mardi 30 octobre 2012

Metro 2033, triomphe de la littérature fantastique Russe


L'oeuvre majeure de l'écrivain Russe Dmitri Gloukhovski (Дмитрий Алексеевич Глуховский), Metro 2033, est disponible en langue française dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre aux éditions L'Atalante. Plus plaisant encore : les auteurs qui se sont agrégés autours de cet univers bénéficient désormais eux aussi d'une traduction et d'une diffusion, ce qui n'était aucunement garanti d'avance.

Certains amateurs de ludiciels connaissaient déjà ce récit, et plus exactement dystopie, en raison du titre éponyme porté sur écrans et qui plongeait le joueur dans une ambiance post-apocalyptique dans le métro de Moscou. L'ambiance, très proche du ludiciel de référence S.T.A.L.K.E.R. était malheureusement quelque peu bridée par le dirigisme de l'histoire (les connaisseurs parleront de séquences scriptées). Malgré tout, le cheminement dans les différentes stations ainsi que l'univers très pesant du monde extérieur a séduit énormément de joueurs, aidant aussi à la connaissance du roman dans les pays étrangers.

Précisons que cet auteur contemporain, qui parle français car ayant vécu en France, est aussi un grand adepte des nouvelles technologies de l'information et de la communication, échangeant très régulièrement avec ses lecteurs sur son site. Singularité qui ferait hérisser nombre d'éditeurs : il publia ses oeuvres gratuitement sur Internet. Loin de le priver de tout revenu, le phénomène amplifia la vente de ses écrits en version papier (les chiffres évoquent 400 000 exemplaires vendus mais semblent dater et pour Metro 2034, cela s'élèverait à 300 000). Mieux, il permit à d'autres rédacteurs de se lancer dans son sillage en autorisant l'emploi de toute la cosmogonie de son oeuvre majeure en vue de publications : un exemple qui fait plaisir à voir, loin de l'esprit très sectaire d'auteurs et plus encore d'ayant-droits. Le « cycle Metro 2033 » a débuté ainsi par la coalescence de plusieurs nouvelles et romans, à commencer par Les panneaux de signalisation / Путевые знаки de Vladimir Bérézine (Владимир Березин) qui a comme mérite premier d'élargir l'univers territorial au-delà du MKAD (МКАД), la célèbre autoroute ceignant Moscou.
Parmi ses principaux succès relevons Metro 2033, Metro 2034 et It's getting darker

Synopsis : 
2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inha­bitable, est désor­mais livrée à des monstruo­sités mutantes. Moscou est une ville aban­don­née. Les survi­vants se sont réfu­giés dans les pro­fon­deurs du métro­politain, où ils ont tant bien que mal orga­nisé des micro­sociétés de la pénurie.Dans ce monde réduit à des stations en déli­quescence reliées par des tunnels où rôdent les dan­gers les plus insolites, le jeune Artyom entre­prend une mission qui pour­rait le conduire à sauver les derniers hommes d’une menace obscure… mais aussi à se découvrir lui-même à travers les rencontres improbables qui l’attendent.

Un court-métrage est déjà sorti sous le titre de Metro : Last Light (qui accompagnera la promotion de Metro 2034 sur consoles et ordinateurs début 2013). Et un long métrage n'est pas à exclure dans le futur : des négociations étant en cours.
Juste un élément qui m'a choqué dans ce court-métrage : le fait que l'entrée de cette station de métro soit gardée uniquement par un officier et deux gardes! Lorsque l'on sait comment réagit et la force irrésistible qui peut se dégager d'une foule en colère/paniquée, voilà qui me semble bien leste! 

Enfin, comme précisé en début de billet, certains auteurs ont repris l'univers de Metro 2033 pour y développer leur propre histoire (tout comme S.T.A.L.K.E.R., à la différence que les nouvelles et romans ont pris comme point de départ un univers ludique). C'est le cas d'Andreï Dyakov avec son Vers la lumière / Метро 2033 : К свету qu'il est dorénavant possible de lire en français pour prolonger l'aventure au sein de la capitale du nord : Saint-Pétersbourg.

Enfin pour clore ce billet culturel, sachez que l'action débute à la station VDNKh (ВДНХ) acronyme en français d'Exposition des réalisations de l'économie nationale, connue à Moscou de nos jours (depuis 1992 pour être exact) comme le Centre Panrusse des expositions (Всероссийский выставочный центр). Un endroit très fréquenté des promeneurs moscovites et étrangers, et appréciable pour ses quelques points de vue pittoresques comme la Fontaine de l'amitié des peuples de l'Union Soviétique (bel ouvrage) ou encore les pavillons du Bélarus, d'Arménie, du Kazakhstan ou du Kirghizistan. Et pour les amateurs d'aéronautique/astronautique, ils pourront admirer autour du pavillon Cosmos (Космос) une maquette du lanceur Vostok (Восток) qui eut une longue carrière entre 1958 et 1991. En revanche d'autres installations furent remisées à la casse tel le Tupolev TU-154 autrefois présenté en exposition.

