunaire Chandrayaan-2 lancé par l’Inde. Il était même prévu de les envoyer dans l’espace au moyen d'un seul lanceur, le GLSV Mk.2 indien. A l'heure actuelle, les spécialistes ont pris la décision de scinder le projet en deux. Le module d’atterrissage russe sera envoyé sur la Lune avec la fusée porteuse Proton. Une coordination au niveau des expériences scientifiques subsistera toutefois entre les deux projets. D’ailleurs un rover indien pourrait faire partie du module d’atterrissage.

En plus de l'Inde, l'Agence spatiale européenne pourrait également participer au projet Luna-Ressours. Elle fournira au projet un système de forage. La tâche consistera à extraire des échantillons de sol à une profondeur de 1,5-2 mètres, car à cette profondeur les échantillons ne risquent pas d’être contaminés par les produits des moteurs d'atterrissage. La coopération internationale n’est pas exclue dans d'autres parties du projet, à commencer par la conception des expériences à bord des véhicules et jusqu’au traitement conjoint des données obtenues.

Il est symbolique que le programme ait commencé à prendre forme l’année du 75e anniversaire de le groupement de recherche-production NPO Lavotchkine, principale entreprise de construction de matériel spatial à l’époque soviétique et l’une des plus grandes entreprises de fabrication de satellites dans la Russie actuelle. Dans les années 1960, la recherche aérospatiale a été transférée du Bureau d’études OKB-1, dirigé par Sergueï Korolev à ce bureau expérimental, dirigé à l’époque par Gueorgui Babakine. C'est sur ce site qu’ont été créés les engins lunaires qui ont fait la gloire de l’aérospatiale soviétique. Il s’agit notamment de la station Luna-9, des appareils Luna-16, Luna-20 et Luna 24 qui ont rapporté sur Terre des échantillons de sol du satellite naturel de la planète bleue, mais aussi des fameux Lunokhod - les rovers lunaires.

Après la réussite de la mission Luna-9 en 1966, un demi-siècle plus part la Russie continue de travailler sur les technologies permettant aux appareils de se poser en douceur sur la Lune. Mais comme on le dit souvent, l’histoire évolue en spirale. Ce projet permettra donc peut-être d'efffectuer un nouveau tournant technologique dans ce domaine.

Crédit photo : couverture de Jour J, Philippe Buchet