Son blogue sur LiveJournal : http://dglu.livejournal.com
Site officiel de Metro 2033 : http://www.metro2033.ru


Le ludiciel sorti en 2010 et qui fera place à une suite en 2013 (visionner de préférence en HD et pour ceux qui se demanderait le nom de la musique, il s'agit de In a Heartbeat de John Muprhy :



vendredi 26 octobre 2012

Le protectionnisme éducateur : mythe et réalité


Il est de coutume dans la presse à grande diffusion de fustiger le protectionnisme. Source de bien des malheurs, et fauteur de troubles dans les années 30 peut-on généralement lire.
Pourtant cette leyenda negra est bien imméritée et surtout relève d'une pensée falsifiée. Cela reviendrait à confondre cause et conséquence, ce qui serait relativement paradoxal par inversion des rôles.
La réalité est comme souvent bien autre : le protectionnisme faisant plus peur par dogmatisme que par l'appui de la raison et des faits historiques.

  • Le protectionnisme n'est pas synonyme d'autarcie, les deux termes n'étant pas similaires puisque le protectionnisme ne vise pas à se fermer à l'extérieur mais à préparer des entreprises à se lancer sur le marché mondial en pleine maturité de moyens. L'enfermement nuisant à terme à la compétitivité, à la recherche et l'innovation, des paliers peuvent être décidés par des partenariats et aides croissantes/décroissantes en fonction de la stratégie et des besoins.
  • La vocation écologique est de mise puisque de la production à la transformation jusqu'à la distribution, les déplacements sont réduits considérablement. Ce qui n'est pas le cas dans une économie où toutes les activités sont délocalisées, engendrant une frénésie du transport avec augmentation des émissions de dioxyde de carbone et consommation accentuée de ressources fossiles.
  • L'État a un rôle de régulateur et non d'acteur économique, il ne fausse pas la concurrence mais permet au contraire celle-ci de façon optimale au lieu de laisser les petites entités en essor se faire écraser, racheter ou dépecer brutalement. Toutefois l'État doit éviter de la même manière de procéder à une politique fiscale confiscatoire ou rédhibitoire à la croissance d'une activité source de richesses.
  • Il n'y a pas de hiatus entre le social et l'économie, les deux étant intrinsèquement liés. De ce point de vue,le protectionnisme agit comme un garant de l'emploi et non comme son destructeur puisqu'il vise justement à pérenniser l'activité des entreprises. Et à les rendre moins instables et moins dépendantes de la financiarisation à outrance.
  • Le protectionnisme n'est pas la guerre : il y a là un réel sophisme puisque l'épouvantail d'un conflit traditionnel brandi continuellement par les dirigeants peu enclins à infléchir leur position masque la réalité d'une guerre économique contemporaine ayant débuté dans les années 1980 et qui n'a cessé d'être poussée à son paroxysme avec son cortège de sans-emplois à longue durée. D'autant plus absurde que ce n'est pas le protectionnisme éducateur qui domine dans les esprits et les instances majeures depuis cette époque. Les troubles économiques et sociaux ne sont jamais bons pour l'entreprenariat, c'est pourquoi au lieu de paupériser davantage pour sauver un système érigé en idéologie mortifère il serait plus utile et nécessaire d'élever le niveau de vie général et les capacités des entrepreneurs à pourvoir aux besoins nationaux. Les premiers achetant à terme aux seconds.
Le principal auteur ayant conceptualisé cette doctrine économique est Friedrich List (1789-1846), le père du Zollverein Allemand mais aussi et surtout des premiers chemins de fer nationaux. Il passera à la postérité pour son Système National d'Économie Politique (Das nationale System der politischen Ökonomie). La prescience de List fut d'accompagner sa démonstration en chevauchant une innovation majeure du siècle non sans avoir été lui même entrepreneur aux États-Unis et après avoir rencontré d'éminentes personnalités du monde politique et économique. Mentionnons pour terminer sur ce personnage qu'il fut aussi un analyste passionné et rigoureux des mercantilistes et des libéraux, s'inspirant des premiers, fustigeant les seconds.
De nos jours, Jacques Sapir et Emmanuel Todd sont les nouveaux promoteurs de cette doctrine en y apportant leur propre vision et compréhension d'un monde où la finance assèche le crédit et dégage des profits sur des produits fictifs.

À l'heure où des économies nationales Européennes sont équarries au profit de la locomotive Allemande (dont l'on ne rappellera jamais assez combien nombre d'entreprises importantes sont restées familiales et héritières de ce que l'on nommait le capitalisme rhénan), il serait de bon ton de réaliser que toutes ne se valent pas. Que chacune est spécifique, obéissant à des règles particulières et ne pouvant décemment s'ouvrir sous la contrainte alors que la fragilité du marché domestique est un talon d'Achille récurrent. Pour faire dans la métaphore maritime, il est illusoire de se lancer vers le grand large tout en accueillant plus puissant que soi en ses ports si l'on ne dispose pas soi-même d'une flotte marchande taillée pour la haute mer et pouvant rivaliser, et mieux, compléter les apports de l'extérieur.

C'est ce qu'énonce dans les grandes lignes Hervé Juvin, économiste et président de l'Eurogroup Institute.
Au passage, dans l'extrait il est évoqué le nom de Paul Bairoch, grand historien de l'économie et auteur notamment de Mythes et paradoxes de l'histoire économique que j'ai eu le loisir de découvrir et de compulser. L'un de ses développements porta à ce titre sur la crise de 1929 et ses répliques sismiques dans le monde.




dimanche 21 octobre 2012

Rosneft ou les ambitions Russes sur le marché pétrolier mondial

Le numéro un du pétrole Russe a récemment fait parler de lui pour sa volonté de récupérer  la moitié des parts de TNK-BP,  Ainsi comme il est précisé dans les Échos du 18 octobre : 
« Les grandes manoeuvres autour de la compagnie pétrolière russe TNK-BP sont sur le point de connaître leur épilogue. Détenu à parité par le britannique BP et quatre milliardaires russes réunis au sein du consortium AAR (Alfa Access Renova), le groupe pourrait passer sous le contrôle du premier pétrolier russe, Rosneft. Les quatre hommes d'affaires, Mikhaïl Fridman, German Khan, Viktor Vekselberg et Len Blavatnik, ont accepté de céder leurs 50 % de TNK-BP à Rosneft pour 28 milliards de dollars, selon plusieurs sources de presse. L'accord aurait été conclu mardi soir. »
Si la nouvelle venait à être confirmée ces prochains jours, voire semaines, alors Rosneft apparaîtrait comme un nouveau géant énergétique incontesté en Russie au côté de Gazprom. Mais plus encore, il signifierait une reprise en main par l'État d'un puissant fleuron de l'industrie pétrolière (troisième place nationale dans ce secteur) qui était détenu jusqu'alors par un quatuor d'oligarques. En somme, il est possible d'ébaucher l'hypothèse selon laquelle le Président Poutine continuerait de consolider la souveraineté énergétique de son pays par une stratégie d'acquisition/contrition des structures échappant à l'orbite étatique.
Quoiqu'il en soit, et selon les chiffres les plus communément avancés, l'entité unique pourrait se placer à la seconde place mondiale en terme de capacité d'extraction avec 4 millions de barils/jour. En revanche, en matière de valeur boursière le groupe resterait loin derrière les cadors habituels que sont ExxonMobil, Petrochina et Royal Dutch Shell.
Quant aux 50% d'actionnariat restants de TNK-BP appartenant justement à BP, il n'est pas exclu que des négociations soient déjà en cours sur les scenarii envisageables, d'autant que la compagnie Britannique avait déjà manifesté son souhait de se rapprocher de Rosneft par le passé. Dans l'hypothèse d'une conservation des parts par BP, cette compagnie trouverait un intérêt prononcé à bénéficier du support pas toujours facile mais rassurant pour ses propres actionnaires de l'État Russe à ses côtés. En outre, l'on devine aisément que certains contrats seront plus facilement obtenus avec l'appui du partenaire Rosneft que sans lui. Une synergie est fortement plausible.
Pour l'heure, l'un des responsables administratifs de TNK-BP serait actuellement sous le coup d'une inculpation pour fraude fiscale à hauteur de 6 millions de dollars. Simple coïncidence pour des faits extérieurs à l'activité de l'entreprise (l'intéressé aurait été ministre économique de la région de Sibérie Orientale et n'aurait rejoint le groupe il n'y a que trois mois) ou « petit coup de pouce » pour accélérer la décision des indécis?

En outre, et comme l'article suivant le relate, Rosneft n'hésite plus à proposer ses services et à poser pied en de nouveaux continents.


Article d'Oleg Nekhaï paru sur la Voix de la Russie le 13 octobre 2012

La compagnie pétrolière russe Rosneft participera à la construction d’un oléoduc reliant le Mozambique au Zimbabwe. La conduite servira à approvisionner en produits pétroliers ces deux pays africains mais aussi la Zambie, le Malawi et le Botswana.

Le tuyau partira du port de Beira au Mozambique pour relier le Zimbabwe. Par ailleurs, un grand réservoir sera construit à proximité de Harare. La consommation de produits pétroliers atteint près de 5 millions de tonnes et l’oléoduc existant est utilisée à cent pour cent de sa capacité alors que la demande d'’essence est en constante hausse. Le nouvel oléoduc ne restera pas donc inutilisé, d’autant plus que les avantages commerciaux sont évidents, dit Konstantin Simonov, directeur général du Fonds de sécurité énergétique nationale.

« Rosneft pourra accéder au marché des produits pétroliers en Afrique du Sud-Est. Au premier abord ce projet laisse perplexe parce qu'en Russie l'Afrique est perçue comme quelque chose de très lointain. mais en réalité ce projet a du sens. Parce qu’en Afrique aussi on roule en voiture et que le carburant est assez cher, même s’il les prix ne sont pas aussi élevés que dans l'Union européenne. Mais ils sont plus élevés qu’en Russie, par exemple. Un litre d’essence coûte deux dollars, le prix d’un litre de diesel vaut plus d’un dollar et demi. Rosneft pourra donc avoir un marché assez prometteur ».

Le marché n’est peut-être pas très vaste,  mais il offre des prix attractifs aux producteurs. Cependant, une autre question surgit : où prendre les produits pétroliers pour le nouvel oléoduc ? Rosneft n’a pas de raffineries en Afrique. Mais une solution existe, fait remarquer l’analyste indépendant Dmitri Adamidov :
« On peut acheter les produits pétroliers en cas de besoin. Les quantités ne sont pas si importantes que cela. Cinq millions de tonnes ce n’est pas rien, mais je ne pense pas que ces cinq millions vont être importés de Russie. Ils seront achetés dans la région même grâce à des échanges avec d’autres producteurs ».

La première étape de la construction de l’oléoduc requerra 700 millions de dollars. Rosneft est déjà une compagnie internationale avec une influence considérable sur le marché mondial. Elle vend ses produits en Europe, en Asie, en Amérique. Un nouveau projet en Afrique ne pourra que renforcer ses positions.

Crédit photo : http://www.tnk-bp.ru

mercredi 17 octobre 2012

L'Afghanistan, terre de conflits : Champs de bataille thématique juillet 2012


Je ne suis pas un spécialiste du monde Afghan contemporain, même si je ne demeure aucunement insensible ou ignorant de la situation géopolitique. À ce titre, et comme Theatrum Belli le relate, mentionnons la sortie de l'ouvrage « D'une guerre à l'autre : de la Côte d'Ivoire à l'Afghanistan avec le 2e RIMA » par les auteurs Yohann Douady et Bruno Héluin. Et ce au moment où les troupes de la coalition ont débuté leur retrait du terrain, tels les Français de Tagab et de Surobi. C'est pourquoi je m'étais procuré voici plusieurs mois ce magazine afin d'en apprendre encore davantage.

Ce Champs de bataille est un ouvrage qui présente beau et qui incite en feuilletant les pages à la volée à le parcourir de long en large. Il faut admettre aussi que pour 12€, ou presque, il est préférable pour la pérennité de la revue d'en avoir entre ses mains et dans le cerveau.

Le plan adopté : chronologique
La première partie consacrée à Alexandre le Grand est vraiment bien détaillée, dans ce qu'il est permit de recueillir ce qui peut encore l'être à travers les siècles. Et l'on s'enquiert ainsi d'une campagne relativement méconnue, sauf des spécialistes de l'histoire militaire de l'Antiquité, dont la conclusion fut longue à se dessiner et donna bien des soucis au roi de Macédoine. Surtout que flirtant avec les steppes d'Asie Centrale et des tribus de nomades aguerris dans l'art du harcèlement à distance, Alexandre aurait bien pu voir tous ses plans s'échouer dans les confins Afghans. Il sera en définitive vaincu par sa démesure et la lassitude de la colonne vertébrale macédonienne de son armée. Mais ceci est déjà une autre histoire...
La seconde partie n'est pas moins instructive puisqu'elle revient sur le Grand Jeu entre Anglais et Russes en ce partie du monde (relire à ce titre les propos de Kipling et de Prjevalski, exacerbant les velléités de leur patrie respective à s'implanter durablement dans cette zone géostratégique qu'est l'Asie Centrale). La superbe armée Britannique réussit relativement aisément à s'emparer du pays avant de devoir retraiter avec de lourdes pertes en 1842, non sans à l'instar de la campagne germanique du général Romain Germanicus faire payer cet affront au prix fort en ravageant le pays. Les uniformes rouges seront de retour quelques décennies plus tard, en 1878. Mais cette fois en retenant la leçon de la première campagne et en limitant les objectifs sans y installer d'armée d'occupation, s'assurant d'accords commerciaux favorables et d'une sphère d'influence tenant à distance Russes et Perses.
La troisième partie est de très loin la plus conséquente puisqu'elle relate les dix années d'occupation des Soviétiques (1979-1989). Faisant même le point sur des opérations spécifiques, tel le canyon d'Islam-Dara. Touffu, pourvu d'une cartographie et d'une iconographie de qualité, l'on ne peut qu'être séduit par la lecture et les enseignements à retirer de la campagne Soviétique qui aura été particulièrement gourmande en hommes et matériel. Mais qui aura surtout mis en exergue l'inadéquation des moyens militaires d'une force parée pour un choc sur de grandes zones dégagées et non en un terrain difficile d'accès et de cantonnement. Si les troupes spéciales ne démériteront pas, elles seront insuffisantes pour faire pencher le cours d'une situation fortement dominée par un contexte intérieur en Union Soviétique qui tend déjà vers la déliquescence avancée (Tchernobyl en 1986 engloutira des fonds particulièrement conséquents, disons même démesurés, pour la sécurisation du site et le « nettoyage » de la zone).
La dernière partie, la plus courte (hélas) est celle qui traite de la période contemporaine (2001-2012) et les opérations de la coalition.

Bilan : la revue est très agréable à lire ; la bibliographie présente est appréciable pour aller plus loin ;  les cartes ne manquent pas à l'appel et sont parfaitement lisibles ; les témoignages et focus sont de première importance pour avoir une vision rapprochée du conflit par expérience de témoins directs et étude de cas.

Néanmoins dans le chapitre des regrets :
La section relative aux opérations de la coalition pro-occidentale est « développée » sur... une demie-page! Autant être direct : on est frustré d'une telle lacune car l'on aurait apprécié un réel déroulé et bilan des opérations menées. Il y aurait eu pourtant tellement à signifier, que ce soit sur l'emploi intensifié des drones, du déroulement des opérations et de leur bilan, sur la coalition en elle même (rapport d'effectifs, répartition géographique des différentes composantes de la force, méthodes de combat, emploi des opérations psychologiques, entraînement des forces armées officielles Afghanes etc.), de la stratégie employée et son évolution au fil du conflit (surtout lorsque l'on connait les changements de responsables de l'ISAF qui se sont succédés de McColl à Allen)...
Sans prétendre que cette dernière partie gâcherait l'ensemble, l'on ressort de la lecture finale avec un très net sentiment d'inachevé. C'est encore plus dommageable lorsque l'on voit avec quel soin la revue a été élaborée, et le plaisir que l'on en retire après les trois premières parties. Quitte même à payer deux ou trois euros supplémentaires, l'on aurait été ravi de disposer d'un supplément sur les plus récents évènements.

À méditer lors d'une prochaine édition sur le sujet...

Pour le reste, il est possible de visionner L'Étoile du Soldat / Звезда солдата sorti en 2006 et réalisé par feu le documentariste Christophe de Ponfilly (décédé la même année) pour avoir une vision singulière du conflit entre passé Soviétique et contemporanéité Occidentale. Et qui a bénéficié d'une réalisation sur place en Afghanistan ainsi qu'en Russie.

Et aussi cette musique Russe emblématique : « Nous partons / Мы уходим » du groupe Kontingent.


jeudi 11 octobre 2012

Forum Mondial de la Démocratie 2012


Du 5 au 11 octobre 2012 s'est tenu le Forum Mondial de la Démocratie réunissant personnalités et experts, se succédant à travers la tenue de plusieurs tribunes et ateliers au sein du Palais de l'Europe (Conseil de l'Europe) comme en divers points de Strasbourg, la ville hôte. Et présidé par Ban Ki Moon, secrétaire général de l'ONU.

J'ai été amené à y participer dans le cadre de l'atelier B2 consacré aux « nouveaux médias et (r)évolutions démocratiques » modéré par Mme Deborah Bergamini, Présidente de la sous-commission des médias et de la société de l'information de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Mon intervention au sein de l'hémicycle a principalement porté sur les éléments suivants (en langage geek, l'on dirait les tags) : l'environnement singulier du cyberespace ; le concept de neutralité technologique ; la puissance des idées et leur marche inéluctable lorsqu'elles sont à maturation ; le parallèle (nuancé) avec l'imprimerie et la difficulté de réguler efficacement ; les menaces exercées non seulement par les pouvoirs politiques mais aussi économiques et financiers sur Internet ; la question de l'adéquation de la propriété intellectuelle du XIXème siècle face à une révolution technologique contemporaine ; les réseaux sociaux courroie et non moteur des révolutions modernes ; l'humain placé au centre d'une révolution technologique et de sa grappe d'innovations.

Et de terminer mon intervention par cette phrase de Victor Hugo : « Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c’est une idée dont l’heure est venue ».

Bien évidemment, il n'était pas possible, à moins de monopoliser outrancièrement la parole au détriment des autres intervenants, fort passionnants qui plus est, de développer conséquemment les propos tenus. Il me fallut donc procéder par certains raccourcis, toujours source d'une certaine frustration, bien que suffisants pour poser la problématique et d'inviter à la réflexion. M. Alexandre Heully, responsable du Café Babel, rebondissant de manière très habile sur ma démonstration pour accentuer le fait qu'Internet n'est pas un outil politique, même s'il est parfois politisé. 

Si d'aventure les actes de cet atelier devaient être publiés (et j'ai cru comprendre qu'il y aurait une initiative en ce sens), je vous en ferai part dès leur parution. Non seulement en raison de ma propre intervention, mais aussi eu égard à la qualité de tous les autres participants de France et d'ailleurs (Mexique, Côte d'Ivoire, Syrie etc...). Lesquels ont apporté un écot non négligeable à cette réflexion qui est en cours et qui mériterait encore bien des débats et un approfondissement conséquent.

En outre, grande satisfaction que d'avoir pu assister à l'atelier de l'école de commerce où j'officie, à savoir l'ISEG, et dont j'ai été co-organisateur avec le responsable pédagogique M. Fellrath, sur le thème très contemporain : « Les acteurs économiques et financiers sont-ils des relais de la démocratie au sein de la mondialisation ? ».  Salle comble et questions ont permis d'attester d'un réel succès de ce partenariat officiel entre l'école et le Conseil de l'Europe.


Crédit Photo : Jacques Denier/Conseil de l'Europe

Ouverture du premier "Forum mondial de la... par euronews-fr

lundi 8 octobre 2012

Dersou Ouzala : le frisson cinématographique du grand Est Sibérien


Un film soviéto-japonais. Voilà qui n'est pas commun. Encore moins lorsque l'on apprend que c'est le grand maître de la pellicule nippone Akira Kurosawa (1910-1998) qui s'est collé à la réalisation.

Dersou Ouzala (Дерсу Узала) impose sa singularité par cette coopération transfrontalière. Laquelle rejaillit sur le rendu de l'oeuvre, et que l'on ressent à la vision de certains plans invitant à la contemplation méditative assortis d'une esthétique tirant vers l'estampe Japonaise. Et que dire de ces moments de zénitude emplissant de quelques secondes le récit ? Le spectateur s'imprègne lentement d'un univers pour ne plus en désirer en ressortir avant la fin.

L'histoire conte la rencontre lors de deux expéditions (1902 et 1907) de l'explorateur Vladimir Arseniev (1872-1930) et d'un chasseur Golde, Dersou Ouzala, dans la contrée de l'Oussouri (un affluent du fleuve Amour, servant de délimitation naturelle avec la Chine). Ces expéditions sont l'avatar d'une grande aventure débutée une fois la prise de Kazan effective en 1552. Ouvrant les portes de la lointaine et mystérieuse Sibérie à d'hardis individus, à la fois commerçants, explorateurs et militaires. Une période marquée par la personne de Yermak (1540-1585) accompagné de ses cosaques et immortalisée par le pinceau de Sourikov. Le mouvement s'accélèrera à partir de la moitié du XIXème siècle, tant vers l'Est que vers le Sud-Est en direction de la zone d'Asie Centrale (ce qui débouchera sur le Grand Jeu, cet affrontement géopolitique indirect entre Royaume-Uni et Empire Tsariste). Conséquence de la défaite subie en 1856, à la guerre dite de Crimée où la Russie fut lâchée par les principales puissances Européennes face à l'Empire Ottoman et en tira un profond ressentiment envers elles. Cette pénétration allait aboutir à des revendications sur des zones encore mal délimitées, dont celles de la frontière chinoise qui avait fait l'objet du Traité de Nertchinsk en 1689 puis celle de la Convention de Pékin de 1860. Mentionnons que la société impériale de géographie fondée en 1846 est dès son émergence très active pour financer et relayer les résultats de missions d'exploration à laquelle militaires et savants prêtent leur concours. Le tout sur un fond de messianisme panslave avec la théorie du Tsar Blanc formulée par Nicolas Prjevalski (1839-1888), oui le même qui donnera son nom à un fameux équidé, et qui comme Arseniev était à la fois officier et scientifique.

C'est dans ce contexte que Vladimir Arseniev va lors de l'une de ses expéditions faire la rencontre d'un individu pittoresque de la tribu des Golde : Dersou. Chasseur de son état. Ce qu'il relatera dans ses carnets d'exploration, et qui fera l'objet du présent métrage.

Lorsque l'on écrit que l'histoire conte une amitié forte entre deux individus l'on ne saurait penser avoir tout dit. La relation entre les deux hommes est au centre d'un véritable théâtre naturel, la Sibérie, lequel n'est pas figé et fait s'affronter deux visions d'un même monde : l'approche positiviste du scientifique-explorateur et l'approche naturaliste du chasseur-animiste si l'on se réfère à la définition de l'anthropologue Philippe Descola (1949). Les deux individus si différents côtoient un même ensemble, un même univers mais ne communiquent pas avec lui de la même manière. Loin d'être réduit au mythe du bon sauvage cher aux rousseauistes, Dersou est cultivé, à sa manière et adapté à son environnement qu'il n'entend ni modifier ni soumettre à sa volonté.

C'est autant un voyage extérieur qu'intérieur qu'invite à effectuer le film. Et l'on ne peut que saluer le distributeur Français d'avoir permis de bénéficier de la version originale et non de se voir imposer un doublage des voix comme lors de la distribution de certaines productions en provenance des pays de l'Est. Même si malheureusement on aurait apprécié un petit plus encore dans les bonus ou en matière de rematriçage de l'oeuvre.

Souvent les récompenses des grand-messes artistiques ne sont que l'occasion de s'auto-congratuler, sans guère de considération pour les oeuvres en compétition et plus encore celles rejetées de la compétition. Mais il s'est trouvé que Dersou Ouzala a conquis les professionnels des Oscars en sa quarante-huitième édition puisqu'il reçut le prix du meilleur film étranger en 1976. Il est évident que la prestation très inspirée de Maxime Mounzouk n'a pas été pour peu dans ce succès mérité, éclipsant même Iouri Solomine, pourtant loin d'être mauvais en se fondant dans le personnage d'Arseniev.


jeudi 4 octobre 2012

Cafés Stratégiques numéro dix-huit : Les conséquences stratégiques des élections américaines


Pour leur rentrée, les Cafés Stratégiques invitent le 11 octobre Maya Kandel, chargée d’études à l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM), qui nous entretiendra des élections Américaines prochaines et de leur impact sur le reste du monde.
Venez nombreux le jeudi 11 octobre 2012, de 19 à 21h. Le rendez-vous aura lieu comme de coutume au Café le Concorde, 239 boulevard Saint-Germain, métro Assemblée Nationale.

lundi 1 octobre 2012

Les jeunes prodiges du business Russe


Article d'Olga Sobolevskaïa du 30 septembre 2012 publié avec l'aimable autorisation de La Voix de la Russie.

Il est plus facile pour les jeunes entrepreneurs de lancer leur propre affaire en Russie que dans les pays occidentaux. Telle est la conviction des organisateurs de la partie russe du concours des jeunes entrepreneurs GSEA. Ce concours qui regroupe des participants originaires de 30 pays, encourage les jeunes gens de moins de 30 ans à créer leur propre entreprise. La finale de la compétition mettant en lice les vainqueurs des épreuves régionales aura lieu en novembre à New York. Le jury désignera le finaliste du concours en octobre.

« Conférez une dimension internationale à votre affaire » - tel est le slogan de ce concours, dont les finalistes attirent l'attention des investisseurs privés, et notamment étrangers. C’est d’ailleurs devenu une vraie tendance : les investisseurs occidentaux investissent de plus en plus activement dans des projets qui remportent des prix dans des concours internationaux. Car les projets repérés par ces concours sont une sorte de « garantie » d’investissement : les jeunes entrepreneurs sont encadrés par leurs aînés et assistés par des consultants internationaux. Le mentorat en affaires – c’est le Grand Prix du concours, explique l'organisateur de la partie russe de la compétition et homme d’affaires Sergueï Vykhdotsev.

« Pour les enfants, le plus important, c’est cette fenêtre vers le monde, par le biais de laquelle ils recevront des solutions techniques concrètes. Deux des vainqueurs de l’année dernière ont ouvert de nouveaux domaines dans le cadre de deux projets. Quant à la finaliste du concours Maria Lobova, qui a créé une filière de fabrication de produits alimentaires à partir de fruits du palmier wassaï, la rentabilité de son entreprise a décuplée ».

Un autre exemple d'une ascension fulgurante du concours de l’année dernière, c’est le gagnant Iouri Deviatkov, âgé de 24 ans. Deviatkov a développé un projet d’entreprise spécialisée dans le tourisme écologique sur le lac Baïkal. Il est devenu ministre du Tourisme de la région de Severbaïkalsk, dans la république de Bouriatie. D’autres finalistes russes de l’année dernière se sont spécialisés dans les technologies de l'information, le travail du bois, et le développement de l’alpinisme industriel. Le prix GSEA pourrait aider les jeunes à réaliser ces projets qui coûtent plusieurs millions de roubles, selon Sergueï Vykhdotsev.

« Les différents incubateurs d'entreprises  sont une grande invention de l'humanité », affirme le président de l’Association russe de formation des entreprises Sergueï Miassoïedov. «Grâce au travail avec des entrepreneurs de talent, leur sélection et leur soutien, vous éduquez une nouvelle génération d’entrepreneurs qui, je l’espère, effectuera un énorme progrès en matière de développement de notre économie».

Les jeunes gens qui ont lancé leur affaire alors qu"ils étaient étudiants de cycle supérieur représentent à peine 0,5% de la totalité des participants. Mais ils sont plus nombreux à envisager d’ouvrir leur propre entreprise, note le directeur exécutif de l’Association nationale de formation des entrepreneurs Denis Matvienko.

« Nous avons effectué l’année dernière un monitoring du sens de l’entreprenariat auprès des étudiants. On peut dire que le nombre de personnes qui voudraient devenir entrepreneurs en Russie est élevé, surtout chez les étudiants. Ce taux n’est pas plus bas que dans les autres pays ».

L’intérêt pour des projets de startups, entreprises créées par des entrepreneurs débutants, ne fait que croître. Récemment, un des plus grands sites d’aide à l’emploi russe a annoncé son intention d'acheter des projets des startups prometteuses. L’enseignement et des formations dans le domaine économique et commercial ont également la côte. Les principaux programmes des écoles de commerce sont conçus pour les jeunes gens âgés entre 28 et 35 ans. Ce sont des personnes qui ont travaillé en moyenne 3 à 5 ans, et principalement dans le secteur privé. Les étudiants des écoles de commerce veulent acquérir des connaissances exhaustives dans le domaine de la gestion, et possèdent des qualités précieuses pour devenir chefs d’entreprise: la motivation, le leadership et des outils de communication. Ils sont intéressés par des questions techniques de la gestion, liées notamment à la comptabilité ou de la logistique.

Très souvent, les jeunes entrepreneurs n'ont pas suivi le parcours commercial classique. Ils sont aidés par le sens des affaires, l’intuition et la persévérance. Ces mêmes qualités que possède le jeune milliardaire le plus célèbre du monde, le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg. Il s’agit de la manière combinatoire de penser, de la patience et de la capacité de gérer le stress, explique le professeur Mikhaïl Tchernych de l’Institut de sociologie de l’Académie russe des sciences.

« de nombreuses personnes possèdent ces qualités en Russie. elles travaillent notamment dans le domaine des nouvelles technologies, où la plupart des employés sont assez jeunes. Par exemple, Evgeny Kaspersky, qui a créé l’antivirus le plus populaire du monde, a commencé son affaire dans sa jeunesse ».

Le budget de Moscou prévoit des subventions allant jusqu’à 500.000 roubles (environ 12 450 euros) pour ceux qui désirent créer des start-ups. Des programmes de financement similaires pour soutenir les jeunes entrepreneurs existent également dans les régions russes. Quant à la capitale, elle vient de mettre en place le programme « Moscow Coworking 2.0 », qui permet à un jeune entrepreneur avec un petit budget de louer un bureau pour une période donnée.

« La Russie est ouverte à l’entreprenariat. La demande suscite l’offre. Mais les barrières administratives et les incohérences dans les lois subsistent toujours. La participation de la Russie au concours de GSEA est bien la preuve que notre pays reste un marché prometteur pour le lancement des jeunes entreprises », conclut Mikhaïl Tchernych.